‹ MinetteChapitre 14 sur 27 · IX ANIMA VILI · texte numérisé non relu

IX ANIMA VILI

Peut-être !

Et deux jours après cette rencontre, Minette sonnait à la porte de Marie Delval !

Minette était un peu pâle, néanmoins, un peu inquiète en entrant chez l’actrice.

Quelques dispositions qu’on ait à faire le mal, on éprouve toujours certaine appréhension à ses premiers pas sérieux dans cette voie.

Mais l’appartement de Marie Delval était si rempli de silence et d’obscurité... la femme de chambre qui lui avait ouvert s’était ornée d’un maintien si discret et si grave en la conduisant à sa maîtresse...

Que Minette sentit vite sa frayeur s’effacer devant la sécurité que tout semblait lui promettre dans celte maison.

Et que lorsqu’elle arriva dans le boudoir de l’actrice, ce ne fut plus en femme qui se sent coupable, qui hésite, mais en pécheresse déterminée, presque gaillarde, qu’elle accueillit le mot de l’actrice :

« — Ah ! c’est vous, madame 1 Ah ! que vous êtes gentille d’étre venue !» - ,

On s’assit, sans d’abord en dire davantage, pour laisser à la camériste le temps de se retirer.

» Mais dès que cette dernière eut disparu :

« — Vous avez donc osé vous risquer ? » reprit cordialement Marie Delval en s’emparant des mains de sa visiteuse. 11 n’est pas là... mais il ne .peut tarder... Oh ! il vient tous les jours ! *

— En vérité, repartit Minette, — intérieurement piquée de ce qu’on lui mît si vite les points sur les i, — je vous assure que ma présence n’a pas absolument le but que vous lui supposez !.. Vous êtes assez charmante, madame, pour qu’on éprouve aussi du plaisir à vous voir. »

Marie Delval s’inclina ; elle appréciait les petites susceptibilités de Minette.

« — Oh ! sans doute, madame, fit-elle, j’espérais bien que vous songeriez un peu à moi en me rendant cette visite... et je vous remercie mille fois de l’assurance que vous me donnez que je ne me suis pas trompée... Mais je suis si bonne... et ce pauvre Léonard est si malheureux...

» En vous apercevant, la joie que j’ai éprouvée pour lui m’a rendu moins sensible le plaisir que je ressentais pour moi !

* Est-ce que vous m’en voulez ? #

Minette sourit ; les excuses étaient acceptées.

• — Vous me certifiez, au moins, que je n’ai pas le moindre danger à craindre? » dit-elle en regardant autour d'elle avec une apparence d’effroi fort convenable.

« — Pas le moindre ! Est ce que je vous aurais invitée, sans cela? Je ne reçois personne... dans la journée... Ma

femme de chambre m’est dévouée... d’ailleurs, ellé ne sait * pas même votre nom.

d Et, pour moi, ai-je besoin de vous répéter que je me crois seulement votre obligée quand vous me prouvez tant de confiance !

# Et que je considère, surtout, votre présence ici, bien plus comme une distraction que jd vous procure... une bonne action que je vous mets à même d’accomplir, peutêtre...

» Que comme un service que je vous rends. »

Minette serra à son tour les mains de sa nouvelle amie.

Tout était désormais convenu entre ces dames : dévouement désintéressé d’une part , reconnaissance à toute épreuve de l’autre.

« — Au reste, » reprit gaîment Marie Delval, entraînée malgré elle par l’électricité de celte touchante pression,

« je ne vous cache pas, madame, que je ne serais pas fâchée... entre nous, de troubler un peu le repos de M. Anatole d’Harblay.

» Vous êtes trop belle et il est trop fier de vous... » >

Minette fronça le sourcil.

« — Ah ! vous n’aimez pas d’Harblay ? » dit-elle.

« — Je l’exècre... à cause d’une méchanceté qu’il m’a faite il y a trois ans, à propos d’un rôle dans une de ses pièces...

» Oh ! pas autre chose 1

— Cependant, ma chère, » reprit Minette, en essayant de sourire encore, « le dommage que vous lui souhaitez ne sera pas, je crois, en cette occasion, si cruel qu’il puisse compenser celui qu’il a pu vous faire.

