U MINÉRALOGIE
Chlorures divers,
g 244. Citons encore quelques autres matières de ce groupe sur lesquelles il n'est pas inutile d'avoir quelques notions.
Le C a 1 o m e 1 se trouve avec le cinabre, en petits enduits et en petits cristaux blanchâtres, qui sont des prismes carrés.
La K é r a s i n e, fort rare, qu'on trouve dans quelques mines de plomb, et qui est en cristaux prismatiques à bases carrées, a cela surtout de remarquable qu'elle nous offre une combinaison de chlorure de plomb avec l'oxyde de ce métal, circonstance dont nous connaissons plusieurs exemples dans les laboratoires.
L'A t a k a m i t e est dans le même cas; <f est un chlorure de cuivre combiné avec l'oxyde de cuivre, et hydraté. Cette matière, d'une belle couleur verte, se trouve au Pérou dans certains gîtes de minerais de cuivre : on la réduit en poudre, et elle est alors employée coin me sable à mettre sur l'écriture dans tout le pays.
La Sylvine, ou sel de Sytirius. est mélangée en très-petites quantités avec le sel commun, dans les mines de llallein et de Berchtesgaden en Salzbourg.
Les Chlorures de calcium et de magnésium, qui sont très-déliquescents, se trouvent dans les eaux des mers et celles de certains lacs, auxquelles ils donnent une saveur amère.
Lé S a 1 m i a c, sel ammoniac, se trouve dans quelques houillères embrasées, dans les volcans, à la surface des laves, et dans des espèces de solfatares de l'Asie centrale, où des caravanes viennent l'exploiter en certains temps de l'année.
S* Groupe dru BromMee et des loâldee.
g 245. On a découvert le bromure d'argent dans les pacos et les çolorados du Pérou et du Mexique, et on l'a reconnu depuis dans des matières semblables à Poullaoen en Bretagne. Il est assez abondant dans les premiers, et en petits cristaux cubiques de couleur verdâtre dans les seconds.
Les eaux mères des marais salants et de diverses salines du continent renferment des bromures. Privées de sel marin, elles donnent, par l'azotate d'argent, un précipité jaunâtre, qui, par celte couleur, se distingue du chlorure d'argent. On a annoncé du bromure de zinc dans les dépôts de calamine de Silésie.
Viodure d'argent a été annoncé autrefois par Vauquelin dans des minerais argentifères qu'on disait être du Mexique; mais depuis
BROMIDES , IODIDES, FLUORIDE.
peu M. Domeyco la retrouvé en masses jaune verdâtre composant â lui seul un gîte abondant à Coquimbo au Chili.
On a indiqué des iodures de %inc et de mercure, le premier en Silésie, le second au Mexique.
ïl y a des iodures de sodium et de ynagnesium dans les eaux des mers et dans certaines eaux minérales, telles que celles de Vcghera, de Sales et de Castel-Nuovo d'Asti, en Piémont, qui sont connues pour le traitement des maladies scrofuleuses. Les eaux mères des salines de Schœnbeck en Magdebourg, celles de Guaca en Colombie, en renferment également. Toutes ces eaux précipitent par l'azotate d'argent; mais le' précipité est insoluble dans l'ammoniaque, ce qui le distingue des chlorures et des bromures.
Corps donnant par la fusion avec l'acide phosphorique une vapeur qui corrode le verre du tube dans lequel on fiait l'opération.
Fluorine. — Fluor, spath fluor, chaux ftualée.
g 246. caractères. — Substance vitreuse ou pierreuse offrant 80 u vent des couleurs vives, cristallisant dans le système cubique; se clivant en tétraèdres ou en octaèdres réguliers; rayée parle verre; donnant généralement une phosphorescence très-marquée par Faction de la chaleur.
Fusible au chalumeau; attaquable par les acides, et surtout l'acide sulfurique, qui la décompose ; solution subséquente précipitant abondamment par les oxalates, et non par l'ammoniaque.
La fluorine, souvent cristallisée, affecte presque toutes les formes du système cubique, si ce n'est le tétraèdre, qu'on n'obtient que par clivage. Souvent aussi elle se trouve en masse lamellaire ou bacillaire, quelquefois compacte, et enfin à l'état terreux. Rarement incolore, elle offre le plus souvent des couleurs vives, jaune, vert, rose, violet, plu» ou moins foncées, souvent réunies par bandes et par zones sur le même morceau.
§ 247. Gisement 5 usage. — - Cette substance, assez commuue, est en général subordonnée aux gftes métallifères, surtout à ceux de minerai de plomb; mais elle forme aussi des filons â elle seule, tant dans les terrains granitiques que dans les dépôts de sédiment qui en sont voisins.
Les variétés à couleurs vives, disposées en zones, en zigzags, ou entremêlées agréablement, sont employées pour faire des vases, des coupes, une multitude d'objets de fantaisie, d'un très-bel effet»
S" Grovpe des Fhiorldes.
et souvent d'un prix fort élevé : c'était la substance des vases lfi*>*rhim, si célèbres dans l'antiquité. Aujourd'hui la plupart de ces objets se fabriquent en Angleterre; en France, on a quelquefois employé, sous le nom de prime tfémeraude, des variétés verdâtres entremêlées par couches en zigzag avec du quartz, pour des incrustations qui ne sont pas sans agrément.
C'est avec la fluorine qu'on prépare J'acide fluorhydrique, dont on se sert pour la gravure sur verre comme de l'eau-forte pour la gravure sur cuivre. On couvre le verre d'une légère couche de cire, puis on dessine, avec une pointe, les objets qu'on veut graver, et on expose la plaque à la vapeur de l'acide, qu'on dégage par un mélange de fluorine eii poudre et d'acide sulfurique.
§ 248. Il existe des fluorures df cérium et d'yUria qui se trouvent en très-petits nids dans les pegmatites de Brodbo et de Finbo en Suède. On connaît aussi une substance blanche, la Cryolite, clivable en prismes rectangulaires, qui se fond avec une grande facilité au chalumeau, et qui est un double composé de fluorure d'aluminium et de sodium. Elle se trouve au Groenland, en filons, dans des roches de cristallisation.
Topaze.
§ 249. Substance vitreuse, rayant le quartz, cristallisant en prismes rhomboïdaux clivables perpendiculairement à Taxe. Infusible au chalumeau, attaquable par les acides après la fusion avec le sel de soude; solution donnant un précipité floconneux par l'ammoniaque.
