‹ Mirabeau et la Provence (volume 3)Chapitre 18 sur 48 · M. DE BOURNISSAC ET LA JUSTICE PRÉYOTALE A MARSEILLE · texte numérisé non relu

M. DE BOURNISSAC ET LA JUSTICE PRÉYOTALE A MARSEILLE

Il n'en est pas moins ému, lorsqu'un de ses membres, M. Chompré, est, par ordre de M. de Bournissac, arrêté le 15, à dix heures du soir, dans le vestibule de l'Hôtel de ville, à la sortie de la séance.

Appréhendé au corps, le malheureux agitateur s'écrie en se tournant vers d'André : « M. le commissaire royal! » Celui-ci ne peut pas le protéger contre le décret qui l'atteint, mais est ému à la pensée des onze enfants que le travail de Chompré fait vivre. Les conseillers municipaux voient dans cette arrestation un attentat à la liberté de leurs délibérations. Plusieurs mêlent à ces réclamations générales des larmes, des supplications, des cris. M. d'André leur promet que Chompré sera élargi , si son arrestation a pour cause le langage qu'il a tenu dans le conseil ; il va prier M. de Caraman d'écrire au grand pjévôt. Un des échevins provisoires , élu le 25 novembre, porte la lettre. M. de Bournissac se contente de lui répondre qu'il y a des charges graves contre Chompré. Si Ton savait la moitié de ce qu'il connaît lui même, on ne s'intéresserait pas à ce prévenu (1).

Le grand prévôt devient dur, rigoureux; en même temps, il semble redouter la lumière. C'est de nuit que ses décrets s'exécutent. C'est à deux heures du matin qu'il va procéder à une perquisition dans la demeure de M. Chompré. Son assesseur et son procureur du roi l'accompagnent avec quelques cavaliers de la maréchaussée. Un détachechement de Suisses d'Ernest amène le prisonnier. M. de Bournissac n'hésite pas à saisir même les lettres intimes que Chompré a, dans son dernier séjour à Paris, adressées à M"'* Chompré. Elles fourniront un témoignage à charge contre l'accusé; elles n'ont pas provoqué son arrestation; car M. de Bournissac ne les a eues entre les mains que le 18, au matin.

(1) Archives municipales de Marseille, registre 190' des délibérations du conseil municipal, f* 288.

Longue et minutieuse, cette perquisition est à peine achevée lorsque les premières lueurs du crépuscule paraissent. M. de Bournissac et ses auxiliaires se hâtent de parafer les pièces saisies et de rentrer au fort Saint- Jean (1).

Il y a chez le prévôt un mélange d'inquiétude et d'irritation. Une véritable conspiration de colère , de ressentiments, de calomnies et de haines s'est formée contre lui, et a déjà éloigné de son tribunal son assesseur, l'avocat Miollis, qui lui a, le 1" décembre, envoyé sa démission (2) : la plupart des écrivains du greffe ont déserté ; le petit nombre de ceux qui sont restés rend excessivement lente la copie des dépositions qu'il faut envoyer à l'Assemblée nationale. Un libelle rééditant un propos de Chompré assure que les notables adjoints au grand prévôt, en vertu du décret du 8 octobre , n'ont plus voulu assister à ses procédures criminelles, dès qu'ils en ont reconnu l'irrégularité. C'est faux. Dans une attestation en bonne forme, ces notables rendent hommage à l'observation fidèle de ce décret par M. de Bournissac, et déclarent qu'ils se sont toujours empressés de se rendre à son tribunal, dès qu'ils ont été appelés (3). 11 ne faudrait pas jurer que cette réfutation péremptoire ait absolument détruit l'effet de l'allégation calomnieuse contre laquelle elle était dirigée. On connaît le mot de Beaumarchais.

Le décibel du 8 décembre ne pouvait être qu'un puissant encouragement pour tous les sentiments d'hostilité ou de vengeance qui se déchaînaient contre le grand prévôt à Marseille. Il y fut accueilli avec reconnaissance par les

1) ATvhirf* pMflemenUirts, t. XI, p. 341. ~ Archives nationales, DXXIX. 5iS : procis-vcrhal de Taiv» Jif chez M. Chv^mpre IS décembre 1789, î heures du matiQK Bournissac «u président de rAs>emblée nationale.

C Aichixeî^ nationAles, DXXIX. .^^ : copie de l.i lettre ùe lavocAl Miollis tionn^nt sa dvmissiou d'-^sscî^seur a M. de Poumi&sac \" décembre 17S9'.

o Archives nationales. DXXIX. 1^7 : lettre de M. de Bournissac à labbè Maunr '2î décembre î7Sy : envo* de fAttesL-^tu-n de* noublcs. attestation même, — wlnL-hirc^ par.'etîi^niaîiY*, t. XI, p. 307.

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