# J’ai consenti à revoir M. Léonard, sans doute... deux ou trois fois au plus... mais ce sera tout, vous le pensez bien... et...

— Et je n’en pense ni n’en désire pas davantage ! * reprit vivement Marie Delval, qui s’aperçut qu’elle avait été trop loin.

» Oh ! la vengeance que j’attends est à la hauteur de l’offense que j’ai reçue... ça ne passe' pas l’épiderme... croyez -le bien.

» Nous autres, comédiennes, nous ne haïssons jamais jusqu’au sang, madame ! »

Et Marie Delval partit d’un franc éclat de rire.

Définitivement rassurée, Minette osa revenir la première à ce qui devait être le principal sujet de cet entretien avec sa confidente.

. « — Mais, » dit-elle, « est-ce que M. Léonard sait... e^t-ce que vous lui avez appris...

— Que vous pouviez vous rencontrer ici, par hasard, avec lui ! Je m’en suis bien gardée... 'mais c’eût été une raison pour qu’il n’y reparût plus !

— Allons donc !

— Je ne mens pas !... Oh ! il n’est pas bâti comme tout le monde, ce garçon -là... et c’est parce que je le connais que je ne l’ai pas traité en amoureux ordinaire.

— Il m’aime donc bien, en effet? *

— Gomme un fou... comme un enfant... comme un homme qui rêve... et qui se complaît d’autant plus dans son rêve, qu’il n’ignore pas qu’il n’aura jamais que ses illusions pour tout bonheur !.. »

Minette regarda la pendule.

« — Mais il tarde bien, il me semble, dit-elle, impatiente, maintenant, d’être près de ce phénomène, auquel, un an auparavant, elle avait si dédaigneusement tourné le dos.

Il ne viendra peut-être pas ! qui sait...

— Oh! moi! je sais qu’il viendra... et tenez... »

Un coup de sonnette avait retenti.

« — C’est lui, j’en suis sûre ! ajouta Marie Delval.

— Vous croyez ?»

C’était en effet Léonard Durand.

La femme de chambre de Marie Delval avait reçu à l’avance des ordres précis de sa maîtresse.

Léonard Durand entrait dans le boudoir en ne pensant y trouver, comme d’habitude, que l’actrice.

Or, assise près de celte dernière, Minette tournait le dos à la porte par laquelle arrivait Léonard.

En apercevant quelqu’un, — et une femme, — à côté de sa camarade, Léonard suspendit brusquement sa marche.

Marie Delval n’avait point menti, cependant, à Minette, il ne savait rien... il ne pouvait se douter de rien.

Mais l’amour vrai a des pressentiments devant lesquels l’expérience du libertin le plus émérite est forcée de baisser pavillon.

L’aspect de celte taille svelte, de ces cheveux soyeux, de ce col de cygne, de ces bras arrondis, fit tressaillir Léonard.

11 devinait à qui ces bras, ces cheveux, ce col et celle taille appartenaient.

Et il demeurait cloué au plancher.

Néanmoins, à cette pensée qui devait naturellement frapper sa raison, en dépit des battements de son cœur qui, lui disaient que sa raison n’avait pas le sens commun ; ■ u

« — Elle chez Marie Delval ! c’est impossible ! »

Le jeune artiste fit résolument trois pas en avant.

Et il devint blanc comme la mort... il chancela...

Et murmurant ces mots :

« — Vous?., vous !.. »

Il tomba à la renverse.

Sans Marie Delval, qui s’élança à son secours, le malheureux se fût brisé la tête sur un guéridon qui se trouvait derrière lui.

Couché sur un divan, Léonard demeura quelques minutes sans connaissance.

Quand il reprit ses sens, les tempes et le front tout mouillés d’eau de Cologne, que quatre mains de femme y avaient répandue à flot, Minette, seule, était à genoux près de lui.

Marie Delval s’était éloignée, par discrétion.

Le jeune homme contempla Minette avec stupeur.

Et quelque pâle qu’il fût encore, il pâlit davantage.

« — Je ne m’étais donc pas trompé, balbutia-t-il, c’est vous, madame ?

