‹ MinéralogieChapitre 98 sur 160 · TREMBLEMENTS DE TERRE · texte numérisé non relu

TREMBLEMENTS DE TERRE

§ 29. Description du phénomène. — Chacun a entendu parler du terrible fléau qui , en un instant , fait un monceau de ruines des plus florissantes cités , et bouleverse parfois tout le sol environnant. Son apparition est souvent précédée par des bruits sourds, des roulements souterrains, qui fréquemment se font entendre longtemps avant la catastrophe à laquelle ils préludent. Des trépidations plus ou moins violentes se font ensuite sentir pendant quelques secondes, ou quelques minutes seulement, et souvent se succèdent un certain nombre de fois avec plus ou moins de rapidité et plus ou moins de force : dans certains cas même, elles se continuent à divers intervalles pendant plusieurs jours, plusieurs mois, et même des années entières. Ces mouvements du terrain sont de diverses sortes ; tantôt ce sont des oscillations horizontales saccadées, plus ou moins rapprochées, tantôt des secousses verticales, c'est-à-dire des soulèvements rapides et des affaissements successifs du sol ; ailleurs, ce sont des tournoiements divers. Souvent toutes les espèces d'ébranlements se réunissent à peu près dans le même temps, et rien alors ne peut échapper à la dévastation.

Quelquefois un tremblement de terre se trouve circonscrit dans un espace assez resserré : par exemple , celui qui eut lieu à l'île d'Ischia, le 2 février 4828, ne fut ressenti en aucune manière ni dans les îles voisines ni sur le continent. Dans d'autres cas il ébranle une surface immense : témoin celui de la Nouvelle-Grenade, du 47 juin 4826, qui exerça son action sur plusieurs milliers de myriamètres carrés. Ailleurs il se propage à des distances énormes, comme le fameux tremblement de Lisbonne en 1755, qui s'étendit jusqu'en Laponie d'une part , ot jusqu'à la NVAvWmcvviÇ'. ^^X-ax^Vt^ \'^

se fit sentir en travers de cette direction du Groenland en Afrique, où Maroc, Fez, Méquinez Turent détruites : l'Europe entière en éprouva les effets au même moment. Généralement on peut reconnaître , dans les narrations diverses , beaucoup d'exemples de propagation du même genre sur des longueurs plus ou moins considérables, et des largeurs diverses. On peut même conclure, de l'exposé et de la comparaison des faits, que l'ébranlement s'est souvent étendu suivant un grand cercle , plus ou moins incliné 9<iir l'équateur, et occupant peut-être tout un hémisphère.

§ 30. Efreu des IrernblcRicntr» de lerrc. — Non- seulement les tremblements de terre renversent souvent des cités entières avec les édifices les plus solidement établis, mais encore ils Tunt subir BU sol même d'importantes modifications. Ceux de la Calabre, en 1783 , nous en fournissent des exemples d'autant plus précieux que les faits ont été décrits par les hommes les plus distingués du temps, tels que Vicencio, médecin du roi de Napies, Grimaldi, Hamilton , etc., et enfin , par une commission de l'Académie royale de Napies. Tout fut bouleversé dans ce malheureux pays; le cours des rivières fut interrompu et changé ; des maisons furent soulevées au-dessus du niveau de la contrée, tandis que d'autres, souvent à peu de distance, s'enfoncèrent plus ou moins; des édifices d'une grande solidité furent lézardés du haut en bas ; certaines parties en furent élevées au-dessus des autres , et les fondations poussées hors déterre. Le sol s'entr'ouvrit de toutes paris, souvent en longues crevasses, dont quelques-unes avaient jusqu'à 150 mètresde large; il y en avait d'isolées, quelquefois bifurquées et montrant fréquemment d'autres fissures perpendiculaires à leur direction fig 9 quel quefois on voyait une série de crevasses parallèlea, et dansd autres cas elles se réunissaient en rayons divergents lutour d un centre comme une vitre bnsee fig 10 Certaine^ cre^a'-ie-i ouvertes au

CretaattK prodaitet paf ''* tnmhUmntti de terre.

moment de la secousse, se refermaient subitement, en broyant entre leurs parois les habitations qu'elles venaient d'engloutir; d'autres restaient invariablement béantes après la commotion , ou bien, commencées par un premier ébranlement, s'élargissaient par les suivants. Dans un cas comme dans l'autre on observa tantôt que les deux bords de la fente se trouvaient sur le même plan, ou plutôt qu'il s'y manifestait un bombement plus ou moins saillant, fig. 4 4 ; tantôt qu'une des parties était beaucoup plus haute, fig. 42 et 43, de manière à montrer nécessairement que l'une d'elles s'était soulevée ou l'autre affaissée.

Fig. 11.

Fig. 12.

Fig. 13.

Changements de niveau produits par les tremblements de terre.

Ailleurs , il arriva que des étendues plus ou moins considérables de terrain s'enfoncèrent tout à coup, entraînant plantations et habitations , et laissant des gouffres à parois verticales de 80 à 4 00 mètres de profondeur. Dans certains cas , on vit surgir immédiatement du fond de ces cavités une immense quantité d'eau ; et il en résulta des lacs plus ou moins considérables , tantôt sans écoulement apparent , et tantôt fournissant d'énormes torrents. Dans d'autres cas, au contraire, des ruisseaux furent absorbés par les crevasses du sol , où ils s'engouffrèrent , soit pour un temps , soit pour toujours.

Enfin , si la principale action des tremblements de terre eut lieu sur le continent entre Oppido et Soriano, les phénomènes se manifestèrent aussi jusqu'à Messine, à travers le détroit; plus de la moitié de la ville fut détruite , et vingt-neuf bourgs et villages furent engloutis. Le fond do la mer s'abaissa et fut bouleversé en diverses places; le rivage fut déchiré par des fentes, et tout le sol, le long du port de Messine , s'inclina vers la mer en s'affaissant subitement de plusieurs décimètres ; tout le promontoire qui en formait l'entrée fut en un instant englouti.

§ 34. Outre les crevasses diverses, les affaissements qui se manifestèrent dans ces catastrophes , les gouffres qui interceptèrent les eaux , ou qui en fournirent de nouvelles , U atnN^ ^\fè"^\ ojaft ^^'^

masses de roches, tombant en travers des vallées, en arrêtèrent les eaux , qui bientôt formèrent des lacs dans la partie supérieure. Or, ces eaux accumulées se frayèrent de nouveaux passages , soit en rompant les flancs de la vallée dans d*autres points , soit en élargissant quelques fissures des montagnes, ou enfin en dégradant l'obstacle qui les avait retenues, et le renversant en tout ou en partie. De là des débâcles épouvantables, des torrents impétueux roulant des quartiers de roc énormes , dont le ravage devint aussi désastreux que les commotions elles-mêmes, et qui, se creusant de nouveaux lits, élargissant ou approfondissant ceux que les eaux suivaient auparavant, marquèrent leur passage par les débris qu'ils roulaient et déposaient successivement.

§ 32. BoulèYemeiits et affaissements divers. — Les tremblements de terre qui ont eu lieu sur les côtes du Chili , en 4822, 1835 et 1837 , ont produit des effets non moins remarquables. Diverses parties de la côte, depuis Valdivia jusqu'à Valparaiso, c'est-àdire sur une étendue de plus de 200 lieues, se sont manifestement élevées au-dessus des eaux, ainsi que plusieurs îles voisines, et jusqu'à celle de Juan-Fernandez ; tout le fond de la mer, jusqu'à une distance considérable, participa au même phénomène. Sur les côtes, des rochers jadis .cachés sous l'eau se sont élevés de 2 à 3 mètres au-dessus de son niveau avec les coquillages qui vivaient à leur surface ; des rivières qui débouchaient sur ces côtes sont devenues guéables là où de petits bricks pouvaient autrefois naviguer ; en mer, des mouillages bien connus ont diminué de profondeur dans la même proportion, et divers points où l'on passait facilement opposent aujourd'hui des hauts-fonds aux bâtiments qui tirent beaucoup d'eau.

Des circonstances analogues se sont manifestées dans l'Inde en 1819; une colline de 20 lieues de longueur sur 6 de largeur s'éleva du sud-est au nord-ouest, au milieu d'un pays jadis plat et uni, en barrant le cours de l'Indus. Plus loin, au contraire , au sud et parallèlement à la même direction, le pays s'affaissa, entraînant le village et le fort do Sindré, qui resta néanmoins debout , à demi submergé. L'embouchure orientale du fleuve devint plus profonde en plusieurs points, et diverses portions de son lit autrefois guéables cessèrent tout à coup de l'être.

Les narrations de tous les temps, de tous les lieux , nous présentent des faits exactement du même genre. Partout il est question de crevassements du sol, de gouffres profonds dans lesquels des cités, des contrées entières s'engloutissent, d'où s'élèvent des gaz méphitiques, des masses énormes d'eau, tantôt froides, tantôt chaudes,

quelquefois même des flammes. Ailleurs, ce sont des plaines tout à coup transformées en montagnes, des bas-fonds soulevés au milieu des mers, des montagnes crevassées, bouleversées, des terrains montueux, des centaines de lieues de rochers tout à coup aplanis et remplacés par des lacs. Des cours d'eau sont détournés, engouffrés dans la. terre; des lacs se dessèchent en renversant leurs digues , ou se perdent dans des conduits souterrains formés tout à coup. Par opposition, il se manifeste ailleurs d'énormes sources, véritables puits artésiens, qui produisent de nouveaux ruisseaux sortant subitement du rocher par une crevasse, ou par un entonnoir. Des sources thermales sont à l'instant refroidies ou taries; d'autres, au contraire, se manifestent là où il n'en existait pas. Tous ces phénomènes sont autant d'indices des fissures qui se forment dans le sol, et qui fournissent de nouveaux conduits aux eaux qui pouvaient y circuler auparavant.

Les effets divers que les tremblements de terre ont produits sous nos yeux, et ceux qui se trouvent dans les relations les plus authentiques, tendent à donner toute probabilité à ce qui nous est transmis des temps les plus reculés, quoique souvent nous puissions être conduits à indiquer les faits en d'autres termes. Qui oserait porter aujourd'hui un démenti formel à Pline rapportant, selon les historiens, que la Sicile fut séparée de l'Italie par un tremblement de terre, que l'île de Chypre fut séparée de môme de la Syrie, et celle d'Eubé (Négrepont) de la Béolie, etc. ? Nous ne saurions même nier positivement lexistence de l'Atlantide ensevelie sous les eaux , suivant les traditions égyptiennes, en un jour et une nuit. Disons mieux, l'ensemble des observations que nous avons à faire connaître, montre évidemment que des affaissements et des soulèvements immenses ont fait longtemps partie du mécanisme de la nature, pour arriver à la configuration que nous voyons aujourd'hui à la surface du globe.

§ 33. Relativement aux côtes de la mer, les phénomènes sont souvent exprimés par les auteurs d'une manière particulière ; rarement on trouve explicitement l'énoncé d'un soulèvement, et c'est en d'autres termes que l'événement est indiqué, en rapportant l'effet à l'élément le plus mobile. C'est ainsi que les auteurs annoncent tantôt que la mer s'est retirée plus ou moins loin, laissant son lit à sec, soit pendant quelques instants, soit d'une manière permanente; tantôt, au contraire, qu'elle a envahi tout à coup des côtes plus ou moins élevées. Nous traduisons ces indications par les expressions oscillation du sol, si le phénomène n'est que passager, et par celles de côtes soulevées ou de côtes affaissées, s'il est permatveivt^\s^\ç.^ ^^

nous rapportons ces effets aux parties solides du globe, et non à la mer, dont le niveau est invariable, § 34. Il faut cependant distinguer, car, si ces phénomènes passagers peuvent être attribués quelquefois à des oscillations du sol, ils peuvent provenir aussi d'un mouvement réel imprimé aux eaux de la mer, et tenir peut-être à Tune et à Tautre cause. Nous savons, en effet, que pendant les tremblements de terre, la mer, perdant tout à coup sa surface d'équilibre, se trouve soumise à de violentes oscillations, que ses eaux font alors d'affreuses irruptions dans les terres, s'avançant et se retirant tour à tour, et portant la dévastation sur un espace plus ou moins considérable. Ces mouvements impétueux d'aller et retour, se joignant aux dislocations subites que les commotions souterraines produisent dans l'écorce solide du globe, peuvent donner lieu aux dégâts les plus épouvantables. L'histoire de l'archipel grec, des tles du Japon, d'une multitude de localités, se trouve remplie des désastres produits par ces catastrophes.

