‹ MinetteChapitre 6 sur 27 · ONE LÂCHETÉ DE FEMME · texte numérisé non relu

ONE LÂCHETÉ DE FEMME

U y avait un mois que Prosper Becquet avait quitté sa femme et était parti pour l’Amérique.

Il y avait près de trois semaines qu’Hortense Becquet, — qui habitait encore le domicile conjugal, quoiqu’elle eût dit à Léonard, — recevait, chaque jour, la visite de M. Anatole d’Harblay.

Au reste, Anatole d’Harblay y mettait toute la discrétion possible.

Il y a toujours des convenances à garder vis-à-vis du monde, avec une femme mariée... Le mari de cette femme l’eût-il ruinée et abandonnée brusquement, après avoir failli, sans motif, se conduire envers elle comme uu crocheteur.

Le monde impose comme cela une foule de petites con-

venances si singulières dans une quantité de si singulières circonstances !...

Donc, Anatole d’Harblay ne se présentait jamais chez Hortense que le soir.

Or, ce soir-là, vers les huit heures environ, Anatole d’Harblay était aux pieds d’Hortense, assise sur cette même causeuse d’où, un mois auparavant, elle avait si ingénieusement provoqué, par devant témoin, la colère de son mari.

Gomme on voit, Anatole avait pris assez goût à la femme honnête, à son amour offert par son amie Paula.

Et Hortense s’était assez rondement laissée guider par les conseils de celte même protectrice.

Toutefois, empressons-nous de dire que notre couple n’en était encore qu’à la lune de miel de sa liaison.

La lune de miel d’une liaison de cœur se nomme amour platonique.

Sous l’influence de cet astre vertueux, on regarde comme des joies immenses les moindres faveurs de l’objet aimé... on les recherche avec une patience sans égale... on en jouit avec une délicatesse et une volupté infinies.

Plus tard, quand l’habitude et la satiété seront venues, on daignera, ou, tout au moins, on accueillera avec une tiède passion tous ces riens délicieux d’aujourd’hui : regard qui se noie de longues minutes dans le vôtre, tandis qu’on laisse sa main palpiter dans votre main... soupir qui s’envole à tire d’ailes, et tout d’un coup, vers vous... parole à chaque instant répétée et qui semble toujours nouvelle : Je t’aime !... je t’aime !... je t’aime !.. Baiser, enfin,

baiser qu’on vous permet... et qu’on vous reproche en même temps...

Hélas ! tous ces riens valent mieux pourtant que tout !...

Et plus tard, si heureux qu’on pourra se trouver encore, comblé des richesses de l’amour, on le sera moins cependant qu’aux jours où il ne vous faisait que l’aumône de sa menue monnaie !

Au moment où nous prenons Anatole d’IIarblay aux genoux d’Hortense, il lui parlait d’avenir.

« — Oui, » disait-il, « oui... dans quelques mois nous prendrons un appartement commun... nous ne nous séparerons plus...

y> Vous m’avez dit, Hortcnse, que, votre père avait trop d’esprit et trop d’affection pour vous, pour s’opposer, dans la situation où vous êtes, à ce qui peut devenir votre bonheur...

» Dès l’instant que nous n’avons rien à craindre du côté de votre famille, que nous importe l’opinion des autres !

— Mais si mon mari revenait...

— Oh! cela est impossible !.. Et puis, quand il reviendrait, qu’aurait-il à dire, puisqu’il vous a abandonnée?.. Et, dans cette hypothèse, ne nous serait-il pas toujours facile, d’ailleurs, d’éluder sa curiosité en partant à notre tour, quelque temps, en pays étranger?

— Oui! c’est cela... nous voyagerons un peu, n’est-ce pas?

— Tous les ans, mon Hortense; nous irons en Italie... en Angleterre, en Suisse... où vous voudrez.

— Je suis si sotte, voyez-vous, je ne connais rien, moi...

— Je vous ferai parcourir la terre entière si cela vous plaît... Oh ! avec vous... j’irais au bout du monde... l’été cependant... parce que l’hiver, il faudra, pourtant, que je travaille un peu, mon enfant... vous le comprenez...

» Je ne suis pas encore assez riche pour me reposer... et puis mes travaux sont de ceux qui causent, avec tant de peines, parfois, tant de jouissances aussi...

