L'ÉLOQUENCE POLITIQUE
Il'-est impossible dé parler de Mirabeau sans consacrer quelques moments au genre d'éloquence dont il a été parmi nous le plus illustre représentant. L'éloquence est d'ailleurs digne de nous intéresser pour elle-même ; c'est, avec la poésie , la plus noble occupation où puisse s'exercer l'intelligence humaine. C'est que là, en effet, comme dans la poésie, le talent naturel et l'art, fruit du travail, se prêtent un mutuel appui , et se confondent dans un commun effort , pour produire des œuvres immortelles. Dans l'antiquité, les deux grands peuples qui nous servent encore de modèles ont su conquérir cette double gloire. Il manquerait quelque chose à la Grèce , si , à côté des poètes dont les chants, nés aux premiers jours d'une brillante civilisation, célébraient la jeunesse du monde dans sa fleurissante nouveauté, nous ne pouvions entendre les mâles accents de Démosthène essayant de sauver sa patrie et la liberté , et le génie de Rome nous paraîtrait trop austère , si nous
ne pouvions le retrouver que dans ses orateurs. La rudesse de Caton, la majestueuse éloquence de Cicéron,sont heureusement tempérées par la grâce 'spirituelle d'Horace et l'harmonieuse mélancolie de Virgile. Aujourd'hui , la France et l'Angleterre sont aussi fières de leurs orateurs que de leurs poètes : les noms de Chatam, de Fox et de Burke, ceux de Mirabeau, du général Foy et de M. de Serre, pour ne parler que des morts, iie figurent pas sans éclat même à côté des noms de Shakespeare, de Byron, de Corneille et de Racine; chez nous, même, quelques hommes, comme Chateaubriand et Lamartine, ont pu se montrer tour à tour poètes et orateurs , et donner ainsi à leur génie une double immortalité.
La Grèce est la première patrie de l'éloquence politique: c'est là qu'elle fut créée et développée avec un éclat incomparable. Elle naquit dans les colonies turbulentes de la Sicile, et, après la chute des Pisistratides, se transporta dans Athènes, où elle parut en même temps que la liberté. Les Athéniens devinrent orateurs par nécessité autant que par la force de leur génie naturel; chez eux, la parole ne donnait pas seulement le pouvoir , elle était souvent la seule arme laissée au citoyen pour défendre sa fortune, son honneur et sa vie. La démocratie athénienne, même dans ses plus beaux jours, était soupçonneuse et violente; elle faisait du Pnyx un véritable champ de bataille , où les meilleurs citoyens étaient £ans cesse exposés à de terribles accusations. La plus dangereuse de toutes, parce qu'il suffit d'un soupçon pour la propager, et qu'elle est toujours restée populaire , l'accusation d'aspirer à la tyrannie, était prodiguée pour les motifs les plus frivoles. Sous chaque pierre , s'il faut en croire Aristophane, est un orateur prêt à
mordre; le mot de tyrannie est ejelui qui retentit le plus souvent sur la place publique. La marchande , dont on dédaigne les légumes , vous regarde de travers , et s'écrie : « Mes oignons ne te suffisent pas? je te soupçonne d'aspirer à la tyrannie. » C'est là une exagération du poôte comique; mais, plus d'une fois, le peuple a semblé prendre à tâche de justifier et môme de dépasser la comédie. L'organisation des tribunaux ne servait qu'à multiplier les périls. Six mille juges, tirés au sort, et répartis dans dix tribunaux de cinq cents membres chacun (il en restait mille pour les suppléances) , transformaient les tribunaux en autant d'assemblées populaires, où les querelles privées dégénéraient aussitôt en luttes politiques. Payées sur le trésor public, ces assemblées avaient intérêt à le remplir aux dépens des riches citoyens, dont la condamnation satisfaisait leur jalousie , en môme temps qu'elle assurait leur existence ; enfin , juger était à la fois une fonction et un plaisir; si l'assemblée avait des caprices, l'accusé devait les subir sans se plaindre. Ce n'est pas seulement Aristophane , ce sont les orateurs qui , dans leurs plaidoyers, nous éclairent sur les dangers de cette situation : « Il nous sera difficile de nous défendre, dit Lysias, à cause des grandes richesses qu'on nous attribue, » et nous pourrions multiplier les exemples de ce genre.
Qu'avait donc à faire l'accusé? chercher à séduire ses juges par tous les artifices de l'éloquence, tâche difficile dans une république où il n'était pas permis de se faire défendre par un avocat, et où le citoyen , réduit à plaider lui-môme, s'adressait à un auditoire délicat qui se faisait de ces luttes oratoires un véritable amusement, y cherchait surtout un brillant
spectacle, et inclinait moins du côté de là justice que du côté des beaux discours. Trois fois malheur à Thonnête homme inhabile qui essayait de se défendre par un mauvais plaidoyer. Sur un signe du peuple, l'archer scythe, placé au pied deia tribune, précipitait le coupable, qui, non content de nuire à ses concitoyens, avait en outre le malheur de les ennuyer. Dans ces conditions , on le voit , il fallait être éloquent, sous peine de mort.
