M. DE BOURNISSAG ET LA JUSTICE PRÉYOTALE A MARSEILLE
ment, tous les membres de ce district votaient de dénoncer au conseil général de la commune et à TAssemblée nationale Bournissac et ses auxiliaires, comme les auteurs des désordres qui avaient afiQigé Marseille, comme prévaricateurs en leurs fonctions, comme ennemis déclarés de la constitution du royaume, véhémentement soupçonnes d'être les agents secrets de la contre-révolution (1).
Çà et là une voix (2) réclamait bien en faveur du prévôt; mais elle était comme perdue dans le concert de protestations, d'invectives, d'accusations dirigées contre lui.
Ce concert semblait d'autant plus irrésistible que la nouvelle municipalité l'encourageait. Elle adhérait à l'accusation des districts et à la dénonciation que le comte de Mirabeau avait faite « au nom de l'innocence persécutée (3). »
Mirabeau était, de la part des chefs de cette municipalité, l'objet des remerciements les plus chaleureux : « L'amour » de la patrie , » lui disaient-ils en terminant , « fut tou- » jours une vertu héréditaire dans votre famille. Vous avez » les talents et le zèle de l'orateur romain ; il fut le patron » et le défenseur de cette ville; vous le serez comme » lui (4). »
Forte d'un tel appui, la municipalité prit une mesure
(1) Archives nationales, DXXIX, 57 : extrait dos registres des délibérations du district n* 4; séance du 18 février 1790, adhésions des différonts districts.
(2) Archives nationales, DXXIX , 57 : M. Méjan de la Boissière aux députés de TAssomblée nationale (9 février 1790) : a On vous trompe indigne- » ment, Messieurs, lorsqu'on vous annonce que tous les citoyens réclament
• contre la justice du prévôt. Quelques factieux, intéressés à avilir le mii nistére de la justice, ennemis do toute autorité légitime, réclament, sans
• doute, l'abolition de ce tribunal; mais la saine, la plus grande partie des
• citoyens, vote pour sa conservation, et j'ose dire donc que, ce tribunal » anéanti, la perte de Marseille reste inévitable. »
(3) Archives municipales de Marseille, registre de correspondance (lettres écrites), commencé le 8 septembre 1789 : à nos soigneurs do l'Assemblée nationale, pp. 118 et 119. — Archives nationales, DXXIX, 57 : adresse du conseil général de la commune de Marseille aux membres de l'Assemblée nationale.
(4) Archives municipales de Marseille, registre des lettres écrites, commencé le 8 septembre 1789 : à M. le comte de Mirabeau (19 février 17i)0), p. 124.
qui ressemblait à un empiétement d'attributions. Elle ordonna à MM. Achard, médecin, et Brémond fils, chirurgien, de visiter les prisonniers et de rédiger un rapport sur les résultats de cette visite. Ce rapport lui fut présenté le 15 février 1790 (1). M. de Bournissac en fit dresser un autre par le médecin du roi et le chirurgien-major qui avaient jusqu'alors soigné ces prisonniers. Leurs assertions démentirent celles de MM. Achard et Brémond sur les points les plus essentiels (2).
Dans la même lettre où il opposait ces deux rapports l'un à l'autre, M. de Bournissac annonçait à TAssemblée nationale qu'il venait de recevoir une députation des officiers municipaux. Après la lecture d'une délibération prise la veille , à l'Hôtel de ville , cette députation lui avait demandé la remise des prisonniers et de la procédure.
Bien loin de déférer à cette sommation, M. de Bournissac ordonna que très expresses inhibitions et défenses seraient faites à tous corps, communautés et à tous les particuliers quelconques de s'immiscer, directement ou indirectement, dans la connaissance des matières qui lui étaient exclusivement attribuées, à peine d'être poursuivis extraordinairement comme perturbateurs du repos public (3).
Cette ordonnance fut aussitôt envoyée à l'imprimerie de Brébion. Les officiers municipaux, assure M. de Bournissac, contraignirent l'imprimeur à leur en remettre un exemplaire. Ils ne gardèrent pas le secret pour eux; cent cinquante citoyens actifs le partagèrent bientôt. Sur leur demande, les districts furent convoqués à son de trompe dans tous les coins et carrefours de la ville. Ils se rassemblèrent l'après-midi du 22 février. Un nombre relativement peu considérable de citoyens répondit à la convo-
(1) Lourde, Histoire de /a Révolution à Marseille et en Provence^ t. I, pièces justiâcativcs, p. 406 et suiv.
(2) Archives nationales, DXXIX, 57 : Bournissac aux députés de TAssemblée nationale (20 février 1790).
(3) Archives nationales, DXXIX, 57 : Bournissac aux députés de TAssemblée nationale (20 février 1790).