ÉTUDE DES TERRAINS ANCIEN ET CUMBRIEN
§ 230. Terrain eambrien. — On a regardé longtemps le centre des montagnes du pays de Galles (Cambria), comme offrant les terrains sédimentaires les plus anciens, auxquels on a donné le nom de terrain eambrien, qu'on a appliqué plus tard à certains dépôts schisteux de la Bretagne. Or, il se trouve que ces terrains de Bretagne sont plus anciens que ceux du pays de Galles, et qu'ils n'ont d'analogie réelle qu'avec ceux du Cumberland (Cumbria), d'où il résulte une inconséquence de langage , qu'on a cru pouvoir faire cesser, sans trop modifier une expression reçue , en adoptant pour ces derniers le nom de schiste cumbrien.
Ces dépôts dont la principale direction des couches rapportée à Vannes, est de 0. 21° S., se composent essentiellement de schistes luisants, satinés, généralement bleus ou noirs, quelquefois verdâtres, se modifiant autour des masses granitiques ou sienitiques qui les traversent , devenant alors talqueux ou chloritiques, et passant à des micaschistes. On y cite çà et là quelques couches de grauwackes schisteuses et des grès à grains fins, comme aussi quelques rares et faibles couches de calcaire, comme à Cartravers, dans les Côtes-du-Nord, et à Quency dans la Manche.
Dans le Cumberland on a trouvé dans ces schistes quelques empreintes de graphtolites (pennatules fosg^MSUl^^^ silcs), fig. 187, et de fucus. En Bretagne
on ne voit que quelques rares encrines dans les calcaires que nous avons cités. Les dépôts cumbriens occupent une ^^^^ assez grande étendue dans la partie sep-
vwo^>^— tentrionale de la Bretagne et de la Nor-
*^°' '*'' mandie ; ils couvrent surtout un espace de
plus de 40 lieues de long sur 12 à 20 de large entre Ponlivy et Saint- Lô, 011 ils sont interrompus par un assez grand nombre de buttes granitiques qui s'élèvent au milieu d'eux. On en retrouve d'analogues dans le Cumberland et la Suède, entre Gotheborg et Upsal, d'où ils se prolongent dans le midi de la Finlande ; ils paraissent aussi former les roches les plus anciennes des Pyrénées et de la Catalogne.
§ 231 . c^ieaire de Baïa. — Il existe sur les bords du lac de Bala, dans le Merionethshire , à la partie septentrionale des montagnes du pays de Galles, des couches calcaires qui paraissent être plus modernes que celles que nous venons de citer, dont elles se distinguent par divers débris organiques. On y cite quelques polypiers, des trilobites, § 223, des spirifères, comme dans les terrains suivants, mais dont les espèces paraissent être différentes.
Ces calcaires reposent sur les couches redressées des sç\\v$X^'t^
verts salines du Longmynd et paraissent faire partie d'une série de roches fossilifères encore peu connue de cette contrée. Le dépôt paraît manquer en Bretagne, aussi bien que les schistes sur les tranches desquels il repose en stratification discordante ; mais il parait se retrouver dans ce qu'on nomme la formation taconique dans TAmérique septentrionale.
§ 232. Terrain siiBrien. — Ce terrain dont le nom est tiré de celui des peuples qui habitaient les parties de l'Angleterre et du pays de Galles, où il a été d'abord étudié, diffère essentiellement de ceux qui Tout précédé, en ce qu'il repose sur eux en stratification discordante. C'est ce qu'on voit dans l'Orne, dans la Manche et en Bretagne, relativement aux schistes cumbriens, et en Angleterre , à l'égard des schistes plus modernes du pays de Galles et du Westmoreland. La direction des couches est parallèle à celle d'un grand cercle passant par Vannes et orienté sur 0. 40® S.
Partout ces terrains commencent par des dépôts aréoacés; en Angleterre par ceux qu'on nomme grès de Caradoc, dans les autres contrées par des poudingues, des grès, des quarzites. Les grès aussi bien que les quarzites alternent avec des schistes, la plupart noirs, qui passent à des grauwackes schisteuses; et au milieu de ces dépôts se trouvent des couches calcaires plus ou moins nombreuses. On trouve dans ce terrain des trilobites de diverses espèces, fig.469 à 474, dont les ardoises d'Angers nous offrent de beaax exemples ; des orthocératites^ fig. 4 88, des lituites de grandes dimensions, fig. 489, des productus, fig. 490; une division particulière de térébratule nommée pentamères, fig. 494 à 493, dont on ne trouve le plus souvent que les moules internes; des térébratules, fig. 494; des orthis , fig. 495; diverses sortes de polypiers, fig. 496, 4 97.
