CHAPITRE III
Le rétablissement des Etats n'avait cessé d'être réclamé par le Parlement d'Aix et la noblesse de Provence.
Cette noblesse, qui pouvait toujours se réunir à part, mit plus d'instance dans ses réclamations lorsque, avec Galonné et Loménie de Brienne, le ministère proposa et fît accepter aux notables l'institution des Assemblées provinciales. Elle ne cachait pas d'ailleurs que ce rétablissement lui importait surtout au moment où la contribution territoriale, sur le point d'être envoyée à l'enregistrement des cours souveraines, l'alarmait sur ses immunités pécuniaires.
Le 3 juin 1787, elle tint à Aix une Assemblée générale où elle prit des mesures extraordinaires pour hâter le succès de sa demande (1).
Appelés comme notables à Versailles, le premier président du Parlement de Provence, M. des Galois de La Tour, le procureur général M. de Castillon et Tarchevêque d'Aix, M. de Boisgelin, avaient déjà bien préparé le terrain (2).
Lorsque, le 9 juillet, les syndics et députés de la noblesse se présentèrent à la Cour, conduits par le gouver-
(1) Archives départementales, C, 111, délibérations du corps de la noblesse de Provence, f°' 147 et 148.
(2) Id., ibid., f 196. — Fauris de Saint-Vinccns, Journal, pp. 456, 534, 535
neur de la province le maréchal prince de Beauvau, leur requête fut favorablement accueillie ; seulement le ministère désirait, avant lo rétablissement des Etats, une entente préalable entre les trois ordres (i).
Cette entente rencontrait de graves difïïcultés.
A peine de retour en Provence, pour obéir aux instructions du ministère et se rendre en même temps aux sollicitations du Parlement et des syndics de la noblesse, M. de La Tour avait réuni chez lui, le 2 juillet, ces syndics, tous les présidents à mortier et le procureur général de cette Cour souveraine, le premier président de la Chambre des comptes , les procureurs du pays , les six derniers assesseurs (2) et celui qui était en exercice.
M. Fauris de Saint-Vincens affirme que les procureurs du pays et les assesseurs accueillirent avec froideur ce projet de rétablissement. — Avant d'y donner leur assentiment, ils demandèrent : 1° que la noblesse s'engageât à supporter sa part des impôts sur les chemins et pour les enfants trouvés ; 2'' qu'elle exposât dans un mémoire la manière dont elle entendait que les Etats fussent à l'avenir composés (3).
S'ils devaient reparaître tels qu'ils étaient en 1639, le Tiers n'avait guère lieu d'en désirer le retour.
Il ne compterait dans cette Assemblée que cinquante-six représentants, tous chefs de municipalités, envoyés par trente-six villes et par une vingtaine de vigueries (4) ou
(1) Arcliives départementales, C, 111, f° 157.
(2) Six, d'après Fauris de Saint-Vincens, p. 465; — cinq d'après les délibérations du corps de la noblesse.
(3) Fauris de Saint-Vincens, Journal, pp. 465-6.
(4) Les vigueries avaient été, à l'origine, des ressorts judiciaires officiellement confondus avec les bailliages (a); mais elles n'étaient plus que des
(a) Procès-verbal do l'assemblée fie nos seigneurs les Etats du pays et comté de Provence convoqué» à la vilUî d'Aix, le 30 déocmbrc 1787: rapport do l'évèquo do Sistcron , 22 janvier 1788, p. I4G : « Les ancions Etats, convaincus d'une maxime fondamentale qu'il était nécessaire que toutes les parties du pays de Provence eussent part à ses délibérations, avaient statué, dés l'année 1440, qu'à la convocation des Etats serait appelé un député do chaque haiUiage ou viguerie. » — Vicomte de Géran , Notice sur les sénéchaussées de Provence, —
24 MinADEAU ET LA PnOVENCE.
arrondissements (^lentoraiix ot administratifs comprenant un nouihro plus ou moins -iraud d(! coinnumaiilés. Aucun do ces dé|)ulrs lu- sciait rlu dircclcuicnl par ses concitoyens (l).