La topaze, presque toujours cristallisée, offie des prismes rhomboïdaux diversement modifiés, comme dans les figures ci-jointes, qu'on trouve souvent roulés et brisés dans les ruisseaux de diverses contrées, ou même réduits en cailloux arrondis, qu'on distingue des cailloux de quartz par le clivage dont ils sont susceptibles. Quelquefois les cristaux sont assez gros, et, quand ils sont empâtés dans la roche, il arrive qu'en se brisant ils offrent des masses laminaires qui sont alors blanchâtres et plus ou moins opaques. Ailleurs ils sont au contraire très-petits, entassés les uns sur les autres, et produisent de petites masses granulaires.
HYDROGÉNIDKS.
Le plus ordinairement la topaze est jaunâtre; mais on la trouve aussi limpide, ou bien rosâtre et bleuâtre.
Cette substance appartient essentiellement aux terrains de cristallisation; elle en tapisse les fissures, ou bien s'y trouve disséminée,, et surtout dans les pegmatites; elle existe aussi dans quelques amas métallifères, et particulièrement dans ceux d'étain. Elle est souvent abondante dans les terrains d'alluvion, comme au Brésil, où elle se trouve avec beaucoup d'autres substances.
La topaze est employée dans la joaillerie; elle nous vient aujourd'hui toute taillée du Brésil, et il n'y a plus qu'à assortir les pierres pour les parures. On nomme topazes brûlées des variétés rosâtres qu'on obtient le plus souvent en soumettant quelques variétés jaunes à l'action de Ja chaleur.
g 250. On nomme P i en i te une substance pierreuse, en masses bacillaires, des mines d'étain d'Altenberg en Saxe, qui renferme aussi de la silice, du fluor, et de l'alumine, dont les proportions diffèrent de celles qu'on trouve dans la topaze. La Condrodite, fluosilicate de magnésie, est une substance du système prismatique rhomboldal qu'on a rencontrée en Suède et en Amérique, disséminée dans des calcaires grenus.
HYDROGÉNIDES, AZOTIDES.
§ 251. L'hydrogène et l'azote sont des corps qu'on ne sait trop où placer dans la série des corps simples. Us ont quelque analogie d'un côté avec le carbone, de l'autre avec le soufre et le phosphore, ce qui conduit à les placer entre ces substances.
Nous avons peu de matières naturelles dans ce groupe; mais celles qui existent jouent un rôle assez important pour ne pas les passer sous silence. Dans les hydrogénides nous avons l'hydrogène et l'eau; dons les azotides, l'azote, l'air atmosphérique, et quelques azotates, dont le salpêtre est le plus important.
Hydrogène.
§ 252. Corps gazeux, incolore, inodore, très-léger, combustible, et donnant de l'eau pour résultat de la combustion.
L'hydrogène, qui est rare à l'état libre, paraît se dégager quelquefois par les crevasses qui se manifestent pendant les tremblements de terre; c'est peut-être là l'origine des flammes qu'on a quelquefois indiquées dans ces grandes catastrophes, et qui cependant pourraient être dues à de l'hydrogène carboné ou sulfuré. Il
s'en dégage, dit-on, quelquefois pendant les éruptions volcaniques, qui se trouve presque aussitôt brûlé par suite de l élévation de température. Il est toujours mêlé aux vapeurs de naphte et à l'hydrogène carboné qui se dégage des salzes, g 279.
Eau.
§ 253. Eau MlMe, ctaee, claeier*, glacières — L'eau, comme chacun le sait, se trouve dans la nature à trois étals : solide, liquide, et gazeuse.
A l'état solide, l'eau cristallise dans le système rhomboédrique; ce qu'on observe en parcourant les hautes montagnes pendant l'hiver. Elle donne alors la double réfraction attractive, qui, comme on sait (g 97), n'est encore connue que dans peu de substances, Elle forme à cet état les glaces perpétuelles des pôles au niveau même des mers, et au sommet des montagnes les neiges éternelles, qui commencent à différentes hauteurs, suivant la latitude. L'observation donne à cet égard les résultats suivants .
Vers 70* de latitude la limite inférieure des neiges perpétuelles
est à environ 1,030 mètres.
Vers 60- à 1,500
Vers 45- à 2,550
Vers 20- à 4,600
Vers léquateur à 4,800
Ces neiges éternelles, ou amas de grésil, constituent ce qu'on nomme les glaciers, dont il faut distinguer deux espèces : ceux qui commencent aux limites indiquées, et qui sont à peu près invariables, et ceux que forment les neiges qui tombent en certains temps dans les vallées plus basses, ou les avalanches, qui se détachent des premiers. Ceux-ci, qui se consolident par l'infiltration journalière des eaux provenant de la fusion de quelques-unes de leurs parties, et qui se meuvent constamment sur la pente du terrain, descendent même à 1,000 mètres au-dessus des mers dans nos climats, au milieu des prairies et des terres labourables de nos montagnes. Leur masse est très-variable, tantôt augmentant, tantôt diminuant, suivant le degré de chaleur et la durée des étés; quelquefois décroissant pendant plusieurs années de suite, puis augmentant de même pendant quelques autres. Ce sont ces glaciers accidentels qu'on a le plus souvent visités, et qui offrent les circonstances les plus remarquables. La neige agglutinée y forme des dépôts dont l'épaisseur est quelquefois de 8 à 900 mètres, qui sont traversés
HYDR0GÉN1DËS.
irrégulièrement par des crevasses profondes, et percés de puits dans lesquels s'engouffent de petits ruisseaux provenant de la fonte journalière de la surface. Des glaçons taillés en pyramides aiguës, en espèces de crêtes percées à jour, toutes prêtes à s'écrouler, en hérissent de toutes parts la surface et arrêtent à chaque pas le voyageur attiré par la curiosité : ce sont les plus grands, comme les plus effroyables spectacles de la nature. On a quelquefois comparé ces glaciers à une mer agitée par la plus violente tempête, et qui tout à coup se serait congelée pendant que ses lames écumantes semblaient menacer la terre d'un bouleversement général. Quelquefois cependant la surface est plus unie, et avec quelques précautions on peut y voyager en toute sécurité.
Dans nos climats, c'est au milieu des Alpes qu'on peut voir surtout les glaciers, soit autour du mont Blanc, où Ton remarque particulièrement le glacier des Bois, ou mer de glace, qui a cinq lieues de long sur une de large; soit au Saint-Gothard, où Ton trouve le glacier du Rhône, qui est un des plus remarquables, et d'où le fleuve sort déjà avec une grande force d'une voûte immense et profonde de glace.
