‹ MinetteChapitre 25 sur 27 · ET L’ON REVIENT TOUJOURS · texte numérisé non relu

ET L’ON REVIENT TOUJOURS

Toute créature humaine, quelque perverse ou tombée qu’elle soit, a nécessairement, à un moment donné, dans le cours de son existence, un jour, une heure, une minute, peut-être, où il lui faut reconnaître la main de Dieu et se concilier devant elle.

Pour la première fois de sa vie, en quittant la mansarde de Léonard, Minette était triste... véritablement triste...

C’est que, s’il est toujours terrible de voir mourir, il est bien plus terrible encore de voir mourir qui l’on a tué.

Et puis cette journée a été si féconde en événements pour la jeune femme ! A part la douleur profonde qu’elle venait d’éprouver au chevet de l’artiste mourant, elle avait eu à subir, jusque-là, tant d’autres émotions poignantes ! Quand elle rentra dans sa maison, Minette était anéantie. Il lui semblait qu’elle sortait d’un rêve affreux... et dont, par malheur, elle ne pouvaitchasserle souvenir de sa pensée.

« — Monsieur est-il là ? » fit-elle vivement à sa femme de chambre qui lui avait ouvert.

« — Oui, madame, repartit cette dernière, monsieur est dans son cabinet depuis longtemps, et il a déjà demandé deux fois après madame. »

Une exclamation de joie échappa à Minette.

Enfin elle allait se trouver en face d’une figure amie... elleallait entendre une voix sinon affable, mais qui du moins ne lui adresserait ni reproches ni paroles de mépris !...

Après avoir assisté à la mort de celui qui n’avait vécu que pour elle, elle allait revoir celui qui se contentait de vivre doucement près d’elle...

Ce qui pouvait être moins poétique, mais ce qui était, à coup sûr, plus gai.

Minette courut au cabinet de d’Harblay.

L’homme de lettre travaillait, mais à l’apparition de sa maîtresse, il s’empressa de déposer la plume.

« — Ah ! vous voilà, ma chère, dit-il. Eh ! que devenez-vous donc !... vous sortez donc toute la journée, maintenant... je vous ai demandée deux fois à votre femme de chambre. »

• Minette s’assit près de d’Harblay.

■ « — J’étais allée faire quelques emplettes pour notre

voyage, répliqua-t-elle, voilà tout...

# Mais depuis quand vous inquiétez-vous si fort de mon absence, s’il vous plaît ? Est-ce que vous deviendriez jaloux, par hasard ? »

Et, en parlant ainsi, elle essayait de sourire.

Mais d’Harblay ne souriait pas, lui.

« Jaloux, reprit -il, vous savez bien que je ne le suis

pas.,, que je ne veux pas l’être... Je n’ai pas pris une maîtresse... une compagne, pour me rendre malheureux... et pour la tenir esclave...

» Cependant je vous avouerai, ma chère, que, depuis quelque temps, votre conduite me laisse à désirer...

» Et que, sans suspecter absolument vos actions, je commence à m’en inquiéter un peu.

» Voyons, Minette, soyez franche... il n’est pas nécessaire que j’attende que je sois devenu tout à fait ridicule pour me plaindre... qu’en pensez- vous? #

Minette rougit.

Elle se souvenait de ce qu’elle avait écrit quelques semaines auparavant à Emile Valtin... en ne se doutant guère, alors, que son mensonge se tournerait si vite en réalité.

Pourtant, impatienté du peu d’à-propos de cette conversation, elle reprit avec aigreur :

« — Je ne vous comprends pas, monsieur. Non, en vérité, je ne sais ce que vous entendez avec votre ridicule et vos plaintes ; est-ce une charade que vous me jouez ? — je vous préviens que vous tombez mal et que je ne suis pas d’humeur en ce moment de la deviner.

« — En effet, repartit d’Harblay, dont le regard, fixé sur les traits de sa maîtresse, brillait d’une lueur sardonique, vous me paraissez dans un état nerveux assez extraordinaire, ma bonne... vous êtes pâle .. défaite... Tenez !... on dirait presque, si on pouvait le croire, que vous avez pleuré aujourd’hui !...

Minette se leva brusquement.

« — Si c’est pour me railler, dit-elle, que vous avez

demandé deux fois après moi... vraiment, ce n’était pas la peine. »

D’Harblay retint la jeune femme par le bras.

