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III. — LES MANUSCRITS ILLUSTRÉS

Ainsi que nous l'avons dit, les fresques dont, en Perse, les palais étaient décorés ont presque complètement disparu, les unes, effacées ou ruinées, beaucoup recouvertes d’une couche de badigeon. On en signale cependant de très rares vestiges dans certains palais. M. A. Musil en a découvert récemment au château de Kosséir-el-Hamra, en Asie Mineure, qui remonteraient, paraît-il, au ix° siècle (860). or

D'autre part, il ne semble pas que les Persans aient exécuté des peintures destinées à être suspendues aux murs, comme nos tableaux d'Europe. Nous pouvons donc dire que nous ne savons de l’Art de la Peinture en Perse que ce que nous en ont appris les manuscrits et les recueils. Les recueils que nous avons eus entre les mains contenaient le plus souvent des pièces représentant des personnages isolés, des scènes à deux ou trois personnages, rarement de grandes compositions, assez fréquentes au contraire dans les manuscrits. Ces recueils sont incontestablement factices, en ce sens que les pièces dont ils sont composés ne sont pas toutes de la même époque. Nous inclinons à croire que beaucoup de ces portraits et scènes de genre ont été faits pour des amateurs, sans avoir jamais figuré dans un livre. En désaccord sur ce point avec quelques amis, nous pensons qu'il y avait des amateurs de miniatures, et des amateurs de calligraphie dont ces recueils constituaient en quelque sorte les cartons. Les pièces isolées, dessins simples ou rehaussés de couleur, qu’on rencontre aujourd’hui, doivent en provenir. Les marges, comme dans les manuscrits, sont larges sur trois côtés, et étroites sur le quatrième qui était pris dans la reliure. S'il se trouve quelques feuilles à marges égales comme sont nos estampes, c’est qu'elles sont passées par les mains d'encadreurs qui les ont modifiées pour les rendre plus agréables à l'œil. Il n'est pas rare non plus que pour corser la valeur d’une pièce on l'encadre, on la remonte, et cette modification de l'aspect original pratiquée en

Perse ou même en Europe, n'est pas toujours heureuse. On ne peut imputer aux seuls Persans la ruine de leurs livres. Beaucoup de ceux-ci sont arrivés complets à Paris dont, pour des raisons purement commerciales, on a vendu séparément les miniatures, les reliures et le texte, à jamais dispersés. Ces mutilations sont d'autant plus regrettables qu'un manuscrit complet, grâce à la date quil porte presque toujours, est un document historique. Le texte, indépendamment de la valeur qu'il a souvent au point de vue littéraire, nous donne fréquemment la signature du calligraphe et parfois, mais rarement, celle du peintre, si bien que l’ensemble en est infiniment plus précieux. Il n’est pas jusqu'aux annotations ajoutées en tête, à la fin ou dans les marges, qui ne présentent un intérêt souvent considérable. Les cachets appliqués sur les feuillets témoignent du passage du livre dans les grandes bibliothèques de Perse et de l’Inde, de même que les signatures qui y sont parfois apposées nous renseignent aussi sur les grands seigneurs ou les rois qui en furent possesseurs. |

Il est logique que les manuscrits illustrés les plus nombreux reproduisent les œuvres des auteurs les plus estimés. Nous donnons ici les titres de ceux que nous avons le plus souvent rencontrés, sans répéter toutefois ceux que nous avons déjà cités.

D'abord les deux grands classiques :

Le Chah Nameh.

Le Khamseh Nezami.

Ces grands ouvrages rappellent les plus beaux poèmes épiques et le nom de Firdousi pourrait, sans témérité, se placer à côté de celui d'Homère. Ses descriptions si imagées, ses récits de batailles si émouvants, les discours si pathétiques qu'il prête à ses héros rappellent le poète grec, et les considérations religieuses et philosophiques dont 1l émaille son sujet sont d’une grandeur tout particulièrement orientale. Le style en est extrêmement coloré et très riche en expressions pittoresques ‘.

1. Le poète Firdousi parle en ces termes d’une princesse « au visage de lune » qui, apercevant inopinément Siawusch fils de Keï Kaous « à la taille de cyprès » en devient amoureuse : « Tu aurais dit qu’elle était belle comme la bordure d’un tapis, qu’elle était brillante comme un morceau de glace placé devant le feu... » Et plus loin : « Le roi du Yemen, entendant ce message, devint pâle comme le nénuphar qu'on arrache de l’eau... Il orna son armée comme le plumage du faisan. » Et encore : « Sam était venu de l’Hindoustan et avait apporté de l’or et des présents, au delà de ce que le roi lui avait demandé; il avait apporté tant de milliers de pièces d’or et de joyaux, qu'aucun calculateur ne pouvait les compter... Toutes les femmes vinrent à sa rencontre, pleines de joie et préparées pour une fête; tout l'appartement d’un bout à l’autre était rempli de musc, d’or et de safran; les femmes jetèrent des pièces d'argent sous les pieds de Siawusch et mêlèrent des rubis avec des émeraudes pour les verser sur sa tête. Le sol était caché sous le brocart de la Chine ; la terre était couverte de perles d’une eau magnifique; il y avait du vin et de la musique; on entendait des chanteurs qui, tous, avaient des diadèmes de pierres fines sur la tête. Tout l’appartement était orné comme un paradis et rempli de femmes au beau visage et de choses précieuses... »

Piran, faisant à Afrasiab le récit des exploits de Guiv, le héros, s'exprime ainsi : « O roi! il n’y a pas de lion furieux, ni de loup féroce, ni de tigre bondissant, qui pût faire dans les rangs d’une armée ce qu’a

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