§ 3i. Conatence da nt^eaa &em ment. — Nous venons d'admettre des côtes affaissées et des côtes soulevées, et de poser en principe que le niveau des mers est invariable ; mais cette dernière assertion étant contraire aux idées répandues dans le monde et à ce qu'on trouve même dans la plupart des traités de géologie, il est nécessaire de l'appuyer de la démonstration dont elle est susceptible. Les lois de l'hydrostatique nous apprennent que ce que nous appelons le niveau des mers n'est autre chose qu'une surface d'équilibre, peut-être très-compliquée, quiest déterminée par lesforcesattractives diverses qu'exercent les parties solides sur la masse des eaux. Elles nous font voir qu'un point quelconque de cette surface ne peut conserver une position invariable sans que tous les autres conservent également la leur, et que les eaux ne peuvent ni s'élever ni s'abaisser quelque part d'une manière permanente, sans qu'il y ait des changements correspondants dans toutes les autres parties. Or, d'un côté, nous connaissons un très- grand nombre de localités où les mers n'ont pas subi la moindre variation depuis les temps historiques ; donc leur surface générale n'a pas changé, et la constance du niveau devient le fait le plus positif que nous puissions avoir, puisqu'il a subi l'épreuve de tous les âges. D'un autre côté, si l'on peut être conduit, comme les habitants du Chili, en voyant la différence qui s'est manifestée sur la côte, à penser que la mer s'est abaissée dans ces parages, de 1822 à 4837, il faudra conclure, aussi avec ceux de la Californie, du Pérou, de la Patagonie, etc., que dans le même temps elle n'a subi en ces lieux aucune variation : deux conclusions incompatibles entre elles, et avec les lois hydro-

Statiques. On serait de même conduit à admettre que la mer s'est élevée au fond du golfe d'Arabie en 1 Si 9, comme à diverses époques sur les côtes de Portugal, en 1783, dans le détroit de Messine, etc., sans subir de changement dans les parages voisins. De toutes ces circonstances inconciliables, nous concluons qu'au lieu de l'immutabilité du sol, qu'une erreur analogue à l'idée d'immobilité du globe a fait imaginer, il faut admettre celle des mers, en reconnaissant que la surface solide de notre planète est susceptible de soulèvements, d'affaissements et de bouleversements de toute espèce.

§ 35. Soalèvenieiit tenC de la Suède , etc. — L'idée de la diminution des eaux de la mer, ou, en d'autres termes, de l'abaissement de son niveau, fut celle des plus anciens naturalistes ; mais ce n'était qu'une manière de voir, et en 1731 l'Académie d'Upsal entreprit de vérifier ce fait important. On fit alors des entailles sur les rochers au niveau de la mer, et au bout de quelques années il fut démontré que ces marques se trouvaient de plusieurs centimètres audessus des eaux, d'où l'on conclut l'abaissement de la Baltique, ce qui entraînait celui des mers voisines. Cependant cette conclusion trouva au moment même des contradicteurs, et l'on multiplia les observation^, qui ont été même continuées jusqu'à nos jours. Il en est résulté qu'en effet il y a dans plusieurs points une dépression apparente et continue du niveau de la mer ; mais il est aussi constaté que cette dépression n'est pas la même partout. Dans quelques points elle a été de plusieurs centimètres dans l'espace de peu d'années, et dans d'autres seulement de quelques millimètres ; si dans certaines parties, les faits semblent indiquer un abaissement du niveau de la mer, il en est d'autres, comme sur les côtes de Scanie, où le niveau paraît au contraire s'être élevé, car les marques faites jadis à fleur d'eau se trouvent maintenant au-dessous. La conclusion évidente de ces faits contradictoires, c'est que le niveau de la Baltique n'a pas plus changé que celui de toutes les mers ; mais qu'en Finlande, et dans une grande partie de la Suède, le terrain s'élève graduellement, sans secousse apparente, tandis que dans la partie méridionale de la presqu'île il s'affaisse de la même manière.

§ 36. Affaissements lents et profpressifs. — Outre cet afïiaissement lent et progressif des côtes de Scanie, qui se trouve attesté, d'une manière irrécusable, par des épreuves commencées du temps de Linné, on a des exemples du même fait sur une échelle plus étendue. Il est hors de doute aujourd'hui que depuis quatre siècles la côte occidentale du Groenland s'est continuellem^ivvl'è.^^vèr

sée, sur une longueur de plus de 200 lieues du nord au sud ; d'anciennes construclions, tant sur des iles basses que sur le continent, ont été graduellement submergées^ et fréquemment on a été dans la nécessité do repousser plus loin dans les terres divers établissements formés près du rivage. On a également indiqué des affaissements dans certaines iles du Grand Océan, et particulièrement dans la mer des Indes et dans les îles de la Sonde; mais, dans ces lieux si rarement visités par les géologues, les faits ne sont pas encore suffisamment établis (voy. § 424 et 164).

Il est fort remarquable aussi que les mesures barométriques prises dans les Andes par M. Boussingault indiquent toutes des hauteurs moindres que celles qui ont été observées 30 ans auparavant par M. de Humboldt ; les différences se trouvent toutes dans le même sens, ce qui montre assez qu'on ne peut les attribuer à des erreurs d'observation. Il semble en résulter que dans les montagnes de ce continent il s'est opéré un affaissement dans cet espace de temps, ce qui s'accorderait d'ailleurs avec une autre observation importante, celle de l'élévation apparente de la limite inférieure des neiges dans ces contrées.

§ 37. c^Bdaston générale. — Il doit paraître maintenant bien établi que les tremblements de terre sont capables Se produire de grandes modifications à la surface de la terre, puisque de nos jours de vastes contrées ont pu être soulevées sensiblement au-dessus du niveau des mers. Il n'est pas moins évident qu'il se fait un travail lent, en vertu duquel diverses parties de nos continents peuvent aussi s'élever successivement, et que, par opposition, il s'opère des affaissements graduels aussi bien que des enfoncements subits, qui sont sans doute des phénomènes corrélatifs.

Toutes ces circonstances, si remarquables, ne paraissent cependant avoir rien de bien étonnant, lorsqu'on réfléchit à l'énorme disproportion qui existe entre l'épaisseur do la croûte solide du globe et la masse de matière fondue qu'elle recouvre. Est-il surprenant qu'une telle écorce, relativement plus mince qu'une feuille d'or battu sur une orange, puisse ôtre tourmentée do toute manière au moindre mouvement de la masse sous-jacente, surtout si l'on observe que, des mouvements semblables ayant eu lieu, sans doute, depuis que la première pellicule est consolidée à la surface, toutes les croûtes successives ont dû être crevassées dans tous les sens , et que par conséquent leur masse ne peut avoir la résistance d'une enveloppe continue? Nous allons en voir encore d'autres effets dans les paragraphes suivants.

38. Idéf^ générale*. Kxplontoii, érapitoa. — Les phénomènes volcaniques ont la plus étroite liaison avec les tremblements de terre, et en sont en quelque sorte les derniers résultats. Lorsque dans les trépidations et les soulèvements du sol, la croûte terrestre se trouve crevassée profondément , il s'établit une communication de l'intérieur du globe à Textérieur, et il se dégage diverses matières du sein de la terre. Les gaz de diverses espèces , les eaux chaudes ou froides, simples ou sulfureuses, chargées quelquefois de boue, offrent les résultats passagers les plus simples. Mais fréquemment aussi, à travers le sol soulevé et crevassé, il se fait, au milieu de détonations violentes, des explosions qui lancent au loin tous les débris du terrain , comme il parait être arrivé à Saint-Michel des Açores en 1522, où les débris de deux collines couvrirent toute la ville de Villa-Franca. Le plus souvent il se fait en même temps des éruptions plus ou moins considérables de matières incandescentes, scoriacées, ponceuses, ou à l'état de fusion, qui tantôt sont projetées au loin ou s'écoulent sur les pentes, tantôt s'accumulent sur place à des hauteurs plus ou moins considérables : c'est ce qui s'est passé dans un grand nombre de localités dont nous citerons quelquesunes pour exemples.

§ 39. éruption de Tile Salnt-Oeorges. — Au mois de mai 1808, à Saint-George des Açores, au milieu des champs cultivés, le terrain, après s'être soulevé, s'entr'ouvrit sur plusieurs points avec un bruit effroyable. Il se forma d'abord une vaste cavité, ou cratère^ de 9 à 10 hectares, puis une plus petite à une lieue de distance, et enfin 12 à 15 petits cratères sur la surface crevassée Une énorme quantité de scories et de ponces furent projetées au loin, et le terrain en fut couvert jusqu'à un mètre et demi d'épaisseur sur une étendue de 4 lieues de long et 1 de large. On vit ensuite des courants de matière fondue qui, pendant plus de trois semaines, ne cessèrent de couler du grand cratère jusqu'à la mer.

§ 40. monte naovo. — Le Monte Nuovo, formé en 1538 au fond de la baie de Baia , sur la côte de Naples , nous offre un autre exemple d'une semblable éruption. De violents tremblements de terre duraient depuis deux ans : le 27 et 28 septembre ils ne laissèrent aucun repos ni jour ni nuit ; la plaine qui se trouve entre le lac Aveme, le Monte Barbaro et la mer, fut alors soulevée, et diverses crevasses s*y manifestèrent, etc. (Pietro Giacomodi ToledoV On vit alors une grande étendue de terrain s'élcoer, el •prend.Tfc %M^i\-

tentent la forme d'une ntonlagne naissante; dans la nuit du même jow M monticule de terre s'ouvrit avec grand bruit et vomit des flammes considérables , ainsi que des ponces, des pierres et des cendres (Porzio). Les pnnces provenaient du soulèvement du sol, qui est composé de débris de ces matières dans loule la Campanie ; et quant aus pierres et aiii cendres , elles provenaient de l'éruption qui se manifesta clans le moment : on voit encore sur la pente sud de la montagne une traînée de scories, et au sommet les restes du cratère qui les a produites. L'éruption dura sept jours, et les matières projetées et rejetées comblèrent en partie le lac Lucrin. Depuis, la tranquillité la plus parfaite a constamment régné.