« — Je ne vous raillerai pas plus longtemps, ma chère, reprit-il, mais je vous demanderai, en revanche, de faire en • sorte qu’on ne se moque plus autant de moi.

# Lisez ceci. »

Il avait tiré une lettre d’un des tiroirs de son bureau ; il la posa tout ouverte devant Minette.

Minette obéit. '

Elle lut ces mots :

« Monsieur,

» Votre maîtresse vous trompe; elle> a deux amants, peut-être trois. Vous êtes instruit. Cherchez, vous trouverez. »

Il n’y avait point de signature.

Quand on vient d’assister à des batailles on ne craint pas une escarmouche.

Minette ne broncha pas à la lecture de ce billet.

« — Une lettre anonyme ! fit-elle en la repoussant dédaigneusement... Pouah !...

» Et c’est là dedans que vous avez puisé vos soupçons, monsieur, et vos admonestations de précepteur...

» Eh bien! si cela vous amuse, cherchez... comme on vous invite... vous verrez si vous trouvez, o

D’Harblay prit la lettre et la déchira lentement en morceaux.

Puis, d’un ton assez sévère, cette fois :

« — Je méprise trop ce genre d’épitres, madame, ditil, pour y ajouter foi...

MINETTE 249 . * f

» Et je ne chercherai pas... parce que j’espère n’avoir rien à trouver.

» Mais j’ai tenu à vous montrer ces lignes pour vous rappeler ceci... que vous pourriez oublier... par hasard :

» Qu’on doit respecter l’homme avec lequel on vit... si on ne l’aime plus qu’un peu.

v Ou le quitter résolument si on ne l’aime plus du tout. *

Cette idée d’une séparation qui eut probablement réjoui Minette, la veille encore, la glaça d’épouvante à ce moment.

A ce moment elle se sentait si seule ! >s

Les larmes lui vinrent aux yeux. •

C’était le jour des larmes pour elle.

a — Nous quitter ! balbutia-t-elle en retombant sur sa chaise, est-ce donc à dire que vous le désirez?...

■» En ce cas, avouez-le tout de suite... je serais désolée d’être un empêchement a votre repos !... »

D’Harblay s’approcha de Minette. Elle souffrait, il le voyait, sans se douter pourtant des véritables causes de son malaise ; il reprit plus doucement :

« Mais vous êtes folle, Minette... il ne s’agit nullement de nous quitter si vous n’en avez pas envie...

» Si je vous ai dit cela...

— C’est qu’il vous a passé par l’esprit l'envie de me torturer, s’écria Minette en pleurant, c’est que cette infâme lettre vous a froissé et que vous avez voulu me froisser à mon tour.

» C’est que vous ne m’aimez plus... vous. . vous... vous m’entendez... et que cela vous plairait, sans doute, que je vous dise aussi que j’ai cessé de vous aimer...

• * Oh 1 et moi qui, depuis ce matin, pour lui faire plaisir, m’étais résignée... mieux encore!... moi qui m’étais décidée, sans trop de peine, à ce voyage d’Espagne qui me désespérait tant, il y a deux jours à peine !... »

D’Harblay considéra, tout surpris, sa maîtresse.

« — Quoi ! dit-il, vous ne refusez plus de m’accompagner en Espagne?... il serait possible ?... Vous qui hier encore, en effet, me protestiez que vous me laisseriez plutôt partir seul !...

— Faudra-t-il vous conduire, pour vous convaincre de mes intentions, chez ma couturière à qui je viens dè commander une toilette de voyage ? •»

' D’Harblay n’avait pas besoin de cette démarche pour être convaincu que Minette ne lui mentait pas.

Que fût-il résulté, cependant, de cette conviction, s’il avait tenu à s’assurer, par lui-même, chez la couturière, des intentions de Minette ?

« — Allons ! allons ! reprit-il en déposant un baiser de paix sur le front de sa maîtresse, vous êtes une charmante petite femme... vous m’aimez... je vous aime... les lettres anonymes et les sots qui les écrivent ont tort... et tout est pour le mieux dans le meilleur des ménages possibles !...

» Nous partirons dans huit jours...

» Et pour l’instant nous allons gaîment nous mettre à table... car voici cinq heures et demie qui sotanent... et Cyprien qui vient certainement nous annoncer que nous sommes servis. »

Cyprien frappait, en effet, à la porte du cabinet.

« — Entre, cria d’Harblay, le dîner est prêt, n’est-ce pas? »

Cyprien parut.

