MIRABBAU BT LE HAUT COMMERCE DE MARSEILLE
et d'entreposer les marchandises rapportées par ces vaisseaux pour les envoyer ensuite à Constantinople et dans toutes les échelles du Levant.
C'est là un grand commerce que le monopole de la compagnie des Indes a empêché de naitre ; la liberté peut et doit le fonder. Marseille en est le centre d'impulsion tout indiqué (1).
Ce discours, dont nous ne donnons ici qu'un rapide crayon, suffirait à prouver qu'il faut accepter avec réserve les assertions de Dumont sur la trop hâtive préparation de Mirabeau (2).
Celui-ci creusa son sujet et, avant de prononcer son savant discours^ comme l'appelait le capitaine d'infanterie Godard qui avait vécu dans l'Inde et commandé dans les armées des princes Hindous (3), il voulut en essayer l'effet sur un tout petit comité. Le 17 juin il le lut chez lui à MM. Salles, Laflèche, Rostagny qui le jugèrent très fort et marqué à l'empreinte de son génie (4). A la tribune, le 28 juin, il fit une sensation profonde; la Constituante en ordonna l'impression (5).
Ce fut une grande journée oratoire ; ce ne fut pas une victoire matérielle. Mirabeau ne put ni surmonter les jalousies dont Marseille était l'objet (6), ni l'emporter sur la coalition qui s'était formée contre elle entre la Bretagne et la Normandie, très influentes dans l'Assemblée (7). La liberté
(1) Archives parlementaires y t. XVI, pp. 553, 557-8.
(2) Souvenirs de Mirabeau^ par Etienne Dumont, de Genève, pp. 140-1.
(3) Papiers de M. Lucas de Montigny : lettre de M. Godard , capitaine d*infanterie (1" juillet 1790), communiquée par M. G. de Loménie.
(4) Archives de la chambre de commerce de Marseille, correspondance, série B6 , art. 127 : MM. Balles, Laflèche et Rostagny à MM. les maire et députés (jln commerce de Marseille (18 juin 1790).
(5) Id., ibid., BB , art. 127 : MM. Rostagny et Laflèche à MM. les maire et députés du commerce de Marseille.
(6) Archives municipales de Marseille, registre des lettres reçues du 9 février au 10 septembre 1790 : lettre de M. de Sinéty (16 juillet 1790), p. 215 : « Marseille a bien des jaloux. »
(7) Archives de la chambre de commerce de Marseille , correspondance,
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fut refusée aux retours de Vlnde. Toulon pour la Méditerranée dut en partager le privilège avec Lorient pour rOcéan (1).
Malgré cette demi-défaite, la chambre de commerce et le comité de correspondance adressèrent à Mirabeau de chaleureux remerciements et d'élogieuses félicitations en rassurant <c que leurs sentiments de reconnaissance étaient » bien mieux gravés dans leur cœur que tracés dans leurs » expressions (2). »
Cette reconnaissance, mêlée d'admiration, fut mise à une assez forte épreuve, lorsque, du 27 août au 29 septembre 1790, la Constituante délibéra sur une seconde émission d'assignats.
Le décret du 19 décembre 1789 en avait déjà créé quatre cent millions (3). Mirabeau en réclamait seize cent millions de plus pour assurer le remboursement de la dette arriérée, de la dette exigible et de la finance des charges supprimées (4).
Le débat ne se renferma pas dans l'Assemblée ; de hardis spéculateurs s'appliquèrent à organiser dans toute la France une véritable agitation en faveur du plan de Mirabeau. A Paris, servis par des motionnaires ambulants, des écrivains et des crieurs publics qui, au dire de Malouet, marquaient au sceau de la réprobation les adversaires des assignats (5), ils réussirent si bien que toutes les sections se prononcèrent pour cette forte émission (6). Le peuple de cette grande ville où la sagesse et le bon sens n'étaient pas à l'ordre du
série DB, art. 127 : de M. Rostagny à MM. les maire et députés du commerce (19 juiUot 1790).
(1) Idem^ registre de lettres, commencé le 13 novembre 1789 et fini le 28 septembre 1790 : B6, art. 71 : à M. de Sinéty, pp. 123-24.
(2) /d., ibid, : lettre à M. Riquetti Tainé, pp. 131-132.
(3) René Stourm, Les finances de l'ancien régime et de la Révolution, t. II, p. 268.
(4) Archives parlementaires, t. XVIII, pp. 360 et 364. Séance du 27 août 1790.
(5) Idem, t. XIX, p. 684.
(6) The despatches of Earl Gowery p. 34.