Ensemble ils ne formeraient qu'une impuissante minorité en face des hauts dij^Miilaires eccicsiastiipies et des gentilshommes possédant fiefs. Les premiers , évéques, abbés, connnandeurs de Malle, siégeaient dans les Etats, à l'exclusion du clergé inférieur; les seconds avaient tous un droit personnel d'y entrer. En 1787, ces gentilshommes n'étaient pas moins de trois cents. Avec le vote par tête, de tradition dans les Etats de Provence, on voit l'écrasante supériorité numérique qu'ils allaient avoir, si la composition de ces Etats ne subissait pas une profonde réforme (2).
Les syndics de la noblesse répondirent, avec les membres présents du Parlement, que leur ordre ne se refusait
groupes de communautés comprises dans une certaine circonscription et appelées à remplir ensemble, avec une autonomie plus apparente que réelle, quelques fonctions d'ordre administratif et financier (a). En vertu de leur constitution, modelée sur celle de la Provence, elles avaient chaque année une assemblée où elles délibéraient sur les réparations et la construction de chemins d'une catégorie déterminée, et votaient les articles peu variés d'un budget affecté soit à ces travaux de voirie, soit aux gratifications pour encourager la destruction des loups, et aux gages du trésorier et du grcfTier (b). — Pour l'explication du nombre et de la répartition des députés du tiers entre les villes et les vigueries, voir plus loin p. 30, texte et notes.
(1) De Coriolis, Dissei-tation sur les Etats de Provence, pp. 58 et 83. — Archives municipales d'Aix , armoire des délibérations du Conseil, registre 22, p. IS'2. lettre des procureurs du pays à MM. Necker et Villedeuil (20 décembre 1788).
(2) De Coriolis, Dissertation sur les Etals de Provence p. 31. Archives parlementaires, t. VI, p. 326 (cahier de La Giotat).
Julien. Nouveau commentaire sur les Statuts de Provence, t. I, p. 57 : « Item statuimus et ordinamu3 quod quicumque a cœtero in aliqua nostra vicaria, seu bajula eril judex , val ofScialis, eodem tempore non possit esse judex, vel officialis alicujus baronis in dicta vicaria, seu bajulia terrain, vel jurisdictionem habenlis. ><
(a) Un mémoire de 1787 sur le projet de rétablir les anciens Etats de Provence, définit la Tigtierie. « un certain arrondissement dans lequel se trouve compris un nombre plus ou moins grand de communautés qui , dans l'origine, ressortissaient à la même juridiction et qui étaient liées entre elles pour les objets concernant leur intérêt commun. »
(6) De Coriolis, Traité, etc., t. III, p. 144-145. — Marchand, Un intendant, pp. 100, 111.
pas, en matière d'impôts, aux choses raisonnables, que les Etats seraient convoqués dans leur ancienne forme, mais que des modifications pourraient être apportées à cette forme. Ils évitèrent d'ailleurs de s'expliquer nettement, et ne voulurent pas s'eui^ager à exécuter le plan du célèbre procureur général Rippert de Monclar, pour réduire les Etats à quatre-vingt-douze membres, dont la moitié appartiendrait au troisième ordre (1).
Cette conférence eut le résultat ordinaire des conférences; elle laissa les représentants du Tiers et ceux de la noblesse encore moins prés de s'entendre qu'ils ne l'étaient auparavant ! Les nobles ne crurent pas devoir pousser la déférence pour le ministère jusqu'à renouveler une tentative de rapprochement qu'ils jugèrent inutile. Ils étaient surtout irrités contre l'assesseur en exercice (2), Pascalis, cet ouvrier de la première heure, et cette victime si malheureuse de la révolution en Provence.
