MIRABBAU ET LE HAUT COMMERCE DE MARSEILLE
devant la crainte d'irriter les grands négociants de Marseille.
Six ou sept mois plus tard, il mérita leur reconnaissance et leur admiration.
C'était dans TafFaire des retours de Tlnde.
Le 3 avril 1790, la Constituante avait décrété que le commerce au delà du cap de Bonne-Espérance serait libre à tous les Français. Le 28 juin, par l'organe de M. Fontenay, deux de ses comités (1) lui proposèrent de décider que les retours de Tlnde continueraient d'être faits exclusivement au port de Lorient. Ils jugeaient impossible d'assurer, par un autre moyen, la perception des droits qui c< étaient, » disaient-ils, « la sauvegarde de nos manufac- » tures (2). »
Les députés de la chambre de commerce de Marseille à Paris, MM. Salles, Laflèche, Rostagny avaient pressenti ce projet de décret et écrit à leurs commettants les difiBcultés comme les oppositions que rencontrait la cause de leur ville; mais ils ne désespéraient pas. Ces difiBcultés mêmes n'avaient fait qu'exciter leur zèle; puis ils n'ignoraient pas qu'ils auraient un puissant appui. « Le comte de Mirabeau, » disaient-ils « montera à la tribune pour défendre tous vos » intérêts, il les défendra bien. Vous savez qu'il n'a qu'à » vouloir pour bien faire et faire le bien. Ses talents, ses » connaissances et surtout son amour de la gloire nous » assurent une défense solide et brillante. Il est incommodé » dans ce moment (10 juin 1790) ; on devait rapporter l'afiTaire » de rinde la semaine dernière ; nous avons eu le crédit » de faire renvoyer ce rapport (3). »
« Nous comptons sur M. de Mirabeau » répondaient la chambre de commerce et le comité de correspondance
(1) Le comité d'agriculture et de commerce et celui des impositions.
(2) Archives parlementaires^ t. XVI, p. 543.
(3) Archives de la chambre de commerce, correspondance, série BB, art. 127 : MM. Balles, La Flèche et Rostagnj à MM. les maire et députés du commerce de Marseille.
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Mirabeaa ne trompa point cette attente. Dans on disccKns écrit, 3«Gt manier les principes et les dits économiques avec ane dextérité magistrale qui firappa TÎremeat ses aoditeurs. Il fît ressortir la contradiction qne présentaient la loi da 3 avril et ie projet de décret du 28 juin.
<r Qoet est le sens de cette loi? n demandait-il. c On elle » est inintelligible, sans objet, sans ^plication, on elle as^ j» snre la liberté du commerce de l'Inde à tons les ports » da royaume, comme elle Ta rendue à tous les Français.
» Je ne conçois pas comment on a propose d'assujettir » les commerçants de l'Inde à faire leurs retours dans un » port plat/jt qae dans un autre. Les mots gène et liberté ■0 ne sont synonymes dans aucune langue. Ce n^est pas » après avoir aboli des privilèges que la loi pourrait créer
• des privilégiés. »
Privilèges et prohibitions sont également condamnés par Mirabeau. « Laissez faire, laissez passer, voilà en deux j» mots tout le commerce, » dit-il en se souvenant de M. de Goumay.
Au nom de ce principe, il réclame pour Marseille le droit, non exclusif, de recevoir les vaisseaux revenant des Indes
(f) Let membres de ce comité étaient an nombre de donxe, savoir : MM. Jean-Loais Rolland, Samatan Faîne, Ange Rambot. Antoine PatoC^ 6imon rainé, Albonj, Heymandy , Vcnce, Cbaries SfUes, Jean François, Ronstan, Bailler. Us avaient été nommés pour snÎTre la correspondance avec les députés extraordinaires anprès de l'Assemblée nationale, élns par la généralité des négociants de Marseille. Le 21 mai 1790, avec Tantorisation dn ministre de la marine. M. de La Lnzcme, la chambre de commerce s'adjoignit ee comité (archives de la chambre de commerce, registre de lettres, commencé le 13 novembre 1789 et fini le 28 septembre 1790, BB, art 71, f 63-4 et 74).
(2) Archives de la chambre de commerce de Marseille, correspondance, série BB, art. 71, f^ 95 : à MM. les députés extraordinaires (28 juin 1790).