M. DB B0URNIS8AG ST LA JUSTICE PRÉVOTALE A MARSEILLE
tifs dont il serait bien en peine de démontrer la réalité (1) ; mais ne laisse pas à ses auditeurs le temps de la réflexion ; il veut les entraîner plus que les persuader , et songe moins à conyaincre le grand prévôt qu'à Taccabler. Il lui intente sept chefs d'accusation principaux et lui reproche une quadruple violation du décret et des principes de l'Assemblée.
Cette simple analyse ne donne qu'une faible idée d'un discours où l'éloquence dégénérant parfois en emportement, fait perdre à la pensée toute justice et toute justesse. N'y a-t-il pas une dissonance criarde dans cette phrase où Bourûissac est comparé à ces « hommes barbares, à ces inqui- » siteurs féroces qui , regardant un dieu de paix comme » une autorité susceptible de haine , et toutes les opinions » contraires à cette autorité comme des attentats , punis- » sent les pensées, épient les sentiments et allument les » bûchers du fanatisme avec les torches de la vengeance (2). »
C'était là une exagération déclamatoire, et nous ne sommes pas absolument sûr que cette exagération n'ait fait que du bruit et point de mal. Mirabeau a porté au grand prévôt un coup bien autrement dangereux en lisant à la tribune une lettre intime qu'il avait reçue de M. d'André et qui témoignait d'un véritable désaccord entre M. de Bournissac et le commissaire du roi. Lire publiquement cette lettre était une indélicatesse. Mirabeau le sentait bien ; mais il fallait sauver les amis de la liberté et assurer le triomphe de la révolution à Marseille (3).
Il y avait déjà trois heures et demie que l'orateur pariait; il n'avait pas encore fini son discours (4). L'Assem-
(1) n prétend, sans le prouver, que Chompré a été arrêté pour avoir été, dans le conseil municipal , l'organe d'une èpinion de Lieutaud , contraire à une demande du grand prévôt {Archives parlementaires y t. XI, p. 342).
(2) Archives ptLrlementaii'es, t. XI, p. 340.
(3) Ibid,, t. XI, p. 348. — Lettre inédite de Mirabeau à M. d'André (collée* tien de M. Lucas de Montigny), communiquée par M. Charles de Loménie : c Je ne me suis môme décidé à rapporter une de vos lettres, à la vérité un » peu contradictoire à votre conduite, que pour aviser le ministre, à qui • vous écriviez blanc, lorsque vous m'écriviez noir, n
(4) Journal des débats et décrets ^ n* 157, p. 5. — Le Hodey de Sault-
blée renvoya l'afiFaire au jeudi soir, 28 (1). En réalité, elle ne reparut à Tordre du jour que dans la soirée du samedi 30.
A peine la séance fut-elle ouverte qu'un frémissement d'impatience et des murmures courant de banc en banc Tanuoncèrent longue et orageuse (2).
Mirabeau résuma ses développements du 26 janvier, les compléta et, à travers de nouvelles attaques contre le grand prévôt, arriva à sa péroraison.
Cette péroraison était violente; mais qu'on y prenne garde ; cet éclat de violence ne semblait destiné qu'à faire passer une conclusion modérée. Mirabeau proposait de révoquer le décret du 8 décembre « au chef portant le ren- » voi du sieur de Bournissac et du sieur Laget son procureur » du roi au Châtelet. » Il tient peu à les poursuivre ; mais demande : l** que toutes les procédures, instruites dans la ville de Marseille depuis le 19 août dernier, soient remises à la sénéchaussée de cette ville, pour y être jugées en dernier ressort, ou au prévôt général le plus voisin ; 2* que les citoyens décrétés par M. de Bournissac, à l'exception des accusés pris en flagrant délit, le 19 août, soient déclarés éligibles aux nouvelles charges municipales et rendus à la liberté, s'ils sont prisonniers (3).
Ainsi donc le dernier mot de ce discours, si rude contre le grand prévôt, est une parole de ménagement pour lui, et ce ménagement n'est que de la politique.
Mirabeau juge imprudent de traduire M. de Bournissac devant le Châtelet. Les patriotes ne sont pas sûrs de ce tribunal. M. de Bournissac, puissamment protégé, pourrait bien y trouver une absolution qui le vengerait de ses accusateurs et le rendrait plus redoutable à ses accusés (4).
chevreuil , Journal des Etats généraux convoqués par Louis XVI , séance du 26 janvier 1790, t. VIII, p. 91. —Do Bacourt, t. I, p. 457.
(1) Archives parlementaires y t. XI, p. 349.
(2) Le Hodey de Saultchevreuil, séance du 30 janvier, t. VIII, p. 150.
(3) Archives parlementaires ^ t. XI, p. 349.
(4) Archives municipales de Marseille, registre des lettres écrites, du 10 fé-