‹ Mirabeau et la ConstituanteChapitre 21 sur 35 · LA DÉCLARATION DBS DROITS · texte numérisé non relu

LA DÉCLARATION DBS DROITS

La déclaration des droits fut enfin adoptée dans les derniers jours du mois d'août. Dans cette œuvre immortelle, et, malgré ses imperfections, digne de tous nos respects, l'Assemblée nationale reconnaissait à l'homme des droits imprescriptibles, la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. Comme application de ces principes, elle abolissait irrévocablement les institutions contraires à la liberté et à l'égalité des droits, la noblesse, la pairie, les distinctions héréditaires, supprimait la vénalité et l'hérédité des offices publics, les jurandes, les corporations d'arts et métiers, enfin refusait de reconnaître les vœux religieux, et tout engagement contraire aux droits naturels et à la Constitution. Mais l'Assemblée allait encore plus loin : justement préoccupée de ceux que la pauvreté et l'ignorance pouvaient empêcher de jouir de leurs droits, elle décidait qu'il serait créé et organisé un établissement général dp secours publics pour élever les enfants abandonnés, soulager les pauvres infirmes, et fournir du travail aux pauvres valides qui n'auraient pu s'en procurer, et elle ajoutait : a II sera créé et organisé une instruction publique commune à tous les citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement indispensables pour tous les hommes, et dont les établissements seront distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du royaume. » Nobles et patriotiques paroles ! l'État n'était plus un maître sans entrailles ; la France ne garantissait pas seulement la liberté à tous les citoyens,,elle. pensait en même temps aux pauvres et aux déshérités, elle leur tendait les bras pour leur donner la vie et la lumière*

Cette déclaration a été souvent attaquée'; mais à tort; c'est au contraire, du moins à nos yeux, une

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idée noble et singulièrement heureuse. Platon dit avec raison que les lois pénales doivent être précé- , dées d'un préambule qui instruise les citoyens avant de les frapper. Il est bon aussi qu'une constitution soit précédée de ces principes éternels, de ces grandes vérités qui brillent comme des phares lumineux pour indiquer la route aux législateurs et leur signaler les écueils. Il est bon surtout qu'une réunion d'hommes politiques remonte à la source de la justice pour proclamer certains droits supérieurs et antérieurs à toutes les lois, et que nulle puissance ne saurait méconnaître sans outrager l'humanité; c'est par là seulement que peut être arrêté le despotisme, si habile à se glisser dans toutes les constitutions, à profiter de toutes les formes de gouvernement. La Constituante a reconnu que la liberté avait des droits absolus devant lesquels la volonté générale devait s'incliner ; elle a marqué au pouvoir des limites infranchissables : c'est là qu'est la véritable grandeur de son œuvre.

D'ailleurs la Constituante inaugurait un droit nouveau, celui qui s'inspirait de la philosophie du dixhuitième siècle, et avait pour fondement la conscience humaine; elle ne pouvait mieux faire que de commencer par en invoquer les principes pour les mettre en pleine lumière; c'est. ainsi que les anciens plaçaient à l'entrée même de leurs temples l'image du Dieu auquel l'édifice était consacré.

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