S H, «•raiio. — Nous trouvons quelque chose d'analc^ue , avec des circonstances particulières , dans ce qui arriva au Méchoacban , près de la ville d'Ario , le 29 septembre 1759, après deux mois de tremblement de terre. Au milieu d'une plaine couvratfl de cannes à sucre et d'indigo, traversée par deux ruisseaux, il se forma en une nuit, dit M. de Humboldt , une gibbosité de 160 mètres de hauteur vers le centre, couverte par des milliers de petits cènes fumaots, au milieu desquels s'élevèrent six grandes buttes placées sur une même ligne, fig. ^i , dans la direction des volcans de Colima et de Popocatepeit. La plus haut* de ces buttes , nommée Jontlh , était de plus de 5U0 mètres de hauteur au-dessus de la plaine; de ses Qancs il s'échappa une assez grande quantité de laves

Fjg. 11. Volcan de Jorulh,

S 42. iré*«ve. — Quelque chose de semblable a dû se passer au yéuve, car Strabon décrit la montagne ainsi nommée par les anciens sans parler en aucune manière du cône si remarquable qui s'y trouve aujourd'hui, fig. 15, et qu'il n'aurait pas manqué d'indiquer. Il est donc évident que ce cône n'existait pas alors ; mais les crêtes qui s'élèvent en demi-cercles au nord , en formant ce qu'on nomme aujourd'hui la Somma, faisaient probablement partie d'un cirque complet, rempli peut-être de débris, dont la moitié sud, beaucoup plus surbaissée, séparée de l'autre par une fente diamétrale qui passe par l'axe du cône actuel , n'offre plus qu'une trace à l'est et un indice à l'ouest par les tufs ponceux du Salvatore. La montagne, qui se présentait peut-être comme fig. 16, était, dit Strabon, d'une grande fertilité sur ses pentes; elle offrait un

Fig 15. Vue du Vésuve actuel. Fig. 16. Vésuve du temps de Strabon-

sommet tronqué en grande partie uni, entièrement stérile, d'un aspect brûlé, montrant des cavités remplies de crevasses et de pierres calcinas : d'où l'on pouvait conjecturer que ces lieux avaient été autrefois des cratères brûlants. Tout porte à croire que le cône qui seul porte aujourd'hui le nom de Vésuve , dont tous les produits sont différents des roches de la Somma, ne s'est formé que beaucoup plus tard , et probablement lors de la fameuse éruption de Tan 79, qui coûta la vie au naturaliste romain ; il s'est fait sans doute alors un conduit permanent au milieu des matières qui se sont élevées sous la forme de dôme, et que les scories subséquentes ont enveloppées, § 58. Cette catastrophe parait avoir alors produit peu de laves, mais un horrible bouleversement qui, suivant Pline le Jeune, précipita une grande partie de la montagne dans la mer, eC ensevelit Herculanum et Pompéi, non sous des torrents de matières fondues, comme on le dit vulgairement, mais sous des avalanches de débris ponceux qui existaient auparavant sur la pente de la montagne, car le Vésuve lui-même n'en a jamais produit un atome. Si toute la pente sud, tournée vers la mer, est maintenant oeeapée par des laves, il est évident qu'avant la formation du volpermanent elle était couverte de tufs ponceux dont on voit en- ]es traces en divers points, comme Test aujourd'hui jusqu'à une grande hauteur toute la pente extérieure de la Somma et même toute la Campanie, % 40.

Fig 11 Candvitiv

noua ne roultiplierona pas lea eumples, ^jnin mmat qm û cnvaaae qui a donoé lieu aux eBèts obtervés i^ttetne dan li proh^ dflur, et que la tranquillité se rittUit oompl^tamait, oobih m- MtMU Nwmo. Dans d'autreftÂrfonstancee, aéooatni», U n H< UD conduit permanent , soit lîtaiédiateinent , snt après plusiiiM aecoiuBes, et il s'établit quelquerois un fofsr contino d'icthilé, ai la lare bouillonne constamment, d'où sm dégagent iççiaiHmt des matières gazeuses etmbne d» seoiies: {ftÊteé M « Henà StromboU depuis la plus haute antiquité , % 60. Aillen^e oondifts'obatnie momentairiment dans la pirtie eupérienre ; mais 11 svffit du mo» dre eSbrt pour le débarrassw, on pcv produire une ooavdle ouverture dmile voisinage , par quelque fiasnie , qa s'aDas(om(»e avec le c«idutt,fiiDO^ r i Bg. 47. Dans tous les cas , il lpi^iMh< \ un centre de communicatioiii bcik di l'intérieur de la terre A l'exlérieBr,* c'est là ce qu'on nomme un voIssl % H. Ces Gommuoications sont peut-être dee préservatibaoaH la violence dea tremblements de terre, et l'on remarque snAt que, du moment qu'il s'opère une éruption quelque part, les i»cousses qui jusque-là s'étaient manifestées deviennent à la fiw moins fortes et moins nombreuses, ou même cessent entièrement. C'est ainsi que le tremblement de terre iteCaraces, en 4842, seter mina par l'éruption du volcan de Saint-Vincent dans les Aniilie; que les éruptions de JoruUo, du Monte Nuovo, terminèrent les tmblemenls qui riésoleient les contrées environnantes, etc. Par opposition, quand un volcan devient inactif, il semble que les traaibtoments de terre se déclarent : c'est ainsi qu'en 4 797, quand le vol» doPuracé, près de Popayan, eut cessé dejeter des Dammes et delt fumée, la vallée de Quito fut a^lée de violentes secousses. Les volcans sont donc comme des évenls naturels préparés par la Pro))dence pour prévenir le boulevCTsoraent complet du globe, et M rupture inévitable en pièces, qui, lancées dans l'espace, pourraiest y décrire de nouvelles orbites,

§ 15. érmfUmmm aana-BAi-lneii. — Ce n'est pas seulement I* milieu des terres que les pbénomènes volcaniques se manifesleiil; ils ont également lieu sous les mers. De nos jours nous avons vu ^ former ninsi l'île Jiili;i fn183l, jiii sud-ouest de la Sicile; Bcçosla»- "n 484(, dans l'nrdiipcl Alcuticn ; SalirinH, ot une autre qui neW

rHÊnOUÈNHS VOLCANlQiiBS ACTUELS.

pas dénammée , on 4814 , dans les Açoree, où , d'ailleurs, il s'en forma à difTérentes époques , suivant les narrations les plus authentiques. Il s'en éleva de même à plusieurs reprises autour do l'Islande ; et les relations diverses en indiquent paiement dans les Iles de la Sonde , dans les Philippines et les Moluques , dans tout le Grand Océan , dans les Ruriles , au Kamtschatka , etc.

§46. Volcand'Ujialaska. — Un des plus beaux exemples nous est Tourni par l'Ile qui s'éleva en 4796, à environ 10 lieues de la pointe septentrionale d'Unalaska, l'une des lies Aleutiennee. On vit d'abord une colonne de fumée s'élever du sein de lu mer ; puis apparut, à la surface des eaux , un point noir, du sommet duquel des gerbes de matières incandescentes s'élancèrent avec violence. Ce phénomène continua pendant plusieurs mois , pendant lesquels t'Ue s'accrut successivement en laideur et eu hauteur; plus lard il ne sortit plus que de ta fumée , qui cessa même tout à fait quatre ans après. Cependant l'ile coutinua encore & s'agrandir et à s'élever, sans déjection apparente; en 4806, elle formait un c^ne qu'on apercevait d'Unalaska , sur lequel il s'en trouva quatre autres plus petits du côté du nord-ouest.

% 47. Santorin.— La Méditerranée nous offre aussi un bel exemple d'éruptions sou^marines au centre de l'espace compris entre les Mes Sonfort'n , Therasiael .Jspronisi, fig. 18, qui, suivant les an-

ciens, apparurent au-dessus des eaux plusieurs siècles avant Jésus- Christ, à la suite de violents tremblements de terre. Dans celte enceinte 8*éleva d'abord Hiera, <86 ans avant notre ère, qui s'accrut ensuite par des îlots soulevés sur ses bords en < 9 , 726 , \ 427 ; puis se formèrent de même Micra-Kameni en 1573 , et Nea-Kameni en 1707, s'accroissant successivement en 1709 , 1711 et 171.2 , etc. Il ne s'est formé de cratère dans aucune de ces îles , et nous y voyons seulement une apparition de matières volcaniques , sous la forme de dôme, qui semblent avoir couvert l'orifice par lequel elles sont sorties. Il n'y a donc pas là de volcan suivant la définition que nous avons donnée, mais tendance peut-être à en former un par la suite. Le^ îles de Milo, Argentiera, Polino, PolicandroSy Poros, etc., sont formées des mêmes matières , et ont eu probablement la même origine ; c'est d'ailleurs ce que rapportent aussi les anciens historiens.

§ 48. €7e qui se passe dans ces phénomènes. — Ces phénomènes sous-marins sont annoncés par des matières incandescentes lancées au-dessus des eaux, par des scories et des ponces qui nagent à la surface, par des rochers brûlants qui apparaissent au milieu des flots de vapeurs et par le bouillonnement des eaux de la mer, dont la température devient alors très-élevée : c'est ce que nous ayons vu de nos jours à Julia, à Sabrina , etc., et ce que les auteurs indiquent avec les plus grands détails dans toutes les relations. Le père Gorée nous a donné celle de l'élévation de Nea-Kameni de Santorin, en 1707, et toutes les circonstances qu'il indique sont d'accord avec ce que Strabon, Pline , Plutarque, Justin , nous rapportent de l'apparition de Hiera au milieu des flammes et d'une violente ébullition des eaux de la mer.

Cependant les circonstances que nous venons d'indiquer ne se trouvent pas toujours toutes réunies. Quelquefois aucun rocher solide ne se présente au-dessus des eaux : c'est ce qui arriva au Kamtschatka , en 1737, où des jets de vapeurs, une grande ébullition de la mer, des pierres ponces nageant à sa surface , furent tout ce qu'on aperçut; mais quand on put approcher, on reconnut une chaîne de montagnes sous-marines , là où il y avait auparavant une profondeur de 200 mètres. Dans d'autres cas il n'y a pas même de jets de vapeurs ; le phénomène se manifeste par la chaleur des eaux et par l'élévation subite des dépôts qui existaient au fond des mers : c'est ce qu'on vit en 1820 à l'île de Banda , dans les Moluques , où la baie, qui avait plus de 100 mètres de profondeur, fut remplie par un soulèvement tranquille de matières compactes basaltiques préexistantes , § 312 i, qui formèrent un promontoire composé de

gros blocs entassés les uns sur les autres , sans autre phénomène accessoire que réchauffement des eaux.

§ 49. Il paraît même qu'après les éruptions il se fait souvent un soulèvement paisible et lent, comme nous l'avons indiqué à Tîle formée devant Unalaska, § 46, et comme il résulte des observations de M. Virlet à Santorin. En effet, entre Micra-Kameni et le port de Phira, 6g. 18, espace où se trouve une montagne sous-marine assez abrupte, il y avait, au commencement du siècle, 30 mètres d'eau au-dessus de la partie la plus haute ; mais il n'en restait plus que 8 mètres en 1830, et 4 en 1834. Il esta présumer qu'incessamment une nouvelle île, c'est-à-dire la pointe d'un nouveau cône, apparaîtra dans cette partie du golfe , et peut-être avec tous les phénomènes ignés qui se sont manifestés à diverses époques dans d'autres points de la localité.

Ajoutons que les îles qui s'élèvent à la surface des mers ne se conservent pas toujours indéfiniment. Beaucoup d'entre elles disparaissent après plus ou moins de temps, soit qu'elles se trouvent rasées plus ou moins profondément par les vagues , comme on le suppose pour l'île Julia, soit que leur masse s'enfonce dans des abîmes formés au-dessous d'elles ; c'est cette dernière circonstance qui eut lieu sans doute pour une île soulevée en 1719 près de Saint- Michel des Açores, et qu'on vit disparaître en 1723, laissant une profondeur de 133 mètres. Il y a mieux encore : à la place d'une île soulevée dans les mêmes parages, en 1638, on ne trouve plus aujourd'hui qu'un abîme sans fond.