§ 233. Ces dépôts sont fort abondants en Bretagne et en Normandie; ils couvrent un grand espace au sud de Brest, un autre plus petit à l'est de Lannion, un troisième à Cherbourg, à Coutances. formant toute la côte occidentale, et tournant de là vers le nordest jusqu'à Falaise. On les retrouve au sud des dépôts cumbriens, jusqu'au delà d'Angers, occupant de l'ouest à l'est tous les terrains compris entre Ploermelet Argentan. Ils remplissent aussi en Angleterre toute la partie orientale du pays de Galles jusqu'aux Gram* pians. Us constituent le terrain ardoisier des Ardennes , et celui de Hundsruck, se prolongent dans quelques parties de l'Allemagne, passent en Laponie, et forment la côte méridionale de Finlande jus< qu'à la mer Blanche. On les retrouve peut-être au pied de la montagne noire en Languedoc, dans les montagnes des Maures et de l'Estere] (Var) et en Corse.
ÉTttDE DU TERRAIN SILURIEN. 195
Fig IM, CyiUhviihyllum lurbinalum. ï\i.
§ 234. Terrain dévonien. — Le terrain ainsi nommé parce qu'il est abondant dans le Devonshire, se touve encore nettement séparé du terrain silurien, en ce qu'il est avec lui en stratification discordante, comme on le voit en Belgique, à Givet, Fumay et Spa. Il commence partout par des débris plus ou moins grossiers, par des poudingues qui alternent à diverses reprises avec des grès auxquels les parties grossières passent par toutes les nuances. Ce sont ces premiers dépôts qu'on nomme en Angleterre vietAX grès rouge (old red sandstone)^ et qui renferment des débris de roches siluriennes ou tilstone; en Belgique ce sont les poudingues de Burnot et le grès du Condros. Viennent ensuite des grès schisteux plus ou moins fins, des schistes de diverses espèces, des calcaires divers, qui alternent tous ensemble, et au milieu desquels se trouvent des couches d'anthracite, ce qui fait aussi donner à ce terrain le nom de terrain anthraxtfère ou anthracitifère.
L'anthracite des terrains dévoniens nous offre les plus anciens combustibles charbonneux que nous connaissions aujourd'hui. Us renferment déjà des fougères, des calamités, diverses sortes de plantes généralement peu différentes de celles qu'on trouve dans les terrains houillers qui viennent bientôt après.
Les débris animaux sont assez abondants, et il en existe qui paraissent être aujourd'hui tout à fait caractéristiques. Tels sont la calcéole,^^. 49S, analogue aux spirifères, peut-être la clymeniaUnearis, fig. 199, qui est une coquille chambrée à siphon ventral. On y observe aussi quelques bivalves particulières telles que fig. 200, quelques brachiopodes et entre autres la terebratula porrecta, fig. 204, en outre de beaucoup de coquilles qui se trouvent dans la partie calcaire du terrain.
§ 235. Le terrain dévonien est extrêmement répandu dans la nature. En France, on le reconnaît en Bretagne, principalement le long de la Loire et du canal de Brest, dans la Mayenne et dans la Sarlhe oùIecalcairedevientprédominantautourdeSablé.Onleretrouvedans la Belgique, au lïarz, dans la Bohême, la Saxe, etc. Il existe dans les Pyrénées, dans les carrières do Caunes, au pied de la montagne Noire , dans la vallée do Campan , et dans plusieurs autres parties de cette vaste chaîne. On le retrouve en Suède, en Russie, et peutêtre en Sibérie et jusque dans l'Amérique septentrionale. On peut le soupçonner dans plusieurs parties de l'Asie méridionale.
Les dépôts qui constituent ce terrain sont chacun plus ou moins développés suivant les localités. En Angleterre, ce sont en général les grès qui dominent ; ils forment des dépôts immenses de puissanceet d'étendue, depvivsleGornouairies jusqu'aux Grampians, puis