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M. DE BOUBNISSAG ET LA JUSTICE PRÉVOTALE A MARSEILLE

dans des cachots séparés jusqu'au moment où le consul Roubaud les en fit sortir et les réunit dans une chambre. Leur détention devait se prolonger jusqu'au 15 décembre ; il fallut un décret de l'Assemblée nationale pour leur rendre une liberté qu'ils n'avaient à aucun titre mérité de perdre. Malouet rappela à la tribune que M. d'Albert avait fait ses preuves de patriotisme et d'amour de la liberté en aidant les Américains à la conquérir (1).

Peu de jours après, ce député honnête et modéré transmit au Comité des recherches des renseignements d'où semblait résulter la présomption que cette insurrection avait obéi à un mot d'ordre venu de Paris (2).

Qu'elle eût été le résultat de lointaines menées ou l'effet spontané de causes locales, elle devait avoir du retentissement à Marseille. Sous le cou[) de cet événement, Brémond-Julien ajouta à sa dernière lettre, ou plutôt à son dernier pamphlet, un véhément post-criptum. Au lieu de s'alarmer des attentats dont Toulon venait d'offrir le spectacle et qui étaient d'effrayants symptômes de la dissolution de l'état, il en triompha comme s'il avait pris la contre-révolution en flagrant délit (3).

L'histoire impartiale ne peut voir dans la triste succession des scènes lamentables qui avaient marqué la journée du premier décembre à Toulon que la licence du peuple , la complicité de la garde nationale et la faiblesse de l'autorité municipale. Comment Brémond-Julien arrivait-il à y

Donrdan à M. le comte de La Luzerne (2 décembre), pp. 416-7. — Mémoire historique et justificatif de M. le comte d'Albert de Rioms, pp. 542-549; décret du 7 décembre, p. 420; p. 692 : procès-verbal de la sortie des officiers prisonniers, en date du 15 décembre.

(1) Archives parlcmenlaireSj t. X, p 417.

(2) Archives nationales, papiers du comité des recherches, DXXIX'', 2G : lettre autographe de Malouet au comité dos recherches, Paris, le IG décembre 1789.

(3) Archives parlementaires, t. XI, pp. 338 et 339 : post-scriptum h la lettre de Brémond-Julien aux capitaines, lieutenants : « Eli bien! avais-je » tort? et révénement survenu à Toulon ne justific-t-il pas mes craintes? • Peut-on révoquer en doute l'existence du projet d'une contre-révolution? »

découvrir les preuves d'un complot contre-révolutionnaire? Il est malaisé de le dire. La logique, ou plutôt la violence sophistique des partis a des raisons que la raison ne comprend pas. On aime mieux se contenter de cette explication générale que de faire à Brémond-Julien l'injure de supposer qu'il admettait la fable ridicule d'une trahison ourdie pour livrer le port de Toulon à une prétendue flotte anglo-hollandaise en croisière dans la Méditerranée (1).

Quelles que fussent d'ailleurs les complaisances de sa crédulité ou les emportements de son imagination passionnée, il ne sonnait pas le tocsin de l'émeute; il battait le rappel en faveur de la garde bourgeoise (2) et lui décernait même des louanges. L*avant-veille cette garde avait fait don de ses boucles à la patrie, et s'était honorée en repoussant les conclusions d'un mémoire dont l'auteur, M. Mersanne, ancien volontaire de la jeunesse citoyenne, proposait de soutenir le prévôt contre la dénonciation de M. de Mirabeau. Indigné de cette proposition, Brémond- Julien s'écriait : « Les vexations de ce magistrat trouvent » donc des partisans, lors même qu'elles font frémir tous » les bons citoyens ! »

C'était le mot ou le trait de la fin. Il dut s'enfoncer dans le cœur de M. de Bournissac !

La lettre de Brémond-Julien fut lue , semble-t-il , avec avidité, par les jeunes gens, ses anciens compagnons d'armes. Commentée par les propos de l'auteur lui-même, elle leur mit dans la tête l'idée de se former en une compagnie particulière et de demander à la municipalité et à M. de Caraman, Lieutaud et Brémond-Julien, l'un pour capitaine, l'autre pour lieutenant (3).

(1) Archives parlementaires ^ t. X, p. 572, séance du 14 décembre : discours de Malouet.

(2) t Citoyens, si ceci ne vous décide pas à marcher sous les drapeaux de la patrie, vous ne méritez pas les bienfaits do l'Assemblée nationale. »

(3) Archives nationales, papiers du comité des rapports, DXXIX, 57 : lettre de M. de Bournissac aux députés de TAssombléc nationale (9 décembre 1789); copie du placet remis à M. le comte de Caraman et Archives

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