— Eh bien ! oui, c’est moi, repartit la coquette, de son timbre de voix le plus caressant... cela vous chagrine donc bien de me voir, Léonard ? »

Pour toute réponse l’artiste laissa monter à ses yeux les larmes qui gonflaient sa poitrine.

« — Oui, c’est moi, reprit Minette, toujours agenouillée devant lui, moi qui ai appris que vous souffriez trop et qui me suis exposée à tout pour accourir vous dire : pardonnez-moi !.. et ne souffrez plus !.. Moi, qui me repens du mal que je vous ai causé, entendez-vous, mon ami... moi,

qui en suis punie déjà, allez !.. si punie... que je suis peutêtre, aujourd’hui, plus à plaindre que vous!.. » »

Là-dessus Minette devint à son tour toute pâle. .

Et elle se prit, à son tour, à pleurer.

Léonard la saisit vivement dans ses bras.

« — .Vous êtes malheureuse ! s’écria-t-il, il serait vrai !

— Bien malheureuse ! lit-elle avec un accent navrant.

— Oh ! reprit Léonard, et c’est celui pour lequel vous m’avez abandonné qui vous torture, n’est-ce pas... Je le savais bien ! cet homme n’a pas de cœur.

Mais vous l’avez voulu, Hortense!

— Un reproche ! murmura la jeune femme, d’un ton de victime celte fois.

— Un reproche!., oh !.. non !.. non !.. »

Attirée par lui, elle avait, comme à regret, quitté sa position de Madeleine repentie.

Us étaient alors assis l’un contre l’autre, sur le divan. Autour de la taille de la jeune femme — de celte taille qu’il avait si vite reconnue ! — un bras à la fois craintif et audacieux s’enroulait... Elle avait posé sa tête sur l’épaule de son amant... ses fins cheveux s’agitaient sous un souffle .brûlant.

« — Un reproche, continua- t-il, est-ce que cela est possible?.. est- ce que je n’aj pas tout oublié, puisque vous êtes là... puisque vous m’aimez encore un peu, car vous m’aimez encore un peu, n’est-ce pas, Hortense?

— Ai-je besoin de vous le dire?

— Oui ! car j’ai besoin de l’entendre... car je doute encore... j’ai peur... Tout ceci est si étrange..;

Oh! je vous en supplie, Hortense... tenez... aujour-

d’hui... nous ne parlerons point du passé... il n’y a que nous sur la terre en ce moment... je le veux... mais si vous m’aimez, dites-le moi... une fois... une seule fois...

Et puis ensuite, s’il le faut, laissez -moi moârir ! »

Minette, dans une sorte d’extase, écoutait et regardait l’artiste.

11 était si beau, lui, alors ! emporté par la passion, oh ! béas à admirer et à aimer à genoux !

Minette l’admirait... elle palpitait déplaisir... cette scène n’était vraiment pas au-dessous de ce que son imagination avait conçu de plus extraordinaire.

Léonard s’était encore rapproché d’elle.

Leurs haleines se mêlaient.

Un instant Minette fut une femme.

« — Oui ! je t’aime ! » bégaya-t-elle dans un baiser.

Un seul ! mais il faut croire qu’il leur tomba du ciel, puisque Minette s’en sentit vivre...' et que Léonard s’en sentit mourir !..

Mais tout a son terme... même les baisers tombés du ciel !..

La pendule sonnait deux heures.

Minette se leva brusquement.

Léonard ne la retint pas.

Ivre de volupté il n’en avait pas la force.

« — Deux heures! dit-elle, mon Dieu! il faut que je parte... on s’inquiéterait sans doute de mon absence, on me chercherait... ne m’en veuillez pas, mon ami !

Je reviendrai demain ! »

Léonard tomba à genoux à sou tour.

On promettait un lendemain à ce baiser. .

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« — Adieu ! adieu ! reprit-elle, en lui retirant ses petits doigts qu’il brisait contre ses lèvres, adieu.

Je vais embrasser notre bonne Marie Delval et je me sauve.

A demain !..

Et le lendemain, en effet, Minette et Léonard se revirent dans la complaisante maison de Marie Delval.

Et le surlendemain, et les jours suivants, et pendant quinze jours entiers, il en fut de même.

Tous les jours à midi, Minette, blottie au fond d’un coupé, qui l’attendait pour la reprendre quand elle repartait, arrivait chez l’actrice où l’attendait déjà son amant.