Il se trouve aussi de la glace dans certaines cavernes, qu'on nomme à cause de cela des glacières naturelles; elle y est produite par Tévaporation rapide occasionnée par les courants d'air sur les eaux qui suintent dans ces cavités, et dont une partie dès lors se solidifie. 11 se trouve de ces glacières naturelles dans les montagnes du Jura et principalement près de l'abbaye de Grâce-Dieu, à six lieues à Test de Besançon.
g 254. Eau liquide. Puits absorbants et artésiens. — Outre les mers qui enveloppent nos continents, les lacs qui existent partout ei jusqu'au sommet des montagnes, les ruisseaux et les rivières qui sillonnent la surface de la terre, l'eau se trouve en amas plus ou moins considérables dans l'intérieur même du globe, et forme des rivières souterraines dont le courant même est quelquefois très-rapide. D'un côté, on voit quelquefois les eaux sortir en abondance du sein même des rochers, comme à la source du Loiret, à celle de l'Orbe, à ce qu'on nomme la fontaine de VaUcluse, la fontaine de Nîmes, etc., ce qui annonce des courants souterrains plus ou moins longs; d'un autre côté, les sondages qu'on a faits en tant de lieux différents pour les puits artésiens ont fait découvrir, à diverses profondeurs, des courants rapides, qui ont donné l'idée d'amener au trou de sonde les eaux dont on voulait se débarrasser : de là l'origine des puits absorbants, qui ne sont pas moins précieux pour certaines contrées que les puits artésiens eux-mêmes.
On nomme puits artésiens, parce qu'ils sont depuis longtemps en usage en Artois, des trous de sonde verticaux au moyen desquels, en certains lieux, les eaux situées à la profondeur remontent jusqu'à la surface, et quelquefois même y jaillissent à de grandes hauteurs. La condition essentielle pour obtenir un puits artésien est la présence d'une couche graveleuse relevée suffisamment de toutes parts, et comprise entre deux couches imperméables dont on perce la supérieure. Il est clair qu'une telle couche aboutissant >à la surface jdu sol; en a et b, par exempte, absorbera continuellement les
eaux pluviales par tout son pourtour, qui peut être quelquefois très-grand, et se remplira des lors, entre les deux couches imperméables jusqu'à un certain niveau c d; si on vient alors à percer tous les dépôts qui recouvrent la couche aquifère, Teau jaillira" par le trou et s'élèvera au dehors jusqu'au niveau qu'elle atteint dans cette espèce de vase naturel. L'écoulement se continuera à la même hauteur s'il y a absorption suffisante au pourtour extérieur de la couche, et mieux encore, si en quelques points, a, b, etc., de ses affleurements, il passe quelque rivière qui puisse fournir constamment. C'est ainsi que la Creuse et la Vienne fournissent probablement aux puits artésiens de Tours, comme l'Yonne, l'Armançon, la Haute-Seine, l'Aube, la Haute-Marne et ses affluents, l'Aisne, etc , en roulant sur les grès verts qui nous entourent, fournissent au puits artésien de Grenelle à Paris.
Il est clair que ce qu'on fait ici artificiellement peut avoir lieu dans ia nature par des fentes, soit dans le terrain qui recôuvTe la couche aquifère> soit dans celui qui la supporte, comme de f en d; et de là l'explication de la source du Loiret, des fontaines de Vaucluse, de Nîmes, etc.; des puits passagers qui débordent en certains moments dans le Jura; toutes circonstances qui peuvent se lier à la disparition des eaux de pluiè et des ruisseaux dans les sables de certaines contrées plus élevées.
IlYDROGfiMDES.
Les puits artésiens ramènent à la surface de la terre des eaux qui seraient complètement perdues pour diverses localités, et qui nous offrent alors de grandes ressources. On a proposé d'augmenter ainsi la masse des eaux de certains ruisseaux, ce qui offrirait souvent un avantage immense ; on a même pensé qu'il serait possible de rendre à la culture certaines parties des déserts de l'Egypte, en amenant ainsi des eaux à la surface du sol, comme il paraît qu'on Ta pratiqué autrefois dans quelques oasis.
g 255; lwr<ea ordlaaire» et thermale». — Les sources ordinaires résultent en général de la filtration des eaux pluviales à travers le terrain jusqu'à une profondeur peu considérable, où
pures, ou ne renferment que les matières du terrain superficiel qu'elles ont traversé; elles sont ordinairement à la température moyenne de la contrée. Il y a d'autres sources qui présentent des caractères fort différents, dont les eaux sont chargées de matières étrangères aux terrains dont elles sortent immédiatement, ou qui sont à une température plus ou moins élevée : ce sont celles qu'on nomme sources minérales et sources thermales. Ces dernières ont de tout temps attiré l'attention, et on en a souvent cherché l'explication dans la décomposition des pyrites, ou dans la proximité des volcans. Aujourd'hui l'accroissement reconnu de là température à mesure qu'on descend dans l'intérieur de la terre, qui est d'environ 1° par 53 mètres au-dessous du point de température moyenne, fait naturellement conclure que la chaleur des eaux thermales tient à ce qu'elles viennent, comme celles des puits artésiens, d'une profondeur plus ou moins considérable, et qu'on peut môme calculer dans chaque lieu*. On conçoit qu'à ces profondeurs, et à une température convenable, les eaux puissent agir sur beaucoup de corps, et en extraire des matières qui les distinguent de celles qui pn>viennent des filtrations superficielles.
Les eaux minérales sont assez vai iées par la nature des principes qu'elles renferment, et se présentent dans un grand nombre de localités, où elles sont plus ou moins renommées sous le rapport médical. Les eaux chaudes sont également assez communes; mais celles
* 11 n'a fallu percer que îi-i8 mètres au milieu de la plaine de Taris pour avoir un puits artésien dont l'eau est constamment à la température de ?7\
ell es son t a rrêtées par 1 es couches imperméables, comme a b f sur lesquelles elles glis-
j sent jusqu'au dehors. Ces ^ — eaux sont en général assez
dont la température arrive jusqu'à l'ébullition sont rares et Ton ne connaît en France que les eaux de Chaudes-Aigues et de Vie, dans le Cantal, qui soient dans ce cas; il y a même fort peu d'autres localités connues à la surface du globe.
g 256. Rm em vapeur. — L'air atmosphérique est constamment mélangé de vapeur d ? eau, qui tantôt y reste à l'état invisible, tantôt se condense en gouttelettes fines qui s'interposent dans l'air et constituent alors les brouillards et les nuages. Il se fait aussi, par les fissures des roches, tant dans les volcans et les solfatares qu'à travers certains terrains calcaires, des éruptions de vapeur à 10û d qui s'élèvent en colonnes blanches, quelquefois très-hautes, en produisant dans quelques cas un bruit assez fort, comme si elles sortaient d'une chaudière à vapeur. C'est le phénomène des fumarolles ou soufflards, qui ne présente nulle part une plus grande intensité qu'en Toscane dans les collines calcaires de Monte Cerboli, Castel Nuovo et Monte Rotondo.
g 257. em eombisée. — A l'état de combinaison, l'eau se trouve dans un grand nombre de corps naturels, que l'on nomme à cause de cela des hydrates. La limonite et le gypse en sont des exemples importants dans les corps que nous avons étudiés, et ce sont eux probablement qui en présentent la plus grande quantité ainsi fixée à la surface du globe.
