DE L’ACTION DU FEU
L’essai des minéraux par le feu s’opère presque toujours à l’aide d’un instrument connu sous le nom de chalumeau. Cet instrument , dont on a tour-àtour varié , perfectionné , simplifié et compliqué la forme et l’usage , est ordinairement en métal ; on en fabrique aussi de verre, et c’est même le plus simple : il consiste en un tube de huit à dix pouces, tiré capillairement à l’une de ses extrémités , puis renflé en boule à peu de distance de cette extrémité, et finalement coudé presque à angle droit immédiatement auprès de la boule. On souffle dans le chalumeau que d’une main l’on dirige sur la flamme d’une bougie : le dard de la flamme s’incline vers un support en charbon que de l’autre main l’on gouverne de manière que la pointe du dard se trouve constamment sur le petit fragment à essayer , placé au milieu d’une petite cavité pratiquée à dessein dans le support de charbon. On devine facilement ce qui se passe dans cette opération : l’air que l’on tire des poumons, et que l’on chasse violemment
sur la flamme , augmente considérablement l’intensité de sa chaleur ; le dard , en contact avec le charbon, l’allume sur tous les points de la cavité , et le fragment de minéral , environné partout d’une température des plus ardentes, en éprouve en peu d’instans toute l’action. Il faut avoir soin que le fragment d’essai soit détaché de la partie du minéral qui paraît jouir de la plus grande pureté, et qu’il soit placé sur le support de manière à présenter au dard de la (lamine des angles bien vifs. On tiendra note de tous les changemens que subira le fragment , s’il perd de sa transparence et de sa couleur, s’il décrépite (i), s’il s’exfolie, s’il éprouve une fusion complète ou simplement un commencement de fusion, et vers quel point elle se manifeste, s’il fond avec ou sans bouillonnement , s’il se boursouffle avant ou après la fusion, s’il se volatilise soit entièrement soit en laissant un résidu, et dans le cas où il y aurait dégagement de vapeur ou de fumée , quelles en seraient l’odeur et la couleur. On constatera la nature du résultat de l’essai par le chalumeau : si c’est un verre parfait et de quelle couleur, si c’est de l’émail ou simplement une fritte , une scorie , etc., etc.
L’essai par le chalumeau se fait quelquefois avec
(1) Lorsqu’il y a décrépitation, il faut modérer l’action de la chaleur, et ne l’augmenter que progressi rement. Quelquefois elle est si forte que l’on est contraint de broyer le fragment de minéral, et d’en appliquer la poussière contre la cavité du support , à l’aide d’un peu d’humidité.
addition d’un réactif qui détermine la fusion, et que l’on nomme flux ou fondant. C’est qu le borax desséché et fondu , ou le carbonate et le phosphate de soude. Dans ce cas, on commence presque toujours par écraser le minéral dans un petit mortier de quarz , on le broie ensuite avec le fondant , on en forme une pâte au moyen d’un peu d’eau , et on la place dans la cavité du support. On fait jouer le chalumeau et l’on examine de quelle manière le minéral SC Comporte avec le fondant ; s’il se fond en entier , s’il laisse un bouton métallique , etc.
Lorsqu’on soupçonne que le charbon peut influer sur les résultats de l’essai , on applique sur ce support une lame très-mince de platine à laquelle on fait prendre la forme de la cavité creusée dans le charbon; c’est dans cette enveloppe presque inaltérable qui intercepte toute communication avec le charbon, ^ms nuire à l’effet de la chaleur qu’on peut en obtenir , que l’on place le mélange d’essai. On se contente quelquefois pour tout suppôrt d’une * pince très-déliée de platine avec laquelle on saisit le minéral »à essayer , pour le tenir constamment au contact de la pointe du dard de flamme.
L’essai par le feu se fait quelquefois par la simple projection de la poussière sur des charbons ardens ; il peu! en résulter un dégagement de vapeur , de fumée ou de lumière, ce qui caractérise la phosphorescence.. . ,