‹ Mirabeau et la Provence (volume 3)Chapitre 27 sur 48 · M. DB BOURNISSAC ET LA JUSTICE PRÉVOTALE A MARSEILLE · texte numérisé non relu

M. DB BOURNISSAC ET LA JUSTICE PRÉVOTALE A MARSEILLE

tendre. M. de Servane se livrait. M. Bonnaud Tarrêta avec beaucoup d'égards et de courtoisie.

Quelques heures plus tard, M. de Servane partait dans sa voiture pour Salon avec son fils. Tous deux étaient prisonniers. Une forte escorte les accompagnait.

Au bout de peu de jours, et après une évasion déloyale qui ne rendit à M. de Servane qu'une liberté précaire, ils se retrouvèrent dans les prisons du fort Saint-Jean (1).

Cette arrestation ne put qu'augmenter l'irritation du comité des rapports contre M. de Bournissac.

Le Comité était des mieux disposés pour Marseille. M. Brevet de Beaujour (2), qu'il avait chargé du nouveau rapport, ne le différait que pour le présenter sous un jour absolument favorable à cette ville (3).

Comme s'il eût pressenti cette intention , l'abbé Maury s'alarmait de ce délai. Le samedi matin, 6 mars, il dit à l'Assemblée : « A peine m'a-t-on donné trois à quatre » jours pour faire mon rapport sur l'affaire de Marseille » et voilà six semaines que les nouveaux rapporteurs » en sont saisis, sans que l'on sache encore les résul- » tats de leur travail. Cependant l'on ne peut se dis- » simuler que cette affaire exige la plus grande célérité. » Marseille ne jouit pas, à beaucoup près, du calme; les » esprits fermentent : une insurrection est à craindre ;

(1) Archives nationales, papiers du comité des rapports, DXXIX, 46 : adresse à M. le président de l'Assomblée nationale, en réponse au libelle du sieur de Servane contre le lieutenant de la maréchaussée de Salon, chargé de faire sa capture. DXXIX, 54 : mémoire imprimé, suivi de pièces justificatives, par Jean-Baptiste Le Blanc de Servane ; deuxième adresse à TAssemblée nationale, par Le Blanc de Servane. F^, 3197 : relation du sieur Bonnaud, sous-lieutenant de la sénéchaussée de Provence , envoyé à M. le prévôt générai de Provence. DXXIX, 57 : M. de Bournissac au garde des sceaux (6 février 1790). — Archives parlementaires , t. XI, p. 753 et suiv. : rapport en défense dans la cause du peuple des Baux, en Provence, contre le prévôt général de la maréchaussée de cette province , par M. Durand.de Uaillane, député d'Arles.

(2) Député du tiers état pour la sénéchaussée d'Anjou.

(3) Archives municipales de Marseille, registre des lettres reçues, commencé le 10 février 1790 : lettre de M. Blanc (4 mars 1790), p. 41.

» peut-être même est-elle sur le point d'éclater, du moins » si j*en crois les nouvelles que j'ai reçues de cette ville. »

Il conclut en demandant à la Constituante de vouloir bien fixer un jour pour la lecture de ce rapport trop longtemps attendu (1).

L'Assemblée n'accueillit pas cette demande; mais le soir même, M. Brevet de Beaujour monta à la tribune, son manuscrit à la main et se mit à le lire.

MM. de Beausset et Blanc avaient été pour lui d'actifs collaborateurs; ils se vantaient aussi d'avoir modifié l'opinion de Mirabeau qui ne trouvait plus, croyaient-ils, la peine du renvoi au Châtelet trop forte ; malheureusement, ils acquéraient de plus en plus la certitude qu'il y avait dans cette affaire un grand dessous de cartes et chez les protecteurs puissants de M. de Bournissac l'arrière-pensée machiavélique de pousser Marseille à la révolte (2). Pourtant la lecture du nouveau rapport eut lieu au milieu d'une grande tranquillité. Elle dura de sept à onze heures du soir. <c Jamais, » écrivent les députés, « séance plus calme » et plus intéressante. L'abbé Maury voulut interrompre » le rapporteur , il fut rappelé à l'ordre par un cri univer- » sel (3). » Les conclusions du rapport reproduisaient les deux articles du décret du 8 décembre avec de légères variantes qui constituaient une aggravation : les dénonciations des districts et du conseil général de la conmiune de Marseille étaient jointes au dossier du grand prévôt, qui continuait d'être déféré au procureur du roi du Châtelet (4).

L'heure trop avancée ne permit pas d'aborder immédia-

(1) Le Hodejr de Saultchevreuil , Journal des EUts géniraux, etc., t. IX. ■éance du 6 mars, matin, p. 161.

(2) Archives municipales de Marseille, registre des lettres reçues, commencé le 10 février 1790 : lettre des députés de la commune (4 mars 1790), pp. 31-32.

(3) Archives municipales de Marseille, registre des lettres reçues» commencé le 10 février 1790 : lettre de MM. Blanc et de Beausset (9 mars 1790), p. 39.

(4) Archives parlementaires ^ t. XII, p. 62.

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