A zote et Azotates.
g 258. Vazote est un gaz incolore, inodore, n'entretenant ni la combustion ni la vie, incombustible, insoluble dans Teau. 11 se dégage quelquefois des fentes de la terre pendant les secousses de tremblement déterre, et c'est à cela qu'on attribue l'asphyxie des animaux qui a lieu quelquefois dans ces grandes convulsions de la nature; suivant ilumboldt et Parrol, il s'en dégage aussi des salzes, g 279, avec l'hydrogène carboné.
Le mélange de 78 d'azote et 22 d'oxygène constitue l'air atmosphérique La combinaison de ces deux gaz, dans la proportion de 26 à 74, donne l'acide azotique, qu'on trouve quelquefois libre, dans les pluies d orage, le plus souvent combiné avec l'ammoniaque; ailleurs il est à l'état d'azotate de potasse, de soude, de chaux, de magnésie.
g 259. L'azotate de potasse, ou Salpêtre, qui cristallise en prismes rhomboïdaux, se trouve en eftlorescence dans un grand nombie de lieux, surtout au milieu des grandes plaines de nos continents; comme en Hongrie, dans l'Ukraine et In Podolie, dans les
AZOTIDES, CARBONIDES.
plaines de la mer Caspienne, en Perse, en Arabie, dans les déserts de l'Égypte. Il existe aussi dans diverses cavernes, tant des terrains calcaires que des terrains feld spath iques. 11 paraît dû en général à une formation journalière, mais dont il est difficile d'assigner la cause. Dans nos éeuries, et autour de nos habitations, où il s'en forme journellement d'assez grandes quantités, on en trouve l'origine dans la décomposition des matières animales qui fournissent l'azote; mais partout ailleurs cette explication ne paraît plus suffire et c'est dans l'air même qu'il faut chercher l'azote : on sait à cet égard qu'il faut le contact de l'air avec des matières poreuses calcarifères, et le concours de l'humidjté, pour que la combinaison avec l'oxygène puisse s'effectuer.
Le salpêtre est récolté partout où il se trouve sous la main de l'homme, et la plus grande partie est employée pour la fabrication de la poudre à canon. On le prépare souvent au moyen des vieux plâtras des écuries et des caves qui renferment quelquefois beaucoup d'azotate de chaux, qu'on décompose par le carbonate de potasse; mais le sel qu'on obtient ainsi revient beaucoup plus cher que celui qu'on pourrait se procurer par la voie du commerce, en le tirant des contrées où il est naturellement tout formé.
g 260. V azotate de soude, nommé aussi nitre cubique, parce qu'il cristallise en rhomboèdres qu'on a pris dans le principe pour des cubes, se trouve naturellement en couches de deux à trois pieds d'épaisseur, à structure granulaire, dans les environs de la baie d'Yquiqué, au Pérou, sur une étendue de plus de quarante lieues, dans les districts de Tarapaca et d'Àtakama; il est quelquefois à nu, ou seulement recouvert par une couche d'argile ou de sable. On l'exploite pour la préparation de l'acide azotique et la fabrication de l'acide sulfurique; il ne peut être employé pour la poudre, parce qu'il est un peu déliquescent.
GROUPE DES CARBONIDES.
Corps solides, liquides on gazeux : les uns combustibles et donnant alors de l'acide carbonique, d autres attaquables par les acides et dégageant avec effeivescenoii du gaz acide carbonique; un autre enfin à l'état même d'acide carbonique, gazeux ou dissous dans l'eau.
g 261. Les corps renfermés dans ce groupe sont le carbone et un assez grand nombre de combinaisons mal définies de carbone avec l'hydrogène et l'oxygène, quelques carbures, enfin l'acide carbonique libre et des carbonates.
Nous ne trouvons le carbone pur que dans le diamant ou le gra-
phite, qui ne diffèrent que par le mode d'agrégation moléculaire, et qui sont les seules espèces charbonneuses définies. Les combinaisons de carbone avec l'hydrogène et l'oxygène constituent les matières qu'on désigne vulgairement sous le nom de charbon de terre, et celles qu'on appelle bitume. Les charbons de terre proviennent d'une accumulation de débris végétaux qui ont subi diverses modifications en vertu desquelles il s'est formé des combinaisons particulières de leurs éléments*. Ils ne peuvent, du moins actuellement, former en aucune matière des espèces mi néra logiques distinctes; mais, vu leur importance dans les arts, nous devons les décrire, à la suite du diamant, sous les noms par lesquels ils sont habituellement connus dans les usages de la vie ou dans le commerce.
Le peu de carbures que nous connaissons dans le règne minéral sont des carbures d'hydrogène. L'un d'eux est important à connaître, par suite du rôle qu'il joue çà et là dans la nature, ou des dangers qu'il présente quelquefois dans les mines; les autres semblent nous donner la clef par laquelle nous arriverons à classer les matières bitumineuses et les charbons de terre.
Les carbonates nous présenteront des observations importantes d'analogies; l'un d'eux mérite toute nôtre attention, à cause (Je son abondance dans les terrains de sédiment, et un autre comme minerai de fer riche et facile à traiter.
Carbone, Combustibles charbonneux, et Carbure*.
g 262. caractère». — Corps vitreux, doué d'un éclat particulièr, très-duc, et rayant tous les corps sans être rayé par aucun; toujours en cristaux dont les faces sont le plus souvent arrondies. (Rivages faciles, parallèlement aux faces de l'octaèdre régulier, et donnant beaucoup de fragilité à la matière; poids spécifique, 3,52. Se dépolissant facilement au feu d'oxydation; fusant au feu, aussi bien que toutes les matières charbonneuses, lorsque, réduit en poudre, il est mêlé avec du salpêtre.
