Les frères Pumpkin
M1NNIE BRANDON
« Suis-je bête de l’avoir conduite où nous sommes, d’avoir négligé le Beetroot! »
Mais je ne peux que me morfondre, ne tiens pas d’elle son secret.
Alors, hypocrite, à peine dans l’avenue, toute mobile de lueurs ambulantes, sous un ciel piqué d'astres :
— Qu’est-ce que vous avez, mignonne?
Un déluge de larmes.
— Cocher, au bois!
Et notre équipage trotte vers le bois.
J’embrasse les larmes, me mouille, berce ma victime.
— Qu’est-ce, chérie?... Je vous adore, ne sais pas... Allons! dites-moi, dites-moi... Il faut me dire...
Elle ferme les yeux, n’ose m’abuser qu’aux trois quarts, invente ce maigre conte : une amie défunte, et dont la remembrance aiguë, sinistre, l’aurait bouleversée.
Nuageuse cordialité du vin! Il chemine
son cercle, me donne bientôt une partenaire lourde de fatigue, plus tendre à mesure qu’elle se lasse, plus quémandeuse d’affection directe.
« Que je dois la trouver sotte, enfant ! »
Elle me jette les bras au col.
— Non, non! pas sotte, pas enfant!...
jolie, exquise, bonne... douce... très femme...
Si femme, que tout mon être vibre, déraille !
Je la mords presque; nos baisers ne sont qu’un baiser; nous nous serrons l’un à l’autre avec des mains qui feraient mal, p’était l’amour.
Un désir tortueux me naissant, je l'exprime naïf, tel qu’on exprime les désirs, dans la plénitude exaltée :
— Tu m’aimes, je l’adore, c’est certain! et tu ne connais pas la maison que j 'habite, et je n’ai jamais été chez toi !
— Je ne demande qu’à visiter votre
home1, qu’à vous montrer ma chambre.
— Ce soir?
— Yes. . . ce soir.
Vote-face! Immédiatement, le cap vers l’hôtel Gluck !
J’y resterai... C’est convenu... Minnie accepte, vient, il me semble, de peser sa réponse...
Une foule de choses errent en mon cœur, chantent le but qu’elles atteignent, au vacarme du fiacre, de ses vitres, de ses ferrailles.
Des craintes, quelque pitié me poignent, derechef, pour cette délicieuse fille, que je vais compromettre, qui s’offre loyale, sans un regret ; je ne les écoute point, ne me commande plus, suis à bout de résistance, d’étapes. Les choses errent trop tenaces, chantent d’une voix trop dominatrice...
Ma blonde, pelotonnée contre ma poitrine,