A de pareilles exigences on dut bientôt chercher un remède , et on crut l'avoir trouvé dans ces écoles où d'habiles rhéteurs se chargeaient de vous enseigner l'éloquence, ou au moins ce qui pouvait en tenir lieu. A celui qui ne pouvait pas acquérir le talent de la parole, on fournissait des recettes, des développements tout faits, sur les cas les plus fréquents et les plus faciles à prévoir. Ainsi firent les premiers ijiéteurs connus , les Siciliens Corax et Tisias , et après eux les sophistes qui vinrent ouvrir des écoles dans Athènes. Leurs manuels étaient de véritables cahiers renfermant des modèles d'exordes et de péroraisons. 11 y avait des arguments pour le droit naturel contre la loi écrite , et pour la loi écrite contre le droit naturel; on y apprenait à prouver avec Ime égale autorité que la torture était une cruauté inutile , et que la torture seule arrachait la vérité aux accusés ; toute question y était examinée sous deux faces et également résolue dans les deux sens opposés. C'est ce qui excitait la colère de Socrate et de Platon contrt les sophistes, qu'ils accusaient d'immoralité. Ceux-ci répondaient qu'ils ûe se chargeaient pas d'élever des philosophes, mais de former des avocats ou des hommes politiques , ce qui est bien différent.
L'éloquence n'aurait pourtant pas pu s'élever bien
haut avec de tels maîtres. Platon et Aristote, en lui enseignant les leçons de la philosophie, lui donnèrent un guide plus sûr et de plus heureuses inspirations. Le mérite de la rhétorique d'Aristote, c'est quej sans dédaigner les observations des rhéteurs et des sophistes, il indique à l'éloquence la véritable source où elle doit puiser; il la ramène à l'étude même de l'esprit humain. Puisque l'orateur a pour but de gouverner l'homme par ses sentiments , il doit connaître les passions et se rendre compte de leurs mobiles. Dans cette analyse, Aristote procède avec une méthode toute scientifique, et fait preuve d'une incroyable profondeur. Passant en revue tous les besoins du cœur humain et les nécessités des différents âges, il se montre un des plus grands peintres de caractères qu'ait possédés l'antiquité. On peut en juger par ce beau portrait de la jeunesse, que nous prenons plaisir à citer, parce qu'il n'a pas vieilli , et que la plupart des traits s'appliquent aux Français de nos jours aussi bien qu'aux citoyens d'Athènes :
a Les jeunes hommes sont d'humeur changeante et promptement dégoûtés dans leurs désirs ; ils souhaitent fortenftnt et se lassent bientôt. Leurs volontés sont vives; elles ne sont pas grandes; elles passent comme la soif et la faim des malades. Impétueux , ardents, emportés par leur fougue, ils ne se gouvernent point ; passionnés pour ce qui est honnête , ils ne supportent pas d'être comptés pour rien, mais s'indignent s'ils se croient offensés; ils aiment les distinctions, surtout celle delà victoire; car la jeunesse est jalouse de prééminences, et la victoire est tfne prééminence. Ils ressentent ces deux ambitions, bien plus que la convoitise d'argent; ils sont très-peu avides , parce qu'ils n'ont pas fait encore l'essai du
besoin. Leur disposition naturelle n'est pas malveillance, mais candeur, parce qu'ils n'ont pas encore eu le spectacle de nombreuses perversités, et, de même , ils sont confiants , parce qu'ils n'ont pas encore été souvent trompés ; ils sont prompts à Fespérance, parce qu'ils sentent en eux une ardeur venant de la nature qui les anime, comme des gens échauffés par le vin , et aussi , parce qu'ils n'ont pas encore éprouvé beaucoup de mécomptes.
« Ils vivent dans l'avenir; l'espoir appartient à l'avenir ; la souvenance fait elle-même partie des choses passées. Or, chez les jeunes gens l'avenir est vaste , le passé fort court. Aux premiers jours de la vie, il leur semble qu'ils n'ont à se souvenir de rien, mais qu'ils doivent espérer tout, et, par là même, ils sont faciles à décevoir; car ils espèrent aisément ; ils en sont plus hardis à entreprendre, étant chauds de cœur et bien présumants des choses: deux conditions, dont l'une ôte la crainte, et l'autre donne l'audace, car l'homme ardemment excité ne redoute rien, et celui qui s'attend à quelque avantage est entreprenant. Ils sont sensibles à la honte, parce qu'ils ne savent pas encore prendre pour belles les choses qui ne4e sont pas, et qu'ils n'ont encore reçu que l'enseignement de la loi. Ils ont l'âme généreuse, car ils n'ont pas encore été rapetisses par la vie, et ils n'ont pas l'expérience des nécessités du monde; et puis la générosité d'âme, c'est de s'estimer soi-même digne de ce qui est grand, et cela vaut bien l'espérance. Ils aiment mieux aussi faire ce qui est beau que ce qui est utile; car ils vivent de sentiment plus que de raisonnement, or le raisonnement relève de l'intérêt; le sentiment ne relève que du beau moral.
