‹ Mirabeau et la Provence (volume 3)Chapitre 26 sur 48 · M. DB BOURNISSAG ET LA JUSTICE PRÉYOTALB A MARSEILLE · texte numérisé non relu

M. DB BOURNISSAG ET LA JUSTICE PRÉYOTALB A MARSEILLE

cation. Il y en eut deux cent quarante-trois au huitième district, cent quarante-huit au troisième, cent quarantecinq au vingt et unième, cent trente au quatorzième, quatre-vingt-trois au vingt-troisième, soixante-cinq au quinzième, etc. Les résolutions votées ne furent que plus empreintes d'énergie et même de violence.

Considérant que cette ordonnance ne tendait à rien moins qu'à exciter Teffervescence dans les esprits , qu'elle était fort injurieuse pour tous les citoyens et pour leur administration communale, le huitième district décida unanimement de demander à la muninicipalité qu'elle voulût bien :

1* Mettre sous sa sauvegarde les citoyens menacés par le tribunal prévôtal;

2* Défendre au prévôt de faire placarder l'ordonnance en question ;

3** Requérir main-forte de la garde nationale et, au besoin de la troupe de ligne ;

4" Adresser à la Constituante un extrait de la délibération qu'elle prendrait, sur le vœu des citoyens, et qui serait jointe au dossier du prévôt, comme nouvelle pièce à charge ;

5® Instituer un Comité de recherches, pour rassembler les preuves nécessaires à la condamnation des auteurs, fauteurs et complices de tous les délits qui tendent à altérer la tranquillité publique (1).

Les autres districts reproduisirent dans leur vote celui que nous venons d'analyser et qui semble leur avoir servi de modèle. Quelques-uns allèrent plus loin dans le sens de la rigueur. Le neuvième fut d'avis qu'un conseil général de la commune, rassemblé expressément pour cet objet, privât de tous les droits de citoyens actifs, comme infâmes et traîtres à la patrie, ceux qui imprimeraient,

(1) Archives nationales, DXXIX, 57 : extrait des registres des délibérations dn 8^ district.

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vendraient, afficheraient, distribueraient quelques jugements du prévôt général ou prêteraient main-forte à l'exécution de ses décrets (1). Plus violent encore, le treizième district déclara à Tunanimité, sur la proposition d*an de ses membres, Bournissac traître à la nation et indigne de la charge qui lui avait été donnée (2).

Effrayé de ce soulèvement de l'opinion populaire, le grand prévôt écrivit aux officiers de la sénéchaussée de Marseille qu'il serait imprudent de publier l'ordonnance (3). Le môme jour, c'est-à-dire le 23 février, il prit une résolution plus grave encore. Il ne lui était plus possible de tenir ses audiences. Les prisonniers, dont quelques-uns étaient les collègues des membres de la municipalité, devenaient de plus en plus insolents. Les deux forts ne retentissaient que de leurs jactances; trois d'entre eux insultaient gravement deux cavaliers de la maréchaussée (4). Le grand prévôt crut devoir fermer son tribunal (5); mais il n'eu conservait pas moins son mandat. L'arrêt de l'Assemblée nationale sur ses procédures n'était pas encore prononcé. Il fallait obtenir sa condamnation ou tout au moins un décret qui le dépouillât de sa juridiction et le renvoyât devant le Châtelet comme prévenu du crime de lèse-nation.

Atteindre ce double résultat était l'un des objets de U mission confiée à deux délégués de la municipalité, qui s'acheminaient en ce moment même sur Paris : MM. Blanc et l'abbé de Beausset.

Leur voyage ne fut pas exempt de traverses. Un de leurs essieux se rompit à Orgon ; ils durent y rester quatre ou cinq

(1) Archives nationales, DXXIX, 57 : extrait des registres des délibérations du 9* district.

(2) /d., ibid, : extrait du registre des délibérations du 13* district.

(3) Ifi.y ibid. : lettre do Bournissac aux officiers de la sénéchaussée de Marseille.

(4) Archives nationales, DXXIX, 57 : lettre de M. de Doumissac, du 22 février 1790, peut-être aux députés de la sénéchaussée de Marseille.

(5) Id,, ibid. — Les membres du tribunal prév6tal sarsooiant à leurs fonctions (23 février).