« — Oui, monsieur, le dîner est prêt, dit-il, mais c’est qu’il y a aussi, dans l’antichambre, une personne... un monsieur... qui veut absolument parler à monsieur.

— Qui veut... répéta d’Harblay en riant, le drôle est bien osé... Et a-t-il dit son nom ? »

Le domestique jeta un regard de côté sur Minette avant de répondre.

« — 11 se nomme... M. Prosper Beequet, fit-il enfin.

La foudre tombant sur Minette ne l’eût pas plus terrifiée !

Ce n’était pas qu’elle eût peur de son mari, mais c’est qu’elle devinait encore, dans son apparition subite, quelque danger imminent pour elle.

Cette fatale journée ne devait-elle donc s’achever qu’en en comptant, jusqu’au bout, chaque heure, par un nouveau supplice I

Plus maître de lui-même, quoiqu’il eût légèrement pâli à ce nom de Prosper Beequet, d’Harblay soutint, du geste et du regard, Minette qui chancelait.

« — Du calme, lui dit-il à voix basse, du calme ! j’ignore ce que ce monsieur peut me vouloir, mais il ne me dévorera pas, soyez tranquille.

» Tenez-vous donc, de grâce !... le domestique est là ! »

Minette se releva.

« — Eh bien ! ma chère, reprit tout haut d’Harblay, tandis que je vais recevoir M. Prosper Beequet, seriez vous assez bonne pour passer dans votre chambre... je vous ferai prévenir sitôt que cette visite sera terminée.

— C’est cela, repartit Minette, c’est cela.

» Au moins, soyez prudent, vous aussi, ajouta-t-elle, en passant, à l’oreille de son amant.

'■ Et elle se hâta de s’éloigner.

D’Harblay sourit à part lui.

« — Prudent! prudent! pensait-il, quelle diable de prudence veut-elle donc qu’un homme, qui vit publiquement avec une femme, ait avec le mari de cette femme ï Je ne puis pourtant pas lui dire que je la garde chez moi depuis cinq ans, seulement comme une amie... une sœur... ce serait trop virginal, il n’y croirait pas!...

» Ah ! aussi, pourquoi n’a-t-elle pas poussé son procès jusqu’à la fin... s'ils étaient bien et dûment séparés... il n’y aurait pas à craindre...

v Mais, bah!... quand je m’amuserai à réfléchir...

» Faites entrer, dit-il en se tournant vers le domestique.

Un instant après, Prosper Becquel pénétrait dans le cabinet de l’homme de lettres.

Les voyages ne semblaient pas avoir profité à l’exavoué ; il était assez mesquinement vêtu et vieilli à un point extraordinaire.

De plus, il y avait, sur son visage, celte empreinte ineffaçable que laissent après" eux l’habitude de la débauche, les excès de toute sorte, et surtout ceux du vin.

D’Harblay, qui se connaissait en physionomies, ne se méprit pas à celle de Becquet.

« — C’est un ivrogne ! se dit-il. Allons ! tant mieux ! les ivrognes sont plus accommodants que les joueurs. »

Le mari et l’amant se saluèrent.

Le mari fut même d’un gracieux au-dessus de tout éloge en s’inclinant devant l’amant.

Puis d’Harblay lui montra un siège et lui 'dit :

« — Asseyez-vous, monsieur, je vous prie. »

Et Prosper Becquet s’assit en répondant :

« — Vous êtes mille fois trop bon, monsieur. »

Un silence suivit.

Ce fut le mari qui le rompit le premier.

« — Monsieur, reprit- il avec un sourire bonhomme, je ne vous garderai pas longtemps, car c’est l’heure du dîner, je le sais, et je serais désolé de vous déranger en rien de % vos habitudes.

» J’irai donc droit au fait, si vous le permettez.

— Je le permets d’autant mieux que cela me sera plus agréable, monsieur, repartit d’Harblay en saluant de nouveau, non-seulement parce que j’allais, il est vrai, me mettre à table lorsqu’on vous a annoncé, mais encore parce que je ne serais pas fâché de connaître tout de suite !

— Le motif de ma visite, n’est-ce pas! Eh ! eh ! eh !...

Je conçois... je conçois... C’est assez drôle ma visite ! eh! eh ! eh !

» Je vais donc m’expliquer sans préambules ni retards, eh ! eh ! eh I »

D’Harblay était devenu sérieux. La gaîté de Prosper Becquet lui portait aux nerfs.

a — Je vous écoute, monsieur, repartit-il assez sèchement.

