M[NNE
du grenier? — On Touvre jamais. — Ce n'est pas une raison, je vais voir moi-même. Surtout pas de courants d'air... »
Minne, assise à côté d-Antoine, tambourinait des talons le mur bas de la terrasse.
Elle écoutait distraitement ces préparatifs de résistance, et trouvait la maison bien découverte pour soutenir un siège sérieux. A rOuest, l'armée devait avancer derrière ce mur noir de nuages... Antoine, bouleversé par l'orage, serrait les dents et les poings pour se forcer au calme...
Minne s'est endormie pourtant, bercée par des roulements sourds et doux qui la font rêver de Paris. Un bref fracas l'éveille, suivi d'un coup de vent singulier, qui débute en brise chuchotante, s'enfle en vague, assaille la maison qui craque tout entière dans son effort à lui résister... Puis, iin grand calme mort. Mais Minne sait que ce n'est pas terminé, elle attend la fin, aveuglée par les lames de feu bleu qui fendent les volets...
EUe n'a pas peur; mais cette impression d'attente physique et morale la surmène. Ses pieds et ses mains sont anxieux comme des personnes indépendantes, le bout de son nez fin remue d'une angoisse autonome. Elle rejette le dfap pesant, relève ses cheveux sur son front; leur frôlement de fils d'araignée Fagaçe àcrier.
Une aulre vague de vent accourt en furie, tourne autour de la maison, insiste, secoue humainement les volets clos ; Minne entend les arbres gémir. Un vacarme creux couvre leur plainte : le tonnerre, rejeté par les échos des petites montagnes, vide et faux, comme imité médiocrement par le bruit d'un camion sur un plancher.
« Ce n'est pas le même tonnerre qu'à Paris », songe Minne, pliée en chien de fusil sur son lit découvert, et qui compte les lames de feu bleu. J'entends la porte de la chambre de maman... Elle n'est pas tranquille... Je voudrais voir la figure d'Antoine...
Il fait le brave, devant le monde, mais... Je voudrais voir la forme des arbres quand ils tendent le dos...
Elle attend une minute de silence, court à la fenêtre guidée parles éclairs... Au moment où elle ouvre, d'une main énervée, les persiennes, une lumière foudroyante la frappe et la repousse, et Minne croit qu'elle meurt...
La certitude de vivre lui revient dans l'obscurité. Le vent irrésistible lève ses cheveux tout droits, gonfle un des rideaux jusqu'au plafond. Minne ranimée, protégeant ses yeux des deux mains, peut distinguer, sous la lumière fantastique qui jaillit et s'éteint de seconde en seconde, le jardin torturé, les roses qui se débattent, violacées sous l'éclair mauve, les platanes qui implorent, de leurs mains de feuilles, ouvertes et épouvantées, un ennemi innombrable et invisible...
(( Tout est changé », songe Minne, qui ne reconnaît même plus l'horizon paisible de