La limpidité parfaite est rare; la plus souvent elle est salie par des teintes jaunâtres ou brunâtres. Rarement aussi on trouve des
* Il résulte de diverses expériences que nous avons commencées, et que les circonstances ne nous ont pas permis de Unir, que les végétaux exposés à des températures comprises entre 100 et 200 degrés, sous des pressions convenables, se clirrogent en matières tout à fait analogues au lignite, à la houille et au bitume.
Diamant.
GROUPE DES CARBONIDES. — CARBONE
couleurs bien décidées et vives. Il y a des diamants noirs et com« plétement opaques qui ont néanmoins un éclat extraordinaire quand ils sont polis.
§ 263. Gisement. — On a trouvé au Brésil le diamant disséminé dans les roches micacées nommées itacolumite, g 162, ainsi que dans les grès supérieurs qui y passent par toutes les nuances, où il a été même exploité pendant quelque temps. Néanmoins, depuis la découverte, on la recueilli dans lesalluvions formées aux dépens de ces premiers dépôts, où se trouvent en même temps For et le platine, avec des débris de fer oligiste et magnétique, de rutile, de zireon, et divers autres silicates en cristaux roulés qui proviennent de Titacolumite. A Bornéo, on a reconnu cette substance dans des débris de serpentine où se trouvent aussi de For et du platine. Dans Tlnde, c'est dans des espèces de grès qu'elle se rencontre; et en Sibérie elle paraît provenir des dolomies carbonifères.
Le diamant se trouve disséminé en petite quantité dans ces dépôts, et fréquemment enveloppé d'une pellicule terreuse assez adhérente qui empêche de le reconnaître avant qu'il ait été lavé : aussi procède-t-on à sa recherche par un lavage à grande eau, capable d'entraîner les parties terreuses; on enlève les cailloux grossiers, puis on cherche dans le résidu.
On ne connaît le diamant que dans un petit nombre de localités C'est aux Indes, dans le Dekan, et particulièrement dans les vallées du Pannar et de la Krichna, qu'on l'a d'abord connu. Il existe également à l'île de Bornéo; on Ta trouvé au Brésil au commen-r cernent du dix-huitième siècle, et en 1829 en Sibérie.
g 264. Quantité, valeur, uaa*e. — La quantité de diamants fournie anjnuetfement au commerce par le Brésil, qui depuis la découverte en a eu à peu près seul le privilège, ne s'élève pas à plus de 6 ou 7 kilogr. (le volume de deux litres) qui ont coûté plus d'un million de frais d'exploitation . aussi cette matière, même à l'état brut, est-elle toujours fort chère. Les diamants défectueux, reconnus pour ne pouvoir pas être taillés, se vendent déjà moyennement à raison de 156 fr. le gramme * (15 fois la valeur de l'or), soit pour faire la poussière de diamant, ou égrisëe, dont on se sert pour tailler et polir les autres, soit pour garnir les outils avec lesquels on jgra ve ^ les pierres fines, ou enfin pour couper le verre. Les très-petits diamants, susceptibles d'être taillés, valent en lots jusqu'à 230 fr. le gramme; mais à peine pèsent-ils chacun 50 milligrammes, que le
* Depuis longtemps on a l'habitude, dans la vente du diamant, de prendre pour unité un poids, qu'on nomme ka>at, qui équivaut à 21-2 milligrammes.
prix augmente considérablement, et que pour les poids au-dessus la progression est très-rapide ; â j gramme, un diamant brut vaut 260 à 280 fr.; à \ gramme il vaut plus de 1 ,000 fr. On conçoit que le diamant taillé soit beaucoup plus cher, car d'un côté il a coûté du temps et a perdu de son poids, et de l'autre on a pu apercevoir alors beaucoup de défauts qui en font rejeter un grand nombre Un
diamant taillé de \ gramme / \ qui est déjà une belle pierre,
et de la grosseur ci-contre \~7 vau * * P eu P rès 5,500 * r *
Plus les diamants sont volumineux, plus ils sont rares, et aussi plus leur prix est proportionnellement élevé. On n'en connaît que quelques-uns dont le poids soit au-dessus de 20 grammes. Les plus gros diamants connus sont :
Celui d'Agrah, pesant environ 155 grammes.
Celui du radjah de Mattan à Pornco 78
Celui de l'ancien empereur du Mogol * . . . 65
Celui de l'empereur de Kussie 41
Celui de l'empereur d'Autriche 29.55
t'elui du roi de Franco (qu'on* nomme le Régent). ...... 40,80
Les cinq premiers sont de mauvaise forme. Le dernier est parfait sous tous les rapports; il pesait, avant la taille, 87 grammes, el a coûté deux années de travail; il a été acheté dans le principe pour 2,250,000 fr.. et il est estimé plus du double.
Ces beaux diamants viennent de l'Inde ou de Bornéo. Le plus gros qu'on ait trouvé au Brésil, et qui conserve la forme naturelle octaèdre, pèse 25«%52 suivant les plus fortes estimations; il appartient au Portugal.
Dans Tlnde, on taille le diamant de manière à lui conserver tout son volume. En Europe, on sacrifie beaucoup du volume delà pierre pour enlever un défaut et se procurer une belle forme. Les formes a b c admises sont la rose, fig. a,
pour les pierres de peu d'épaisseur qu'on ne veut pas trop diminuer, et le brillant, fig. b et c, pour les pierres
épaisses, qu'on monte alors entièrement à jour.
On sait combien le diamant est recherché pour fa joaillerie, tant par sa rareté que par son éclat et les jeux de lumière qu'il produit, surtout aux bougies. On imite cette dernière propriété par des verres chargés d'oxyde de plomb, et qu'on désigne sous le nom de strass : il en est dont la perfection est telle, qi:e l'œil le t plus habile y peut être trompé si lt* toucher lèvent à son secours.
GROUPE DES CARBONIDES. — CARBONE
On recherche en général les diamants limpides; la moindre teinte leur ôte du prix, et ce n'est qu'avec des couleurs vives, surtout le rose, le bleu et le vert, qu'il reprend sa valeur ordinaire, ou même un peu plus, à cause de la rareté.
g 265. Matière gris-de-plomb, ou gris-de-fer, douée de l'éclat métallique, douce au toucher, et tachant les doigts ; rayée par tous les corps quand elle est pure; fusant avec le salpêtre, brûlant très-difficilement au feu d'oxydation du chalumeau, ne donnant aucune matière volatile à la distillation; aucune trace d'hydrogène dans sa composition ; poids spécifique, 2,45.