§ 50. Cratères de «oulèvement. — Le premier effet d'une éruption est de briser avec violence la croûte terrestre sur la direction que les matières intérieures ont prise pour se dégager. Le terrain, quel qu'il soit, est d'abord soulevé sur une étendue plus ou moins considérable , ou bombé sous forme de cloche,' souvent fendillé de toutes les manières; bientôt, l'explosion se déclarant, il se fait, comme par l'action d'une mine formidable, une ouverture en forme d'entonnoir, par laquelle se dégagent souvent ensuite les matières gazeuses et autres qui ont causé l'événement, § 38 à 41 * C est à ces ouvertures initiales, qui peuvent avoir lieu dans toute espèce de terrain, qu'on a donné le nom de cratères de soulèvement, par la nécessité de les distinguer, dans la série des phénomènes volcaniques, de tout ce qui peut se faire ultérieurement. La butte ellemême qui se produit à la surface du sol, par ce premier effet, se nomme souvent cane de soulèvement , pour la distinguer des buttes analogues qui se forment aussi par l'accumulatiou d<i^ m'ôNXfeç^'s» "vtvcandescentes rejetées hors du volcan, § b%, \3^.

34 (.ÉOLOGIE.

§ 51 . caractères de cea ou^ertares. — Ce qui caractérise les cratères do soulèvement, et les fait reconnaître dans les lieux mêmes où il ne reste aucun souvenir d'éruption, c'est la disposition des couches du terrain soulevé, fort différente de ce qu'elle offre partout ailleurs. Ces couches se trouvent alors inclinées de toutes

parts autour de l'axe du cône, comme dans la coupe fîg. 49, se relevant de plus en plus de la base au sommet, et présentant leurs ¥\g. 19. Dispositions des coitches autour tranches abruptes vers l'intérieur

d'un cratère de soulèvement. ^q [g^ cavité. Le Monte NuOVO noUS

en offre un exemple en petit : la montagne s'est formée par soulèvement, § 40, s'est crevée au sommet en projetant au dehors des gaz et des matières incandescentes; et la cavité présente à son pourtour, sous l'inclinaison de 30 degrés, les diverses couches de terrain qu'on trouve déposées horizontalement dans tout le reste de la Campanie. Le demi-cirque de la Somma, § 42, présente le même fait dans les nappes inclinées de ses porphyres amphigéniques , et beaucoup de localités nous en offrent d'analogues.

Un autre caractère non moins important, et surtout utile quand les matières soulevées ne se divisent pas en couches, nous est fourni, dans les grands cratères de soulèvement, par les crevasses qui s'étendent du bord des escarpements jusqu'à la base extérieure de la montagne, et qui forment ce qu'on nomme des barancos dans les îles Canaries, où elles sont si remarquables; c'est ce qu'on voit parfaitement dans l'admirable carte de l'île Palma, dressée par M. de Buch, et dont nous donnons ici la réduction, fig. 20. L'un de ces barancos, beaucoup plus profond que les autres, se prolonge du pied de la montagne jusqu'au fond du cratère, comme on le voit sur la carte, et peut-être mieux encore dans la vue que représente la fig. 21 . Ce dernier caractère se voit presque toujours dans les

Tasacorte "«.•»■*'*•

Fig. 21. Vue de Vile Palma. ,

différentes localités où se sont produits de semblables événements, ainsi que dans la plupart des îles qui se sont élevées de nos jours au milieu des mers; souvent mémo il y a plusieurs vallées de la môme espèce.

PBÉNOMÈNES VOLCANIQUES ACII'ELS.

■^iB venons d'indiquer i'explosion comme déterminant la forma- ••b de la cavité cratériforme an sommet de la masso soulevée; Ipudaol il n'est pas probable que cette circonstance, qui s'applique ■xévénemenls du Monte Nuovo, do l'ile Saint George, etc., § 3it ' M, se soit constamment présenlt'e dans tous les cas; el même

3G GËOUKilB.

elle paraît in admissible pour certains cratères d'une vaste élendue que nous connaissons en un grand nombre de lieux. Mais cette expies 00 n est pas môme necessa re on conço t en effet qu apr£s certs ns crevassemenls fig 23 qui sont des rés I ats cor élat Ts des soulèvements §30 1 pussearrver ue to e es qu les rcat^

debout, et toutes les pointes allongées entre les fentes, se trouvent culbutées, soit au moment même, soit par une nouvelle action. Il en résulte dès lors une cavité libre, flg. 93, dont le fond est formé par l'accumulation de tous les débris, et dont la profondeur est en rapport avec la somme des vides formés par les fractures. D'un autre côté , il est clair que le soulèvement est produit par quelque matière, liquideou gazeuse, qui pousse la croûte terrestre et la force à se tumélier; or, s'il arrive que ces matières trouvent une issue quelque autre part, ou se retirent ailleurs dans les entrailles de la terre, la masse soulevée, se trouvant sans appui, peut s'affaisser en partie dans les abtmes laissés au-dessous d'elle, et par conséquent occasionner un vide immense au milieu de lagibbosité, qui n'offre plus alors qu'un massif évidé au centre et crevassé sur ses bords : c'est ce qui parait devoir être arrivé dans un certain nombre de cas, et notamment au massif de l'Etna, fig. 34 et 35, dont la pente orientale présente un vaste enfoncement nommé Val dei Bove, bordé de crêtes crevassées en divers points.

$ 53. Qu'on ne croie pas ce commentaire une pure spéculation théorique; nous avons un grand nombre d'exemples positifs d'effondrements comparabihs, en dehors même des effets produits par les tremblements de terre, g 30. Au sommet de l'Etna , il s'en est fait un de iOO mètres de profondeur en M3Î, et plusieurs autres ont été produits au commencement do notre siècle ou à la fm du précédent. Fréquemment il s'est fait tout à coup des lacs, quelquefois d'eau bouillante, par l'enfoncement subit du terrain à la suite des

PHfiKOHËNKS VOLCANIQUES ACTUELS. 37

éniptionB volcaniques, connue mi 1836 près de l'ancienne Câsarée de Cappadoce , en 1 820 d Saint-Michel des Açores, etc. 11 est arrivé même que de hautes montagnes volcaniqaes se sont affaissées subitement et ont él^ remplacées par des lacs profonds , comme le volcan de PapandayanâJava, en 1773, quien traîna quarante villaies dans ses flancs; comme aussi, en 1638, le pic des Moluques, qu'on apercevait jadis de 12 lieues en mer. Le sommet du Carguaraizo, dôme volcanique qui rivalisait de hauteur avec le Chimborazo , s'écroula en 1698; i! en fut de même du Capac-Urcu, également situé sur le plateau de Quito, peu de temps avant l'arrivée des Espagnols en jbnérique De tels faits, dont nous pourrions citer encore an assez grand nombre, suffisent certainement pour JustiGer les idées théoriqaee que dous avons exposées.

§ Si. Conflcariillon» et» lie* volcanl^aCB

différentes Iles volcaniques qui se sont formées çà et là sous nos yeux, au milieu des mers, nous présentent des circonstances tout i fait analogues à celles que nous venons de décrire. En effet, l'ile Sabrina , § 45, au moment de son apparition , çrésftnVa \\n u«.°

3» uilOLOGIB.

tërequU'ouvraitausud, ng. 36et37,et3eterniinailparunecrerasse

d'où sortait un courant (l'eau bouillante; l'île Juliadut offrir quelque chose d'analogue , d'après les narraliors , et c'est encore ce que montreun récit du capitaine Thayer. En effet, le 6 septembre 1835, au nord de la Nouvelle-Zélande, ce navigateur rencontra un rocher annulaire nouvellement foimé presque à fleur d'eau , au milieu duquel se trouvait une lagune n'ayant qu'une seule issue , et dans laquelle l'eau était brûlante.

Toutes ces îles paraissent n'être autre chose que des pointes de dames soulevées comme ceux d'Unalaska . de Santorin, soit instantanément, soit avec lenteur, et dont le sommet s'est crevé, comme au Moule Nuovo, g 40. Ce sont alors de véritables cratères de soulèvement, ou d'explosion, qui peuvent offrir des roches quelconques aussi bien que des tufs ou des scories. L'archipel des Adores, qui tant de fois a vu naître de semblables Iles du fond des mers, en présente une qui semble avoir échappé à la destruction pour montrer comment se sont formées toutes celles qui ont disparu. C'est le rocher de Porto de Ilheo, qui présente un vaste cirque dans lequel les vaisseaux viennent se mettre à l'abri, et dont les parois, élevées de 130 mètres, sont composées de tuf volcanique.

g 55. llca dlvcmea de néme forme. — Les phénomènes dont nous sommes ainsi les témoins nous conduisent à reconnaître l'Oi-^ine d'un assez grand nombre d'îles qui se trouvent dans nos mers, tant par l'analogio de leurs formes avec celles des lies que nous venons de citer, que par leur nature. Les unes sont en rorme

PBÉHOIIÉNES TOLCANIQUES ACTUELS. 39

(le fer à cheval , fig. 28, offrant une ouverture piua ou moins large par laquelle on peut pénétrer dans Q> l'intérieur du bassin profond qu'elles Q ronfermenl, et au centre duquel se ^^ trouvent quelquefois des buttes iso- ... lées volcaniques. D'autres nous pré-

iirFdt^"^'dt S^d"'"" ^'^^'^^ <•*» cirques complélement fermés, plus ou moins Écornés sur quelques points de leur pourtour, ou bien des groupes de petites dea-réuDJes circuiairement qui sont plus ou moins saillantes audesBas des eaux. Ce sont autant de circonstances qui rappellent tai ffiHrants faits que nous venons de citer.

S M. Ettefa pAatérlcura >u ■aulèrcmetil. — Les cratères de soulèvement sont quelquefois restés tels que le premier événement les a produits; mais souvent aussi divers phénomènes volcaniques s'y sont postérieurement manifestés , en différents temps et de diverses manières. C'est ainsi que le cône du Vésuve, g 13. Sg. 1S, s'est formé en 79 , dans l'ancien cratère de soulèvement de h Somma; que le pic de Ténériffe se trouve dans un cirque dont ks parois verticales s'élèvent de 300 à 600 mètres; que le volcan deTaal, dans l'ileLuçon, l'une des Philippines, est placé au centre d'un bassin rempli d'eau , et entouré de rochers élevés qui ne laisnnt qu'un seul passage pour entrer, etc.

Quelque chose de semblable se présente daus le golfe de Benple, à l'Ile Barren, reconnue en 1787. C'est un vaste cirque, ^.39, formé de hautes montagnes, dans lequel la mer pénètre

iM». 2». Vue de Vllt Barrtti dam le golfe de Bengale.

par une seule ouverture, et dont le centre est occupé par un volcan de 600 mètres de hauteur, qu'on trouva en pleine activité an moment de la découverte.

•iO GÉOLOGIE.

§ 57. Les îles Santoria, Theresia, Alpronisi, § 47, paraissent aussi appartenir aux bords d'un vaste cratère de soulèvement; d'un côté , les anciens les citent comme étant apparues longtemps avant Tère chrétienne , à la suite de violents tremblements de terre ; de l'autre, elles offrent des couches inclinées en dehors, fîg. 30,

Fig. 30. Coupe de Santorin et des îles adjacentes.

qui présentent leurs tranches abruptes, § 54 , vers la partie centrale de la baie. Or, c'est au milieu de ce cirque , dont la profondeur est considérable sur les bords, que se sont produits tous les phénomènes volcaniques subséquents, qu'ont apparu successivement les sommets des cônes qui constituent les trois Iles modernes , § 47, et que se préparent encore des éruptions nouvelles, § 49.

