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caractères minuscules appartenant aux types précédents, mais le plus souvent au type nastaliq. |
Dans les recueils de Nastaliq, on rencontre aussi le Siamachg, où les mots sont répétés et les écritures chevauchées et enchevêtrées sans aucune signification, mais avec beaucoup de charme; on peut les considérer comme des exercices de calligraphie, très agréables par la souplesse de leur exécution. Quant aux écritures de fantaisie, elles sont légion, ce qui est naturel dans un pays où la calligraphie a toujours compté des admirateurs passionnés. |
De son côté, l'écriture arabe compte quatre types principaux de caractères, que nous mentionnerons ici parce que les calligraphes persans s'en sont parfois SET VIS :
Caractères Naskh, les plus anciens. Cette écriture, qui date des premières années de l’Hégire, a été vulgarisée par Abou Ali Mohammed ibn Ali ibn Moqla, au 1x° siècle. |
Caractères Thuluth ou Solz, inventés au 1x° siècle par Ibrahim Segzi.
Caractères Rihan, qui sont dus à Ibn Bawwâb, qui vivait au xr° siècle.
Caractères Rigä, imaginés par Aboul Fadl Mohammed ben Khazin, également du xr° siècle. | .
Antérieurement à ces quatre types, il convient de placer le Coufique, dont le nom dériverait de Koûfa, ville qui fut un des premiers centres intellectuels pré-islamiques. Cette écriture, dont le plus ancien document remonte à 568 A. D., est depuis longtemps abandonnée par les scribes, mais on l'utilise encore pour les inscriptions qui ornent les monuments publics. Il en est de même du Mohagq'iq, dérivé du Coufique vers le x° siècle de notre ère. |
En écrivant ces quelques lignes consacrées à la glorification de l'Écriture orientale, nous ne pouvons nous défendre de rappeler qu’au moyen âge, avant que l'imprimerie eût supprimé les copistes, l’Europe aussi possédait des calligraphes de grand mérite auxquels il est juste de rendre hommage, et qui nous ont laissé des pages superbes. Mais, soit que la forme des caractères s'y prêtât moins, soit que leur groupement présentât à la fois moins de fantaisie et d'harmonie, nous ne trouvons pas à leurs œuvres le charme et la souplesse des écritures orientales. Ces artistes n'étaient pas entourés par leurs compatriotes de la même considération qu'obtenaient leurs émules arabes dans leur pays. Nos calligraphes étaient le plus souvent des moines modestes, poursuivant dans l'obscurité du cloître leur travail anonyme et désintéressé et non dans les Cours brillantes des souverains et les palais somptueux des grands seigneurs.
La belle calligraphie des Arabes et des Persans est d’une netteté et d'une élégance extraordinaires, et cette observation ne s'applique pas seulement à lécriture en caractères fins, où par conséquent les imperfections pourraient passer ina-
perçues, mais même aux pages écrites en caractères de grande dimension et aux modèles d'écriture. Dans les titres et têtes de chapitres, 1l n’est pas rare de voir des jambages ayant 10 centimètres de long et $ millimètres de large dans les pleins, exécutés d’un seul coup de plume, sans aucune reprise, sans aucun « repentir », avec une franchise et une netteté parfaites. Les artistes capables de telles habiletés étaient hautement appréciés par leurs compatriotes qui les estimaient égaux, sinon supérieurs, aux meilleurs peintres et enlumineurs. Ce sentiment de considération particulière pour les virtuoses du qélam persistait encore au xix° siècle.
Les recueils de calligraphie étaient très à la mode en Perse : il n y avait pas de grand seigneur qui ne tint à honneur d'en posséder plusieurs, contenant tou- jours quelques pages des xvi° et xvn° siècles. Cette passion pour la belle écriture fut cause de la perte de bien des manuscrits, car, lorsque les modèles proprement dits faisaient défaut, on s'en procurait en détachant quelques feuillets d’un livre.
Comme on sait, dans les livres musulmans les lignes du texte se lisent à l'inverse des nôtres, cest-à-dire de droite à gauche’, et la première de leurs pages correspond à la dernière des nôtres. Leurs livres, ainsi que chez nous, sont divisés en chapitres et en paragraphes; les paragraphes sont habituellement séparés par des cartouches ornés, à l’intérieur desquels est indiqué le sous-titre, ou par une ornementation florale. Les têtes de chapitres sont toujours richement enluminées de beaux frontispices. (Il demeure entendu que nous parlons uniquement ici des manuscrits illustrés que nous désignons indifféremment par les mots livres ou manuscrits.) |
Dans les plus riches, chaque ligne de texte est entourée d’un encadrement continu de courbes qui suivent approximativement la forme des caractères; l’intervalle qui sépare tous ces encadrements est rempli de fines hachures ou de légers ornements. (Voir Pl. XXVI, XXXI.) Dans certains livres, toutes les pages sont traitées de la sorte; dans d’autres, ce travail se rencontre seulement sur les deux pages de tête ou encore sur les deux pages qui commencent chaque livre ou chapitre.