Le graphite se trouve dans les terrains de cristallisation, ou dans les dépôts de sédiment voisins. Il est quelquefois disséminé dans les premiers en petits nids ou en lamelles ; mais il forme aussi dans les uns et les autres dés amas de filons. Souvent il est mélangé avec les schistes argileux, auxquels il donne une couleur noire, un éclat métalloïde, et la propriéié de tacher, il existe dans un grand nombre de lieux; mais le plus beau gisement connu, par l'étendue du dépôt, par la pureté, l'homogénéité et la compacité de la matière, est celui de Borrodaleen Cumberland. Viennent ensuite les gîtes de Passau en Bavière, où le graphite est souvent très-pur, mais à texture lâche et grossière.
Le graphite s'emploie principalement pour la fabrication des crayons dits de mine de plomb. Les belles variétés d'Angleterre, par leur pureté, leur compacité, l'adhésion mutuelle des particules, sont jusqu'ici les seules qui donnent les crayons fins, et il suffit de les diviser en petites baguettes qu'on enchâsse dans du bois. Mais ces crayons simples sont rares et toujours fort chers; tous les autres sont composés avec du graphite réduit en poudre, et mêlé avec des matières propres à l'agglutination; il en est encore de bons quand on a employé du graphite bien pur. Les crayons les plus communs renferment des matières étrangères, et souvent du sulfure d'antimoine. Après les crayons anglais fabriqués avec la mine pure, les meilleurs sont ceux de Passau, dont quelques-uns sont faits de la même manière, mais manquent souvent de ténacité.
On emploie aussi le graphite pour adoucir le frottement des machines en bois; on en enduit le fer pour le préserver de la rouille, et on en fait des creusets, dits creusets de mine de plomb, qui sont très-réfractaires.
Graphite. — plombagine.
Anthra cite. —
Bouille éclatante.
§ 266. Matière noire, le plus souvent brillante, sèche au toucner, lrûlant avec difficulté sous Faction du chalumeau, sans flamme ni fumée, et se couvrant d'un léger enduit de cendre blanche; poids spécifique, 1,4.
L'anthracite ne donne presque rien à la distillation, et les fragments ne subissent alors aucun changement. A la calci nation en plein air, elle devient friable, sans changer encore de forme, et perd alors de 5 à 10 pour 100 de matière volatile. Sa composition ne présente que 2 à 3 d'hydrogène et autant d'oxygène. Les cendres sont quelquefois à peu près nulles, et ne s'élèvent pas en général à plus de 5 à 6 pour 100,
Celte substance est tantôt compacte, tantôt feuilletée, quelquefois granulaire, et même tout à fait terreuse. Elle se présente eh masses et en couches dans les terrains de sédiment, mais particulièrement dans ceux qui sont rapprochés des terrains de cristallisation, ou enclavés au milieu d'eux. Elle appartient surtout aux terrains dévoniens, § 176, note, quoiqu'on en rencontre aussi au milieu des Alpes, dans des terrains beaucoup plus modernes. Les dépôts se composent de lits alternatifs de matières arénacées ou schisteuses, et de combustibles. Les schistes renferment des débris végétaux ordinairement peu caractérisés, qui appartiennent déjà, comme ceux des dépjôts hoûillers, à la famille des fougères et à celle des ^quisétacées: •
Les gîtes d'anthracite les plus considérables en Franee sont ceux des bords de la Loire, entre Angers et Nantes, qui se prolongent dans l'I Ile-et-Vilaine, et qu'on retrouve dans la Mayenne et dans la Sarthe. Il s'en trouve aussi dans les montagnes de Tarare, qui pourraient être d'une grande ressource dans cette position.
Cette matière charbonneuse peut être employée comme combustible, et produit une chaleur très-intense; mais elle est souvent difficile à allumer, et exige, pour la combustion, des fourneaux où il puisse passer une grande quantité d'air. On l'a employée avec succès dans les fonderies, et elle est très-avantageuse dans toutes les opérations qui exigent une haute température; mais elle ne peut servir que dans les travaux en grand, car elle ne brûle qu'autant qu'elle est en grande masse, et on ne peut parvenir à en alhimer une petite quantité; si même on en tire un morceau du brasier le plus ardent, il s'éteint à l'instant.
Un inconvénient fréquent de l'anthracite est de se briser au fgu
GROUPE DES CARBONÏDES. - CARBONE
en petits fragments, qui, en se tassant les uns sur les autres, interceptent trop le passage de l'air. Il n'est plus possible alors de les faire brûler, et il faut en débarrasser le fourneau.
Ho u i l 1 — . Charbon de pierre, charbon de terre.
g 267. Caractère*. — Substance noire plus ou moins brillante, s'allumant et brûlant avec facilité au chalumeau, avec flamme, fumée noire et odeur bitumineuse.
Donnant à la distillation des matières bitumineuses, de l'eau, des gaz, fréquemment de l'ammoniaque, et laissant pour résidu un charbon poreux, le plus souvent brillant, où les fragments sont soudés entre eux, et qui souvent a pris plus ou moins parfaitement les formes du vase.
A la calcination en plein air pendant quelques minutes, il se dégage de 20 à 40 pour 100 de matières volatiles.
Ces combustibles sont formés de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, dans des proportions qui sont assez variables, avec une légère quantité d'azote. Les variétés pures de mélanges terreux ne donnent pas plus de 2 à 4 pour 400 de cendres.
Les houilles ont des propriétés très-différentes, suivant les quantités relatives d'hydrogène et d'oxygène qu'elles renferment; par là se trouvent très-bien caractérisées les diverses variétés que l'industrie a depuis longtemps distinguées, savoir :
La houille forte ou des hauts fourneaux, qui renferme à peu près 5 pour 100 d'hydrogène et un peu moins d'oxygène; qui perd 20 à 25 pour 100 de matières volatiles par une calcination de quelques minutes à l'air libre*, et donne un charbon dur, plutôt poreux que boursouflé, d'un éclat métalloïde. Elle est excellente pour les travaux qui demandent un feu vif et soutenu.
La houille maréchale, dont les fragments s'agglutinent fortement et se fondent ensemble pendant la combustion, renferme encore à peu près 5 d'hydrogène, mais un peu plus d'oxygène. Elle perd de 25 à 30 pour 100 par la calcination, et laisse pour résidu un charbon très-boursouflé.
La houille des foyers, à longue flamme, où l'augmentation de l'hydrogène est peu de chose, renferme déjà 7 à 8 pour 100 d'oxy-
* M. Regnault (Annales des Mines, 1837), û qui nous empruntons les données de composition, calcine la matière réduite en petits fragmeuts pendant 7 ou 8 minutes dans un creuset de platine. C'est un excellent essai pratique pour juger de la qualité de la houille.
gène; elle perd au moins 30 pouT 100 à la calcination, et donne pour résidu un charbon poreux, où les fragments, quoique bien soudés, sont distincts les uns des autres. Elle convient au chauffage domestique, à la fabrication du gaz, et pour la grille dans les opérations qui demandent un bon coup de feu.