« Il ont, plus que les autres âges, le goût de l'amitié,
de la camaraderie, par l'attrait de vivre ensemble, et aussi parce que, habitués à ne porter encore nulle part une vue d'intérêt, ils n'en portent pas non plus dans le choix de leurs amis. En tout, ils pèchent par l'ardeur et l'excès; à rencontre de la maxime du sage, ils font toutes choses trop ; ils aiment trop, ils haïssent trop, et de même pour tout le reste ; ils croient tout savoir, et ils dogmatisent. Cela même est la cause de l'exagération qu'ils mettent en tout ; s'ils font quelque chose de mal, c'est plutôt insolence que malignité. Ils sont sensibles à la pitié, sous une impression qui les porte à croire tous les hommes honnêtes et bons, car ils jugent autrui par l'innocence d'intention qu'ils ont eux-mêmes, de telle sorte qu'ils croient volontiers que les autres souffrent injustement. Ils aiment à rire, et partant, ils sont moqueurs; la moquerie est de l'insolence bien élevée. »
Les lois de l'éloquence étaient désormais fixées. Les orateurs dignes de ce nom furent à jamais persuadés qu'ils devaient demander à la philosophie leurs meilleures leçons. Cicéron, quand il veut former l'orateur parfait, lui demande d'abord d'aller écouter les philosophes grecs; il est vrai qu'il le veut aussi versé dans la jurisprudence, dans l'histoire de son pays, enfin, maître de toutes les sciences humaines, si bien qu'aux conditions qu'il exige de l'orateur, on voit bien qu'il ne connaît personne capable de porter ce nom, excepté lui-même.
Ces quelques mois suffisent pour indiquer quelle haute idée l'antiquité se faisait de l'éloquence. Du reste, elle en a été récompensée; car jamais, depuis cette époque, l'art oratoire n'a jeté un aussi vif éclat. L'antiquité en effet a. sur les temps modernes un avantage qui ne nous permet pas de lutter avec elle
S liNTRODUCTION.
sur certains points. Cette supériorité, elle la doit à son amour pour la beauté , amour qui devenait souvent un véritable culte. L'antiquité aimait la beauté sous toutes les formes, et, dans ses mœurs, dans ses habi* ludes privées comme dans les cérémonies religieuses, faisait à l'art une part beaucoup plus grande que nous ne l'essayerions aujourd'hui. Ce n'était pas seulement les statues qui, formant autour des temples comme un peuple nouveau , présentaient partout l'image de la beauté; dans les chœurs de danse, dans les luttes du gymnase, on recherchait le spectacle de la jeunesse et de la beauté; et Platon considérait un beau visage comme l'indice d'une belle âme; l'antiquité vit tout entière dans le vers de Virgile :
Gratior et pulchro veniens in corpore virtus.
Toutes les ressources de l'art étaient appelées au secours de l'éloquence. Chez ces peuples à l'imagination vive et brillante, tout débat devient un spectacle avec une mise en scène d'un effet merveilleux. A la lumière d'un beau ciel, le peuple se réunit dans un vaste amphithéâtre, d'où les regards parcourent les monuments qui racontent la gloire de. la patrie. A Rome, c'est dans le fond le Capitole avec le temple de Jupiter; au-dessus de la tribune sont placées les proues des navires enlevées par Duilius après sa victoire sur les Carthaginois. A Athènes, le peuple peut voir l'acropole avec le magnifique escalier des Propylées et ces murailles qui portent encore la trace des flammes de Xerxès, tandis qu'à l'extrémité du paysage apparaissent d'un côté le port de Phalère, de l'autre, la mer de Salamine dont les flots, souvent invoqués par les orateurs, rappellent le triomphe de Thé-
mistocle et l'affranchissement de la Grèce. Quelle puissance ce spectacle exerçait sur les âmes ! Deux faits suffisent pour l'attester. Quand les trente tyrans furent maîtres d'Athènes, ils déplacèrent la tribune aux harangues pour enlever à l'orateur la vue de Sa- . lamine ; les patriciens qui accusaient Manlius Capitolinus désespérèrent d'obtenir sa condamnation tant qu'il pourrait montrer an peuple ce Gapitole qu'il avait sauvé; il fallut le juger hors de la ville, dans un bois, où l'on pût, selon la belle expression de Corneille,
. . . Cacher sa peine à sa victoire.
