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II. — HISTORIQUE

L'Art de la Peinture en Perse ne peut guère être étudié de nos jours que d'après les miniatures, les manuscrits 1llustrés, et aussi la céramique, entre lesquels, au point de vue du décor, il y a souvent un lien de parenté assez étroit. Les éléments fournis par les autres branches de l’art décoratif manquent en effet d’une précision suffisante. | |

Certainement, autrefois, on a dû orner les surfaces murales de décorations, fresques, grandes compositions, où figuraient des personnages, puisque les auteurs anciens en font mention. Le poète Firdousi, dans le « Chah Nameh » ou Livre des Rois, écrit par lui vers l’an 1000 de notre ère, parle de la ville fondée sous le règne de Keï-Kaous, par Siawusch, et relate que celui-ci « fit couvrir sa salle d'audience de peintures représentant des rois, des fêtes et des scènes de guerre. Orné de bracelets et armé d’une massue, Keï-Kaous était figuré sur son trône au pied duquel se tenaient Rustem au corps d’éléphant, Zal, Gouderz, et toute l'assemblée des héros. De l’autre côté étaient peints Afrasiab et ses braves, comme Piran et Guersiwez avide de vengeance... ». Il ne semble pas que les peintures murales aient été rares. Saâdi parle comme d’une chose presque banale de décorations avec personnages sur les murs des bains publics. Dans certaines miniatures représentant des scènes d'intérieur, on voit, indiquées sur des panneaux de murs ou de coupoles, des compositions très variées : animaux, fleurs, arabesques ou personnages. Si les décors de ce genre connus aujourd’hui sont, il est vrai, généralement en céramique (carreaux de faïence juxtaposés), cependant il n’est pas interdit d’en faire remonter l’idée première aux peintures murales dont elles peuvent donner une idée, si vague soit-elle. Mais, à de très rares exceptions près, ces peintures murales n'existent plus et il ne nous reste plus que les livres et recueils, ou la céramique, pour témoigner d’un art admirable à jamais disparu.

Les plus beaux manuscrits illustrés nous viennent de la Perse, du Turkestan, de Hérat et de l'Inde. Les Persans et les Mongols, de religion Chute, c'est-à-dire de religion Musulmane réformée’, admettaient, nous pourrions presque dire encouragealent la représentation de la figure humaine, et leurs artistes ont largement usé de cette latitude qui leur était laissée.

Il en fut de même chez les Arabes, aux premiers siècles de l'Hégire, car Mahomet n’a pas défendu la représentation de la figure humaine. Ce sont ses successeurs et les commentateurs du Coran qui, après leur maître et plus rigoureux que lui, ont condamné des pratiques au sujet desquelles le Prophète ne s'était pas prononcé. Par scrupule religieux, les Arabes se sont donc, alors, cantonnés pour ainsi dire dans l'enluminure ou le décor pur, où d'ailleurs ils ont fait merveille. On serait tenté de croire que les Turcs ont suivi strictement ces préceptes, s'il n'existait pas de preuves matérielles du contraire, telles certaines peintures d'origine sûrement musulmane où apparaît l'influence italienne, ce que la présence d’un Gentile Bellini à Constantinople sous Mahomet II (Mohammed) aide à expliquer. D'ailleurs, le Grand-Turc lui-même ne répugnait pas à voir son effigie peinte ou ciselée, si on en juge par les œuvres des peintres et des médailleurs italiens du xv° siècle. | |

L'art de la miniature en Perse remonterait, dit-on, à la dynastie des Sassanides (226-6:3) bien qu'il ne nous reste aucune trace des œuvres de cette époque. Nous devons nous en rapporter sur ce point à l'historien Maçoudi qui dit avoir vu, vers l’an 303 de l'Hégire (016 de notre ère), un manuscrit ou recueil, où figuraient les portraits après décès de tous les rois Sassanides, suivant une tradition assez longtemps conservée, car nous la retrouvons six siècles plus tard chez les Mogols de Delhi.

Il serait excessif de dire que, seules, des influences extérieures auraient contribué à l’éclosion et au développement de l’art persan, en qui on peut retrouver aussi celles des vieux arts locaux qui n'avaient assurément pas disparu tout à fait. Ces arts, l’Assyrien et le Sassanide (qui ne sont pas sans rapports avec l’Égyptien et le Copte), se laissent apercevoir principalement dans certaines scènes de combats, de chasse, dans les décorations avec animaux qui ornent souvent les frises des chandeliers, les vases, les tissus, et aussi certains manuscrits de la 1° période (xn° et xi° siècles). Mais tout en reconnaissant ces liens de parenté, nous inclinons cependant à croire que les influences qui ont été prépon-

1. Dans la religion musulmane, il y a deux grandes sectes : la secte Sunnite et la secte Chiite. Dans la première, on reconnaît comme véritables successeurs de Mahomet, les Califes Abou-Beckr, Omar et Othman qui régnèrent après lui. Dans la seconde, on n’accorde d’autorité qu’à Ali, gendre de Mahomet, quatrième Calife, et aux descendants directs de Mahomet. Les Sunnites dominent dans l'Europe Ottomane, en Arabie, en Égypte et dans les États Barbaresques. C’est en Perse, au contraire, que vivent principalement les Chiites, qui, plus tolérants que les premiers, interprètent la religion dans un sens plus large.

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