‹ Minnie BrandonChapitre 22 sur 68 · Logis · texte numérisé non relu

Logis

bavarde, bavarde maintenant, et son ramage frivole est pareil à celui d’un oiseau.

Onze heures, place de l’Opéra! L’hôtel Gluck approche, m’hypnotise...

La voiture s’arrête ; Minnie tape ses jupes, sonne; et mon flegme, je ne l’ai pas recouvré, qu’un bougeoir s’allume, que nous montons des marches, entrons dans une chambre où j’aperçois d’abord le lit, paisible, puis nombre de hautes, de vastes, de longues malles fauves, contournées de sentiers... puis c’est l’ordinaire acajou, l’habituel velours déteint, la carpette chauve, le mur blanchâtre épanoui de laides chromos.

— Nat brillant here 1 ! déclare mon amoureuse; — mais j’y ai pensé à vous le plus possible !

Elle ouvre un tiroir, un deuxième tiroir.

— Et tenez! toutes vos gerbes de fleurs

i . « Pas beau ici !

reposent là... les mortes, comme les dernières, qui finissent de vivre...

Chère Minnie! dont j’embrasse le sourire, dont les paroles me fondent.

Elle ressuscite, je crois; les passereaux du vin ne la traversent plus avec les mêmes voltiges.

Je l’examine se débarrasser, nous mieux éclairer, m’étonne du charme, de la grâce, du nimbe que chacune de ses aLlitudes éparpille.

— Ne désirez-vous pas vous rafraîchir, Edmund ?

« Comment! elle veut boire, encore?

Mais non, c’est un hoquet tardif, huitième choc de ce qui la tenait...

Et ses lèvres peu à peu se remettent à rosir, sa gorge à moduler des notes harmonieuses, sa première âme délicate à chasser l’autre, l’âme furtive; et d’accolade en accolade, de caresse en caresse, par ce logis banal où notre affection ne trouve de

ressources qu’à se faire davantage intime, davantage gourmande, Minnie me montre ses bijoux, ses dentelles, ses babioles, un portrait de ses sœurs, toutes coiffées à la grecque.

Afin de prendre le portrait cependant, elle a changé de place un vieil in-octavo, l’a dérobé sous une pile de mouchoirs. Pourquoi?... Je cherche, me taquine, exacerbe ma curiosité, la rends presque jalouse.

— Darling !

— Please ' ?

— Qu’est-ce que votre livre?

— Un livre?

— Oui, là.

Je le découvre.

— O-o-oh! Vous avez vu!... Quel malheur ! quel malheur!

Un silence. Je m’hébète, appartiens aux voitures qui trottent dehors. « Où le mal-

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