‹ Minéralogie, Volume 3Chapitre 73 sur 99 · GROUPE DES CARBOMDES. — BITUMES · texte numérisé non relu

GROUPE DES CARBOMDES. — BITUMES

qui sont exploités en divers lieux. Il s'en trouve quelques indices aux environs de Paris; mais des dépôts étendus se présentent en divers points du département de Y Aisne, à Voreppe dans l'Isère, à Saint-Pau le t dans l'Ardèche, à Piolen en Vaucluse, à Gardon ne et Roquevaire dans les Bouches-du-Rhône, â Sisteron et Forcalquier dans les Basses-Alpes, etc.

Ce combustible est encore très-précieux dans tous les points où il se trouve. Il donne plus de chaleur que le bois, et il peut être employé avec avantage pour chauffer et évaporer des liquides, pour la cuisson de la chaux et celle des poteries communes. Les variétés qui ne répandent pas de mauvaise odeur sont très-agréablés pour le chauffage. des appartements. On assure qu'il ne peut servir dans les fonderies, môme en remplacement du bois.

Les variétés chargées de pyrite, comme celles du département de l'Aisne, sont employées pour la préparation de l'alun et du sulfate de fer; lés résidus de ces fabrications, ou les lignites mêmes, ont été appliqués à l'agriculture, sous le nom de cendres rouges et de cendres noires, et ont produit des résultats très-avantageux dans les terres stériles de la Champagne et de la Thiérache,

Le jayet, dont on a fait pendant longtemps des bijoux de deuil, et divers objets de fantaisie, n'est que du lignite compacte. C'était surtout à Sainte-Colombe-sur-l Hers, dans le département de l'Aude, qu'on le travaillait; il y occupait 1,000 à 1,200 ouvriers. L'emploi des bijoux d'acier bronzé a perdu cette industrie.

% 273. Caractère» «e» bitume». — On nomme bitumes des matières glutineuses, visqueuses, ou sèches et fragiles, ordinairement brunes ou noires, qui se fondent assez facilement, les unes à 100 degrés ou même au-dessous, les autres à une température plus élevée. On les désigne, d'après la consistance, sous les noms de goudron mû néral t poix minérale, pisasphalte et asphalte, espèce la plus sèche.

L'asphalte pur est insoluble dans l'alcool; les autres bitumes sont partie solubles, partie insolubles. La plupart sont attaqués par l'éther ou par l'essence de térébenthine; ils laissent souvent alors peur résidu des matières charbonneuses, ou une autre matière bitumineuse inattaquable, dont le point de fusion est différent.

A la distillation, tous les bitumes nous donnent des huiles volatiles plus ou moins salies par des matières entraînées, et qu'on peut épurer par de nouvelles opérations. Elles deviennent alors plus ou moins limpides et ne présentent plus qu'un carbure d'hydrogène.

Bitumes. Matières résineuses.

On trouve pour résidu tantôt un charbon brillant très-boursouflé, tantôt un bitume sec, oxygéné, analogue à l'asphalte.

Les bitumes paraissent donc être des mélanges en toutes proportions dé carbure d'hydrogène huileux, plus ou moins abondant, avec des composés formés de carbone, hydrogène et oxygène, dont les uns sont analogues à l'asphalte, qu'on trouve quelquefois pur, et dont les autres ont quelques rapports avec le combustible charbonneux précédent. Quand ces derniers dominent, la matière hituminèuse se rapproche de la houille sèche et du lignite.

On commence à trouver des bitumes en globules dans les dépôt* sédimentaires siluriens; mais il s'en présente ensuite dans tous les sédiments postérieurs, où ils deviennent de plus en plus abondants, et dans les dépôts qui recouvrent la craie, où ils se trouvent en trèsgrande quantité. Dans les parties les plus anciennes ils seprésentent surtout en petits nids, ou en petits mamelons dans les filons métallifères qui traversent le terrain; plus haut ils imprègnent, en quantités plus ou moins considérables, soit les matières schisteuses du terrain houiller, soit divers dépôts analogues qui se trouvent audessus. Dans les formations jurassiques et crétacées, ils se trouvent mélangés avec des calcaires en couches plus ou moins puissantes; dans les dépôts postérieurs, ils imprègnent des matières arénacées. Souvent de l'intérieur dé la terre il sort des sources de biume, ou des eaux â la surface desquelles celte matière se rassemble; le lac Asphaltite est depuis longtemps connu par la quantité de bilume qu'on récolte à sa surface; il en est de même des étangs bituminifères de l'île de Zante décrits par les anciens.