La prose est toujours écrite à pleine page. Pour la poésie, les pages sont divisées en colonnes verticales dont le nombre varie avec le format; nous en avons vu ayant deux, quatre et rarement cinq colonnes. Quelquefois, il y a de délicieuses fantaisies de mise en page où le vers occupe tour à tour la position horizontale, verticale ou oblique, selon le caprice et le goût du calligraphe; et même, dans certains livres, — généralement les petits manuscrits de poésie, — cette fantaisie existe de la première page à la dernière.
Parfois aussi, comme nous l'avons vu plus haut, on demandait au papier de
1. 11 faut en excepter les dates et les nombres écrits en chiffres, qui se lisent de gauche à droite.
jouer sa note particulière dans l'harmonie décorative, et, dans certains livres, on faisait alterner les belles pages marbrées, ou teintées des couleurs les plus diverses, qui donnaient à l’ensemble beaucoup de charme et de variété.
Dans d’autres manuscrits encore, la page de calligraphie est coupée au ras du texte puis remontée sur papier blanc ou de couleur. Ce travail est-il contemporain de l'écriture ou a-t-1l été exécuté postérieurement? A notre avis les deux cas ont dû se présenter. Li
Sans aucun doute, les calligraphes, d'accord avec les artistes, réservaient dans le texte et hors texte des emplacements pour les miniatures, décorations et enluminures, qui devaient y être peintes. Mais parfois le miniaturiste, jugeant insuffisante la place qui lui était accordée, empiétait sur le texte.
Il pourrait sembler bien superilu de dresser une liste des calligraphes après les travaux de M. CI. Huart. On nous excusera cependant de céder à la tentation de rappeler ici le souvenir de ces grands maîtres qu’on rencontrait parfois jusqu'au pied du trône : |
IBRAHIM SEGZI vivait au commencement du 1x° siècle. Selon certains auteurs il aurait inventé l'écriture Thuluth (ou Solz).
ABD OUL Hassan ALA ED DIN IBn Hirai, dit Ibn Bawwâb, qui inventa l'écriture Rihan, dans les premières années du xr siècle.
AgpuL Fac Monammen BEN KHazin, élève de Abd-oul-Hassan; on lui doit l’écriture Riga.
Mir Au, de Tauris, contemporain de Tamerlan (fin du xiv° siècle), créateur de l'écriture Nastaliq.
Baï SONQOR Mirza, petit-fils de Tamerlan, très épris d’art sous toutes ses formes, mais surtout grand amateur de calligraphie; c’est à lui, suivant quelquesuns, que reviendrait l'honneur de l'invention du Thuluth, tandis que ceux qui l'attribuent à Ibrahim Segzi prétendent qu'il n’a fait que le perfectionner.
SULTAN ÂLI AL MESCHEHEDI, qui accompagna Baber dans ses expéditions.
Suzran Monammep Nour, fils du précédent.
ABp Er RaHmM, dit Aniri, qui, sous la dynastie turcomane du Mouton blanc (1468-1497), perfectionna le Nastaliq.
KHODJEH ABpuL Hayy, inventeur de l'écriture Taliq sous Chah Ismaïl (1490- 1,24) (que d'autres cependant attribuent à Tadj ed Din, d’Ispahan).
KHODJEH ÂTIQ, originaire d'Ourdoubad, qui composa le Toughra des Firmans établis par la Chancellerie de Chah Ismaïl au xvr° siècle.
ALA ED Din MoHaAMMED AL HErEvI (de Hérat), mort en 1,42.
SuLTAN MonAmmME»D KHENDAN (le Rieur), mort en 1543.
CHan Manmoun NicHapouri, mort en 154$.
BABA CHAH AL IsraHANI (d'Ispahan).
KEYROLLAH I8N Hosséin KELABr CHucxTeri (de Suze).
ABDALLAH BEN CHEïk MorcHED AL KATEB AL Cuirazi (de Chiraz).
MoHAmMMED MouMEN AL HossÉinI. |
HEDAYET-ELLAH, appelé aussi ZarRIN RAGHEM (à la plume d'or). Ces calligraphes vivaient au xvi° siècle. |
Em Mazek AL Devrem, derviche, maître de Mir Ali al Kateb, dont on a conservé la réflexion suivante :
« Un peu de pain d'orge, une robe de bure, de l’eau salée de quoi remplir le creux de la main, un Coran et les traditions du Prophète, avec un ou deux amis aux yeux desquels le royaume de Sindjeh ne vaut pas un demi- grain d'orge, voilà le bonheur dont les César et les Alexandre sont jaloux. »
Monammen Hosséin AL Taprizi, maître de Mîr Emad {xvr° siècle).