— Oui ! oh ! je veux que vous travaillez, mon ami... et je serai fière de vos succès...

— Et vous y participerez, mon Hortense... car votre amour, j’en suis sûr, doublera mon talent ! »

Hortense laissa tomber, en souriant, sa tête sur l’épaule d’Anatole.

« — Je serai donc votre collaborateur? » dit-elle.

« — Oui, mon collaborateur... et dans toute l’acception du mot même, si telle est votre fantaisie... et j’en ai eu et j’en aurai encore de moins spirituels que vous, assurément. »

Hortense rougit de plaisir ; l’idée de tourner quelque peu au bas-bleu, à ses heures perdues, ne pouvait manquer de séduire une nature comme la sienne.

Anatole remarqua cette impression, et en homme habile, il voulut profiter du moment.

Quinze jours de lune de miel commençaient à paraître plus que suffisants à notre dramaturge.

Dans la vie de théâtre, on n’est pas habitué à ces discrétions-là.

« — Oui ! oui ! nous serons heureux, bien heureux, chère petite femme!.. » reprit-il, en couvrant de baisers une main qu’on lui abandonnait; « oui ! ma vie, ma pen-

MIXETTE

sée, tout en moi vous appartiendra... tout vous sera consacré...

» Mais pour que cet avenir, dont nous nous entretenons, si rempli de douces promesses, nous arrive, il faut d’abord, je crois, nous occuper du présent.

» Vous m’avez dit que vous m’aimiez, Hortense...

» Vous êtes certaine que je vous adore.

» Eh bien !. cette preuve de tendresse que je réclame de vous... pourquoi me la refuser?.. •

» Depuis trois jours, je vous implore, je vous supplie... » Et, chaque fois, comme maintenant encore, tenez... quand j'ose aborder ce sujet, vous vous éloignez de moi... vos regards me fuient... votre main me repousse. » Hortense, en effet, tandis qu’il s’exprimait ainsi, s’était peu à peu reculée d’Anatole. Les yeux baissés, la poitrine agitée, elle semblait sous le poids d’une pensée pénible.

« — Qui vous effraie, voyons ? » reprit d’Harblay, « estce moi? Mais on ne peut avoir peur de l’amant le plus tendre, le plus respectueux!.. Est -ce parce que nous ne nous connaissons que depuis peu de temps?.. Hortense, le temps ne fait rien à l’amour, je vous le jure... Dès Je premier jour où je vous ai vue, je vous ai aimée autant que je vous aime aujourd’hui ? »

Hortense demeurait silencieuse.

« — Craignez-vous, » poursuivit d’Harblay, » en ces lieux qui vous retracent de trop cruels souvenirs... ou chez moi, où vous n’êtes pas venue encore, craignez-vous de vous rendre à mes désirs, à mes prières?.. Je suis à vos ordres, chère enfant... j’excuse et j’accepte vos scrupules... votre délicatesse. Je veux que pas un nuage ne trouble

votre tranquillité... mon ivresse... Nous partirons de Paris... nous irons nous cacher à Fontainebleau, à Saint-Germain... où le hasard nous conduira.

Hortense se taisait toujours.

« — Mais répondez-moi, je vous en conjure ! » reprit d’Ilarblay avec vivacité.

» Par grâce, dites-moi ce que je dois espérer !.. ce que je dois attendre !..

» Si rien ne vous émeut à mes côtés, joli marbre que vous êtes, du moins croyez au feu qui me brûle !.. ■

» Et par bonté, si ce n’est par amour, ayez pitié de moi!.. »

Hortense se leva.

Elle aussi, elle jugeait que le moment était venu de prendre une résolution, et que quinze jours d’amour platonique avaient dû suffisamment disposer Anatole à ne lui rien refuser.

Elle marcha vers une étagère et, d’une cassette de Tahan, toute incrustée d’arabesques de cuivre et d’écaille, elle relira un billet cacheté.

Ce billet portait cette suscription :

« A Monsieur Anatole d’Harblay. »

« — Anatole, » dit-elle alors, en revenant vers son amant, toujours à genoux, et en lui tendant le billet,

« prenez ceci.

v Vous allez partir.

» Il faut que vous lisiez, seul, ce papier.

» Quand vous l’aurez lu, vous verrez ce que vous aurez à faire. • »•*■ .

