HISTORIQUE. II
dérantes sur l’art, et particulièrement sur l'art de la miniature en Perse, furent celles de Byzance’, d’une part, et de la Chine, de l’autre.
On pouvait voir, en effet, à l'Exposition, certaines pièces datées de 1222, où étaient représentés des personnages nimbés, aux visages ascétiques qui rappelaient les vitraux, les mosaïques, les manuscrits des moines de Byzance. Aussi bien qu’en Perse, cette influence byzantine, plus marquée d’ailleurs dans la céramique et les bronzes que dans les miniatures, s’est fait sentir chez les Arabes, dont il est impossible de ne pas faire mention quand on veut indiquer l'évolution de la miniature persane, car c’est à eux que nous devons les premiers manuscrits illustrés. Quelques-uns de ceux qui figuraient à l'Exposition confirmaient, par leur texte et la date qu'ils portaient, cette opinion établie déjà par les travaux antérieurs. Mais, dans ce travail limité intentionnellement à la miniature persane, nous ne nous étendrons pas davantage sur l’art Arabe qui, d’ailleurs, a fait l’objet de travaux spéciaux de haute valeur.
Pour revenir à notre sujet particulier, nous indiquerons que, postérieurement à ces manuscrits d'inspiration byzantine, des manuscrits Arabes et Turcs illustrés furent exécutés à la Cour des Sultans Timourides, par les artistes qui y travaillaient. Les calligraphes et les peintres qui ont exécuté ces manuscrits étaient pour la plupart persans, ou tout au moins natifs de Transoxiane. Il est même assez curieux de remarquer que les Arabes semblent cesser de faire des livres illustrés au xiv° siècle, c’est-à-dire précisément au moment où les Timourides et les Persans commençaient à en produire. |
On a dit que dès le huitième siècle, en arrivant au Turkestan, les Chinois avaient créé une école de miniaturistes qui aurait été le berceau de l’art persan. En vérité, l’assertion est fragile et ne peut s'appuyer jusqu à présent sur aucun document, d'autant plus que nous ne connaissons rien qu’on puisse attribuer avec quelque vraisemblance aux siècles compris entre le vin‘ et le xn°, et que l'art persan présente, pendant cette période, une véritable lacune. D'ailleurs, ce nest qu'au xin° siècle que Gengis-Khan* (1162-1227) envahit la Perse, où son petit-fils Houlagou se fixa définitivement vers 1241. L'influence chinoise ne se manifesta véritablement que sous ce prince ou sous ses successeurs. Les Mongols, malgré leur tempérament guerrier et leur existence nomade, s'intéressaient cependant aux arts. Ils avaient joint aux nombreux fonctionnaires chinois de leur cour des artistes dont plus tard l'influence contribua beaucoup au développement artistique dans le pays persan et donna naissance à l’art Mongolo-Chinois ou Mongol. Il ne nous reste
1. Chosroës II eut des rapports fréquents avec la Cour de Byzance; d’autre part, chacun sait que Mohamed IT s’'empara de cette ville en 1453.
2. Gengis-Khan ou Tchingiz-Khan (le puissant Souverain) envahit la Chine, sempara de Pékin en 1210, puis de Bokhara et de Samarkand, enfin de la Perse en 1220.
de leur habileté que de rares témoignages; M. Vignier possède un manuscrit, un « Bestiaire » daté de 1236 et dans lequel l’auteur, dans sa dédicace à Khazan Khan, dit expressément que la coutume, pour les rois, d'encourager les arts et les sciences « était depuis longtemps perdue » et que c’est de ce prince qu’elle renaît. Nous pouvons en signaler un autre spécimen dans le manuscrit illustré de la Bibliothèque Nationale où, vers 1290, Ala-ed-Din Djouveïni a retracé l'histoire des Mongols. Il ne s'y trouve qu'une seule miniature, dessin au trait noir et à teintes plates d'encre de Chine, où l'auteur du livre est représenté offrant sa chronique
à son souverain Argoun.
Le manuscrit des Chroniques de Rachid-Ed-Dine, histoire des princes Gengiskhanides (Bibliothèque Nationale) sous les règnes des Sultans Ghazan et Oldjaïtou (1300 à 1320), est aussi un précieux document; une des miniatures qu'il contient représente Ghazan, Sultan de Perse, assis sur son trône, avec une de ses épouses. A sa droite, sont ses autres femmes; en avant, se tiennent des guerriers mongols. C’est une pièce de grande allure, très intéressante aussi par les renseignements qu elle nous fournit sur les costumes du temps. |
Mais c’est sous le règne de Timour' et surtout de ses successeurs, que l’art s'éveille et parvient à un développement qui annonce la floraison de Îa fin du xv° et du xvi° siècle. Timour, entre deux campagnes, appelait volontiers près de lui des artistes, et la poésie ne le laissait pas indifférent. Ses successeurs, dont les règnes furent moins belliqueux, s'intéressèrent aux arts jusqu’à les pratiquer eux-mêmes. Chah Rokh, fils de Timour, aimait les manuscrits; il en existe encore qui portent le cachet de sa bibliothèque, et Baï Sonqor Mirza, fils de os Rokh, a laissé la réputation d'un calligraphe et d'un peintre émérite.
Les centres artistiques du Khorassan et de la Transoxiane : Mesched, Bokhara, Samarkand et Khiva, ont produit des chefs-d'œuvre dont un petit nombre est parvenu jusqu à nous. Citons-en quelques-uns, antérieurs au xvn® siècle :
L’Apocalypse de Mahomet (Bibliothèque Nationale), Hérat, vers 1400-1420, époque de Chah Rokh; beau livre où l'influence chinoise apparaît très nettement encore dans les personnages aux yeux bridés, et dans la forme des nuages.
Les Amours d'Houmaï et de Houmayoum (Bibl. Imp. de Vienne), École de Hérat vers 1427. Miniatures d'une exécution raffinée et d’un grand charme.
Trois exemplaires du Chah Nameh ou Livre des Rois, datés de 1441 et 1444, dont un se trouve à la Bibliothèque Nationale.
Traité d’Astronomie (Bibl. Nationale), texte arabe, par Abd-er-Rahman Soufi, exécuté en 1447 à Samarkand pour le Sultan Mirza Ouloug Beg; il est illustré de
1. Timour-Leng, ou Tamerlan, né à Samarkand (1333-1404), envahit la Perse en 1389 et dévasta Téhéran.