LE PAPIER
Le champ nous étant limité, nous ne nous étendrons pas longuement au sujet du papier, cet instrument de travail par excellence, qui cependant, par ses qualités et les services qu'il rend, mériterait de plus amples développements.
Inventé en Chine, le papier fut, après la bataille de Kangli livrée en 751, importé à Samarkand par des prisonniers chinois papetiers de profession. De la, son usage se répandit successivement en Perse, puis en Mésopotamie (à Bagdad) et en Égypte, d’où il a rapidement fait le tour du bassin de la Méditerranée.
Du 1x° au x° siècle, il lutte contre le Papyrus et le Parchemin qu'il finit par remplacer tout à fait entre le x° et le xr° siècle.
Des papiers employés pour les manuscrits dont nous nous occupons, les plus ordinaires étaient ceux de Damas; les plus estimés, ceux de Samarkand, après lesquels venaient immédiatement ceux de l'Inde. |
Le moulin d’Adel Chahi, en Perse, excellait tellement dans cette fabrication qu un poète enthousiaste en disait :
| Vive le papier d’Adel Chah:
Que l'artiste a appelé rose sans épines.
Les anciens papiers d'Orient sont en effet d’une qualité qui n’a pas été surpassée et leur composition était celle qui est encore adoptée actuellement par les meilleures fabriques d'Europe (chiffon de lin et de chanvre).
L'invention du papier et sa vulgarisation en Orient ont dû certainement contribuer dans une large mesure à développer. le goût et la production des manuscrits, car le Papyrus supplanté par lui était plus difficile à fabriquer, d'un usage moins commode et d’un prix plus élevé.
Le papier, encollé d’amidon, était employé par les calligraphes soit en ton naturel (blanc), soit teinté de nuances diverses : rouge, rose, bleu, vert, jaune tendre (le rouge étant la couleur de fête, le bleu celle du deuil). On faisait aussi en Orient et bien avant que les Européens ne se fussent occupés de cette fabrication, d'admirables papiers « peigne » ou marbrés, que de nos jours on appelle papiers d’Annonay. Nous en avons des spécimens anciens qui surpassent même ceux que fabriquent aujourd’hui, pour les besoins de la reliure qui les apprécie et les utilise dans les gardes de registres et de livres, des spécialistes doués d’une grande ingéniosité et d’un goût parfait. |
Avant d'être employés par les calligraphes, les papiers persans étaient lissés sur une planche de bois très plate, au moyen d’une agate polie ou d’un œuf en cristal. Cette opération, pratiquée sur une feuille de papier à la fois, en réduisait et régularisait l'épaisseur (la main), augmentait sa résistance et facilitait le travail du gdlam.
Au moment d'être utilisé par le peintre miniaturiste, le papier devait avoir une surface absolument égale et douce; aussi recevait-il une couche d’un enduit qui remplaçait le blanc de baryte mois de nos jours, et qui était composé de céruse (pure ou mélangée de craie) encollée de gomme ou de colle de peau.