Mir Eman EL Hassani, qui vivait dans la deuxième moitié du xvi° siècle; il mourut de mort violente, à 62 ans, en 161$. Cet admirable calligraphe a laissé des œuvres nombreuses qui sont très recherchées.
MonHammep Car, fin du xvr° siècle.
CHarr'A AL Hosséini. Inventeur du Chikesté, au xvn° siècle.
Beaucoup d’autres furent aussi très célèbres; c'est pourquoi nous nous bornerons à citer encore ceux dont nous avons pu voir les œuvres :
Mir Arr a KareB (l'Écrivain, ou Katèb es Soltan, Écrivain du Roi), l’un des plus grands et des plus féconds calligraphes du xvi° siècle. Né à Hérat, il parcourut la Perse et la Transoxiane, laissant partout de beaux livres. Sa profession ne l'avait pas laissé sans ämertume, ainsi que semblent l'indiquer ces vers de lui :
Tous les rois du monde voudraient m'avoir et néanmoins mon cœur se déchire à courir dans Bokhara à la recherche de ma subsistance.
C’est la Calligraphie qui m’a valu ce malheur; l'écriture est la chaîne qui entrave les pieds du pauvre fou.
Ma poitrine brûle de chagrin. Que faire? Comment agir? Aucun chemin ne me mène en dehors de cette ville.
Ilytravaillait pour le sultan Sheïbanide Abd el Aziz Behadour et il y a copié deux manuscrits admirables : un Makhzen el Azrar (premier livre de Nezami illustré par Mahmoud (Bibl. Nat!) et, daté de 1543, un Golistan de Saadi, illustré par Abdollah, peintre, dont nous verrons plus loin la signature. Nous avons aussi entre les mains une belle page du même Mîr Ali, où se trouvent quatre vers suivants de sa composition, dont voici la traduction : 1) Combien fais-tu d'efforts dans le champ de l'écriture ? Ecoute ces principes et tu seras aussi tranquille que moi.
2) Il y a cinq conditions qui, non réunies, Vous rendent incapables de devenir calligraphe :
3) Force de la main, aptitude à l’écriture, attention du cœur, Résistance à la peine, perfection des outils.
4) S'il te manque une de ces qualités, sois certain Que tu travaillerais cent ans sans aucun résultat.
MonammeD Bar BEN Mir Au (fils de Mîr Ali) vivait à la fin du xvr' siècle et au commencement du xvir.
Monammen CHarr'A AL Hosseïni, cité plus haut comme inventeur du Chikesté; nous avons vu de lui une pièce curieuse admirablement écrite, c'est un reçu de ses appointements daté de l'an 1078 de l’Hégire (1669 A. D.).
RacxinA (Abd er Rachid al Chérif al Hassani), neveu de Mir Emad, xvrr siècle.
Ce calligraphe est l'auteur des deux vers suivants, dépourvus de modestie :
Si tu ignores qui je suis, Otared' sait 1 Qui je suis et quel travail sort de ma plume.
Dans chaque pays, dans chaque siècle il n’est rien qui m égale. Combien rare est la naissance d’un de mes pareils!
Cette vanité n'était d’ailleurs pas particulière à Rachida, si on en juge par les nombreux modèles d'écriture et textes d’encadrements dans lesquels les calligraphes ont prodigué leurs signatures en très gros caractères. Les peintres, au contraire, ont le bon goût de se montrer plus discrets.
Hassan, calligraphe en écriture chikesté, maître de Dervich, xvi siècle.
Dervicx Agp uL Menyid TALEQANI (xvmi siècle), le plus grand des calligraphes en écriture chikesté. Dans une page signée par lui, nous relevons cette dédicace humoristique : | : |
« Pour son Altesse, son Éminence, sa Noblesse, source de générosité et de bienveillance, Agha Mohammed Ali, que Dieu très haut le conserve, j'ai sal cette Page. >
Mirza Anmep Neïrrzi (xvur siècle) que les Persans considèrent comme un des plus grands calligraphes en écriture Naskh.
De cette longue liste, les quatre plus grands maîtres de la Calligraphie nous semblent avoir été :
Baï Songor Mirza, pour le Thuluth (xv° siècle).
Mir Emad el Hassani, pour le Taliq et le Nastaliq (xvi° et xvu° siècles).
Dervich Abd-ul-Medjid Taleqani, pour le Chikesté (xvin* siècle).
Mirza Ahmed Neïrizi pour le Naskh (xvur° siècle).
Nous terminons ici ces lignes consacrées aux calligraphes. Sans doute, on pourra trouver que notre cadre ne comportait pas un pareil développement, mais sur ce point, les documents abondent et nous n'avons pas résisté au plaisir de
1. Otared. Nom persan de la Planète Mercure qui, selon les astrologues persans, était l’astre protecteur des scribes et des lettrés.
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noter ce qu'ils nous enseignent. Nous serons plus sobres en ce qui concerne Îles enlumineurs et les peintres, et sans y avoir grand mérite, car leur histoire est beaucoup moins connue. |