D’Harblay, pendant ce temps, était à travailler chez un collaborateur qui ne pouvait se déranger... ce qui était fort commode pour Minette, si cela l’était moins pour d’Harblay.

Et pendant quinze jours, deux heures durant chaque jour, Minette et Léonard demeuraient ensemble seuls dans leur mystérieux boudoir !.. causant, caquetant, babillant à qui mieux mieux...

Gomme font ceux qui s’aiment...

Et aussi ceux qui croient s’aimer.

Léonard contait et racontait à Minette comme quoi il avait vécu depuis leur séparation... et comme quoi il avait voulu d’abord la haïr .. et que cela lui avait été impossible !..

Et comme quoi s’apercevant que cela lui était impossible il s’était résigné à l’aimer toujours, tâchant, s’il lui était interdit de lui parler désormais, de la rencontrer, du moins,

de temps en temps, de loin, sur le boulevard, aux promenades, au bois, ou bien, aux premières représentations, au théâtre, lorsque son affreux métier ne l’en empêchait pas, caché au fond du parterre ou dans quelque recoin de l’orchestre, allant s’enivrer à son aise, au risque d’y perdre la raison, de l’aspect de sa beauté... qu’elle étalait si brillante au balcon..» du souvenir de leurs innocentes amours... qu’elle paraissait avoir tant oubliées.

De son côté Minette brodait à Léonard une foule de petits récits merveilleux sur les motifs qui l’avaient obligée à se séparer de lui et à se donner à d’Harblay. Ruinée par son mari il lui avait fallu trouver une position... elle connaissait d’Harblay depuis longtemps... il s’était offert à elle comme un ami... elle avait cru à ses promesses. ..

Puis un jour il avait abusé de sa bonne foi.

Et alors, dans un moment de désespoir, elle s’était décidée à lui confier cette fameuse lettre pour Léonard.

Quand elle en venait sur ce sujet, Léonard pâlissait...

Et Minette s’empressait de se tourner vers un autre chapitre de son roman.

Si Léonard, malgré toute sa tendresse, ne croyait pas aveuglément à tout ce que Minette lui pleurait de ses douleurs dans son nouveau ménage, du moins préférait-il lui crier :

— Voulez- vous que j’aille hier d’Harblay ?

Lorsqu’elle pleurait trop fort.

Que de ressentir le frisson de honte, pour lui-même et pour elle, qui lui passait par tout le corps à cette idée, évoquée en lui par l’imprudente, qu’elle avait osé l’humi-

lier un jour si cruellement, qu’il en avait été alors contraint de la mépriser.

Quinze jours s’étaient donc passés de la sorte.

Soit quinze entrevues entre Minette et Léonard.

Soit une trentaine d’heures, à peu près.

Or, à l’exception delà première, qui, on le sait, avait été radieuse, ces trente heures s’étaient cependant peu à peu écoulées plus calmes pour nos amants. C’est qu’avec le temps Minette sentait s’évanouir en elle les joies de ce caprice, que, folle et désœuvrée, elle s’était plu à exhumer de sa tombe...

Et que Léonard, d’abord tout rempli d’espérance et de foi, s’apercevait aussi, tout découragé, qu’il n’y avait toujours là dedans d’amour que de son côté.

Cependant ils s’étaient donné et rendu encore, par ci par là, quelques baisers dans ces trente heures.

Mais aucun d’eux n’avait eu le parfum du premier... parce que celui-là seul, comme la première heure, avait été un élan de deux âmes, et que, pour les autres. Minette avait recommencé à ne plus se souvenir de la sienne.

Ce pauvre Léonard ! c’avait bien été la peine de le rappeler au paradis, pour l’en chasser si vite de nouveau.

Ils en étaient au quinzième jour tout juste... ni plus ni moins...

La veille, Minette s’en était allée, comme d’habitudë, en disant : à demain.

Le lendemain voici ce qu’il advint :

Quelque chose d’assez original, d’ailleurs.

Ce jour-là Léonard attendait plus inquiet que de coutume sa maîtresse... par à peu près.

Elle arriva, elle, plus animée que d’ordinaire.