Dans les procès, au pied de la tribune, venait se placer l'accusé vêtu de deuil, entouré de ses parents, de ses amis et de ses clients. Enfin l'orateur montait à la tribune. Il n'était pas, comme aujourd'hui, emprisonné dans ce costume étriqué qui fait le désespoir de la sculpture, ni enfermé dans ces boîtes étroites qui cachent la poitrine même de l'orateur. La tribune était une vaste plate-forme qui lui servait de piédestal ; il portait une toge aux plis savamment étudiés , dont les larges draperies donnaient plus d'ampleur au geste, plus d'élévation à la taille. Tout chez lui était étudié , jusqu'au mouvement des pieds, pedum supplosio, que n'oublient pas les traités de rhétorique. Sa voix était modulée avec soin; c'était une mélopée savamment cadencée et soumise aux lois de la musique. Caïus Gracchus avait derrière lui un joueur de flûte pour lui donner le ton, quand par hasard sa voix laissait échapper une fausse note. Le plaidoyer achevé, la péroraison était un véritable drame; souvent,- quand plusieurs orateurs défen- .
daient le même client, cette" partie était réservée à celui qui était le meilleur acteur, à Cicéron, par exemple ', pour son talent à verser des larmes et trouver des accents pathétiques. Quelquefois aussi l'accusé intervenait; 1 orateur le saisissait, déchirait sa tunique et montrait au peuple ses blessures. Athènes eut dans ce genre un spectacle unique : l'avocat de Phryné, pour la défendre, la montra à ses juges dans l'éclat de sa beauté que ne cachait aucun voile. On comprend combien était juste la réponse de l'orateur, quand on lui demandait qu'elle était la première condition de l'éloquence : l'action; et la seconde, l'action; et la troisième, l'action. Jamais, en eifet, ne fut mieux justifiée la définition de Buffon : Un corps qui parle à des corps.
Dans les temps modernes, les conditions de l'art oratoire ont été sensiblement modifiées. Tout cet appareil théâtral, ce qu'on pourrait appeler la décoration extérieure de l'éloquepce, a disparu ; ni notre climat, ni nos mœurs, ne pourraient s'en accommoder. La presse d'ailleurs, par son immense publicité, a donné aux discours une tout autre portée. L'orateur aujourd'hui s'adresse bien moins aux auditeurs renfermés avec lui dans une salle plus ou moins étroite qu'aux milliers de lecteurs qui, le lendemain, l'écouteront encore, mais sans le voir et à tête reposée. 11 ne perd pas ainsi de sa puissance , au contraire, mais il est forcé de donner beaucoup moins à l'action, beaucoup plus au raisonnement. Chez les peuples modernes, d'ailleurs, chez ceux surtout qui ont eu l'honneur de voir fleurir de nouveau l'élo-
quence politique, imagination joue un rôle bien moins grand que dans l'antiquité : c'est la réflexion qui domine et décide les questions. Les intérêts, en outre, tiennent une place beaucoup plus considérable et entraînent les débals dans une direction nouvelle. La guerre ou la paix entre deux puissantes nations tiennent moins au point d'honneur qu'à des règlements de tarifs. Les questions économiques se traitent par des chiffres plus que par de belles paroles, et il est aujourd'hui des discussions de premier ordre où les mouvements oratoires seraient étrangement déplacés.
Ces observations s'appliquent naturellement à l'Angleterre, et caractérisent l'éloquence politique telle qu'elle s'est développée dans ce pays. Elle est née, elle a grandi avec le régime parlementaire. Or les chambres même les plus nombreuses n'ont rien de commun avec les assemblées populaires de l'antiquité. Elles sont formées en général d'hommes lettrés, habitués aux luttes de la politique, n'agissant que par réflexion et disposés par leurs habitudes mêmes à se défier des entraînements de l'éloquence. De là pour les. orateurs la nécessité de modérer leurs passions, de les dissimuler même, et de s'adresser surtout à la raison. C'est ce que font en général les orateurs anglais. Sans doute ils s'animent, s'emportent même quelquefois, parce qu'ils sont hommes et s'adressent à des hommes; mais le plus souvent ils affectent des allures plus calmes, ils s'appuient sur des chiffres, sur des textes précis, et cherchent à convaincre beaucoup plus qu'à toucher. Ajoutez à ces nécessités que, dans les chambres, l'assemblée est ordinairement divisée en deux partis , dont les votes sont comptés d'avance, et qu'il n'y a guère à
attendre l'effet de quelque surprise. C'est ce qu'exprimait assez naïvement le député disant un jour : a Les orateurs ont pu quelquefois changer mon opinion, jamais mon vote. »
L'éloquence anglaise a pourtant eu souvent des inspirations élevées; rien de plus beau que les discours de lord Chatam dans sa lutte contre lord North, à propos de la guerre d'Amérique ; sa dernière réplique pour flétrir l'alliance des troupes anglaises avec les tribus sauvages, son appel aux lords, aux évoques et aux juges, son apostrophe à l'ancêtre de lord North, le défenseur de la foi protestante, le vainqueur de l'Armada, enfin son invocation au génie de la Constitution : tout ce morceau peut être comparé aux plus beaux modèles que nous aient laissés Rome et Athènes. Burke et Fox, dans leur mémorable discussion sur la Révolution française, ou, dans le procès deWarren-Hastings, Pitt réclamant l'abolition immédiate de l'esclavage, se sont élevés à de pareilles hauteurs. En outre l'Irlande, si longtemps victime de l'Angleterre, l'Irlande a donné aux luttes du parlement un éclat qu'il ne faut pas oublier. Les Irlandais, en effet, ont toutes les qualités que n'ont pas les Anglais : imagination abondante, mouvements pathétiques, métaphores pompeuses, gestes expressifs et multipliés; c'est par ces qualités que se sont toujours signalés leurs orateurs. Le plus grand de tous ne s'est même jamais révélé dans toute sa puissance à la chambre des communes. Pour être tout à fait maître de son génie, O'Connel avait besoin de se retrouver loin du Parlement et de l'Angleterre, sur le sol même de sa patrie. C'est là qu'au milieu d'une immense multitude il s'abandonnait à sa véritable inspiration. La terre de l'Irlande communiquait à ses
paroles un nouvel enthousiasme; il la faisait revivre dans ses discours prononcés en plein air, et quand il invoquait d'une voix tonnante les souvenirs nationaux, associant à ses plaintes tout ce qui l'entourait, les lacs, les rochers, les montagnes de la verte Érin, il semblait représenter la patrie elle-même à la foule enivrée qui le saluait de ses acclamations. Grâce à O'Connel, l'Angleterre a possédé un véritable tribun, un orateur populaire comme les aimait l'antiquité.
