INTRODUCTION
Actuellement, cette source paraît, sinon complètement tarie, du moins très sensiblement appauvrie. Collections privées, bibliothèques royales, semblent avoir livré leurs meilleures pièces, et aujourd'hui il faut passer en revue bien des médiocrités avant de rencontrer un morceau de choix.
Certes, dans le partage de ces richesses, l'Allemagne et l’Angleterre ont eu leur part; mais notre pays, plus passionné, plus éclairé peut-être dans ses recherches, semble avoir été privilégié, si l’on en juge par la comparaison des pièces qu'on a vues dans ces derniers temps à l'étranger ou chez nous.
Le mouvement commencé dès 1907 à Paris avait presque aussitôt gagné l'Allemagne qui, en 1910, eut l’ambition de réunir, à Munich, une sélection des principales collections d’art oriental du Monde. L'effort fut considérable et, en vérité, malgré sa présentation défectueuse, cette exposition fut des plus brillantes. Il ne pouvait en être autrement, car la participation active des Cours impériales et royales d'Autriche, de Russie, d'Allemagne, d’Espagne et de Constantinople en avaient singulièrement rehaussé l'éclat. La série des tapis, entre autres, était splendide; celles des miniatures, des manuscrits et des reliures étaient d’une richesse inattendue, qu’on devait en grande partie aux envois importants des amateurs parisiens, bien qu'un nombre assez considérable d’entre eux se fussent abstenus. Un superbe catalogue illustré, publié par l'éditeur F. Bruckmann, de Munich, avec la collaboration de savants spécialistes tels que MM. Max Van Berchem, Docteur Martin, Docteur Sarre, a conservé le souvenir de cette superbe manifestation dans laquelle on regrettait néanmoins, en ce qui concerne les miniatures, quelques lacunes qu'il paraïssait intéressant de combler à une occasion prochaine. On pensait pouvoir y parvenir à Paris où l'on aurait sous la main les éléments nécessaires qu'on désirait grouper en une Exposition spéciale. |
Les choses en étaient là, lorsqu'un grand amateur, russe de nationalité mais bien français de cœur, M. Victor Goloubew, au moment de partir pour un voyage de longue durée, offrit de se dessaisir pendant quelque temps de son admirable collection en faveur du Musée des Arts Décoratifs, où elle resterait déposée durant son absence. | |
On profita de cette excellente occasion pour faire appel aux amateurs parisiens, et, en huit jours, M. Metman, l’aimable et très actif Conservateur, parvenait à rassembler au Musée près de cinq cents pièces : miniatures, manuscrits, enluminures et reliures, dont beaucoup d’une grande beauté ou d’une valeur documentaire incontestable, et toutes intéressantes à des degrés divers. C'était une sorte d’encyclopédie de la miniature persane allant du xu° siècle à la fin du xvir, qui se trouvait ainsi réunie pour la première fois. Dès qu'on eut vu toutes ces merveilles exposées, le désir vint de pouvoir conserver d’une manière durable et
profitable, le souvenir d’une manifestation d'art si intéressante et si féconde en documents d'étude et de comparaison. |
M. Jacques Doucet, avec une spontanéité et une générosité dont 1l a souvent fait preuve dans des circonstances analogues, se mit à la disposition des amateurs pour leur permettre de reproduire dans un ouvrage spécial les pièces les plus remarquables de cette exposition. |
On voulut bien nous demander de présenter ce Recueil et de rédiger un texte accompagnant les œuvres représentées. C'est là une tâche particulièrement délicate que peut-être aurions-nous mieux fait de ne pas entreprendre, car l’histoire de la miniature persane est encore mal connue et ne peut s'appuyer que sur des éléments d'étude peu nombreux. D'autre part, l'absence de documents précis, ainsi que le mélange des styles, rend le classement des écoles difficile et un peu aléatoire. |
Nous avons voulu surtout faire preuve de bonne volonté. Nous réclamons donc toute l’indulgence des amateurs qui liront notre travail, nous espérons qu'ils voudront bien le considérer comme un simple « essai » et en excuser les erreurs.
Les nomenclatures sont toujours d’une lecture pénible et peut-être trouverat-on que nous en avons abusé. Nous avons pensé cependant qu'il n'était pas inutile d'indiquer les titres des beaux manuscrits illustrés, de nommer leurs auteurs afin de leur rendre l'hommage qu'ils méritent, enfin d’appeler l'attention sur les pièces maîtresses de cette exposition. Mais, pour donner plus de clarté à notre note, nous avons pris, en général, le parti de réserver les mentions en plein texte pour les livres et les artistes qui font l'objet d'un commentaire, et de renvoyer les simples énumérations à la fin des chapitres correspondants.
D'après une légende persane, un Sultan, émule de Haroun-Al-Raschid, se promenant seul dans sa capitale, eut l'idée d'entrer dans une école, et demanda aux enfants en train d'écrire : « Quel est celui des élèves qui écrit le mieux? » — « C'est celui qui taille le mieux son gélam », répondit lé maître. « Et quel est celui qui taille le mieux son gdlam? » reprit le Souverain. — « C'est celui dont le canif est le mieux aiguisé. » Hélas! on s’apercevra bien vite en lisant cette notice que nous ne sommes pas plus habiles à aiguiser le canif qu'à tailler le gdlam, mais si l'on trouve que nous sommes insuffisants pour notre tâche, qu'on veuille bien en rendre responsables les amis trop bienveillants qui nous
l'ont imposée.