Le matin, en se levant, comme le soleil se faufilait joyeux à travers ses fenêtres, elle s’était prise, joyeuse aussi, à songer à ce délicieux baiser que lui avait donné Léonard quinze jours auparavant.

Et elle accourait en désirant très-vivement une seconde édition de ce baiser.

Il n’y a que les femmes à imagination pour se laisser aller ainsi aux séductions d’un rayon de soleil 1

A l’approche de sa maîtresse, l’œil étincelant, la bouche humide, Léonard, qui ne la voyait depuis les derniers jours que calme et presque maussade, demeura étonné...

« — Me voici, mon ami, lui dit-elle... en s’asseyant à ses côtés. Ah ! tenez 1 j’ai pensé plus que jamais à vous depuis hier!..

Oh ! je vous aime bien, allez ! je vous aime de toutes mes forces!..

Et vous?..

En s’exprimant ainsi la jeune femme enlaçait son amant de ses bras et l’attirait à elle.

Il lui fallait tout de suite son baiser.

Mais Léonard n’obéissait pas.

‘ Par un contraste étrange, cette flamme qui brûlait, à ce moment, Minette, le refroidissait, lui.

Lucide, par hasard, il devinait enfin l’infâme jeu qu’elle jouait... et lui qui eut donné, la veille encore, sa vie pour cette caresse, il fallait la retuser maintenant presque avec dédain.

Il repoussa la jeune femme, se leva, et se posant en face d’elle :

* — Hortense, lui dit-il, sans autres préliminaires, vous dites que vous m’aimez ?

— Vous ne le croyez pas? répliqua-t-elle, surprise à son tour, et, de plus, ennuyée qu’on se fit tant prier.

— Je vous croirai quand vous aurez répondu à ceci :

Votre amour, s’il existe, ne me mène à rien. Je suis toujours seul, je suis toujours abandonné... Prenons une résolution soudaine et puissante.

Voulez-vous quitter d’Harblay et venir vivre avec moi ?

— Vivre avec vous ! »

Minette s’élança vers son châle et son chapeau qu’elle avait jetés, en entrant, sur un meuble.

«' — Vous êtes fou ! mon cher, » continua-t-elle après un silence employé par elle à rétablir la symétrie de sa coiffure et à remettre son châle sur ses épaules. i

Et, du coin de l’œil, elle regardait cet homme, médiocrement bien mis, ni beau ni laid, ni noble...'

Elle le trouvait sale, laid et mesquin...

« — Vivre avec vous, répéta-t-elle, mais quelle est cette lubie, mon cher... Mais cela vous plairait donc que je mourusse de faim et d’ennui dans votre mansarde ! Vivre avec vous ! par exemple, voilà du nouveau... où avez- vous été chercher cela, mon Dieu ? » *

Léonard se taisait.

Elle avait achevé sa toilette... elle se tourna vers lui...

Et elle ne put retenir un cri de terreur.

Ce n’était plus de l’amour qu’éprouvait Léonard pour cette misérable créature, qui venait, sans vergogne, de se dévoiler à lui tout entière, hautaine, railleuse, méprisante,

pour un mot, un seul mot où il s’était permis d’être un homme et non plus une distraction.

C’était de la haine... une haine féroce que les traits de Léonard exprimaient.

Elle se glissa vers la porte.

— Adieu ! adieu ! murmura-t-elle en s’enfuyant.

Minette ne revint pas chez Marie Delval.

Mais Marie Delval reçut, quelques jours après cette scène, une parure en émeraudes d’un prix assez élevé, et ce billet :

— Léonard est un fou, ma chère.

Au revoir.

Discrétion, n’est-ce pas? et comptez sur mon amitié.

Je vous envoie une bêtise que vous garderez un peu à cause de moi.

Léonard demeura un mois sans sortir de chez lui.

Au bout de ce temps, en se rendant un soir à son théâtre, par un hasard fatal, la première personne qu’il rencontra sur son passage fut Minette.

Elle détourna la tête en l’apercevant.

Et il tressaillit, lui, à l’aspect de cette femme.

Il tressaillit de rage et de désespoir.

Il s’était cru guéri, par l’isolement, la prière...

Mais il était maudit sans doute.

Il l’aimait encore.

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