INFLUENCE DES AGENTS EXTÉRIEURS A LA SURFACE DU GLOBE
g 84. Kffete atmoffiihériqacff. — Les variations de la chaleur, l'air, les vents, la sécheresse et l'humidité, agissent d'une manière très'sensible sur la plupart des substances minérales; il n'est pas une roche à la surface de la terre qui n'en présente les traces à l'ex* térieur, et qui n'y offre un état d'agrégation tout différent de celui qu'on reconnaît à l'intérieur. C'est ce qu'on observe, en tout son jour, dans les escarpements formés pour la confection des routes dans les pays de montagnes, où l'on a été obligé de tailler dans le roc; la partie extérieure des roches est décolorée, désagrégée plus ou moins profondément, tandis que l'intérieur, fraîchement mis à nu, conserve toutes ses couleurs et son état naturel d'agrégation. Or, ce ne sont pas toujours des effets produits à des époques reçu* lées; il s'en fait parfois d'analogues sous nos yeux, et il suffit en certains cas de quelques années pour qu'ils se manifestent assez distinctement, non-seulement à la surface de la masse, mais à la profondeur de plusieurs centimètres : c'est ce qu'on reconnaît dans (luelques anciennes carrières de marbre, même de certains granités, et dans quelques pierres taillées employées çà el là. L'effet est d'autant plus prompt, d'autant plus sensible, que les matières sont plus susceptibles de s'imbiber d'humidité, et d'en être privées facilement par la sécheresse, alternatives qui produisent une désagrégation très-rapide lorsqu'elles se répètent souvent, comme cela a lieu généralement dans les montagnes. Les matières qui se dégradent avec le plus de facilité sont celles qui présentent une struc-
SttKtS ATHIKPIISRIQL'ES iCTUELS.
Uire granulaire, qu'elle soit terreuse ou crislalliae; celles qui ont une structure feuilletée, ou bien les masses compartes fracturées, fendillées à la surface , comme il s'en présente si souvent dans les montagnes. La gelée, qui vient surprendre l'eau dont une roche est pénétrée, est aussi une cause puissante de destrui^on, parco que la dilatation qui résulte de la congélalion du liquida détermine dans la masse une multitude de iissures dans tous les sens. Tant que le froid continue, les fragments restent unis par la glace qui les cimente; mais au dégel, tout tombe en écailles, en grains ou en poussière.
On ne pflut parcourir les montagnes sans trouver des traces évidentes de ces dégradations. Dans les escarpements calcaires, lig. 3X.
Effeh dr la dègrii'lnl-
on voit les parties dont la texture est Idche , se iTeiiwir (ilutt on moins profondément, et les bancs plus usolides rcïlcr on sui^>loml). Delà des éboulemenls de cesdcrniors, qui se détachent successivement en blocs plus ou moins volumineux , soit jiar leur poids, soit [>ar suite des fissures dont ils sont naturellement rem|ilis. Dans les hautes montagnes, lig. 39, forméos le plu* ordinairement do couches trës-inctinécs, qui présentent leurs tranches on Icura plans à la pente, qui offrent souvent de hautes ai;;uilles, nous observims encore des dégradations plus marquées; il s'en détache à chaque instant des parties, et surtout dans les moments du Jour oi'i It-s viiriittions atmosphériques sont plus sensibles; an moment du di'-gel , il si* fait d'énormes a'-alanebet de pierres , qui roulent sur les penles itvec une étonnante rapidité, et entraînent tout ce qui se trouve sur leur passage ; souvent aussi il se détache des blocs volumineux, et parfois des portions considérables de montagnes s'éboulent avec fraciis. De là des masses énormes de débris qui s'accumulent au pied des pentes, et couvrent quelquefois des étendues cone^tab^^-
6i UEOLOUIB.
§ 8S. ■*«r«*B«l— XtrIbuéM à ce* «new. — Od attribue souvent aux influences atmosphériques, longtemps continuées, la d^radatioD que beaucoup de roches présentent à la surfoce des continents. Presque toutes , en e!Tet , sont altérées plus ou moins profondément à la surface , où ellea présentent un état d'agr^ation beaucoup moins solide, beaucoup moins homogène qu'à l'intérieur. Dans presque toutes les carrières, on est obligé de déblayer d'abord une assez grande masse de matières avant de pouvoir exploiter des blocs bomogènes, solides, exempts de fissures, et conservant les couleurs vives qu'on recherche toujours , soit pour l'ornement, soit pour l'architecture monumentale; c'est ce qu'on voit surtout dans les exploitations de marbre, et en général dans celles de calcaires compactes. Certains granités, § 3li a (voye'i Minéralogie, articles Quarz, Feldspath, Mica), sont désagr^és si profondément, que Coule la surface du terrain ne présente qu'un amas de graviers en collines arrondies que les eaux de pluie ravinent de toutes les manières. Fréquemment on rencontre ces granités à la surface du terrain , en espèces de gros blocs arrondis , empilés les uns sur les autres, fig. 40, B, souvent de la manière la plusbi-
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Zfirre, quelquefois en équilibre assez peu stable et susceplibles d'osciller sous le plus léger effort : c'est ce que présentent surtout certains granités porphyroïdes, à grands cristaux, souvent rosés, de feldiipath laminaire, qu'on rencontre dans un grand nombre de localités, et qui consliluenl, sur le plateau central de la France, des chaînes particulières du Limousin au Gévaudan.