La France possède un assez grand nombre de dépôts bitumineux; il s'en trouve dans les tufs basaltiques en Auvergne, dans les sables tertiaires â Gabian près de Pézenas, à Lobsann et Beschelbrunn dans le Bas-Rhin, dans les dépôts crétacés supérieurs à Orthez et Caupenne près de Dax, à Seyssel près de la perte du Rhône dans l'Isère, etc. Il s'en trouve de même une grande quantité en Suisse, dans différentes parties de l'Allemagne, de la Pologne, de La Russie, etc., et dans toutes les parties du monde.

Les différentes sortes de bitumes sont employées à divers usages. Ceux qui sont naturellement huileux, plus ou moins visqueux, comme à Beschelbrunn et dans un grand nombre de lieux de FÀIlemagne, sont employés immédiatement pour graisser les voitures, pour enduire les cordages et tous les agrès de la marine, comme le goudron végétal artificiel. On mélange les bitumes avec des calcaires en poudre, avec des sables, des graviers, pour le dallage des trottoirs, des terrasses, pour des tuyaux de conduite, des réservoirs, etc.

GROUPE DES GARBOiNlDES. — BITUMES.

Oh en imprègne des toiles pour faire des couvertures légères; on les fait entrer dans certains vernis dont on couvre le fer pour le préserver de la rouille; on s'en sert pour des peintures grossières qui sont très-solides, etc.

Les anciens Égyptiens se sont servis du bitume du lac Asphaltite pour embaumer les corps et en faire ce qu'on nomme des momies, expression qui rappelle le moum des Persans, espèce de naphle, g 278, très-odorant et fort renommé; C'est ce mot momie ou moum qui a valu au bitume le nom de baume de momie. On nomme aussi momie une couleur, brune qu'on tire de cette substance.

§ 274. Matières résineuses. — Ce sont, comme l'asphàlte pur, des matières formées de carbone, d'hydrogène et d'dxygène, qui sont fusibles, qui brûlent avec une odeur tantôt aromatique, tantôt fétide, et qui ont de l'analogie avec les résines ordinaires.

Le S u ce i n , ou ambre jaune, est la plus remarquable et la plus répandue de ces matières. C'est une substance jaunâtre, rougeâtre ou brunâtre*, tantôt transparente, tantôt opaque, qui renferme quelquefois des insectes, des débris de plantes, etc., comme les résines qui découlent encore de nos arbres conifères.

Plusieurs des variétés donnent à la distillation des aiguilles cristallines, qui sont de Yacide succiniqite; " mais il en est d'autres qui n'en donnent pas. 11 en est qui sont insolubles dans l'alcool; d'autres qui s'y dissolvent en partie. Toutes sont plus ou moins solubles dans l'éther ou dans l'essence de térébenthine.

On a nommé Rétinasphalte une matière analogue, attaquable en partie par l'alcool, et qui donne pour résidu une sorte d'asphalte. 11 y a encore diverses autres matières résineuses généralement peu étudiées, qu'on range à la suite du succin.

Toutes ces matières appartiennent à des dépôts sédimentaires assez modernes; souvent elles se trouvent avec les ligniles, ou dans les matières terreuses qui les renferment.

Le succin est employé comme objet d'ornement. A diverses époques on Ta taillé en perles à facettes, dont on faisait des colliers. Dans le Levant il est encore très»estimé; on en fait des chapelets pour les musulmans, des poignées de couteaux et de poignards, des embouchures de pipes, etc. Il sert à la préparation de l'acide suj£hique, et pour la confection de certains vernis gras, auxquels iwgpne beaucoup d'éclat et de solidité..

