ORIGINES DE LA 1RAGÉDIE
une ode dithyrambique spécialement écrite pour la circonstance. Ce chœur semble avoir été composé de cinquante ii hommes déguisés en satyres, que les Grecs appelaient xpôLyoi^ | « boucs » [capripedes satyri, dans Horace), d'où le nom de ' TpaYwôta, donné au dithyrambe régulier et à la tragédie qui l devait en sortir plus tard. '
Il semble aussi que le chef du chœur se chargeait alors d'exécuter le solo et que, pendant les pauses du dithyrambe, il montait sur la table (èXeoç, euia.éXvi) où l'on offrait les sacrifices et chantait une composition en vers trochaïques qui racontait une aventure de Dionysos. Comme les fables concernant ce dieu étaient en partie tragiques et en partie comiques, les chants du dithyrambe participaient à ce double caractère. Le dithyrambe improvisé, introduit d'abord dans la cité dorienne de Gorinthe, est l'ancêtre de la tragédie attique, dont les parties lyriques conservèrent toujours, dans une certaine mesure, les particularités du dialecte dorien.
Tandis que ks fêtes bachiques célébrées dans les villes prenaient ainsi un caractère artistique, celles des bourgs (%G>\iai) restaient aussi grossières que par le passé; des lazzi sur les assistants, des imitations comiques d'hommes et de bêtes, faisaient le fonds de ces dialogues improvisés*.
201. Tragédie. — On attribue à Thespis, né dans le dème attique d'Icarie, la transformation du dithyrambe en drame".
1. Les plaustra ou chariots, sur lesquels, suivant Horace {Ars poet., 276), Thespis aurait d'abord représenté des tragédies, appartenaient aux fêles rustiques où les paysans lançaient des lazzi du haut de leurs tombereaux, ècp' à(xâ^r,ç {iêpiî^ov. 11 faut remarquer que l'histoire résumée du drame donnée par Horace dans son Art poétique est remplie d'inexactitudes, bien qu'elle paraisse empruntée à une source grecque.
2. Voici les dates les plus importanles~pour l'histoire de la tragédie antique : Arion, né vers 630 av. J.-C; Thespis, né vers 580 av. J.-C. Chœrilus, florissait de 523-499 av. J.-C.; Phrynichus, florissait de 511 476 av. J.-C. ; Pratinas, rival de Chœrilus et d'Eschyle, en 500 av. J.-G. Eschyle, 525-456 av. J.-C; Sophocle, 495-405 av. J.-C; Euripide, 480- 406 av. J.-C. Phrynichus passe pour avoir introduit le premier sur la
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Il introduisit d'abord un acteur qui s'entretenait avec le chef du chœur et qui, en. changeant de costume et de masque, représentait successivement plusieurs personnages. Bientôt, le sujet du drame cessa d'être limité aux aventures de Dionysos, et le chœur ne fut plus composé de satyres. Les représentations dramatiques firent des progrès rapides. A Athènes, dès 500 av. J.-C, on construisit une galerie de bois pour les spectateurs, et les auteurs dramatiques se disputèrent les prix. Eschyle introduisit un second acteur, Sophocle un troisième, et l'un ou l'autre de ces poètes — les témoignages ne sont pas d'accord sur ce point — imagina les décors peints qui augmentaient l'illusion*.
202. Trilogies. — A l'époque de Thespis, et longtemps encore après lui, il semble que le caractère des tragédies ne fût pas nécessairement mélancolique; elles étaient tantôt tristes et tantôt gaies, comme la Tpaywôt'a dithyrambique primitive. Lorsque les concours dramatiques furent institués, on reconnut sans doute qu'il était difficile de comparer les mérites d'auteurs rivaux dont l'un présentait une pièce sérieuse et l'autre une pièce comique'; peut-être aussi pensat-on que l'ancien chœur satyrique ne devait pas tomber entièrement en désuétude^. Quoi qu'il en soit, les poètes prirent l'habitude* de produire chacun quatre pièces (une tétralogie)^ dont les trois premières composaient une trilogie, c'est-à-dire
scène des personnages féminins (mais les acteurs turent toujours des hommes). On ne sait pas comment ni par qui le mètre ïambique fut substitué dans le dialogue au mètre trochaïque.
1. Eschyle profita des améliorations dues à Sophocle. Dans les Supr pliantes, les Perses et le Promélhée^ il n'y a que deux acteurs, mais VOrestie (4.';8 av. J.-C.) en comporte trois.
2. Ainsi Pratinas avait, dit-on, fait représenter 50 pièces, dont 32 salyriques, c'est-à-dire très probablement comiques.
3. Piularque et d'autres écrivains postérieurs racontent que le peuple 8c plaiinail que les tragédies n'eussent rien de commun avec Dionysos oijoàv Tipbç xbv Aiovuaov.
4. On a attribué cette innovation à Eschyle, mais probablement à tort.
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une histoire tragique en trois parties, tandis que la quatrième était un drame satyrique, pièce comique avec un chœur de satyres. Ainsi VAgamemnoriy les Choéphores et les Euménides d'Eschyle formaient une trilogie tragique, suivie du Protée, un drame satyrique *. Il semble aussi que l'institution des tétralogies rompit l'unité de l'ancien chœur tragique de cinquante danseurs et que quatre chœurs, composés chacun de douze choreutes, servirent désormais pour les quatre pièces.
A l'origine, les trilogies tragiques se rapportaient, comme VOrestie d'Eschyle, à différents épisodes de la même fable; plus tard elles comprirent généralement trois tragédies dont les sujets étaient tout à fait distincts'. Cette innovation est généralement attribuée à Sophocle, mais sans autorité suffisante; on se fonde surtout sur le témoignage de Suidas, lexicographe byzantin du xi® siècle, d'après lequel Sophocle aurait le premier concouru pour le prix de la tragédie avec un ôpaiJLa r.pQi; ôpccpia et non pas avec une tétralogie.
Ces mots obscurs de Suidas comportent une autre explication : Sophocle ne produisit qu'une tragédie à la fois et l'on aurait cessé, à son époque, de représenter des tétralogies aux concours dramatiques. En effet, la longueur des tragé* dies allait en augmentant et devait rendre difficile la repré- | sentation successive de quatre pièces; Y Œdipe à Colone de ''^ Sophocle a 1780 vers, alors que les Perses d'Eschyle en comptent seulement 1070. Il faut encore observer qu'aucune
1. La trilogie d'Eschyle est la seule qui nous soit parvenue. Le Cyclope d'Euripide est la seule pièce satyrique qui nous reste. Nous connaissons les titres de plusieurs tétralogies qui nous ont été conservés dans les courtes ûuoOécret; placées par divers grammairiens en tête des pièces de théâtre grecques. Ces uTcoOéaet; ont pour source principale une liste de StSacrxaXtat, ou catalogue de pièces représentées, qu'Aristote avait compilée à l'aide des archives officielles d'Athènes. Ce catalog'ue d'Aristoto est perdu
2. Par exemple, Vlphigénie à Aulis, VAlcméon à Corinthe (perdu) et les BaccJmntes d'Euripide, formaient une trilogie.