Dans les montagnes où le granité se décompose avec facilité, on a cru remarquer que la masse, plus ou moins découpée, présente des esp^^ d'assises borizonlales , qui sont partagées par
EFF£TS ATMOSPHÉRIQUES ACTUEI^. 63
des fissures verticales plus ou moins distinctes, de manière à offrir une sorte d'agglomération de parallélipipèdes irréguliers , fîg. 40, C. On a supposé dèâ lors que, par suite des influences atmosphériques, cc^s blocs angulaires se sont de plus en plus altérés sur les arêtes et sur les angles ; que les parties ainsi désagrégées se sont successivement détachées, et qu'enfin il en est résulté des masses arrondies, tantôt empilées les unes sur les autres comme des fromages , tantôt isolées, comme nous les voyons aujourd'hui à la surface du sol. On croit observer quelquefois des passages entre les masses les plus angulaires et les blocs les plus arrondis, entre celles où la position d'équilibre se fait en quelque sorte sur un point , et d'autres dont la jonction présente des surfaces horizontales assez larges comme tig. 40, A et C.
§ 86. Il est bon cependant d'observer que les modifications purement atmosphériques, et capables de produire une désagrégation complète, comme celle que l'on suppose ici , ne se font sous nos yeux qu'avec beaucoup de lenteur, en sorte que, pour arrondir ces blocs de granité, il faut nécessairement admettre un laps de temps immense. Aussi a-t-on pensé à chercher une autre explication, et Ton a supposé qu'à de certaines époques il y avait eu des émanations gazeuses plus ou moins analogues à celles des solfatares, % 64 et 78, qui détruisent si rapidement les produits volcaniques les plus solides, et que les phénomènes observés en étaient le résultat. Cette idée peut être appuyée sur l'altération profonde qu'ont alors subie ces roches; altération telle, cpie les matières ti^reuses qui en résultent sont solubles dans des acides qui n'attaquent ni les roches granitiques intactes, ni même les produits de la désagrégation lente qui s'en fait journellement à l'air. L'effet de ces vapeurs aurait été de produire sur place les matières terreuses et graveleuses qui recouvrent si souvent les pays granitiques, et au milieu desquelles se trouvent des parties plus ou moins volumineuses, fréquemment aussi de forme arrondie, que la décomposition n'a pas pénétrées. On concevrait alors que des courants d'eau ont pu entraîner les matières entièrement altérées, en laissant sur place toutes les parties qui no l'étaient pas, et qui se présentent aujourd'hui comme des blocs empilés à la surface des terrains émergés.
§ 87. Aciioii deii vents, nanc«. — Les vents n'ont par euxmêmes qu'une bien faible action sur les masses minérales solides ; ce n'est guère que sur les dépôts de sables fins et meubles que leurs effets se font sentir, et donnent lieu à quelques observations inlélessantes. Dans les déserts d'Afrique et d'Arabie , les venU ^viVi^vent des nuages immenses de sables brùlaiv\Â,\ei& UaLTvs^w\fetvV.^\sxv^
extrémité à l'autre, et déterminent subitement de vastes collines, qu'un nouveau coup de vent vient détruire à leur tour. Les côtes sableuses des mers sont exposées à des effets analogues ; le moindre coup de vent sur une plage unie y met le sable sec en mouvement, et détermine à sa surface une multitude de rides séparées par un intervalle plus ou moins large ; à la bouffée de vent suivante, toutes ces rides rentrent en mouvement, et bientôt chacune d'elles se trouve occuper la distance qui la séparait de la ride précédente. C'est en petit le phénomène des dunes , qui se forment sur les côtes plates et sableuses de nos continents, et qui envahissent de très^ grands espaces dans la plaine, en arrêtant tous les petits ruisseaux, et formant des marais ou des lagunes plus ou moins étendus. Ces dunes sont des collines de sable fin qui ont ordinairement 6 à 8 mètres de hauteur, quelquefois 40 à 20, même 30, et trèSHrarement vont jusqu'à 80 et 4 00 ; elles sont placées irrégulièrement sur toute l'étendue de la plage, et dans des directions variées, comme les vents qui leur donnent naissance. Leur nombre augmente continuellement à mesure que la mer fournit des sables, et, sans cesse en mouvement, elles avancent constamment dans l'intérieur des terres. Les vents de mer poussent le sable du pied a d'une butte vers le sommet 6^ fig. 44 , d'où il tombe suivant bc, en formant un talus d*ébou-
Fig. 41. Fig. 42.
Marche des dunes.
lement toujours plus rapide que le talus antérieur. Il en résulte qu'une butte, comme abc, fig. 42, s'accroît successivement en arrière si de nouveaux sables lui sont fournis en avant, ou se déplace si ce sont les mêmes sables qui se trouvent continuellement remaniés. C'est ainsi que chaque colline s'avance dans les terres, et que leur ensemble a couvert de sables, sur toute la longueur du rivage, des étendues plus ou moins larges, suivant les localités ; beaucoup de villages ont été successivement envahis, beaucoup d'autres sont menacés, et seront tôt ou tard ensevelis si l'on ne parvient à arrêter la mobilité des sables par des plantations convenables. La marche est plus ou moins rapide, suivant les lieux et suivant les temps ; on a vu des dunes s'avancer de 20 à 25 mètres par année, d'autres de 70 à 80, et même jusqu'à 300 ; mais il paraît y avoir des moments d'arrêt comme des moments de charriage, et d'ailleurs, toutes les dunes d'un même rivage ne marchent pas à la fois, de sorte que leur ensemble n'a couvert que des bandes de terrains peu étendues depuis