L'éloquence anglaise se rapproche encore de l'antiquité par un autre côté ; la chambre des communes et la chambre des lords renferment un certain nombre d'orateurs lettrés, et auxquels les souvenirs classiques sont familiers. Les études grecques et latines y sont plusen honneur que chez nous. Dernièrement encore les deux chefs du parti tory et du parti whig étaient deux hellénistes de premier ordre. Lord Derby a publié une traduction en vers de l'Iliade, et M. Gladstone a écrit trois volumes sur la poésie homérique. 11 y a quelques années, Robert Peel, répondant à un député qui avait traité l'irlancje de servante, lui citait l'ode célèbre d'Horace :
Ne sit ancillœ tibi amor pudori, Xanthia
Et nous pouvons nous souvenir encore de l'immense succès obtenu par lord Palmerston dans un discours où il commentait le fameux civis Romanus sum de Cicéron. Ce culte des lettres a pour les Anglais un grand avantage : c'est que ni l'esprit, ni môme la poésie, ne sont un motif d'exclusion pour les fonctions politiques, et celles-ci profitent à leur tour de cette heureuse alliance. Aussi, quand les Anglais
ont eu besoin d'envoyer aux îles Ioniennes un hautcommissaire capable de discuter sans interprète avec des députés grecs, ils ont pu charger de cette mission un financier, M. Gladstone. Jene connais pas d'autres pays>où Ton pût compter sur pareille ressource ; il est vrai que M. Gladstone est un ministre des finances comme on n'en voit guère, il règle tous ses budgets par des excédants de recettes.
Il est surtout un genre d'éloquence où les Anglais excellent, et qu'ils possèdent vraiment seuls : c'est l'éloquence familière des banquets, l'éloquence d'aprèsdîner. En Angleterre, les ministres, les hommes d'État, les députés, tous savent, à la fin d'un repas, se lever le verre en main, et discuter simplement, sans embarras ni prétention , la politique de leur pays ; ils apportent dans ces toasts un sans façon aimable que nous n'avons pas encore appris à imiter. L'orateur qui réussissait le mieux en ce genre, et qui y avait acquis une véritable popularité, c'est lord Palmerston, le vieux Pam, qui à quatre-vingts ans se chargeait de porter la santé des dames, et soutenait encore avec honneur le titre de jeune premier de . l'Angleterre»
Ces détails ne détruisent pas nos observations générales : le caractère de l'éloquence en Angleterre, c'est d'être raisonneuse* enfermée dans des textes de lois, s'adressant aux coutumes et aux règlements plus volontiers qu'elle ne fait appel aux principes. Les orateurs aux développements pompeux, occupés surtout des idées générales, ont eu peu d'action sur les chambres anglaises. Le plus grand de tous, celui qui a le mieux mérité d'être comparé à Cicéron , Burke fatiguait l'assemblée; on l'appelait la cloche du dîner, parce que pour beaucoup de membres son début
était le signal du départ. Mais si des théories élevées et des discussions générales, comme nous les aimons en France, on descend à l'application des lois, à la défense de la constitution, enfin aux véritables discussions d'affaires, l'éloquence anglaise peut passer pour le modèle du genre.