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heures pour la réparation de cet accident. A Montélimar, tous leurs bagages furent noyés par une pluie battante. Après une halte à Lyon, ils arrivèrent à Paris, le 27 février, à huit heures et demie du soir. Le lendemain matin, ils allèrent à TAssemblée nationale où ils entendirent le prince de Broglie, Dubois de Crancé et l'abbé Maury (1). La discussion, qui roulait sur la constitution militaire, paraît ne les avoir que médiocrement divertis. Ils s'amusèrent des soupirs de Tabbé Maury, dont le procès-verbal n'a d'ailleurs conservé aucune trace, et qui n'étaient guère dans la note de cet orateur plein de fougue et d'entrain (2). S'ils étaient arrivés au commencement de la séance, ils seraient tombés sur un sujet qui les aurait bien autrement intéressés ; ils auraient entendu M. de Bournissac malmené par Durand de Maillane (3), député du tiers état de la sénéchaussée d'Arles, et rapporteur de l'affaire des Baux.

Cette affaire, que Durand de Maillane avait, dès le 2 février dénoncée aux sévérités de l'Assemblée et sur laquelle il venait de répandre les lumières diffuses d'un rapport verbeux, avait fourni aux révolutionnaires un nouveau grief contre M. de Bournissac.

La commune des Baux se composait de la ville de ce nom qui, perchée sur son rocher, n'était plus guère qu'un souvenir, et des trois villages fort habités de Mouriés, de Maussane et de Paradon. Jusqu'au terrible hiver de 1789, meurtrier pour ses oliviers, elle avait joui d'une grande prospérité matérielle. L'huile qu'on y récoltait produisait annuellement plus d'un million, et l'on n'y connaissait pas un seul pauvre. L'instruction du peuple n'était pas négligée. La commune payait plusieurs maîtres d'école.

(1) La lettre des commissaires, copiée sur les registres municipaux, porte l'abbé Morie, Cette erreur ne saurait être de leur fait.

(2) Archives municipales de Marseille, registre des lettres reçues, commancé le 10 février, et fini le 9 septembre 1790 : lettre de MM. les députés de la commune de Marseille (1*' mars 1790), p. 19. — Archives p&rlemen^ Uirea, t. XI, pp. 732-742.

0) Archivée ptirUfnenUireêy U XI, p. 732.

Un des propriétaires les plus considérables était M. Le Blanc de Servane. L'arrière-fief dont il portait le nom valait 100,000 écus.

Fils d'un ancien conseiller au Parlement d'Aix, il avait lui-même siégé pendant quelques années à ce titre dans cette cour souveraine, mais pour répéter sa propre expression, les aristo-robinocrates le considéraient comme un faux frère, parce qu'il était de cette faible minorité de gentilshommes qui avaient désiré la révolution.

Non content de l'appeler de ses vœux, il voulut raccomplir lui-même dans sa commune des Baux; il y réussit en partie.

A la tête d'une assemblée de tous les pères de famille, convoqués sur son initiative le 26 décembre 1789, il fit suspendre le premier consul Pierre Aymé, exercer une perquisition dans tous les papiers du sieur Manson, agent du seigneur, le prince de Monaco, enfin nommer un conseil permanent de trente-six membres chargés , avec le second consul Pierre Bassac, de remplacer une administration municipale étroitement aristocratique.

Bassac n'était qu'un pauvre homme, un ménager timide, quelque peu grotesque. Tout le pouvoir fut dés lors en réalité aux mains de M. de Servane; mais M. de Caraman ne soufi'rit pas qu'il en jouit longtemps.

Le 22 janvier 1790, à l'instigation de ce commandant, M. de Bournissac lança des décrets de prise de corps contre M. de Servane, son fils et ses amis.

Le 24 , à trois heures et demie du matin , sa maison de campagne fut investie par des cavaliers de la maréchaussée, des dragons et des gardes nationaux d'Arles. Luimême surpris n'eut que le temps de s'enfermer dans un réduit. M. Bonnaud, sous-lieutenant de la maréchaussée à Salon, qui avait été chargé de sa capture, se mit à sa recherche, malgré les prières de sa fille et les emportements de M"*' de Servane. Il allait découvrir et forcer sa retraite, lorsqu'un bruit de clefs jouant dans des serrures se fit en-

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