§ 58. Diverses époiiues de la formation d'im TOleaB* —

Il faut souvent distinguer, dans une montagne à volcan, plusieurs parties différentes, qui correspondent chacune à une époque particulière et à un mode spécial de formation. La première gibbosité est, en général, l'effet d'un soulèvement du sol préexistant, dont la nature peut être quelconque. A la suite, il se fait tôt ou tard un crevassement qui produit soit un cratère de soulèvement, soit un dôme de matière pâteuse, § 41 , distingué nettement de la première butte, par l'étendue comme par la forme, au milieu duquel il reste souvent une cheminée permanente. C'est alors que peut commencer un troisième effet , celui de la formation d'un cône terminal , au moyen des matières scoriacées soulevées par le bain de lave dont le conduit se remplit; ces matières se trouvent poussées sur les bords de l'ouverture, ou lancées dans les airs d'où elles retombent autour du centre d'éruption , s'accumulant alors en cônes sous les pentes maximum de 30 à 35**. Ces scories se ressoudent vers l'intérieur de la cheminée, qu'elles rétrécissent alors de plus en plus par des encorbellements successifs et dont elles masquent ainsi le diamètre véritable.

11 est rare qu'on trouve ces trois sortes de formations réunies dans un même volcan ; mais on reconnaît toujours la gibbosité produite par soulèvement, et l'une ou l'autre des buttes secondaires. A Ténériffe, un dôme crevé au sommet s'est élevé au milieu du cratère

PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES ACTUELS. 4l

de soulèvement. Au Vésuve proprement dit, d'après Tinvariable solidité de la base et diverses autres observations, on peut soupçonner dans le cône actuel, un noyau central produit à la manière d'un dôme en 79 , puis enveloppé de matières incohérentes, et au sommet duquel il s'est formé un véritable cône de scories qui seul a subi diverses modifications successives. Â TEtna, fig. 24, on distingue clairement la gibbosité primitive, offrant des nappes de laves anciennes soulevées au milieu de la surface légèrement bombée que présente toute cette partie de l'île : elle est terminée par une surface presque plane, le Piano del Lago , au milieu de laquelle s'élève le cône terminai de scories, circonscrit régulièrement de tous côtés, et séparé nettement de la base sur laquelle il s'est formé. Sur les pentes se présentent des petits cônes d'éruption , qui se sont depuis formés çà et là à diverses époques, et qui ont contribué au bombement de tout le terrain d'alentour.

§ 59. irarlatlons du cdne terminal. — Il est clair que des

cônes de scories, construits comme nous venons de le dire au-dessus des gouffres volcaniques, ne peuvent avoir que peu de solidité : aussi changent -ils souvent de forme à chaque éruption; fréquemment il s'en écroule des lambeaux plus ou moins considérables, et de là des cônes profondément ébréchés de toutes les manières. Dans d'autres circonstances, toute la masse est engloutie à la fois dans les abîmes qu'elle recouvrait , puis elle se réédifie par les éruptions subséquentes : c'est ce qui est arrivé au cône terminal de l'Etna, qui a disparu plusieurs fois complètement, laissant un immense soupirail sans parapet au milieu du petit plateau qui termine la gibbosité initiale. Au Vésuve, il n'y a jamais eu, à ce qu'il paraît, que la partie terminale même du cône général qui se soit modifiée, ce qui semble indiquer que le reste de la masse a été formé d'une autre manière. Il arrive aussi que l'édifice s'élève de plus en plus, ce qui semble résulter de l'injection des laves dans les fentes qui s'y forment au moment des éruptions.

§ 60. Intérieur des cratères. — L'intérieur des cratères n'offre souvent que peu d'intérêt à l'observation. Après les éruptions, pendant lesquelles on ne peut approcher, ces cavités, de forme conique, dont le diamètre supérieur est plus ou moins considérable, dont le fond paraît souvent formé par une calotte de lave consolidée qui couvre la cheminée principale, ne présentent ordinairement que des jets de vapeurs sulfureuses, qui se dégagent des fissures du sol, des interstices des blocs éboulés, ou de divers petits cônes soulevés çà et là. Quelquefois on observe uu ovi ^Vxsssaw'^ gouffres, tantôt remplis de vapeurs qui se déa^aç^'ôTvV eo\AAW\<^\««NS.\^

42 GÈOLOGII.

^t laisi^nt voir ^rfci? la lave incandescente à la profondeur ; tantôt s::er.rirL\ et <'b.?cur?. capables d'inspirer la terreur, mais sans rien tiirv a rirr:ii-inat::n. «ans porter le moindre intérêt à l'observation. Dan? les l».n--5 intervalles des crises, les traces de volcanicilé disparai?èent souvent tout à fait: dans certains cas même, les parois des cratères ^*:• o livrent de \ègétation. comme on le rapporte du Vésuve avant rérLptkn tle 1631.

Il y a cependant quelques observations qui méritent d*ètre rapportées. Le cratère de Stromboli . en activité continuelle depuis les temps les plusancien?. présente encore aujourd'hui des phénomènes iilentiques avec ceux qui ont été décrits par Spallanzani en 4788.D est constamment rempli de lave en fusion, qui , sans intemiptioD, >'éleve et s'abaisse succt^sivement dans la cavité. Parvenue à 8 oa I u mètres des bords, cette lave se gonfle, se couvre de grosses bullei, <{ui bientût éclatent avec fracas, en laissant échapper une énora» quantité de gaz . et projetant des matières scoriacées de tous oâlél. .. Elle s'abaisse bientôt après l'explosion, puis elle remonte pour iil||[ produire les mêmes effets, qui se répètent ainsi régulièrement àd#inter^-alies de quelques minutes. f ?

3 6t. Si la lave de Stromboii était moins fluide, on conçcnt qu^ *' par\'enue à sa plus grande hauteur, elle pourrait s'arrêter, prendre la forme bombée, se consolider en dôme plus ou moins élerë; et qu*alors. s'il se faisait une explosion, il pourrait se former un nouveau cône à cratère au milieu de l'ancien. Cela nous explique ce qui est arrivé fréquemment au fond des cratères , et par exemple au Vésuve, fig. 31. ou se sont élevés des dûmes qui ont subsisté pliB ou moins de temps, se sont ensuite crevés, ont donné passage à (te laves, et ont lini par s'écrouler dans les abîmes restés au-dessous 1 deux. CiTlains cratères dont le fond présente une assez grande étendue renferment souvent des collines plus ou moins hautes, qui ont ou probablement une origine analogue à celle que nous vcnon* d'indiquer; soit qu'une lave, arrêtée sous forme de calotte à une i certaine hauteur, ait été gonflée en ditTérents pointas, soit que des soulèvements aient ou lieu dans les matières divei-ses qui avaient : comblé la cavité.

§ 62. Quelquefois, au lieu de lave, on trouve au fond des cratères du soufre en ébullition. comme à Vulcano, ou sur une plus grande échelle au volcan de Taal , dans l'île Luçon, g 56, et à celui d'.Azufral , au nord de (juito, dans les Andes; on y cite aussi dis collines, et même des dômes (le soufre , comme M. Boussingault l'a ob^ervé au volcan de P.isto.

'^ G.'J. Un des rniliMVS los plus remarquables et les plu> Mi^U's

PHÊNOMÊiflS VOLCANIQDBS AC1TBLS.

Flg. îi. Crnltrr urfi

que nous connaissions est celui de la monlagne de Kirauéaii , daiid l'Ile d'Havaï, l'une des Sandwich, dont !e sommet est à i 178 inèlres. Cette immeose cavité, à laquelle on a donné 3 à 4 iieoes de tour, offrait â l'intérieur, en 1840, troig étages plus ou moins abnipls, dont le plus central avait 335 métrés de hauteur, tout remplis ae fis- :<ures par lesquelles s'échappaient des vapeurs sulfureuses. Au dire des habilanls, cette cavité descendait autrefois Jusqu'à ta mer, qui y laissait filtrer ses eaux, cl présentait alors quatre étages, dont le plus bas est aujourd'hui comblé par les matières volcaniques. Il paraît même que trois ont été successivi-ment remplis, et qu'en 1 835, il n'en restait plus qu'un ; mais il y aura eu ensuite des elTondrementâ successifs. Le fond du dernier escarpement était, en t8i0. comme une immense chaudièro remplie de laves en fusion, tautùl assombries par les scories qui les couvraient, tantét éclairées par des coloRnesjaillissanles de feu, des lacs et des rivières de matièi-es fondues, à ta surface il clique lift* les scories nageaient comma lii^sS*çoDa, Plusieurs cônes étaient en pleine aclivilé AwifevwUe fcTvc«i\\\\.i- -

§ 64. Solfatares. - Il existe un grand nombre de cratères qui, depuis longtemps, sontréduitsàdesdégagements plus ou moins abondants de gaz, ordinairement sulfureux, qui s'échappent des fissures du sol , et souvent avec de la vapeur d'eau. C'est de là qu'on a tiré le nom de solfatares, par lequel on désigne les divers lieux où ces phénomènes sont plus ou moins développés. Il en est qui paraissent avoir toujours été dans cet état : telle est, par exemple, sur la côte de Naples, la solfatare de Pouzzoles, vaste cratère de soulèvement, § 468, au fond duquel se trouvent des roches volcaniques journellement décomposées par les vapeurs. Cette solfatare remonte à la plus haute antiquité, et parait avoir présenté rarement d'autres effets que ceux qu'on y observe aujourd'hui. Dans les moments de repos, les cratères des volcans deviennent des solfatares plus ou moins énergiques.

Il n'est pas rare de trouver le fond des cratères et des solfatares occupé par un ou plusieurs lacs qui sont fréquemment d'une grande profondeur. Les eaux qu'ils renferment sont quelquefois assez pures, mais souvent aussi elles sont chargées de sels divers, ou même d'acides sulfureux et sulfurique, comme on le voyait au volcan de Teschem, ou mont Idienne, dans l'île de Java , avant 4847, époque où cette montagne fut entièrement bouleversée par l'action des gaz, comme nous le verrons plus tard, § 78.

§ 65. Commeneement des éruptions. — Il ne faut pas confondre les émissions continuelles de gaz ou de matières scoriacées de certains volcans, comme le Stromboli , § 60, avec les éruptions, qui sont des événements subits, heureusement passagers, amenant souvent la désolation dans toute une contrée. Lorsqu'une éruption se prépare, elle s'annonce ordinairement par des tremblements de terre, à la suite desquels elle se déclare avec plus ou moins de fracas. S'il existe un volcan dans la contrée, il commence par lancer des fumées abondantes composées de gaz divers et de vapeurs d'eau, puis des matières pulvérulentes dont la quantité devient quelquefois immense, et qu'on nomme cendres volcaniques; il s'y joint ensuite, et souvent dès le principe, des fragments de pierres poreuses incandescentes nommées rapilli ou lapilli , et pouzzolanes, des blocs plus ou moins considérables de matières solides qui sont quelquefois lancés à de grandes distances , en6n des portions de matière fondue arrachées à la lave dont le cratère est rempli, et qui , s'arrondissant par leur mouvement dans l'air, forment ce qu'on nomme les bombes volcaniques. Il résulte de tout cela, au milieu de détonations violentes, d'immenses gerbes de matières lancées à de grandes hauteurs, éclairées par la ré\erbération de la lave en fusion, de ma-

nière à figurer des flammes, et dont les parties retombent plus ou moins loin du foyer, suivant leur poids et leur force d'impulsion. Les cendres, les rapilli ou les ponces produisent alors dans les environs du volcan, quelquefois même au loin, des dépôts considérables qui forment ce qu'on nomme des tufs volcaniques j des tufs ponceux, des conglomérats divers.

Les vapeurs et les cendres lancées des volcans forment quelquefois des nuages énormes, souvent assez épais pour intercepter la lumière du soleil et couvrir de ténèbres toute une contrée. Ces nuages, poussés par les vents, sont portés parfois à de très-grandes distances; ainsi, en 1794 , les cendres du Vésuve furent poussées jusqu'au fond de la Calabre, et l'on trouve dans Procope que pendant l'éruption de 459, elles furent portées jusqu'à Constantinople; en 4812, celles du volcan de Saint-Vincent, dans les Antilles, furent portées à Test jusqu'à la Barbade , et y répandirent une telle obscurité qu'en plein jour on ne voyait pas à se conduire ; en 4845, celles de l'éruption de Sumbawa furent portées jusqu'aux îles d'Amboine et de Banda , à 290 lieues.