(Test surtout sur les bords de la Baltique qu'on recueille le suecin; rl est arraché, par les ruisseaux et parla mer môme, aux terrains sableux qui s'étendent de Memel à Daritzig, et on le récolte sur la côte; on cherche aussi les dépôts delignite qui le renferment.

Carbures d'hydrogène divers.

§ 275. Nous réunissons ici des corps qui ne renferment que du carbone el de l'hydrogène, et dont la composition est à peu près la môme (80 carb., 14 hyd.), quoique les caractères physiques soient tout à fait différents.

§ 276- Élasticité. — Cette substance, nommée aussi bitume élas* tique, offre une grande analogie avec la gomme élastique ou caoutchouc, qui est composée de même. Elle renferme le plus souvent une huile qui la rend adhérente aux doigts, et qui s'en sépare à la température de l'eau bouillante, ou par l'action de l'alcool bouillant, (le minéral a été observé d'abord dans les mines de plomb du Derbyshire, où il est accompagné de matières résineuses, quelquefois de bitume en globules, puis dans les dépôts charbonneux de Montrelais en Bretagne et dans diverses localités.

§ 277. ©roeérîte.— Les matières grasses, plus ou moins fusibles, blanchâtres, jaunâtres ou brunes, qu'on a nommées cire fossile, ozocérite, hatchétine, scheerérite, ont toutes plus ou moins d'analogie avec la parafine qu'on obtient du goudron. Elles se trouvent à Slanick en Moldavie, Truskavictz en Gallicie, Zicnitzka en Moravie, Gresten, près de Garning, en Autriche, Usnac en Suisse, etc., dans le voisinage des dépôts charbonneux, quelquefois dans le combustible môme. On en a extrait en assez, grande quantité dans quelques localités pour en faire des bougies.

§ 278. Naphte et pétrole. — Nous ne connaissons dans le règne minéral qu'un carbure liquide naturel, c'est le naphte, matière très-volatile, d'une odeur pénétrante particulière., qui par distillation peut être obtenue sous formé de liqueur jaunâtre transparente, où Ton trouve encore la composition précédente.

Dans la nature, le naphte est toujours souillé par des matières étrangères qui le colorent en brun plus ou moins foncé, et il porte alors le nom de pétrole. Il appartient encore à des dépôts de sédi ment assez modernes, ou du moins il les traverse souvent pour arriver à la surface de la terre. En France, on n'en connaît qu'au village de Gabian près de Pézenas; mais il se trouve en assez grande quantité dans le duché de Parme, et sur toute la pente des Apennins, dans le Modenais; il en existe une immense quantité sur les bords de la mer Caspienne, en Perse et en Chine

Cette matière est utilisée pour l'éclairage dans les divers lieux où elle se trouve assez abondamment; c'est ainsi que le pétrole du village d'Ammiano est employé pour l'éclairage de la ville de Parme;

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en Perse, te peuple ne se sert que de pétrole pour se procurer de la lumière, depuis Mossul jusqu'à Bagdad. On le regarde aussi dans toute cette contrée comme un spécifique puissant contre les douleurs rhumatismales. Quelques variétés pures, qu'on nomme moum, sont particulièrement recherchées comme un baume souverain pour les blessures les plus graves. Il est aussi employé comme vermifuge, et dans le midi de la France le pétrole, ou huile de Gabion, a sous ce rapport une grande renommée.

g 279. — Le gaz détonant des houillères est un carbure

d'hydrogène gazeux qui se compose de 75 de carbone et de 25 d hydrogène; mais il est souvent mélangé avec d'autres combinaisons des mêmes principes. Il brûle tranquillement, avec une flamme jaunâtre, tant qu'il n'est pas mêlé avec l'air atmosphérique; mais, dans le cas contraire, il détone avec violence. 11 est moitié plus léger que l'air, et se tient dès lors à la partie supérieure des cavités souterraines. Les mineurs le désignent, en général, en France sous le nom de grisou, brisou ou Verrou, et l'inflammation prend le nom de (eu grisou.