La Houille sèche, à longue flamme, où l'oxygène augmente encore jusqu'à 16 et 18 pour 100, et où le carbone diminue à proportion. Elle perd au moins 40 pour 100 de matières volatiles à la calcination, et donne un charbon poreux, où les fragments- restent à peu pies isolés. Ces houilles, qui donnent moins de chaleur, sont-bonnes pour les chaudières d'évaporation.
Si nous connaissons bien les quantités relatives de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, dans un assez grand nombre de houilles, nous ignorons encore comment ces éléments sont réunis pour en former les principes immédiats. Il est probable qu'il y a ici mélange de divers composés formés à la manière des substances organiques, dont les uns sont de simples carbures d'hydrogène, peut-être de diverses espèces, et les autres des carbures oxygénés. C'est quand on pourra séparer ces diverses matières qu'on connaîtra réellement les différents combustibles charbonneux qui se trou vent dans le sein de la terre.
§ 268. Gisement. — La houille appartient aux terrains de sédiment, et principalement à celte partie que sa présence a fait nommer groupe carbonifère, § 176, note, qui se compose de lits alternatifs de grès* d'argile schisteuse et quelquefois de calcaire. Le combustible forme dans les grès dès couches plus ou moins puissantes, souvent enchevêtrées avec celles des matières arénacées, et dont il existe ordinairement plusieurs les unes au-dessus des autres : il y a des localités où l'on en compte plus de soixante ainsi superposées. Les grès qui les séparent sont souvent remplis euxmêmes de matières charbonneuses, et surtout dans le voisinage des couches; ils passent à des matières fines schisteuses, qu'on nomme schistes cliarbonneux ou schistes bitumineux. L'épaisseur des couches de la houille varie considérablement, depuis quelques centimètres jusqu'à un mètre ou deux, quelquefois jusqu'à six ou sept mètres, mais ces derniers ne sont que des assemblages de couches minces, séparées par des lits minces de matières étrangères trèsfines et toujours très-chargées de charbon.
Il y a cependant aussi de véritables houilles dans les terrains supérieurs, et jusqu'à la lin des terrains jurassiques; mais ce sont en généial des houilles sèches, et qui ne forment pas des dépôts aussi considéiables que ceux du terrain carbonifère*
GROUPE DES GARBONIDES. — CARBONE
Les débris végétaux sont nombreux, et en générai bien caractérisés dans les dépôts de houilles, et c'est dans les matières terreuses et schisteuses qu'ils se rencontrent particulièrement. Ce sont le plus souvent des empreintes de feuilles, niais quelquefois aussi des tiges de diverses espèces, le plus souvent écrasées. Le plus grand nombre de ces débris appartient à la famille des fougères et à des espèces de haute taille, comme on en connaît sous réquateur; niais il y en a beaucoup aussi de la famille deséquisétacées, même des lycopodiaçées et des aroïdees, tous de haute taille. Les conifères, dont on trouve diverses espèces qui se rapprochent des araucaria, paraissent surtout, d'après la consistance de leur bois, avoir eu une grande part dans la formation du combustible. Dans les dépôts supérieurs au terrain carbonifère, où les espèces de fougères sont généralement différentes, il se trouve en outre des débris de cycadées qui ont fait donner le nom de stipite au combustible; mais ce nom est aujourd'hui abandonné, parce que la matière ne présonte pas de caractères assez saillants pour être distinguée de la houille.
Les couches de houille, du moins dans la formation carbonifère, ne sont pas toujours planes dans toute leur étendue; elles sont fréquemment en forme de bateau , c'est-à-dire qu'à partir du point le plus bas elles se relèvent plus ou moins rapidement de tous côtés, conformément aux pentes des montagnes environnantes. Souvent elles sont repliées sur elles-mêmes, en formant un nombre plus ou moins considérable de zigzags plus ou moins ouverts. Dans beaucoup de cas, il arrive que les couches les mieux réglées se trouvent tout à coup bouleversées; combustibles et matières terreuses, tout se trouve brisé, et les fragments sont alors entremêlés de manière que l'exploitation devient impossible.
Les gîtes de houilles de cette grande formation se trouvent indifféremment à toutes les hauteurs; on en cite à 4,600 mètres, tandis que d'autres se trouvent au niveau des mers, comme en Flandre, ou même au-dessous, comme à Whitehaven en Angleterre, où l'exploitation s'avance à plus d'un quart de lieue sous la mer, et à plus de 100 mètres au-dessous de son fond. Us se présentent souvent en bassins particuliers, isolés les uns des autres, mais réunis sur une zone d'une certaine étendue : c'est ce qu'on voit dans le centre et dans le midi de la France. Ailleurs les gîtes qu'on observe semblent se rattacher plus directement les uns aux autres, et avoir fait partie d'un même tout, morcelé et disloqué de diverses manières. Telles sont les houillères du nord de la France, de la Belgique et de l'Angleterre, qui semblent appartenir à un seul et même dépôt qui aurait couvert un espace immense.
Les dépôts de houille sèche des terrains supérieurs offrent moins d'irrégularité que ceux des terrains carbonifères; ils paraissent plus indépendants les uns des autres, et offrent toujours des amas entre deux couches sédimentaires successives.
§ 269. localité* principale» ; image. — La houille est abondante dans un grand nombre de lieux, et probablement on la trouvera dans toutes les contrées dont le sol appartient aux dépôts do sédiment inférieur, à mesure que l'industrie s'y développera. Il n'y a que les régions formées parles terrains de cristallisation, ou par des dépôts de sédiment trop modernes, qui en soient pour toujours privées; sous ce rapport une grande partie du nord de l'Europe, la Suède, la Norvège, la Russie, etc., se trouve dans une position très-désavantageuse ; il en est de môme de l'Italie
Le centre de l'Allemagne présente une assez grande quantité de houille exploitée activement. L'Angleterre en renferme une abondance^xtrême, et nous en possédons en France des gîtes considérables. Les dépôts du département du Nord se rattachent à ceux de la Belgique, et se montrent depuis le Pas-de-Calais jusqu'au delà d'Aixla-Chapelle; à la suite se trouvent les terrains houiîlers des duchés de Luxembourg et de Deux-Ponts, qui se prolongent peut-être dans la Moselle, et ceux du Haut-Rhin, qui sont peu considérables.