L'histoire de l'éloquence politique en France nous transporte dans un autre ordre d'idées. Héritiers plus directs de Rome et d'Athènes, si nous avons subi, comme les Anglais, les modifications nécessitées par le changement des époques, nous sommes restés plus rapprochés de l'antiquité, par notre amour pour les formes oratoires, par notre penchant aux discussions solennelles, et notre habitude de tout ramener aux principes généraux. En littérature comme en politique, nous recherchons volontiers ce qui a un caractère bien marqué d'universalité. Le temps et les circonstances onf sur les esprits politiques des autres nations une influence décisive ; c'est ce qui nous occupe le moins. De là, dans notre conduite, souvent une grandeur incomparable ; souvent aussi des fautes difficiles à réparer. Dans les lettres au moins ce besoin de vérités générales a peu d'inconvénients, et mène aisément à la grandeur ; c'est une qualité qui se retrouve dans notre éloquence politique, et lui donne, avec des accents ptus élevés, une autorité qui survit aux événements. Certains discours de Mirabeau et de Royer-Goilard pourront encore être lus et médités avec fruit, quand les faits auxquels ils s'appliquaient seront depuis longtemps oubliés.
Mais, avant de caractériser l'éloquence française.
nous devons nous demander à quelle époque elle est née, ou plutôt, pourquoi elle ne s'est montrée que si tard dans notre pays. A cette question la réponse, hélas ! est facile et pourrait être faite en deux mots : Eloquentia sicul flamma materia alitur y dit Tacite, l'éloquence comme la flamme a besoin d'aliments, et en France les aliments ont longtemps manqué. Et pourtant il n'est pas vrai que notre pays, atteint de cette incapacité dont on a voulu frapper les races latines, ait été longtemps rebelle aux idées libérales. La France, au contraire, a toujours eu, grâce aux institutions municipales laissées par les Romains, et aussi grâce à l'esprit d'indépendance formé par la féodalité, des provinces qui ont su défendre leur liberté. Dans les pays d'états, comme on les appelait, a longtemps persisté un vif sentiment de la liberté, une obstination singulière à se défendre contre cette tutelle administrative qui promenait partout le niveau d'une servile uniformité. Comment publier, dans le midi, les états de Provence, et les statuts de Marseille , véritable république s'administrant ellemême, se dérobant à l'action de la royauté, et refusant ses bienfaits, par la crainte , d'ailleurs bien naturelle, d'avoir à les payer trop cher?
Ces habitudes pouvaient déplaire aux intendants , aux hommes du roi; mais elles entretenaient dans le pays une activité intellectuelle et morale, des talents et des vertus que la France fut heureuse de trouver à l'heure des périls et des révolutions. Ces provinces si longtemps détestées pour leur esprit de rébellion furent, en 1789, celles qui donnèrent à la patrie les plus riches trésors de patriotisme et de sagesse. C'est du Dauphiné, de la Bretagne, de la Provence, des pays en apparence les plus étrangers à l'esprit fran-
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çais, que lui vinrent, avec les plus grands dévouements, les conseillers les plus sages et les plus grands orateurs: c'est que l'éloquence politique, si elle a besoin de liberté, si même elle se plaît quelquefois aux orages et aux tempêtes , ne marche pourtant jamais sans une certaine sagesse, et tire sa plus grande autorité du bon sens. Or le bon sens, dans les affaires publiques, l'esprit politique, pour lui donner son vrai nom, ne s'improvise pas: c'est le fruit de la réflexion. 11 a besoin d'être soutenu par les mœurs, par des institutions, sans lesquelles les plus nobles efforts et les plus grands génies sont condamnés à l'impuissance, comme l'histoire de notre pays Ta trop souvent prouvé.
On nous accuse , en effet, de n'être pas assez sages, et ce reproche a été quelquefois mérité; mais n'avons-nous pas quelques excuses? D'abord, l'exemple de ceux qui ne sont pas plus sages que nous ; puis , l'absence de ces traditions, que le gouvernement de la France n'a pas su conserver, qu'il s'est plu au contraire à étouffer, pendant une longue suite de siècles. Que trouvons nous , en effet, dans notre histoire, depuis la naissance du pouvoir royal ? l'agrandissement continu de l'autorité souveraine , et , à l'ombre du trône, les progrès d'une administration qui attirait tout à elle , et en 1789 avait fini par tout absorber. A peine, de loin en loin, voit-on apparaître dans notre nation , pour arriver à la vie publique, des tentatives isolées , toujours conduites avec plus de courage que de sagesse, auxquelles surtout manque l'esprit de suite, et par conséquent destinées à périr misérablement. Émancipation des communes, luttes des états généraux, jacqueries sanglantes des paysans, sombres et fanatiques efforts de la Ligue, folles équi-
pées de la Fronde, dans toutes ces occasions la France a montré que, si elle aspirait à la liberté, elle n'a pas su la conquérir de façon à la garder. Ce sont des éclairs au milieu d'une nuit profonde; ils percent un moment les ténèbres, mais leur sinistre éclat ne peut remplacer la sereine lumière du jour. Un peuple qui secoue ainsi ses chaînes fait des révolutions; il ne connaît pas le repos. Il subit le sort d'Encelade qui, écrasé sous le poids de la Sicile, soulève son fardeau, mais sans pouvoir s'en débarrasser, et ne parvient qu'à obscurcir le ciel d'une noire fumée.
