DISPOSITIFS ET MACHINES
Le fond de la scène changeait quelquefois au cours d'une' pièce, par exemple dans VAjax, dont une partie se passe' dans le camp et l'autre sur le rivage de la mer. Nous igno»rons comment s'eflectuaient ces changements de scène; rien n'indique l'existence d'un dispositif analogue au rideau moderne pour dissimuler momentanément la scène aux yeux du public. Quelquefois, le changement de Hqu pouvait être suffisamment indiqué en faisant tourner sur eux-mêmes les usptaîiToi. Ainsi, dans les Euménides^ le même décor représentant un temple pouvait servir à la fois pour Delphes et pour Athènes, mais la révolution des Tueptaxtoi indiquait le changement de lieu. De même, dans les Grenouilles^ le même décor représentant une maison pouvait convenir pour les demeures d'Héraklès et d'Hadès, et les icsptaxTot indiquaient que la scène était transportée de la terre aux enfers.
216. Dispositifs et machines. — La représentation d'un drame grec n'était pas très réaliste] on ne se proposait pas, comme chez nous, de produire une illusion et l'on faisait grandement crédit à l'intelligence des spectateurs. Ils étaient censés connaître les conventions relatives aux entrées de droite et de gauche, suivre les changements de scène qui n'étaient parfois que très faiblement indiqués et imaginer des phénomènes tels que la nuit, des orages, des tremblements de, terre, etc., dont il était impossible de donner l'illusion en plein jour, en plein air et avec les ressources très insuffisantes dont les machinistes des théâtres grecs disposaient. Toutefois, il y avait quelques dispositifs mécaniques, qui, s'ils ne produisaient pas l'illusion, servaient du moins à faciliter l'intelligence de la pièce. Les principaux étaient les suivants :
(a) L'èxxux^ri{xa, petite scène mobile portée sur des roues, au moyen de laquelle on amenait sur le devant du théâtre des personnages supposés placés à l'intérieur d'une maison. Ainsi Glytemnestre ne tuait pas Agamemnon et Gassandra
sur la scène, mais, après le meurtre, leurs corps étaient portés hors du palais sur rixxux^riixa. Ainsi encore Ajax, bien que censé massacrant des brebis dans l'intérieur de sa tente, était amené sous les regards du public; et, dans les AcharnienSf Euripide, trop occupé pour venir à la porte de sa maison, arrivait d'une manière burlesque sur FèxxuxXrma. La même machine paraît avoir été quelquefois nommée ê^waxpa, mais quelques critiques pensent que ces deux mots désignent seulement deux dispositifs analogues.
(b) Les fantômes (par exemple dans les Perses, où paraît l'ombre de Darius) s'élevaient de dessous la scène, soit par un escalier dissimulé placé on ne sait où (Xapœveiot xX'ixaxeç), soit par une trappe mobile (àvairteffixa). La question de ces apparitions est d'autant plus obscure que l'existence même d'une scène à l'époque classique est aujourd'hui contestée (voir plus haut, p. 281).
(c) Des personnages censés monter au ciel ou prendre leur vol (comme Médée dans la tragédie de ce nom ou Trygée dans la Paix) étaient soulevés sur une plate-forme (a'twpviixa), qui était mise en mouvement par une corde et une poulie fixées sur la toiture au fond de la scène. Le même dispositif permettait de faire descendre du ciel les divinités qui paraissaient subitement sur la scène (ainsi Iris, Poséidon, etc., dans les Oiseaux) .
(d) Le GeoXoyeTov paraît avoir été une petite plate-forme mobile, qu'on faisait saillir à volonté de la toiture de la scène, et sur laquelle un dieu pouvait se tenir debout pour réciter une tirade. Le nom de machine (li-^ixav/i) convenait indifféremment àl'alwpYiiJia et au GsoXoYsTov ; d'où l'expression Deus ex machina^ pour signifier l'intervention soudaine d'un dieu.
(e) Le xepauvoCTxoTceTov était probablement une combinaison de miroirs à l'aide desquels on projetait des rayons qui imitaient les éclairs.
if) Le ppovteTov était un baril plein de pierres que l'on