On ne peut voir ce qui se passe au fond des mers dans les éruptions sous-marines ; mais il est clair que les projections de matières terreuses, de rapilli ou de ponce ne peuvent être moins considérables, puisqu'on en voit presque toujours des quantités énormes à la surface des eaux pendant les moments de crise , et que, dans les parties de terrain soulevées , on aperçoit distinctement des dépôts de tufs volcaniques , de tufs ponceux et de conglomérats, tout à fait semblables à ceux qui se forment à la surface des terres.

§ 66. ApparUion des matières fondues. - Les phénomènes

que nous venons de citer sont quelquefois les seuls eflfets de l'éruption; mais souvent ils ne sont que les avant -coureurs, ou les annexes de l'expulsion des matières en fusion, qui bientôt apparaissent sous différentes formes. Quelquefois ces matières, en masses. pâteuses, s'élèvent en dômes au-dessus de l'orifice même qui leur donne issue . et constituent des montagnes plus ou moins élevées , tantôt pleines, tantôt perforées verticalement au centre, susceptibles quelquefois d'être poussées de plus en plus au dehors : c'est ce qui est arrivé à Jorullo, § 44 , ce qui s'est passé à Unalaska, § 46, et se passe encore dans le golfe de Santorin, § 49, et ce qui dut avoir lieu dans un grand nombre de localités que nous connaissons.

Dans d'autres circonstances le cratère antérieurement formé au sommet d'un volcan se remplit complètement de matières fondues ; celles-ci en écornent bientôt alors une partie plus ou moins ^ïqfondément, puis se déversent en torrents qui s\\\OTiTiÇiûX.\fe^'axiR'^'î>

la montagne et s'écoulent jusque dans la plaine où elles s'étendent plus au moins.

Ailleurs , et surtout lorsque le cône se trouve déjà à une grande hauteur, comme à TEtna, à TénérifiPe, dans les volcans des Andes, etc., c'est rarement par le cratère terminal que les matières fondues se dégagent. Il se forme sur le flanc de la montagne , à son pied, ou dans la plaine environnante, quelquefois même à de grandes distances , des crevasses plus ou moins larges , qui se trouvent toujours dans un plan vertical passant par Taxe de la cheminée principale , et c'est par là que les matières liquides se font jour à la surface du terrain, § 43. Quelquefois la fente donne immédiatement issue à la lave par tous les points de son étendue , mais le plus souvent il se produit, sur sa direction , un ou plusieurs cônes successifs par lesquels la matière en fusion s'échappe. Il arrive même qu'il se fait ainsi de ces cônes adventifs sur plusieurs crevasses à la fois, soit immédiatement, soit successivement, et que tout le terrain s'en trouve couvert.

§ 67. Forme de« eonrants suivant les pentes. — S*il arrive que les crevasses d'éruption se fassent au pied du volcan , dans un pays plat , la lave qui en sort s'étend en larges nappes horizontales au milieu de la plaine : c'est ce qui eut lieu en Islande en 4783 ; des crevasses se formèrent dans la plaine au pied du Skaptar-Jokul , haute montagne volcanique de la contrée , et il s'en échappa un volume immense de matières en fusion. Celles-ci s'étendirent immédiatement sur le terrain , dont elles couvrirent plus de 80 lieues carrées, remplissant tous les bas-fonds et formant un vaste lac de feu dont la profondeur était considérable.

Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi ; l'écoulement se fait souvent sur des pentes plus ou moins inclinées , et les laves forment à leur surface de véritables courants, plus ou moins longs, dont une partie reste sur le terrain, par suite du refroidissement, et comme témoin de leur passage. Après sa sortie du sein de la terre , la matière en fusion se refroidit bientôt à l'extérieur, se solidifie , en se ridant et se gerçant de toutes les manières, et acquiert ainsi une croûte, ordinairement poreuse , dont l'épaisseur devient de plus en plus considérable. Celte croûte empêche le liquide , ou la pâte qu'elle enveloppe , de s'étendre en largeur, et permet dès lors au courant de conserver une certaine épaisseur; de plus» elle préserve , par son peu de faculté conductrice , la partie inférieure de la lave contre le refroidissement , qui par là peut devenir extrêmement lent. On a vu, en effet, des laves rester liquides ou pâteuses, et conserver une tempéralxirelifes-^Vesè^è. l'intérieur, pendant des

temps très-considérables ; les auteurs en indiquent qui coulaient encore , sur des pentes très-faibles , dix ans après leur éjection , et l'on en cite même à l'Etna qui répandaient des vapeurs vingt-six ans après leur émission du sein de la terre.

Si , après le refroidissement extérieur, la source volcanique continue à fournir, l'écoulement se fait dans le sac consolidé qui s'est formé ; sac qui se tourmente alors de toutes les manières , se disloque et se rétablit successivement : de là, torsion, cordellement , irrégularités diverses dans le courant. Quand la source vient à tarir, la matière qui en est sortie continue à s'écouler dans le sac qui la renferme; mais celui-ci s'aplatit successivement, et le milieu s'affaisse en laissant un bourrelet plus ou moins élevé sur ses bords : c'est ce qui se manifeste d'abord à la partie supérieure de la coulée; puis successivement jusqu'au point où la matière liquide , devenant de

plus en plus visqueuse , n'a plus la force de tirer après elle les parties solides qui se forment , de les briser et de les pousser en avant. La lave s'arrête alors au fond du sac, qui se termine

Fig. 32. Culot de lave arrêté sur une pente, par un Culot plus OU moinS épais,

tig. n.

§ 68. Il est à remarquer que , quand la pente du terrain sur lequel la lave s'écoule est fort inclinée, la matière, liquide ou pâteuse, forme toujours un courant étroit et de peu d'épaisseur, une lanière seulement sur le flanc de la montagne. Lorsque la source se tarit, il ne reste à la surface du sol , derrière le torrent écoulé , que la pellicule solidifiée de sa surface, qui présente alors une couche mince de matière poreuse , en fragments incohérents , plus ou moins contournés. Les laves pierreuses , susceptibles de prendre la structure porphyrique, ne laissent même presque rien sur des pentes qui s'abaissent jusqu'à 7 à 8 degrés , et ce sont toujours des matières poreuses extrêmement disloquées. Il résulte de laque ce n'est pas par l'écoulement des laves à la surface, comme on le dit quelquefois , que les cimes volcaniques peuvent s'être accrues, et avoir pris surtout cetle forme élancée que nous voyons fréquemment ; c'est dans des soulèvements, dans des émissions de matières pâteuses restées sur place, dans des injections subséquentes de laves dans les flancs d'un cône antérieur, § 59 , qu'il faut en chercher l'origine; les déjections sous forme de lave ou de scories incohérentes, en s'accumulant vers leur base, tendent plutôt à diminuer la saillie qu'à l'augmenter.

Sur des pentes de 3 à 5 degrés, où la vitesse se ralentit beaucoup, le courant s'élargit et se gonfle tout en cheminant ; mais dans ce cas récorce augmente aussi d'épaisseur et de solidité , et il se fait alors de violentes dislocations dans le sac pierreux qui enveloppe la matière liquide; les morceaux qui en résultent se soulèvent à la surface du courant , se culbutent les uns sur les autres , tiraillés qu'ils sont par la pâte encore eu mouvement à laquelle ils adhèrent, et le dépôt qui reste successivement en arrière présente alors une irrégularité extrême.

C'est seulement quand la matière arrive sur des pentes extrêmement faibles, de moins de J degré, c'est-à-dire sur un sol presque horizontal , qu'il s'établit un équilibre entre la résistance du sac solide et la tendance au mouvement que possède la partie liquide ; la lave s'arrête alors d'elle-même après s'être étendue sur un certain espace , et forme une galette plus ou moins épaisse dont la surface devient sensiblement unie : c'est ce qui arriva sur une grande échelle dans l'éruption d'Islande , en 1783 , où la lave s'arrêta en plusieurs points, et forma des plateaux abrupts d'une grande épaisseur.

Toutes ces circonstances varient en général suivant la nature des matières sorties du sein de la terre, leur état de fluidité, et leur facilité à se consolider plus ou moins promp.tcment. Il y a des produits tellement pâteux qu'ils ne peuvent même couler et qu'ils restent sur l'ouverture , comme il arrive à certains trachy tes , § 71 et 191, qui forment alors des dômes plus ou moins élevés. D'autres, comme diverses obsidiennes , qui paraissent se refroidir et se consolider promptement, s'arrêtent quelquefois sous la forme de grosses larmes sur des pentes même assez fortes, comme au sommet du Ténérifie. Au contraire, les laves pierreuses, qui se refroidissent lentement et restent longtemps fluides , ne s'arrêtent que sur un sol horizontal ; ce sont elles qui présentent surtout les variations que nous avons indiquées.

§ 69. Variations d'une même lave atulvant les pontes. —

Il est clair, d'après les détails qui précèdent , que les laves ne peuvent s'accumuler sur une certaine épaisseur, et en nappes uniformes, que sur un terrain sensiblement horizontal; partout ailleurs elles forment ou des lambeaux à surfaces creuses, minces dans leur partie supérieure et plus ou moins épais à l'endroit où ils se terminent en culots, ou bien des dépôts disloqués dont les fragments sont bouleversés de toutes les manières. Pour peu qu'un courant ait une certaine étendue, on peut, dans sa longueur, reconnaître tous ces caractères , suivant l'inclinaison des pentes sur lesquelles il

PHÉNOMÈNES YOLCANIQirES ACTUELS. 49

a coulé. Or, la structure intérieure de la lave est aussi en rapport a\ec sa disposition extérieure. Les traînées qui restent derrière le courant, sur une pente très-inclinée, présentent des parties minces, scoriacées , cordeîées, toujours très-poreuses. Sur des pentes moins fortes , la surface des pièces est plus unie , et les pores deviennent plus petits; sur les pentes do 3 à 5 degrés, les parties disloquées offrent des plaques plus ou moins épaisses , dont la structure poreuse présente une certaine uniformité , et dont le centre devient quelquefois un peu plus compacte, si Tépaisseur est suffisante. Lians les grandes coulées qui ont pu s'accumuler dans la plaine sur une grande épaisseur, ou qui ont rempli des bas-fonds , toute la partie inférieure se prend en masse compacte plus ou moins cristalline, souvent porphyrique, § 342 n, parce qu'alors elle se refroidit lentement et tranquillement; dans ce cas. elle se divise souvent, sur toute sa hauteur, en colonnes à pans , généralement normales aux surfaces refroidissantes , et la partie supérieure seule est poreuse sur une épaisseur plus ou moins considérable : c'est là ce qu'on voit au Vésuve, à l'Etna, partout où la lave présente une grande épaisseur, et en Islande , dans l'immense dépôt formé par l'éruDlion de 1783.

§ 70. Courant» «uperpoitêA. — Il est arrivé quelquefois que les courants de diverses époques sont venus se rendre dans les mêmes bas-fonds, et se sont superposés. Dans ce ras, ils sont séparés les uns des autres par la partie poreuse qui termine chacun d'eux , quelquefois aussi par des cendres , des rapilli , des tufs volcaniques lancés du volcan dans l'intervalle dos coulées. Les parties poreuses, aussi bien que les couches terreuses intercalées, deviennent trèsminces lorsque deux coulées se sont succédé à peu do temps l'une de l'autre, comme dans les diverses coulées du Jokul, en Islande; la masse totale se compose alors d'assises horizontales entre lesquelles on apcr^'oit à peine une séparation.

