‹ Mirabeau et la Provence (volume 3)Chapitre 24 sur 48 · M. DE BOURNISSAC ET LA JUSTICE PRÉVOTALE A MARSEILLE · texte numérisé non relu

M. DE BOURNISSAC ET LA JUSTICE PRÉVOTALE A MARSEILLE

mes disposés avec art, de témoignages mendiés, intéressés et faux. Il n'adressa pas sa protestation à TAssemblée, qui probablement ne l'aurait pas écoutée, mais au maréchal de Beauvau.

Rédigée avec une véhémence où Ton sentait toute Tindignation de Thonnéte homme calomnié, cette protestation infirmait au moins sur deux points les accusations de Mirabeau .

Pour montrer que le prévôt se moquait de l'article du décret d'octobre qui prescrivait la publicité de la procédure, Mirabeau avait invoqué le témoignage do l'avocat des accusés, Etienne Seytres. Bournissac produisit une sentence du lieutenant criminel de la sénéchaussée de Marseille, en date du 14 août 1787, qui déclarait Etienne Seytres dûment atteint et convaincu de calomnie, et le suspendait pour vingt ans de ses fonctions d'avocat. La valeur de ce témoignage était par là singulièrement affaiblie.

Sur la foi d'une lettre de M. Lejourdan, Mirabeau avait raconté une singulière conversation dans laquelle le grand prévôt aurait fait à cet avocat la confession politique la plus naïvement anti-révolutionnaire, et se serait vanté de ne connaître d'autorités que celles qui subsistaient avant qu'on eût bouleversé le royaume. M. de Bournissac déclara que cette conversation très impertinente n'avait jamais eu lieu que dans la cervelle de M. Lejourdan. Les propos que celui-ci lui prétait, n'étaient ni de lui, ni dignes de lui. « J'aflBrme avec fermeté, » continuait-il, (v et je me » flatte d'être cru, qu'il n'y a pas un mot de vrai dans cette » lettre que M. de Mirabeau a citée comme pièce pro- D bante (1). »

Ces accents de flère sincérité ne pouvaient avoir ni retentissement, ni écho. Eussent-ils été répandus par la voie de la presse , ils n'auraient pas touché le parti populaire de

(1) Archives nationales, DXXIX, 57 : M. do Bournissac au maréchal de Bcauvan (Marseille, 12 février 1790, au fort Saint- Jean).

Marseille , qui était de plus en plus monté contre le prévôt.

M. Brémond-Julien lui rendait, sous une forme humoristique et méprisante, une justice injurieuse, dont M. de Bournissac n'eût guère été flatté. « Dites au comte, » écrivait-il à Pellenc , le secrétaire de Mirabeau, « qu'il ne de- » mande plus de nous faire juger par des prévôts; ce ne » serait que changer de visage; autant j'aimerais garder » celui que nous avons. C'est une bonne bête qui n'aurait » pas mal officié sans le chantre Caraman, sans le diacre » Laget et sans les acolytes Carbonel et Mossel (1). »

Ce ton d'indulgence contrastait avec le déchaînement général de l'opinion. Les districts s'assemblaient pour les élections municipales;. ils élisaient les victimes de la justice prévôtale et réclamaient la mise en liberté de ces élus.

Un cavalier de la maréchaussée, Darnaud, avait l'inconvenance de remettre un décret d'ajournement au citoyen Resquier, président du district de Saint-Martin dans l'exercice de ses fonctions, pendant une séance consacrée au dépouillement des votes. Aussitôt, les vingt-quatre districts de prendre feu et de s'unir dans une môme protestation contre l'insulte faite à l'un d'eux (2).

Des bruits sinistres arrivaient aux oreilles du grand prévôt : on voulait lui enlever de vive force ses prisonniers; on parlait de le décréter, de le fusiller, de le noyer ou de l'égorger avec les membres de son tribunal (3).

Dans le quatrième district, le journaliste Sarrasin de Montferrier, proposait de s'assurer des personnes de Bournissac et de Laget pour que l'évasion ne pût les soustraire à la justice de la Constituante. D'un commun consente-

(1) Archives nationales, DXXIX. 57 : Brémond-Julien à Pellenc. ^

(2) Archives nationales, DXXIX, 57 : extrait des registres des délibérations du 7* district, assemblé dans la chapelle des pénitents bleus do Saint- Martin; adhésions des différents districts.

(3) Archives nationales, DXXIX, 57 : lettres de M. de Bournissac à... (22 février 1790), et du même au garde des sceaux (6 février).

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