Il existe une quantité prodigieuse de houille autour du groupe granitique qui s élève au centre de la France : dans le département de Saône-et-Loire, où, se trouvent, le long du canal du Centre, les mines du Creuzot, de Montcenis, etc.; dans la Nièvre, où il y a des exploitations à Decize; dans l'Allier, le long de la vallée de la (Jueune, où sont les mines de Noyant, de Fins, etc., et dans le Puyde-Dôme. Les dépôts se prolongent, par Roanne, Montbrison, Saint- Étienne, Rive-de-Gier, dans le département de la Loire et du Rhône, puis dans l'Ardèche, le Gard, l'Hérault et l'Aude, jusqu'au pied des Pyrénées. De là on retrouve la houille, et quelquefois en quantité immense, dans le Tarn, l'Aveyron, le Lot, la Dordbgne, et enfin dans le Cantal. Nous en retrouvons aussi dans les départements de la Vendée, du Finistère et de la Manche, et il en existe quelques dépôts dans le département du Var.
La houille est une des matières minérales les plus précieuses, et l'industrie lui doit la plus grande partie de ses progrès. C'est, en effet, à ce combustible qu'est due la propagation des machines à vapeur, qui suppléent aux cours d'eau, dont tant de contrées sont privées. Les fonderies, les usines de tout genre, en font une consommation prodigieuse autour des lieux d'extraction, et dans tous ceux où elle peut arriver à bon compte. Il s'en extrait annuelle-
(JfcOUPE Î)KS CARÔOMDtiS. — CAKBONE.
meut/ en France, pour 50 millions de francs. Malheureusement nous avons beaucoup à désirer relativement aux moyens de transport, qui sont souvent trop dispendieux pour diverses localités.
On augmente le nombre des applications de la houille en la carbonisant, c'est-à-dire en la privant, par une distillation plus ou moins parfaite, du bitume qu'elle renferme, et d'où résulte lé cliarboil poreux, brillant, dur, nommé coke, qui produit une grande chaleur par la combustion, et qui est très-important dans une multitude d'opérations. La matière bitumineuse qu'on en retire est employée à divers usages, et très-utile dans la marine.
C'est aussi par la distillation de la houille qu'on obtient le gaz d'éclairage, qui se dégage tout formé, mais qu'il est nécessaire d'épurer avant de le livrer à la consommation. On lui fait pour cela traverser de l'eau de chaux ou des matières incohérentes imprégnées de chaux délayée.
Certains schistes bitumineux très-riches en matières charbonneuses sont encore employés comme combustibles, mais ils ont l'inconvénient de donner une grande quantité de cendres. Il en est d'autres dont on peut tirer un parti plus avantageux par la distillation; on en Qbtient alors, après plusieurs opérations successives, des goudrons, des matières grasses, des huiles plus ou moins épurées qui peuvent servir pour préparer des vernis, parce qu'elles dissolvent les résines, et pour l'éclairage. Ce sont les huiles de schistes, qui donnent dans des lampes fort simples une lumière plus belle que ceUe des huiles ordinaires dans le$ appareils les plus parfaits.
g 270. laflMttmatioA de» Iwriilère*. — Les dépôts de houilles sont sujets, dans le sein môme de la terre, â s'enflammer spontanément. Il s'en fait alors ordinairement une combustion lente, parce que l'air arrive difficilement dans ces masses, mais quelquefois aussi il se fait des crevasses dans le terrain, et, l'air venant pénétrer librement, il en résulte une inflammation très-vive, qu'on a souvent beaucoup de peine à arrêter, soit en bouchant les ouvertures, soit en faisant arriver des. ruisseaux pour éteindre l'incendie. La chaleur dégagée par ces combustions calcine toutes les matières environnantes, réduit les parties schisteuses en tripoli ou bien en matières à demi vitrifiées, qu'on nomme porcellanites, quelquefois même en matières scoriacées. 11 se forme fréquemment aussi des matières ahtnifères, et dans quelques points il se dégage du sel ammoniac des fissures du terrain, quelquefois en assez grande quantité pour mériter d'être récolté.
Les lignites, dont nous allons parler, sont sujets aux mêmes embrasements et produisent les mêmes effets.
Lignite. — Houille maigre, bois bitumineux.
g 271. Caractère*. — Matière noire ou brimé, généralement moins brillante que la houille, s'allumant et brûlant facilement avec flamme, fumée noire et odeur bitumineuse; donnant â la distillation des matières bitumineuses et de l'eau, qui renferme sou* vent de l'acide acétique; laissant un charbon brillant, compacte, qui conserve sensiblement la forme des fragments employés.
A la calcination à l'air libre, il se dégage de 50 à 71) pour 100 de matières volatiles; et il reste un charbon assez analogue à la braise, qui conserve la forme des morceaux, et continue à brûler seul jusqu'à se réduire en cendre.
La quantité d'hydrogène est encore de 5 à 6 dans ces combustibles, mais l'oxygène va de 18 â 27. C'est avec des houilles sèches à longue flamme que les lignites ont le plus d'analogies; mais, le carbone diminuant encore, la chaleur produite est moindre. 11 y a aussi des variétés où l'hydrogène augmente beaucoup; l'oxygène, diminue alors en proportion, et la matière se rapproche des bitumes. Dans ce cas elle se fond facilement et ne laisse qu'un charbon boursouflé, très-léger, qui ne produit pas de chaleur.
Le lignite se présente quelquefois sous la forme de branches d'arbres, qui, à l'intérieur, offrent le tissu ligneux des conifères ou des dicotylédones; mais les grandes masses, sont compactes ou schistoïdes, sans aucune apparence de tissu organique : la matière présente alors une certaine analogie extérieure avec la houille, dont elle diffère cependant par moins d'éclat.
§ 272. Gisement; usage. — Les débris organiques végétaux qui accompagnent les dépôts de lignites sont tout différents de ceux de la houille; les cryptogames vasculaires ont ici complètement disparu, et ce sont des bois de conifères qui composent uniquement la masse du combustible, dans laquelle on trouve souvent des bois parfaitement conservés; les impressions de feuilles, qui sont communes dans les argiles schisteuses, ont toutes un certain air de famille avec celles de nos dicotylédones actuelles. On trouve dans les matières terreuses environnantes des débris de coquilles analogues à celles qui vivent dans nos eaux douces.
Ces combustibles commencent à se montrer dans lescouchejs terreuses et sableuses qui préludent à la craie, g 176, note. Mais c'est surtout au-dessus qu'ils deviennent abondants, et forment des dépôts considérables à divers étages de la série et dans toutes les contrées de la terre. 11 en existe une grande quantité en Fiance, et