Ces circonstances expliquent suffisamment pourquoi l'histoire de l'éloquence politique est si courte dans notre pays. Certes, ce n'étaient pas les dispositions naturelles qui manquaient. Notre réputation de beaux parleurs est faite depuis longtemps ; les historiens anciens relèvent ce talent comme un trait de notre caractère, et cet éloge ne nous a jamais été refusé. Il est vrai qu'on nous l'a accordé quelquefois pour avoir le droit de nous contester des qualités plus sérieuses. Des hommes, qui avaient sans doute leur6 raisons pou* cela, ont prétendu que bien parler est un assez mauvais signe, et ont dénoncé l'éloquence comme un danger public. Mais on sait comment l'esprit se venge de ceux qui le dédaignent, et il faut toujours laisser quelque consolation à l'envie. Ce qui est bien certain, c'est que l'art de la paroles toujours été cultivé chez nous avec succès. A peine en contact avec la civilisation , les Gaulois nos ancêtres s'éprirent d'un goût passionné pour l'éloquence. Ils ouvrirent à Rome môme les premières écoles de rhéteurs; un Gaulois fut le maître de César, qui ne croyait pas compromettre sa gloire militaire en étant un des premiers orateurs de son temps, et plus tard, comme
nous l'apprend Juvénal, c'est encore la Gaule qui enseigna l'éloquence aux habitants de l'Angleterre :
Gallia causidicos docuit facunda Britannos.
Nos ancêtres étaient même des hommes d'un goût difficile et des juges impitoyables pour les orateurs sans talent. A Lyon, des concours étaient ouverts pour des prix d'éloquence. On recueillait les discours sur des tables de marbre, et le vainqueur recevait une récompense magnifique; mais les vaincus étaient condamnés à effacer leurs discours avec leur propre langue, d'où ces craintes que nous signale le poète satirique :
Aut Lugdunensem rhetor dicturus ad aram ,
craintes assez légitimes, il faut l'avouer.
Si les mauvais discours n'ont pas toujours été aussi sévèrement punis, les traditions du bon goût n'en ont pas moins été conservées avec soin dans notre pays. La France, dès qu'elle a eu une langue à elle, a su exprimer élégamment de nobles idées, et les orateurs ne lui ont jamais manqué. Nous n'en voulons pour preuve que cette longue suite de grands hommes qui se sont succédé dans la chaire chrétienne depuis saint Bernard et Gerson jusqu'à Bossuet, Massillon, et les orateurs de nos jours. Le barreau et la magistrature attestent aussi, par de nombreux exemples, que dans tous les siècles s'est maintenue chez nous, entre l'étude des lettres et l'étude des lois, cette heureuse alliance consacrée depuis longtemps par les noms des l'Hôpital, des Lemaistre, des Patru et des d'Aguesseau. Cette disposition à l'éloquence nous
est si naturelle qu'on la retrouve dans presque tous les genres de notre littérature, dans les œuvres de Molière et de Racine comme dans celles de Corneille, dans les genres même qui semblent le moins s'y prêter, dans la correspondance de Voltaire et de M me deSévigné. Souvent, au milieu d'une lettre familière, le ton s'élève tout à coup, et l'éloquence apparaît naturellement et comme à sa place.
Notre pays a d'ailleurs toujours eu un vif sentiment de ses droits. « En France, a dit avec raison M me de Staël, la liberté est ancienne; c'est le despotisme qui est une nouveauté. » L'histoire en effet nous montre à toutes les époques des protestations contre la tyrannie des seigneurs ou les progrès de l'autorité royale, et le plus souvent ces protestations ont été éloquentes. Au moyen âge, dans ces temps trop décriés, où pourtant les communes avaient su conquérir leur affranchissement, grondent les voix des paysans, réclamant au nom d'une double égalité : celle de la nature qui en a fait des hommes, celle de la religion qui en a fait des chrétiens :
Nous sommes hommes comme ils sont, Gomme eux des membres nous avons.
Puis ce sont les chefs des états généraux, les Robert Lecoq, les Etienne Marcel, qui affirment les droits de la nation par leurs paroles et leurs actes ; enfin les écrivains eux-mêmes s'écriant, comme Commines, que le roi n'a pas le droit de lever des impôts sans le consentement de ses sujets, et que les Turcs eux-mêmes ne supporteraient pas cette tyrannie. Agité par les guerres civiles, nourri des souvenirs des anciennes républiques, et mêlant à ces théories les doctrines d'indépendance que protestants ou catho-
liques cherchaient tour à tour dans la Bible, selon les besoins du moment, le seizième siècle ne pouvait manquer d'orateurs pour exprimer les idées les plus hardies, enflammer les plus vives passions. C'est l'époque des pamphlets d'Hotman, d'Henri Etienne, de Mariana, de la Boëtie, où Ton retrouve un bizarre mélange de maximes républicaines et de citations bibliques pour proclamer la souveraineté du peuple et justifier le régicide. C'est l'heure où les prédicateurs de la Ligue soutiennent de leurs harangues forcenées le peuple de Paris, l'animent à une résistance furieuse contre les armes .et contre la clémence d'Henri IV, et prolongent parjeurs seules paroles toutes les horreurs de la guerre civile. Il est vrai que c'est aussi l'heure où quelques bourgeois de Paris écrivent la Satire Ménippée, œuvre immortelle où l'éloquence, s'élevant peu à peu du ton léger de la comédie aux accents de la plus haute indignation, n'achève pas seulement la victoire d'Henri IV, mais protège à jamais contre des détracteurs trop empressés cette population parisienne, qui, malgré ses caprices, a su toujours se montrer ennemie des exagérations, spirituelle et sensée autant que courageuse et indépendante.