§ 71 . FiionM de lavcn. --^ Il arrive fréquemment, comme nous l'avons dit, § 60, que dans les éruptions volcaniques il se forme sur les flancs do la moiitaç;no des crevasses plus ou moins larges, par lesquelles la lave se fait jour à la surface du terrain. Ces crevasses se font remarquer longtemps après leur formation, soit parce qu'elles sont restées en partie ouvertes, soit parce que les rapilli qui les ont comblées ont laissé, on se tassant, une espèce de fossé que l'on peut suivre facilement. On les reconnaît ailleurs à de petits elTondrements partiels et cratériformes de ces débris, § 52, 102, qui sont tous dirigés sur la môme ligne; quelquefois aussi on distingue sur les bords des bourrelets de scories qui sont sorties \)ewdaL^\. 'o^'^Na.

lave bouillonnait dans Tintérieur; enfin elles présentent aussi des traînées de laves qui lient entre eux les différents cônes d'éruption formés sur leur direction.

On ne peut douter que ces crevasses ne soient souvent restées en partie remplies par les laves auxquelles elles ont livré passage, et n'aient donné lieu par conséquent à des filons. La conclusion paraît évidente, dans le cas où les coulées se sont étendues par-dessus la fente, sous la forme de nappes , comme dans l'éruption d'Islande que nous avons tant de fois citée; mais il est presque impossible de la vérifier par l'observation dans les volcans actuels, dont nous ne voyons que la superficie. Il faudrait en voir la partie inférieure, ce qui ne peut avoir lieu que dans les anciens dépôts volcaniques soulevés et morcelés de différentes manières, comme il en existe çà et là sur les continents, ou dans les cratères de soulèvement. On en voit , en effet , dans les escarpements qui forment l'enceinte de la Somma, § 42 , le cirque de TénérifiPe , les flancs du val del Bove à l'Etna, § 52, 58, etc., où ils traversent tantôt des dépôts de rapilli et des tufs consolidés nettement caractérisés, tantôt des laves plus ou moins cristallines, et souvent l'une et l'autre de ces matières. Fréquemment une nappe de laves mise au jour se trouve en communication évidente avec un filon qui, après avoir traversé tous les dépôts inférieurs, vient se terminer au milieu d'elle, fig. 33 ;

Fig. 33. Fig. 34.

Nappes de laves correspondant à des filons.

et il n*est pas rare de rencontrer, les unes au-dessus des autres, plusieurs nappes dont chacune correspond à un filon particulier, fig. 34, auquel elle doit sans doute son origine; le plus récent de ces filons étant celui qui a traversé tous les dépôts successifs pour former le dernier.

§ 72. wikes. — La matière qui constitue les filons est rarement poreuse, si ce n'est quelquefois vers les parois de la roche qui l'encaisse ; elle est même fréquemment à grains plus fins que les nappes dans lesquelles le filou vient aboutir; la masse en est quelquefois divisée en prismes perpendiculaires aux parois de la fente, qui ont été alors les surfaces refroidissantes. Cette matière résiste en général assez facilement aux influences atmosphériques, et il arrive souvent que, la roche environnante étant dégradée, enlevée par

PHiNOHâNBS V0LC4MQDIS ICTUELS. 51

les agents exlérieurs, If Hlon reste en saillie sur l'eecarpemenl , fi|^. 35, ou même au mil.eu (tes champs, comme une muraille plus ou moins élevée; c'est cette derniËre circonstance qui a fait employer en Angleterre le nom de tUke [digue, chaussée], admis dans la science (prononcez dtigue], qu'on a appliqué plus tanl aux filons mêmes.

§ 73. EsilMallaM de l'énersie T*lc«Dl<|ue. — En voyant d'Immenses terrains soulevés, tantdt subitement à la suite des tremblements de terre, lantât avec lenteur pendant une longue suite d'années, on ne peut douter que l'action qui s'exerce de l'intérieur de la terre au dehors ne soit très-puissante. Or les effets volcaniques nous permettent d'apprécier cette action d'une manière assez positive, non pas par l'énergie des explosions qui se manifestent quelquefois , et que nous ne pouvons mesurer, mais par la hauteur que les laves atteignent en diverses circonstances dans leurs conduits verticaux. 11 est certain qu'au Vésuve et à l'Etna les laves sont quelquefois sorties du cratère même , que des courants d'obsidienne se sont fait jour près du sommet du pic Ténérifie, et peut-être même de l'Antisana dans la province de Quito. Or, le cratère de l'Etna est à 3300 mètres au-dessus des mers , le pic Ténériffe , à 371 0, le sommet de l'Antisana à 5833; il est donc facile de calculer eu pressions atmosphériques le poids de la cotoime de lave que la fort^u ' intérieure a dû soutenir pour la déverser à c«s hautcu». Si cette colonne eût été de l'eau, ce liquide se tenant à 10"', 5 par la pression atmosphérique , il faudrait plus (le 300 atmosplières pour le soutenir au sommet de l'Etna, plu^ de 350 au pic de Ténériffe, plus de 650 à l'Antisana, Mais le poids spécifique des laves, du moins à l'état solide, étant entre i et 3, il a fallu pour rÉlna entre 600 et 900 atmosphères, pour l'Antisana entre 1000 etIGOO. Qu'on juge des effets qu'une telle force doit produire, par l'énei^iu des machines à vapeur, dont les plus puissantes ne comportent pas ordinairement plus de 4 à 5 atmospliéres, et dont ou n'a guère fait au-dessus de 10.

% 1i. Kature dea prodnlM valcaal^uea aal|d«B. — Toutes les matières solides, que les volcans produisent en grande quantité, se rapportent au groupe des silicates, généralement aui: t.\V\>^\«& anhydres, et surtout à la division de ceux (^vi'ow % ^aSa MavJwiï».-

dus sous le nom de feldspath , qui en forment la masse principale. Ce sont en général des roches composées de matières plus ou moins mélangées, dont il est souvent difficile de déterminer la base, et qu'on ne peut , en conséquence , classer rigoureusement ; on est donc obligé de recourir à des divisions artificielles , dont nous indiquerons les principales. Il faut distinguer :

4 ® Le trachyte, roche souvent âpre au toucher, comme son nom rindique , composée principalement d'albite , tantôt compacte , d'un éclat céroïde ou vitro-résineux , et quelquefois terreuse , tantôt cristalline, dont la masse est finement poreuse, renfermant presque toujours des cristaux des mêmes substances et souvent de la hornblende et du mica noir.

Telle est la nature des roches qui constituent les montagnes formées dans le golfe de Santorin, quelques masses soulevées sur les bords de File de Ternate , les sommités de TénérifiTe , et un grand nombre de cônes ou de dômes dans différents volcans ; rarement le trachyte fait partie des coulées ou des nappes dans les volcans actuellement brûlants.

2"* Vobsidienne, matière homogène , vitreuse , de diverses coaleurs , qui se rapproche de l'une ou de Tautre des matières feldspathiques; susceptible , le plus souvent , de se boursoufler beaucoup lorsqu'on vient à la fondre; passant à une ponce tantôt boursouflée, tantôt à petits pores allongés qui déterminent une sorte de structure fibreuse et un éclat soyeux.

Cette matière a été vomie en abondance dans les îles de Lipari , à Ténériffe, dans les volcans des Andes, partout, en un mot, où les bouches volcaniques se sont ouvertes dans les trachytes. Les éruptions sont accompagnées de ponces qui sont rejetées en fragments nombreux ; les coulées s^arrétent souvent en culots épais sur des pentes très-rapides , comme à Ténériffe.

3*» Les laves compactes, niu l'ère à base compacte de couleur foncée, formée souvent de labradorite, quelquefois de sodalite, renfermant des cristaux des mêmes matières, ou en général des substances feldspathiques, qui donnent à la masse une structure porphyrique plus ou moins distincte. On y trouve assez souvent des cristaux de pyroxène, mais rarement de Tamphibole, quelquefois du mica noir, et, quoique rarement, du péridot.

Ces matières constituent le centre des courants épais , la partie inférieure des amas qui se sont formés dans les bas-fonds, et qui se divisent assez souvent en colonnes prismatiques.

4"* Les laves poreuses ou scoriacées , qui sont de même nature que les précédentes, mais où l'on distingue plus rarement les cris*

PHSK0SIK5ES YOLCANIQTES ACTTELS. 53

taux empâtés, et qui offrent la structure poreuse ou cellulaire. Ces matières constituent la partie supérieure des dépôts épais , Tenveloppe des courants, et les traînées qui sont restées à la sur&ce du terrain sur lequel les laves ont coulé.

5** Les pouzzolanes, les tufs volcaniques, amas de petits fragments scoriacés, ou rapilli, accumulés autour des volcans, ou de matières terreuses qui en renferment une quantité plus ou moins grande. Les tufs ponceux sont formés de fragments de ponces, et les conglomt» rats trachy tiques de fragments de trachyte, liés entre eux par un ciment tantôt cristallin, tantôt terreux.

6*" Il faut ajouter les scories en larmes, en stalactites irrégulières, éparses à la surface des volcans, et les bombes volcaniiques qu*on trouve quelquefois à d'assez grandes distances.

Nous verrons plus tard, § 480, 497, 342, diverses espèces de roches, plus ou moins analogues , qui compléteront la série qu'on observe dans les volcans brûlants.

§ 75. itenéu^m des dépéta Tolcanlques. — Les VOlcanS ne fournissent sans doute annuellement qu'une bien faible quantité de matière à l'écorce solide du globe, et les mouvements auxquels ils donnent lieu ne changent que bien faiblement le relief des contrées où leur action se manifeste. Cependant, si l'on fait attention qu'il en existe un grand nombre qui agissent depuis les temps historiques, et que l'observation en indique bien plus encore qui ont agi antérieurement, on est conduit à penser que les matières volcaniqui^s doivent avoir acquis une certaine importance, et que leur apparition et leurs effets ont dû apporter de grandes modifications à la surface de notre planète.

Il existe un grand nombre de volcans actifs dans toutes les parties du globe. L'Islande est un centre d'action continue, dont l'ilo tout entière est le résultat, et dont VHtcla est la principale bouche; VEtna et leStromboli sont connus de toute antiquité , et le Vésuve date, pour son état actueK de l'an 79. En Espagne, les volcans ont repris une nouvelle activité dans la province de Murcie, en 4849. Les Açores ont été continuellement tourmentées, et semblent tout<'s êtres sorties du sein de la mer, comme les îles que nous avons vues s'y élever à différentes époques. Les Canaries, les îles du CajhVert paraissent être dans le même cas, et ont subi do violentes éruptions. Plus loin se présentent les volcans de l'île Bourbon, de la mor des Indes, des îles de la Sonde, des Philippines, des îles du Japon, d(!S Kuriles, du Kamtschatka , de l'archipel Aleutien , dont plusieurs paraissent avoir eu une puissance considérable; citons eaaw^ ^.v^:è» volcans des îles Sandwich et de la plupart àcè ç;cow^^^ ^^v^Va \w^