» Je vous demande deux grandes preuves d’affection : un pardon tout entier, d’abord, et ensuite un service.

» Le jour où vous reviendrez près de moi, en me disant :

» Je vous aime toujours... et vous pouvez, sans crainte de rougir devant personne, être à moi.

» Ce jour-là, je n’aurai plus rien à vous refuser... »

Quelques minutes après, Anatole d’Harblay, à la lueur d’un bec de gaz du boulevard, lisait le mystérieux billet que venait de lui remettre Hortense.

Cette lecture ne dura pas longtemps, — le billet ne contenait qu’une vingtaine de lignes, — mais il faut croire qu’elle n’en eut pas moins d’intérêt pour notre homme de lettres...

Car, en la terminant, il laissa échapper un mot d’une extrême énergie.

Nous sommes désolé d’avouer que ce mot était un juron... un prosaïque juron.

Mais bah!., quel est l’amoureux qui ne jure pas un peu... par hasard I

Cela fait, Anatole relut une seconde fois le billet... comme s’il eût douté, malgré son juron et le billet luimême, de ce qu’il avait lu.

Les vingt lignes n’avaient changé ni d’expression, ni de style.

Anatole mit le papier dans sa poche et se promena, pensif, un quart d’heure, de long en large, devant le bazar Bonne-Nouvelle.

Puis il s’arrêta et regarda du côté du Gymnase.

Noire écrivain demeurait au coin de la rue Montmartre.

Je suppose qu’il avait, à ce moment, l’intention de s’en , retourner chez lui.

Mais cette pensée ne stationna qu’une seconde dans son

cerveau. .

Faisant brusquement volte-face, il murmura :

« — Au fait, tant pis !.. elle est trop jolie, je serais un imbécile !.. Qui ne risque rien n’a rien ! »

Et il se prit à descendre, à grands pas, le boulevard.

Il franchit les portes Saint-Denis et Saint-Martin... l’ Ambigu... le Château-d’Eau. »

* Arrivé au boulevard du Temple, il entra dans un des théâtres du susdit boulevard.

J’ai oublié le nom de ce théâtre.

Comme il passait devant le contrôle, il fit un signe à l’un des contrôleurs :

« — Tout de suite, monsieur d’Harblay, » repartit le contrôleur au muet du dramaturge.

Anatole avait demandé qu’on lui ouvrît la porte de communication qui, dans chaque théâtre, existe entre la salle et la scène.

La première personne qu’ Anatole rencontra dans les coulisses fut justement celle qu’il y venait chercher.

C’était un jeune homme de vingt-cinq ans à peu près.

Un acteur, revêtu, pour le .moment, d’un costume de paysan ; le visage grimé, le nez retroussé par un crin, les sourcils teints, la tête ensevelie sous une perruque rouge, les jambes torses, le corps en deux.

Une tournure de comique, enfin ; de comique dans l’exercice de ses fonctions.

« — Léonard, » dit d’IIarblay, en touchant l’épaule de l’acteur, qui ne l’avait pas aperçu, « j’ai deux mots à vous dire... vous n’êtes pas du dernier acte, je crois... quand vous aurez fini celui-ci, voulez-vous me rejoindre au foyer, je vous y attends.

— Très-bien ! très-bien ! je suis à vous, » repartit Léonard un peu surpris. « Vous avez un rôle pour moi ? »

D’Harblay sourit malgré lui.

« — Je vous conterai cela, » repartit-il.

Au bout d’une demi-heure environ, l’artiste rejoignait, au foyer, l’homme de lettres.

« — Où demeurez-vous donc, Léonard ? » fit d’Harblav, en prenant le bras de ce dernier.

« — Rue d’Hautevillc.

— Ah !... »

11 y avait dans ce : ah ! quelque chose de si singulier que Léonard en demeura frappé.

« — Mais pourquoi cette question ? » reprit-il, en regardant son interlocuteur.

« — Oh!.. » répartit d’Harblay, qui s’était remis aussitôt, « c’est que, si vous le permettez, je vais vous accompagner jusque chez vous...

— Chez moi !..

— Oui, parce que, chez vous seulement, je pourrai vous expliquer ce que j’ai à vous demander.

