‹ Mirabeau et la ConstituanteChapitre 20 sur 35 · LA DÉCLARATION DES DROITS · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION DES DROITS

ration des droits ; il est donc absolument nécessaire que la chose qu'on propose soit un droit... Pour insérer les articles proposés, il faudrait dire : Le droit des hommes est de respecter la religion et de la maintenir; mais il est évident que c'est un devoir et non pas un droit; mais ce devoir fait naître un droit, savoir: que nul ne peut être troublé dans sa religion... Le libre exercice d'un culte quelconque est un droit de chacun : donc on doit respecter son droit; donc on doit respecter son culte; voilà le seul article qu'il soit nécessaire d'insérer daûs la déclaration des droits sur cet objet...* Sans entrer en aucune manière dans le fond de la question, je supplie ceux qui anticipent par leurs craintes sur les désordres qui ravageront le royaume, si l'on y introduit la liberté des cultes, de penser que la tolérance, pour me servir du mot consacré, n'a point produit chez nos voisins des fruits empoisonnés, et que les protestants, inévitablement damnés dans l'autre monde, comme chacun sait, se sont très-passablement arrangés dans celui-ci, sans doute par une compensation due à la bonté de l'Être suprême. Nous, qui n'avons le droit de nous mêler que des choses de ce monde, nous pouvons donc permettre la liberté des cultes et dormir en paix (1).»

Le lendemain il combattit avec le même succès l'opinion de ceux qui regardaient le culte comme un objet de police extérieure. « Comme catholiques, ce serait reconnaître que le culte est une chose purement civile, une institution humaine, par conséquent faillible, et ce n'est pas parler en catholiques; si c'est comme législateurs, il n'est pas vrai que le culte soit

(J) OEwvres de Mirabeau, t. VII, p. 234/;

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une chose de police. Le culte consiste en prières, en hymnes, en discours, en divers actes d'adoration rendus à Dieu par des hommes qui s'assemblent en. commun ; et il est tout à fait absurde de dire que l'inspecteur de police ait le droit de dresser les oremus et les litanies ; ce qui est de la police, c'est d'empêcher que personne ne trouble l'ordre et la tranquillité publique.» Après cette sage distinction, ils'adresse à ceux qui ont voulu assurer des privilèges au culte dominant : u Dominant /je n'entends pas ce mot, et j'ai besoin qu'on me le définisse. Est-ce un culte oppresseur que l'on veut dire? Mais vous avez banni ce mot, et des hommes qui ont assuré le droit de liberté ne revendiqueront pas celui d'oppression. Est-ce le eulte du prince que Ton veut dire? Mais le prince n'a pas le droit de dominer sur les consciences, ni de régler les opinions. Est-ce le culte du plus grand nombre? Mais le culte est une opinion; tel ou tel culte est le résultat de telle ou telle opinion. Or les opinions ne se forment pas par le résultat des suffrages ; votre pensée est à vous, elle est indépendante, vous ne pouvez pas l'engager.

« Enfin une opinion qui serait celle du plus grand nombre, n'a pas le droit de dominer; c'est un mot tyrannique qui doit être banni de notre législation, car, si vous l'y mettez dans un cas, vous devez l'y mettre dans tous : vous aurez donc un culte dominant, une philosophie dominante, des systèmes dominants. Rien ne doit dominer que la justice, il n'y a de dominant que le droit de chacun, tout le reste doit y être soumis : or c'est un droit évident et déjà constaté par vous de faire ce qui ne peut nuire à autrui (1). »

(1) OEuvreg de Mirabeau; X. VII, p. 287.

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