Le dix-septième siècle lui-même n'est pas resté aussi complètement muet que pourraient d'abord nous le faire croire les noms de Richelieu et de Louis XIV. Aux états généraux de 1614, la cause du tiers état fut plaidée avec une véritable éloquence, et lorsque la régente, embarrassée des remontrances que lui adressait l'Assemblée, jugea à propos de s'en délivrer en faisant occuper la salle par des soldats, un de ces députés s'écria : « Ne sommes-nous donc plus aujourd'hui ce que. nous étions hier?» prononçant
« imtoMtcnoa.
ainsi deux siècles d*avance le mol de Siéyès, le jour
du serment du Jeu de paume. Plus tard, la Fronde
nous donne' avec le parlemeut comme un essai des
lutte» de la Révolution, et le cardinal de Retz nous
laisse dans ses mémoires le plus 8n et le plus profond
des ouvrages politiques. Jeux des factions, duplicité
des grands, calculs des ambitieux changeant avec la
fortune, incurable faiblesse et profond égoïsrae delà
cour, contradictions de la multitude, se passionnant
pour des héros qui ne le méritent guère, et brisant
«es idoles de la veille, tout est saisi de main demaltre,
et retrace à grands traits par cet écrivain qui aurait pu
An* un bomue d'État, que les circonstances réduisi-
retiî m r>N* d*u» vulgaire conspirateur. Là prospérité
*:.- l .-(■< XIV oc mit pas fin à tous les murmures,
IW > -s S/*./t -ï é/ .'4 />.(*¥ «sWore, Jurieu, qui a
# à îtvrvm. 1 * ."tf k*o< de nuirai sériai, appelle ouver-
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*»!.«.■** n--*-i<'-- icl\ tra'.i;::oii> d'une ancienne indé-
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des révoltes menaçant de tout emporter, et bientôt étouffées; sous un gouvernement libre, nous avons la lutte loyale de partis organisés, se disputant le pouvoir, mais d'accord pour ne pas détruire une société qu'ils aspirent à diriger, attendant tout de la persuasion, rien de la force : c'est le vrai domaine de l'éloquence politique ; c'est là seqlement qu'elle peut se donner carrière et produire de grands hommes. C'est ce qu'elle a fait en Angleterre pendant le dix-huitième siècle, en France dès l'ouverture des états généraux.
Jamais tes circonstances ne furent plus favorables, Sur les ruines d'une société qui s'abandonna
mSmp fnnslrnirp un £Hifiei» o
chaussée d'Aix, Mirabeau. Né avec un tempérament ardent, une âme passionnée, jeté de bonne heure dans tous les emportements et les désordres de la jeunesse, persécuté par son père, frappé par toutes les rigueurs des lois, n'échappant à la prison que pour tomber dans la misère, consumé par tous les excès, excès de travail autant qu'excès de plaisir, réduit au rôle d'aventurier, Mirabeau paraissait perdu, quand la Révolution éclata. C'est par elle qu'il sortit de son abaissement. La noblesse le repoussait ; il s'adressa au peuple, qui l'adopta pour son représentant. Ses débuts furent des coups de foudre. De sa vie passée, il rapportait, avec des connaissances immenses, un fonds de colère et de violences lentement amassées; mêlées à son enthousiasme pour nouvelles, ces passions devaient armer sa paruie- cr *. , ;.„ ■ ^^incomparable . Mais ce qui Ta fait le plus grand oraîSt*^ te mpSt c ' es t qu'élevé enfin à une situation digne ctev^jne permit ni à la colère, ni à la corruption de son c^ de troubler la sûreté de sa raison; au lieu de céder fassions, il les mit au service de son intelligence ; day e de résistance autant que d'audace, il vit très-netpent les limites où devaient s'arrêter les droits du jhle comme l'autorité du roi; il discerna d'un coup a4 la véritable organisation d'un gouvernement durab et voulut pour l'État ce sage équilibre des pouvoî qui peut seul fonder et maintenir la liberté. Oui, c qu'il faut louer en Mirabeau, c'est moins le talent dt la parole que l'esprit politique; c'est-à-dire ce que i rpraleur doit chercher avant tout , car la véritable * éloquence est à ce prix.