* — Vous m’écoutez, monsieur, merci... merci infiniment.

» Eh bien ! monsieur, je viens donc vous dire...

» Que veus n’ignorez pas, je pense, que vous vivez avec ma femme ?

» Oh ! ma femme !... bien ma femme !...

» La bonne petile a eu, jadis, la délicatesse, malgré ma vilaine conduite, je le confesse, de ne pas continuer un procès en séparation de corps et de bien qu’elle avait commencé de m’intenter.

» Il est vrai que, quant au corps, nous n’avions guère envie ni l’un ni l’autre de les rapprocher...

# Et que, quant aux biens... comme j’avais tout mangé... Eli ! eh ! eh !...

— Après, monsieur, après, interrompit vivement d’Harblay, si vous reconnaissez vous même que votre conduite vous a enlevé toute autorité sur votre femme, je ne vois pas trop de quel droit...

— Je me présente chez elle... ou à peu près, n’est-ce pas? »

« — Point de précipitation, monsieur, reprit-il, point de précipitation !

» J’ai dit que nous avions eu raison, ma femme et moi, de nous séparer.

d Mais j’ai remarqué aussi que nous ne nous étions séparés qu’à l’amiable, sans que la loi se fût mêlée, un tantinette nous...

» Or, là où la loi n’a pas passé... vous le savez... il reste toujours force à la loi.

» J’ai donc toujours le droit de reprendre ma femme partout où je la trouverai...

» Et ce que je viens encore vous dire... c’est que ma femme vivant chez vous... depuis cinq ans... ce qui n’est pas un jour, par parenthèse...

v S’il me plaisait de la tracasser un peu... histoire de rire... et de l’emmener avec moi...

# Elle doit être fort jolie encore, n’est-ce pas, ma femme ?...

» Elle aurait beau se débattre... et vous auriez beau la défendre... il faudrait bien qu’elle me suivît!... »

La colère commençait à prendre d’Harblay à la gorge ; le cynisme de cet homme le révoltait.

Cependant il comprenait qu’il avait tout intérêt à le ménager.

« — Emmener votre femme ! vous ! répliqua-t-il en se contenant, et pourquoi faire ?

— Pourquoi faire? vous êtes charmant, monsieur... mais parce qu’elle est ma femme, voilà tout... et je trouve la raison suffisante...

» Tiens ! tiens !... a-t-on jamais vu !... Comment, vous vous étonnez qu’après cinq ans de voyages, d’aventures, de malheurs, je tienne à revoir une compagne... une amie...

» Que son père m’a donnée. «

» Et qu’aucun tribunal ne m’a ôtée.

» Mais, mon cher monsieur, il y a des commissaires de police pour les épouses adultères et...

— Et assez , monsieur ! je vous en prie, interrompit d’Harblay, à bout de patience, en se posant devant Prosper Becquet.

» Voyons! vous n’êles pas venu ici pour m’insulter, n’est-ce pas... et pour insulter celle qui porte encore, par malheur, votre nom...

» Car vous n’avez pu penser que je fusse d’humeur à souffrir ni l’une ni l’autre de ces injures.

» Il n’est pas davantage dans vos intentions de contraindre votre femme à vivre avec vous.

» Puisqu’il faut que je vous l’avoue, je présume à votre mine que vous avez bien assez de peine déjà à vivre tout seul !

» Que nous voulez-vous donc ?Que réclamez-vous de moi?

» Que désirez-vous d’elle ? 1

» Hâtez -vous de répondre... j’attends. »

« — Ah ! ah ! dit-il en se levant à son tour, tout bien réfléchi, nous nous fâchons !...

» Bon !... fâchons-nous donc... ça me va I... nous n’en arriverons que plus vite !

» Vous voulez savoir ce que je réclame de vous, monsieur l’amant de ma femme.

» Eh bien! je ne tergiverserai pas... à celte heure, ce serait du temps perdu !

» Vous êtes riche et je suis pauvre... aimé... et l’on me déteste...

• -b II u’est pas juste que vous gardiez tout tandis que je ne possède rien !

» J’ai besoin d’argent... prêtez-m’en. »

» — Ah ! reprit-il d’un ton railleur,’ ma proposition vous choque, monsieur... vous trouvez singulier qu’un mari vienne emprunter de l’argent à un amant!... D’habitude, il est vrai, c’est le contraire qui a lieu... dans le monde... aimable.

» Mais vous avez désiré que je précisasse la question... il me semble que je vous ai obéi tout de suite.

