‹ Mirabeau et la Provence (volume 3)Chapitre 17 sur 48 · M. OB B0URNIS8AG ET LA JUSTICE PRÉVOTALE A MARSEILLE · texte numérisé non relu

M. OB B0URNIS8AG ET LA JUSTICE PRÉVOTALE A MARSEILLE

Les émeutiers essayèrent d^enlever et d'outrager le drapeau rouge qui flottait sur le corps de garde du cours : deux oflBciers de la garde bourgeoise et uu soldat suisse furent assez grièvement blessés à la tête de coups de pierre (1).

Le 10 décembre le calme parut rétabli; il ne Tétait guère qu'à la surface : plusieurs incidents le prouvèrent. Dans la nuit du 13 au 14, deux sentinelles, postées prés de l'église Saint-Martin , furent attaquées avec acharnement par cinq individus à peu près ivres. Pour se défendre, elles furent obligées de faire feu ; deux de leurs agresseurs tombèrent morts (2). Le lendemain matin, un sergent-major de Royal-la-Marine entendit des femmes, parmi lesquelles il pouvait y avoir des hommes déguisés, dire qu'elles s'ameuteraient après s'être enivrées. Malgré le temps qu'elle mettait à s'apaiser, cette fermentation n'était pas, de Tavis des échevins , le fait du peuple , mais l'ouvrage de quelques tètes exaltées , qui avaient su le séduire. Bournissac pensait comme eux (3).

Brémond-Julien lui semblait particulièrement coupable et dangereux.

Encore tout ému des acclamations qui avaient mêlé le nom de ce jeune avocat aux cris de l'émeute, le grand prévôt incriminait fortement ses libelles et ce qu'il appelait ses harangues enflammées (4).

Le 9 décembre, il rendit contre lui un second décret de prise de corps; ce décret fut exécuté le soir même, à onze heures.

(1) Archives nationales, DXXIX; 57 : lettre de M. de Bournissac aux députés de l'Assemblée nationale (lO'décembre 1789). — Archives départementales, C, 12G1 : M. de Caraman aux commissaires des communes (10 décembre 1789).

(2) Archives départementales, C, 1201 : M. de Caraman aux commissaires des communes (14 décembre).

(3) Archives municipales de Marseille, registre des lettres écrites, commencé le 8 septembre 1789 : à MM. les députés des trois ordres (10 décembre) et à M. do Caraman (14 décembre), pp. 72 et 75.

(4) Archives nationales, DXXIX, 57 : Bournissac aux députés de l'Assemblée nationale (10 décembre).

Le maréchal-des-logis de la maréchaussée, Jean Rouvière , se présenta avec le sous-brigadier Félix Mougin et deux cavaliers, au corps de garde de la milice bourgeoise sur le cours. Brémond-Julien s'y trouvait, revêtu d'un uniforme, avec épaulettes, sabre et baudrier. Entre ses mains, il tenait son fusil, la baïonnette au bout. Avec l'aide du marquis de Boisseuli, chef d'escadron de dragons, Jean Rouvière et ses hommes mettent la main sur lui. « Au nom » de qui? » leur demande Brémond-Julien. « — Au nom » du roi et de la nation, » lui répondent-ils. — « Com- » ment! » reprend Brémond-Julien en se tournant vers les gardes nationaux du poste, « vous me laissez arrêter en » votre présence! Je suis un honnête citoyen. » — Pas une voix ne s'élève en sa faveur. — « Allons, marche ! de » quel droit portes-tu l'habit d'ordonnance? » lui crient trois lieutenants. Ils se joignent à l'escorte qui, renforcée de gardes nationaux et de Suisses, conduit le prisonnier au fort Saint-Jean. Au corps de garde de ce fort, ils le dégradent; l'un d'eux s'oublie jusqu'à lui arracher cocarde, épaulettes et pouf.

Brémond-Julien est mis au secret. Le surlendemain seulement, c'est-à-dire le 11 décembre, on le tire de sa prison pour lui faire reconnaître et parafer quelques papiers qui ont été saisis sur lui. Il demande son crime; on lui répond qu'il en sera instruit. Il doit attendre deux jours encore la communication du procès-verbal de sa capture (1).

Le conseil municipal semble vouloir seconder les sévérités du prévôt, et ouvre, de son côté, une enquête. Le 12 décembre, il vote une récompense variant entre 200 et 2,400 livres pour ceux qui dénonceront les fauteurs et complices de toutes les émeutes (2).

(l) Archives nationales, DXXIX, 58 : Brémond-Julien au président de TAssemblée nationale ('27 dccombro 1789) ; procès-verbal de l'arrestation, de Brémond-Julien.

(1) Archives municipales de Marseille, registre 190" des délibérations du conseil, f* 280.

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