‹ Mirabeau et la Provence (volume 3)Chapitre 9 sur 48 · M. OE BOURNISSAC BT LA JUSTICE PRÉVOTALE A MARSEILLE · texte numérisé non relu

M. OE BOURNISSAC BT LA JUSTICE PRÉVOTALE A MARSEILLE

dente, elle avait estimé que 4,000 francs suffiraient ; mais elle jugeait que la situation s'était fort aggravée, et que ce ne serait pas assez de doubler le don de sa charité pour prévenir les malheurs que l'oisiveté ou les privations pourraient occasionner (1).

Cette crise économique n'était pas particulière à Marseille; elle tenait à une cause générale qui, dans cette ville, se renforçait d'une cause locale. Marseille souffrait, parce qu'on ne l'administrait pas ou qu'on l'administrait mal.

Ses autorités municipales étaient dans le plus grand désarroi.

Privés, depuis l'émeute du 23 mars, des ressources ordinaires de leur budget qui n'avaient pu être remplacées, contraints d'emprunter le crédit de la chambre de commerce (2), réduits à trois par la retraite de l'assesseur, par la démission du maire, M. de Gaillard, çt par celle de M. La Flèche (3) , les échevins étaient surchargés de besogne et pliaient sous le poids de leur responsabilité.

Le 25 novembre, des élections exceptionnelles leur donnèrent pour successeurs provisoires, jusqu'à l'établissement des nouvelles municipalités, MM. Nicolas Gimon, Basile Sa-

li) Archives de la chambre de commerce de Marseille, BB, art. 71 : lettre à M. le comte de la Luzerne (24 décembre 1789). f* 19.

(2) O. Teissier, Inventaire des archives de la chambre de commerce de Marseille j p. 72. — Archives de la chambre de commerce, correspondance administrative, BB, art. 71 (1789-90) : les échevins et députés du commerce à M. de la Luzerne (20 novembre 1789), f» 5. a Contrairement à l'attente de la > chambre de commerce, les 120,000 fr. qu'elle avait avancés à la communauté » avec l'autorisation ministérielle n'ont pas suffi. Les difficultés d'établir B un mode d'imposition convenable dans une ville, dont la population est » aussi étendue et qui renferme tant de citoyens différents, n'ont pu per- » mettre de convenir d'un objet aussi intéressant. Cependant, les dépenses, ■ dont la communauté est chargée, devant être pareillement acquittées, » elle s'est trouvée dans la nécessité, en attendant, de prendre une délibé- • ration, dans le dernier conseil, pour demander à la chambre d'ouvrir un i emprunt de 600,000 livres. »

(3) Archives municipales de Marseille, registre des lettres écrites, commencé le 8 septembre 1790, et terminé le 4 juin 1790 : lettres à M. de Saint- Pricst (25 septembre), p. 18; au même (10 octobre 1789), p. 31. Registre des lettres reçues, commencé le 17 juillet 1789 : lettre du comte de Caraman (9 août 1789), p. 21.

matan, Etienne Martin et Merle, tous négociants (1). Le 5 décembre, le roi décida que Tinstallation de ces magistrats serait immédiate. Ils deviendraient aussitôt les collaborateurs des anciens échevins qui, de leur côté, s'engageraient à continuer leurs fonctions jusqu'au 31 décembre; mais, en réalité, ils ne parurent que rarement à l'Hôtel de ville et laissèrent tout le faix de l'administration peser sur MM. Thulis, Durand et Verdilhon (2). Menacés, injuriés, calomniés , ces derniers tremblaient pour leur vie aux dépens de laquelle ils ne se souciaient pas d'acquérir de la gloire (3). Ils n'osaient se rendre à l'Hôtel de ville que sous l'escorte d'un détachement de dragons (4).

Sans cesse sur le qui-vive, ils avaient l'oreille tendue à tous les bruits alarmants. Le 22 août, on les informait que la bourse devait être attaquée, à deux heures, par les brigands (5). C'était une fausse alerte. Les compagnons du devoir leur donnèrent longtemps le cauchemar. Ils les voyaient conspirant tantôt dans une maison au delà de la porte de Rome, tantôt dans le bois de la Reillane où l'on avait aperçu des feux de distance en distance, même des fusées. Ils en venaient à craindre qu'il n'y eût des canons cachés au fond d'une guinguette sous des sarments et des amas de broussailles (6).

Rendus plus rigoureux par leur anxiété et par le sentiment de leur faiblesse, ils avaient, au lendemain du

(1) Archives municipales de Marseille , 190* registre des délibérations du corps municipal, ^ 267.

(2) Id„ registre des lettres écrites, commencé le 8 septembre, etc. : lettre du 27 décembre 1789 à M. d'André, p. 84.

(3) /d., registre des lettres écrites, etc. : lettre à M. de Saint -Priest (M novembre 1789), p. 50.

(4) Id.y ibid. : lettres à MM. Necker, de Saint-Priest, de Beauvau, aux députés des trois ordres, p. 265; à M. le chevalier de Damas (24 août 1789), p. 266.

(5) /(/., ibid. : à M. le comte de Caraman (22 août), p. 261.

(6) Archives municipales de Marseille, registre des lettres écrites, commencé le 11 février 1789 : à M. de Caraman (3 septembre), et au même, sans date, pp. 275 et 280. Registre commencé le 8 septembre 1789 : à M. de Caraman (2 novembre), p. 46.

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