— Vous avez quelque chose à me demander? » répliqua le jeune acteur, de plus en plus étonné du ton de d’Harblay, et, comme tout homme qui aime et qui souffre, — c’est-àdire toujours inquiet, soupçonneux, en toute circonstance,

même étrangère, en apparence, à sa passion, — déjà sous le poids d’un triste pressentiment.

D’flarblay inclina la tête.

« — Et il faut absolument que cette explication ait lieu chez moi ? » reprit Léonard.

« — Absolument... Chez vous, plutôt qu’ailleurs, je vous le répète, nous devons conclure, nous entendre... nous décider... tout de suite... »

Léonard ferma les yeux malgré lui, comme s’il eût été ébloui par un éclair.

« — Il suffit, dit-il, partons. »

Les deux hommes sortirent du théâtre, et, côte à côte, ils se mirent en marche.

Ils ne s’adressèrent pas un mot chemin faisant.

D’Harblay ne voulait rien compromettre par trop de précipitation. *

Et puis il n’était pas sans quelque appréhension du résultat de la démarche qu’il avait entreprise... par conséquent, il se sentait assez médiocrement disposé à causer de choses indifférentes.

Quand à Léonard, d’instinct, encore une fois, il devinait la douleur terrible qui le menaçait... lui...

Et, sans prévoir positivement encore comment et d’où elle allait tomber sur lui, il s’apprêtait pourtant à en reee-r voir le coup avec courage.

Nos deux compagnons atteignirent ainsi la rue d’Hauteville.

Comme d’Harblay entrait dans la maison de Léonard, située, on le sait, vis à vis de celle qu’habitait Hortense, il

ne put retenir un regard vers les fenêtres de l’appartement de la jeune femme.

Toute lumière y avait disparu ; elle dormait déjà, sans doute, du sommeil de l’innocence, la chère enfant !

Quelque rapide qu’il eût été, Léonard avait surpris, au passage, le coup d’œil de d’Harblay.

Son malheur commença à prendre une forme plus précise dans son esprit.

D’Harblay connaissait Horlense.

Donc, c’était au sujet d’Hortense qu’il venait l’entretenir, lui, Léonard.

Un frisson passa sur le cœur du pauvre amant.

« — Suivez-moi, monsieur, » dit-il, après s’être muni de son bougeoir et de sa clef chez son concierge ; a c’est un peu haut, chez moi, je vous en avertis... mais vous l’avez voulu. »

Et il essaya de sourire.

« — Qu’importe! » repartit d’Harblay, d’un ton aimable, « je sais ce que c’est, allez, que de demeurer haut ! Moi aussi, j’ai demeuré haut, je m’en souviens parfaitement !.. et je ne m’en trouvais pas plus mal.

» Dans un grenier qu’on est bien à vingt ans...

» Béranger a toujours raison, mon cher.

— Béranger a quelquefois tort ! » fit Léonard, qui ne souriait plus ; — la gracieuseté de d’Harblay lui pesait ; « — on n’est jamais bien, quoiqu’il dise, dans un grenier... que poury souffrir... et y mourir... #

D’Harblay ne répliqua pas.

Il promenait ses yeux autour de lui dans la mansarde où il venait d’entrer et, quoique la pauvreté qui y régnait,

s’y cachât de son mieux, sous un luxe de désordre artistique, elle ne se dissimulait pas si adroitement qu’il ne pût l’y apercevoir.

Léonard avait posé sa lumière sur une table.

Il tendit une chaise à son visiteur et s’assit.

« — Je vous écoute, monsieur d’Harblay, » dit-il.

D’Harblay prit la place qu’on lui offrait.

« — Merci, répliqua-t-il, merci.

» Au reste, ce ne sera pas long... Encore une fois, je n’ai que deux mots à vous dire.

» Ou plutôt... je n’ai qu’une proposition à vous adresser : celle de lire ce billet... '

» Et de me répondre, quand vous l’aurez lu, avec votre cœur et votre esprit...

» C’est-à-dire, je le sais, avec l’esprit et le cœur d’un honnête homme. »

En prononçant ces mots, d’Harblay présenta à Léonard le billet d’IIorlense.

Léonard jeta les yeux sur le papier.

Il reconnut l’écriture.

Cependant il essaya de douter, malgré lui, malgré ses pressentiments, malgré des certitudes qu’Hortense fût mêlée dans ce qui se passait.

