XIX. INSTITUTIONS DE SPARTE
78. Population de la Laconie. — Il est certain que les Doriens, qui sont à peine mentionnés dans Homère, émigrèrent de la Thessalie dans le Péloponnèse plus lard que les autres Hellènes, et que leur immigration suivit deux routes, l'une franchissant le golfe de Gorinthe à Naupacte, l'autre passant par l'isthme de Gorinthe et la côte orientale de la péninsule. Les premiers envahisseurs s'établirent à Sparte, les suivants à Argos, Gorinthe et Mégare, mais ces deux groupes de tribus doriennes conservèrent toujours des traditions attestant leur origine commune. Partout les Doriens s'abstenaient de faire la guerre pendant le mois sacré de KapveToç (août), partout ils étaient divisés en trois tribus dites 'ïXXeïç, Aup-aveç et nâtJiçuXo:, Le fait que tous les Doriens devaient à la conquête les territoires où ils s'étaient établis, contribuait aussi à donner à leurs institutions certains caractères communs. Partout en effet, en pays dorien, on trouve une classe d'esclaves, une classe d'hommes libres sans droits politiques et une classe dirigeante de pur sang dorien. Ges trois classes, en Laconie, portaient les noms d'EïXwxeÇj Ilspîotxot et I^Tzap-ziàxai,
l^ Les hilotes, EiXwireç, appelés rujAVTiCTtot à Argos, étaient les descendants d'une population primitive déjà réduite en servitude par les Achéens, qui furent eux-mêmes soumis Dar les Spartiates. Ils appartenaient non à des particuliers, mais à l'État, et l'État seul pouvait les affranchir. Toutefois ils étaient assignés à des maîtres individuels, dont ils cultivaient les terres et auxquels ils payaient une redevance annuelle déterminée. Ils étaient employés à la guerre, généralement dans l'infanterie légère ou comme rameurs sur la flotte; pendant et après la guerre du Péloponnèse, ils servirent parfais comme hoplites. Ils étaient alors affranchis
HILOTES, PÉRIÈQUES, SPARTIATES. 133
et prenaient le nom de veoôapLwôeiç. Les hilotes étaient fort durement traites et soupçonnés, non sans motif, de nourrir une haine irréconciliable contre les Spartiates.
2** Les périèques ou Ilepioixot, appelés 'Opveatac à Argos, restèrent libres après la conquête dorienne. Ils occupaient cent bourgades, où ils s'adonnaient au commerce et à l'industrie, occupations qui étaient interdites aux Spartiates. Ils étaient placés sous la surveillance des dpixotjTal lacédémoniens. Leur principal devoir était de servir comme hoplites dans l'armée. A Platée, ils fournirent 5000 hoplites, autant que les Spartiates eux-mêmes.
3° Les Spartiates proprement dits habitaient cinq cantons contigus dont la réunion portait le nom de Sparte. Ils étaient divisés en trois tribus, les 'YiieTq, les Auiaccveç et les nàixçuXot ; chaque tribu comprenait neuf phratries et chaque phratrie un certain nombre d'tl>6at.
79. Gouvernement de Sparte. — La constitution de Sparte et les lois rigoureuses qui gouvernaient la société Spartiate étaient attribuées par les anciens à un législateur nommé Lycurgue. Plusieurs historiens modernes considèrent Lycurgue comme un personnage légendaire, mais c'est là une discussion où nous n'avons pas à entrer ici. Ge qui est sûr, c'est qu'il existait un ancien code de lois Spartiates, consistant en prjTpai ou sentences, qui, d'après l'opinion commune, avaient été dictées ou du moins approuvées par l'oracle de Delphes. Ces lois n'étaient pas considérées comme absolument invariables, et furent quelquefois modifiées mais, à l'époque classique, la vieille constitution Spartiate ne fut affectée que dans une faible mesure par les tendances réformatrices si puissantes à Athènes et dans d'autres villes.
1<> Les rois. — A la tête du gouvernement étaient placés deux rois, l'un de la famille des Agides, l'autre de la famille des Eurypontides. La royauté était héréditaire dans ces deux familles de mâle en mâle, mais avec cette curieuse réserve