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carbonique , quelquefois du gaz sulfhydrique , et c'est tantôt l'un , tantôt l'autre qui domine; il s'y joint diverses substances qui se subliment, ou qui sont entraînées en particules par les courants gazeux. Dans la plupart des solfatares et dans les émanations produites par les fissures et les crevasses des volcans , c'est de l'acide sulfureux qui se d^age; mais le gaz sulfhydrique l'accompagne aussi fréquemment, et c'est lui qui donne en brûlant les flammes légères qu'on aperçoit souvent pendanl la nuit. Au volcan de Pasto, les fumarolles du cratère ne présentent plus que de l'acide carbonique ; à Java, c'est le même gaz, qui se dégage avec une abondance extrême de la solfatare éteinte nommée Guevo-L'pas ou Vallée du poison , objet de terreur pour les habitants. Le sol est partout couvert de carcasses de tigres , de chevreuils , de cerfs , d'oiseaux , et même d'ossements humains ; car tout être vivant est asphyxié dans ce lieu de désolation. M. de Buch fait remarquer que dans 1^ émanations gazeuses des volcans , c'est Tacide chlorhydrique qui se manifeste d'abord , au moment de la plus grande intensité de l'action volcanique ; que l'acide sulfureux apparaît lorsque cette action commence à diminuer, et que l'acide carbonique vient ensuite, en se continuant pendant des siècles, lors même que toute action parait être entièrement finie : aussi provoque-t-on souvent des dégagements prodigieux de ce gaz en fouillant les rapiili les plus anciens, conune il arrive fréquemment aux environs de Clermont, en Auvergne. § 78. Action destrnetlTc éeu ^mm. Kruptloit bonease de Java. — Les produits gazeux, le plus souvent à une température élevée, et mêlés à la vapeur d'eau , agissent puissamment sur les matières solides environnantes, les désagrègent, les décomposent de toutes les manières, les réduisent en poussière , en bouillie , et en forment de nouveaux composés de toute espèce : c'est ce qu'on voit dans toutes les solfatares, où il faut prendre souvent des précautions pour ne pas tomber dans des masses de matières boueuses parfois très-échauffées Mais rien n'est comparable sous ce rapport aux volcans de Java ; les vapeurs acides et aqueuses, qui y sont d'une abondance extrême, détruisent toutes les roches , et en forment une pâte qui bientôt ne peut plus résister à l'action explosive de l'intérieur. Use fait alors d'épouvantables éruptions, non plus de laves, comme dans les volcans ordinaires, mais de masses énormes d'eàu bouillante, chargée^d'acide sulfurique et de limons épais, qui détruisent, entraînent tout sur leur passage, et couvrent toute une contrée de fange sulfureuse dont la matière est désignée sous le nom de Buah: c'est ce qui est arrivé en 4822, lors de l'éru^lvow ^w Gallung-Gung, qui, au milieu des tremb\emei\V5 Oi^v^tv^^iX'îi^V^^'

ribles mugissements, fut considérablement abaissé, tronqué au sommet, et entièrement bouleversé. Il sortit de ses flancs crevassés des torrents d'eau chaude, sulfureuse et boueuse, et un nombre considérable d'habitants furent entraînés dans les eaux ou ensevelis sous des dépôts de vase, pendant les journées des 8 et 42 octobre. Il en fut de même du volcan de Teschem, ou mont Idienne, dans le cratère duquel Leschenaut avait indiqué un lac constamment alimenté d'acide sulfurique. Cette montagne fut entièrement bouleversée en 4817, et les eaux acides qui en sortirent désolèrent toute la contrée. Quelque chose d'analogue arriva sans doute en 4772 au volcan de Papandayan, la plus haute montagne du pays, qui fut engloutie dans un lac de boue, entraînant 40 villages et leurs habitants dans la catastrophe.

§ 79. Erapiion boueuse de ^uito. — Ces éruptions de boue rappellent celles qui ont eu lieu au Pérou, quoique avec des caractères différents. Les volcans de cette contrée , qui , conune ceux de Java, n'ont presque jamais produit de laves, ont quelquefois vomi de leurs flancs des torrents de boue, qu'on nomme Maya, tantôt sulfureuse comme le Buah de Java, tantôt carbonifère : c'est ce qui arriva en 4698, où le volcan de Carguaraizo s'écroula en couvrant de boue plus de 29 000 hectares de terrain ; et en 4797, où le village de Pellileo, près de Rio-Bamba, fut enseveli sous une masse de boue noire, etc. Ce qui caractérise les éruptions du Pérou et en fait un phénomène plus étrange , c'est qu'il arrive fréquonment que ces eaux bourbeuses , sorties du sein de la terre , sont remplies d'animalcules infusoires et de petits poissons, dont l'espèce vit dans les lacs du voisinage ; la quantité de ces derniers a été quelquefois assez considérable pour causer des maladies ëpidémiques par leur putréfaction.

§ 80. cas ééaaisém des laves. — On conçoit facilement que des entrailles de la terre il puisse se dégager, par les fissures qui communiquent à la surface , des gaz et des vapeurs de diverses espèces; mais, ce qui est plus remarquable , il s'en dégage aussi des laves , lors même que , sorties du volcan , elles n'ont plus rien de commun avec lui. Tant que la lave est fluide, et à une haute température, il ne s'en échappe rien ; mais à peine a-t-elle commencé à se consolider, et par conséquent à se refroidir, que les gaz se dégagent avec abondance. Les courants, ou «les matières qui ont rempli les bas-fonds, émettent alors constamment de la vapeur d'eau, de l'acide chlorhydrique, du sel ammoniac qui se dépose à la surface, et des chlorures de fer, sans compter le réalgar, le fer oligisle, etc, qui se subliment quelquefois dans les fissures. Il faut

FHËNOMÈNES VOLCANIQUES ACTUELS.

par conséquent que la lave elle-même renfenue toutes ces malières, qui y restent engagées, on ne sait comment, pendant tout le temps que la niasse est Quide ou pâteuse , et qui se dégagunt à mesure qu'elle se solidifie et se refroidit, de manière i n'en plus présenter que des traces lorsqu'elles renferment de la sodalile (voyez Uinéralogie) '. On a supposé que c'étaient toutes ces matières qui donnaient aux laves pierreuses la facilité de conserver leur fluidité pendant bien plus longtemps que les matières analogues que noua pouvons préparer artificiellement

S SI Sslaei au valcaim 4alr, T*leaiu baueui. — Indépen damment des éruptions boueuses accidentelles dont nous venons de parler il se fait dans beaucoup de localilea, à travers des creva-ses, souvent loin des \olcans ordinaires, des dégagements contmua de gaz hydrogène carboné, tanlût seul, tantét accompagné (] une quantité plus ou moins considérable d eau et de matières boueuses qu il pousse ea avant c est le qu on a nommé les volcant

Fig. 30. S'ilzit dt Cnrlhnfiinr.

is volcans de boue, Gg. 36, et co qu'on désigne aussi sous le

' Il «SI bon de rappeler Ici, Euivnnl l'obsenalion de H. Gaj'LuBuc, que l'ai^ni ' en Be fundant, ce qai ciige udo icnipérslure irCs-éleiée, alnorbe nne assci grande quanlilé d'uNjgine, et que ce gai. qui iteIc eufcrmé daiie lamtsoe tant qu'elle eut en riieinn, ne dégage aussiiat que le l'erroidissemcnl ei la MilidiUcaiign s'nptrenli

llques. C'est ce pliénomÈne qu'un nomiuo rcgél'r . roilitr, en lerroes d'atnnaifp -çsi la coupellation.

nom de Salzes, parce que le liquide renferme souvent des matières salines et entre autres le sel commun et le sulfate de chaux.

Ces éjections de matières vaseuses produisent , comme les éjections de scories dans les volcans, § 58, des cônes, ordinairement peu élevés, qui portent aussi au sommet une cavité cratériforme fréquemment remplie de boue liquide que le gaz soulève, et à travers laquelle il se dégage en grosses bulles dont chacune projette au dehors une portion de la matière terreuse. Il y a parfois, sur une surface peu étendue, une grande quantité de ces cônes en activité, et dont quelques-uns atteignent 7 à 8 mètres de hauteur; d'autres, en grand nombre, petits et à l'état naissant, remplacent successivement ceux dans lesquels les phénomènes cessent d'avoir lieu et s'agrandissent de plus en plus par les matières rejetées. Quelquefois cette réunion de cônes se trouve au sommet d'une butte de 50 à 200 mètres de hauteur, formée de matière argileuse qui parait être évidemment le résultat des anciennes éjections : le milieu en est souvent un lac de boue dont la surface est consolidée çà et là. Dans certaines contrées, on trouve souvent de ces buttes entièrement desséchées , où tout dégagement de gaz , d'eau et de terre a cessé entièrement ; mais il arrive quelquefois que les phénomènes s'y renouvellent avec violence; que de légers trenàilements de terre se font sentir, que tout à coup des blocs de terre desséchée sont lancés au loin, et que des coulées de boue se frayent un nouveau passage : on assure même qu'il y a parfois, pendant quelques minutes, dégagement de fumée et de flammes.

des phénomènes se présentent en un assez grand nombre de lieux à la surface de la terre. Il existe beaucoup de salzes, ou McKcaiubes, dans le Modénais, et il s'en trouve en Sicile, entre Ârragona et Girgenti. Pallas en a observé en Crimée, dans la presqu'île de Kertche, à l'Ile de Taman ; M. de Humboldt en a décrit et figuré dans la province de Carthagène, en Amérique méridionale, et l'on en cite à rîle de la Trinité et dans THlndoustan.

§ 82. vuniaroiies , Ceyner. — Ces deux sortes de phénomènes sont encore des effets qui se manifestent de l'intérieur de la terre à l'extérieur. On nomme fumarolles des éruptions de vapeurs à 400 degrés qui s'échappent des crevasses du sol sous la forme de colonnes blanches, parfois de 40 à 20 mètres de hauteur, et souvent avec bruit comme si elles sortaient d'une chaudière à vapeur, ce qui indique la pression qu'elles supportent alors dans le sein de la terre. On observe les fumarolles non-seulement dans les cratères des volcans actifs et dans les solfatares, deux circonstances où elles sont généralement peu considérables, mais au milieu même de certains

PBilNOMKMiS VOLlIANigLES ACTUELS. 59

terrains calcaires, où elles prennent un grand développement; c'est ce dernier cas qui se manifeste en Toscane, où les jets de vapeur graupéâ par 10, fO, 30 à Monte Cerboli, Casiel Nuovo, Honte Rotonde, se trouvent disposés sur une ligne i peu près droite, de 31) à 40 kilomètres, qui semblent indiquer une fente.

Ces jets de vapeurs enlrnlnent toujours divers agents qui , à cotte haute température, attaquent plus ou moins les roches environnantes. Au Vésuve, ils renfermimt de l'acide clilorliydriquc ; à lu sollutare de Pouzzoles , du gaz sulfureux et de l'acide suirhyilriqiie ; en Toscane, ils entraînent de l'nciilc borique, qu'on roronnatl dans les lagunes , ou tagoni, résultant de leur conilcnsalion , et qui pénèlro quelquefois avec du soufre, du gypse, des oxydes de fer, dans les fissurcâ des roches à travers le^uellçs les phiïnomèncs se manifestent.

Sous l(^ nom lie Geyser, fig. 37, qui sifinifîu jaiUisiiant suivant

is et furieux suivant les aulrcs, on désigne des sources jail-

!S d'eau Louillante, les unes cenlinucs, les autres inlcmùl-

dont on trouve un grand nombre en Islande. (In en indique

'and volume, mais il en est une surtout qui, da dcm-Vevv^<^

60 tiÉOLlMîlK.

en demi-heure, projette, suivant les auteurs, une colonne d'eau bouillante de 48 pieds de diamètre, qui parfois s*élève à 450 pieds de hauteur. Les eaux de ces sources renferment de la silice, qui se dépose bientôt au dehors, à Tétat d*hydrate, sur tous les corps environnants, et qui forme quelquefois des monticules très-étendus, au sommet desquels se trouve l'ouverture du goufre par où le liquide s'échappe.

§ 83. Les sources thermales , et beaucoup de sources minérales froides, sans présenter des circonstances aussi remarquables que celles que nous venons de citer, se rapportent cependant au même ordre de phénomènes, parce qu'elles viennent aussi des profondeurs de la terre pour se rendre à l'extérieur. Ces eaux renferment également en solution différentes matières, qu'elles amènent à la surface du sol , comme de la silice , du carbonate de chaux , des oxydes de fer, etc.

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