LA DECLARATION DES DROITS
le premier chapitre, » et il demandait en même temps que la rédaction définitive de cette déclaration fût renvoyée « au temps où les autres parties de la Constitution seraient elles-mêmes entièrement convenues et fixées. »
Cette demande d'ajournement lui attira les plus violentes attaques ; il fut accusé à? exceller à diriger l'Assemblée vers des buts contraires. À ce reproche, il répondit avec insolence que sa vie passée et trente volumes consacrés à défendre la liberté, le défendaient assez. Nul, ajouta-t-il, n'avait plus que lui le droit de s'honorer de sentiments courageux, de vues désintéressées, d'une fière indépendance et d'une uniformité de principes inflexibles; il termina par ces mots dédaigneux : « C'est un trait lancé de bas en haut. »
L'ajournement fut repoussé, et la délibération continua; elle occupa une grande partie du mois d'août. Si elle fut vague et obscure, quand elle portait sur ces vérités générales qui sont du domaine de la philosophie beaucoup plus que de celui de la politique, la discussion reprenait au contraire sa force et sa gravité dès qu'on arrivait à des questions qui sont l'objet naturel d'une loi. Mirabeau eut ainsi quelques occasions de montrer avec quelle netteté il comprenait les conditions de la liberté. A propos de la presse, par exemple, il ne demandait que le changement d'un mot, réprimer au lieu de restreindre, mais ce changement établissait un nouveau système. Dans la question de responsabilité» il montra avec un grand talent que, pour être sérieuse, la responsabilité devait s'étendre aux agents subalternes; ceux-ci étaient obligés d'apprécier non pas la nature, mais au moins la forme des ordres qu'ils se chargeaient d'exécuter.
190 l'assemblée nationale.
« La loi qui porte que nul citoyen ne peut être arrêté qu'en vertu d'une loi est reconnue partout, et pourtant elle n'a pas empêché les lettres de cachet ; la diversité d'opinions qui partage l'Assemblée dérive de ce que l'on fait confusion entre le dogme politique et la théorie pratique de la responsabilité. Le chef de la société seul excepté, toute la hiérarchie sociale doit être responsable. Il faut proclamer cette maxime, si l'on veut consolider la liberté particulière et publique; cela ne suppose aucunement que le subalterne soit juge de Y ordre dont il est porteur, mais il |doit juger la formesde cet ordre. Ainsi un cavalier de maréchaussée saura qu'il ne lui est pas permis de porter un ordre sans être accompagné d'un officier civil ; en un mot, la force publique sera soumise à des formes déterminées par la loi ; il n'y a aucune espèce d'inconvénient à cela, sinon la nécessité d'avoir désormais des lois claires et précises, et c'est là un argument de plus en faveur du dogme de la responsabilité (1). » Mais ce que Mirabeau défendit alors avec le plus de force et d'éclat, c'est la liberté de conscience et la liberté des cultes. M. de Castellane ayant proposé l'article suivant : a Nul homme ne doit être inquiété pour ses opinions religieuses, ni troublé dans l'exercice de sa religion, » Mirabeau prit la parole : a Je ne viens pas prêcher la tolérance; la liberté illimitée de religion est à mes yeux un droit si sacré, que le mot tolérance qui voudrait l'exprimer est en quelque sorte tyrannique lui-même ; puisque l'existence de l'autorité, qui a le pouvoir de tolérer, attente à la liberté de penser, par cela même qu'elle tolère, et qu'ainsi elle pourrait ne pas tolérer... Nous faisons unedécla-
(1) OEuvres de Mirabeau, t. \U, p. 231 .