Ce gaz est abondant à la surface de la terre. Dans certaines mines de houille, qui sont, en général, celles des meilleures qualités, il se dégage continuellement de la masse de combustible; il y a des couches dans lesquelles il existe en si grande quantité, qu'il suffit d'y percer un trou pour en provoquer un jet violent, continu, que dans quelques endroits les mineurs tiennent toujours allumé pour s'en débarrasser. Il se dégage en outre dans un grand nombre de lieux de l'intérieur de la terre, tantôt par les fissures de diverses couches solides, tantôt à travers les pores des matières sableuses, ou enfin à travers l'eau des marais qui recouvrent ces terrains. Quelquefois il se dégage seul, mois souvent il est mélangé de pétrole plus ou moins épais et de bitume. Ailleurs il sort avec une grande quantité d'argile délayée par l'eau, et souvent imprégnée de sel marin, ce qui a fait donner à ces sourcés le nom de salzes. Il y en a qui vomissent ou ont vomi une grande quantité de matières terreuses dont l'accumulation a formé des cônes, du sommet desquels il en sort encore assez communément. On a donné alors à ces phénomènes le nom de volcans vaseux, volcans de boues. Lorsque carjets de gaz, de pétrole et de bitume, se trouvent accidentellement enflammés, ils continuent à brûler pendant plus ou moins de temps, jusqu'à ce que de grandes averses, de grands coups de vent, viennent les éteindre. Il en résulte ce qu'on nomme les feux naturels, les fontaines ardentes, etc. La chaleur est assez forte pour ca cincr le terrain, et former en diverses localités de grands espaces

arides, privés de toute végétation. Il y a de ces feux qui brûlent depuis les temps les plus anciens; tels sont ceux du mont Chimère* sur les côtes de F Asie Mineure, cités par Pline et reconnus de nouveau, en 1811, par le capitaine Beaufort. Le plus souvent c'est par les fentes de la terre que le gaz et les flammes s'échappent; mais quelquefois il en sort par l'orifice des cavernes, comme auprès de Cumana, où M. de Humboldt a vu parfois les flammes s'élever â plus de 30 mètres.

Ces sources d'hydrogène carboné sont assez communes à la surface du globe; il en existe un grand nombre au pied des Apennins, dans le Parmesan, le Modenais, le Bolonais. C'est là que se trouvent les feux de Velleja, de Pietra Mala, de Barigazzo, etc., qui sont les plus connus, et un grand nombre de salzes plus ou moins puissantes. 11 existe aussi des salzes considérables en Sicile, entre Aragona et Girgenti, où on les nomme Maccalubes; mais c'est surtout autour dç la mer Caspienne, particulièrement près de Bakou, que les phénomènes se présentent en grand, et on les cite également sur une grande échelle dans l'Hindoustan : il suffit, dans ces localités, de percer un trou d'un mètre ou deux de profondeur pour se procurer des jets de gaz.

Les lieux de l'Asie où se dégagent ainsi des matières inflammables ou enflammées ont été en grande vénération parmi les adorateurs du feu, et le sont encore pour un petit nombre de Parsfs ou Gt/^>res,dontquelques-unsse sont établispourcela autour de Bakou, lieu saint, d'où ils expédient du gaz en bouteille à leurs coreligionnaires de la Perse et de l'Hindoustan. Généralement on utilise ces feux naturels pour la cuisson de la chaux, des briques, des poteries, pour l'évapo ration des liquides. Dans quelques contrées le peuple les emploie pour faire cuire ses aliments, et souvent il provoque le dégagement du gaz, qu'il enflamme ensuite, par des trous plus ou moins profonds.

g 280. Lampe» de sAreté. — L'inflammation de l'hydrogène carboné mélangé d'air atmosphérique, dans l'intérieur des mines, produisant des explosions excessivement dangereuses pour les ouvriers, il est de la plus haute importance de se débarrasserai cette matière, ce à quoi on parvient en partie par un bon système d'aérage. Cependant il s'en accumule toujours dans certaines parties moins aérées que les autres, et il ne faut y pénétrer avec des lumières qu'en prenant les plus grandes précautions. Davy, célèbre chimiste anglais, est parvenu, après de savantes recherches, à construire une lampe eapable de préserver de tout accident, et qu on nomme lampe de sûreté : c'est une lampe à l'huile, dont la flamme

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