— Je ne trouve singulier qu’un terme de votre proposition , monsieur, fit d’Harblay, c’est celui de prêter que vous

avez eu la pudeur d’employer à la place de donner.

» Combien vous faut-il? »

a. — Mais, repartit-il, ivre de son succès, ce qu’il vous . plaira... J’ai le désir d’aller fonder en Californie une taverne-modèle dans le genre de celles que j’ai admirées en Angleterre... Si cinq à six mille francs ne vous gênaient pas... là-bas les constructions sont faciles, dit-on, et... »

Le mari s’interrompit. Il avait aperçu l’amant tirer, d’une cassette, un paquet de billets de banque, et il craignait d’entraver, par ses paroles, d’aussi évidentes bonnes intentions.

D’Harblay fit une liasse de six mille francs.

Déjà Becquet, impatient, tendait la main.

« — Une minute ! # dit l’amant, qui s’assit devant son bureau et se mit à écrire.

« — Un reçu ! c’est trop juste ! s’écria Becquet, les affaires sont les affaires... je connais ça... j’ai été avoué. »

D’Harblay se releva.

« — Signez donc, » dit-il à son compagnon, en lui montrant le papier sur lequel il avait tracé quelques lignes.

« — A vos ordres, mon cher monsieur, » repartit Becquet, qui s’empressa de saisir la plume qu’on lui tendait et de s’asseoir à la place qu’avait quittée l’amant.

Mais au moment de signer, il s’arrêta...

Et voici ce qu’il avait lu :

» Reçu de monsieur Anatole d’Harblay la somme de six mille francs pour abandon fait par moi, audit sieur Anatole d’Harblay, de tous mes droits sur ma femme, madame Hortense Becquet.

d Paris, 1852 , »

« — Parbleu 1 dk-il en essayant de rire, voilà un reçu... assez curieusement rédigé!... Comment! vous tenez à ce que je signe cela... mais...

« — Mais, répliqua d’Harblav, vous signerez cela ou il n’y a rien de fait. #

« — Ah ! bah ! s’écria enfin le mari.

Et il apposa sa signature au bas de l’écrit.

D’Harblay .s’avança alors gravement vers Becquet, lui remit les six mille francs d’une main, tandis que de l’autre il prenait le reçu.

Puis, lui montrant du geste la porte de son cabinet :

a — Maintenant, monsieur, lui dit-il, j’aime à croire que vous daignerez vous souvenir que si vous vous permettiez de reparaître dans ma maison, je vous en ferais jeter à la porte par mes domestiques.

» J’aurais pu commencer cet exercice dès aujourd’hui.

» J’aurais pu attendre ensuite, d’un procès, dont l’issue n’était pas douteuse pour moi, la libre possession d’une femme pour laquelle je ressens la plus profonde amitié et que vous n’avez jamais, vous, qu’abreuvée d’ennuis.

» Mais j’ai horreur du scandale, d’abord...

» Et je n’ignore pas que les procès, bons ou mauvais, sont interminables.

» Grâce à cette preuve de votre infamie que vous venez de signer, et que je possède, je puis vous braver dorénavant.

» Sortez, monsieur, sortez ! »

« — Bravo ! monsieur, bravo ! » fit Becquet avec un sourire de hyène, «. bien touché, ma parole, pour un auteur qui n’est pas toujours, dit-on, très-heureux dans ses dénouements.

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» Adieu donc!.-., adieu donc!

y> Et bonne chance dans vos amours !... »

Cyprien parut.

« — Reconduisez monsieur, » dit d’Harblav au domestique.

D’Harblay entra dans la chambre de Minette.

« — Tenez, ma chère, » <jit-il à sa maîtresse, en lui tendant un papier, « lisez ceci.

Minette obéit.

Et elle changea de couleur.

« — Quelle infamie ! murmura-t-elle.

— Laissez donc ! reprit gaîment d’Herblay, vous conserver, n’était-ce pas impayable pour moi...

Et cela ne m’a coûté que six mille francs... c’est donné, surtout si vous continuez de m’aimer demain autant qu’aujourd’hui !

a Oh ! monsieur, repartit Minette, presque aussi humiliée de la bonne humeur de son amant que de la turpitude de son mari.

— Hein ! quoi! fit d’Harblay, vous vous fâchez!

Allons ! continua-t-il en lui tendant doucement la main,

je plaisantais, ma chère.., ne songeons plus à cela...

Et allons dîner. »

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