« — Mais cette lettre est à votre adresse, monsieur! » murmura-t-il.

. « — Il est vrai.

v Lisez-la toujours. »

L’acteur prit le billet d’une main tremblante.

« — Vous le voulez, monsieur, » dit-il encore à d’Harblay.

— Je vous y invite, » repartit ce dernier.

Léonard obéit.

Voici ce que contenait le billet d’Hortense, écrit à Anatole d’Harblay :

a Mon ami,

» J’ai une honte, dans ma vie, à vous avouer, et ce que je n’oserais pas vous dire de vive voix, j’aurai la force de vous l’écrire... Vous seul pouvez m’épargner les suites de ma faute.

» Avant de vous connaître j’avais eu l’imprudence d’encourager un amour qui ne pouvait causer que mon malheur et celui de l’homme qui l’éprouvait pour moi...

» Allez trouver cet homme, — c’est un artiste, vous le connaissez, M. Léonard Durand, — dites-lui que tout doit être oublié, mort, entre nous... dites-lui, s’il le faut, que vous m’aimez et que je vous aime...

» Quand vous me rapporterez mes lettrés, qu’il vous rendra, j’en suis certaine, à vous, je n’aurai qu’à tomber à vos pieds, Anatole, en vous criant merci.

b Plus tard, si vous l’exigez, je vous donnerai l’explication de ma conduite passée.

b En tout cas, vous pourrez toujours être assuré, — je vous le jure sur ma vie, — qu’il n’y a eu, de ma part, dans cette triste affaire, qu’une étourderie de jeune femme... qu’un accès passager de folie.

b J’attends. » Hortense. b

Léonard avait lu ces lignes horribles, infâmes, et le papier qui les contenait s’était échappé de ses mains, et il demeurait immobile, atterré, pâle, les yeux fixes.

Oh! dire ce que souffrait à ce moment le malheureux serait impossible !..

D’Harblay examinait le jeune homme avec anxiété : le coup qu’il avait osé frapper était hardi...

Devant cette muette stupeur, l’égarement de ces yeux, , la pâleur de ce visage, l’écrivain qui comprenait, trop tard, qu’il ne s’agissait pas là d’un drame sur des planches, en était à se demander s’il n’avait pas eu tort d’oser tant!..

Qui sait s’il ne se repentait pas un peu aussi d’être venu, de la' sorte, se jeter sous la griffe de ce rival dédaigné, lui, à qui l'on avouait sa honte... parce qu’on avouait en môme temps son amour...

Tout à coup Léonard fit un mouvement et d’Harblay tressaillit malgré lui.

Mais le mouvement du jeune acteur était des plus inoffensifs.

Cette même tatye, près de laquelle il avait lu le billet d’Horlense, possédait un tiroir.

Léonard ouvrait ce tiroir à l’aide d’une clef qu’il avait prise sur lui.

Un paquet de papiers tomba sur le parquet aux pieds de d’Harblay.

C’étaient les lettres d’Hortense.

« — Monsieur? » fit d’Harblay en pâlissant.

, La manière dont Léonard s’exécutait était assez cavalière, en effet, pour d’Harblay comme pour Hortense.

o — Monsieur? » répéta Léonard, en faisant un pas vers son rival.

a — Pardon !.. j’ai tort... » reprit vivement d’Harblay.

# J’apprécie ce que vous devez ressentir, monsieur.

» Mais si vous saviez, pourtant... »

Léonard, d’un geste plein de mépris et de noblesse, montra la porte de sa chambre à l’écrivain.

« — Je ne veux rien savoir, monsieur, » dit-il, « parlez !

» Vous avez toutes les lettres de madame Hortense Becquet, entendez-vous... toutes!...

» Lisez-les, cela vous amusera.

» Vous y verrez ce qu’une femme, comme elle, peut dire à un homme comme moi, dans un accès passager de folie !..

» Et maintenant, monsieur..* adieu.

» Oh ! vous pouvez vous éloigner sans regarder en arrière... vous n’avez rien à redouter, monsieur d’Harblay.

» Tout à l’heure, il est vrai, j’ai eu envie de vous tuer...

» Oh I oui, de vous tuer !..

» Mais cela m’a passé... absolument passé.

» Allez !.. je préfère être malheureux comme je le suis, qu’heureux comme vous le serez !., »

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