Né le 6 février 1732, à Eyguières, près de Salon, il sortait d'une vieille famille originaire des Basses-Alpes, que M. de Ribbe range dans la bourgeoisie de second ordre (3). Sa mère était Catherine Amphoux ; son père , Joseph Pascalis , propriétaire et sans doute aussi négociant à Eyguières, vint s'établir dans la ville d'Aix, qui lui donna à ferme, en 1748, le piquet ou le droit sur la farine (4).
Deux oncles de Pascalis purent, mieux que cet honnête négociant, exercer de l'influence sur la direction de ses études et le développement de son esprit ; l'un était prévôt de l'église collégiale de Barjols ; l'autre, avocat à Aix. Ce dernier se nommait Jean-Baptiste. Ce fut sous son patronage que Pascalis abrita ses débuts (5).
(1) Fauris de Saint-Vincens, Journal, p. 465.
(.') Archives départementales, C, 111, délibérations, etc., f" 157 à 159.
(3) De Rii)be, Pascalis, pp. 10 et 11.
(4) Archives municipales d'Aix, armoire des contrats, registre 21, f" 1G3 et suiv.
(5) De Ribbe, Pascalis, pp. 299-300.
Î6 MinADRAr ET LA PROVENCF..
Il était fort jeune. Avant vinj^t ans, il avait subi victnrieusemont ses cprouvos de licence et preste sernuMit comme avocat au P.irlcuiciil : il se fil biiMitôl connaître au palais.
Avocat supérieur et j^rand jurisconsulte, redoutable et redouté pour la force de sa loglipie et la vigueur de sa dialectique, il était, nous dit M. de Ribbe, « peu soucieux des délicatesses do la [)brase. » 11 allait droit au fait. Sa parole, sa [»ensée étaient de l'aclion. Son extérieur, sa haute taille, ses sourcils épais, ses traits fortement accentués et empreints de majesté (1) semblaient répondre au caractère de son talent.
Nommé assesseur à la fin de 178G, il était appelé par sa charge à prendre les intérêts du tiers état.
Depuis 170'2 , cet ordre avait cessé de nommer son syndic. L'assesseur lui en tenait lieu (2).
Pascalis ne manqua pas à son devoir; il le remplit avec ce courage et celte ardeur noblement passionnée qui supposent une conscience droite et une grande âme. Il jugea imprudent et injuste de laisser rétablir les Etats sans réclamer et sans obtenir la fin du régime d'inégalité et d'exception qui faisait retomber en Provence, sur la bourgeoisie et sur le peuple, le poids le plus lourd des impôts.
Les immunités de la noblesse n'étaient pas plus grandes dans celle province que dans les autres parties de la France ; elles étaient moindres. Outre la capitalion, les vingtièmes, la taxe sur les huiles, la noblesse payait la taille pour ses terres roturières; elle en était exemple pour ses fiefs. Elle ne supportait point sa part des impôts sur les enfants trouvés et pour les chemins.
Toutes limitées qu'elles fussent, ces immunités devaient disparaître ; elles étaient condamnées par les principes primordiaux de la constitution provençale comme par ceux
(1) De Ribbe, pp. 14 et 15.
(2) De Coriolis, Dissertation sur les Etats de Provence, pp. 159 et 255.
du droit commun ; elles étaient contraires aux desseins du gouvernement actuel.
La noblesse avait pu les justifier autrefois en les représentant comme la récompense et l'indemnité du service militaire dont elle supportait les obligations. Maintenant, ce service n'était plus à sa charge ; le gouvernement le payait avec l'argent puisé dans la bourse des roturiers.
De là, pour la noblesse, le devoir de renoncer à ces privilèges qu'elle défendait comme une propriété et où le tiers état voyait une injustice. Ce devoir était plus impérieux à la veille du rétablissement des Etats de Provence. Il ne pouvait y avoir de réunion des trois ordres pour l'administration du pays si, en même temps, ces trois ordres ne concouraient pas, dans une juste proportion, au payement de toutes les charges de l'Etat (i).
Pascalis soutint ces idées dans une réunion des procureurs-nés et des procureurs-joints du pays qui s'ouvrit le
10 août et se prolongea jusqu'au 21, sans aboutir à une conclusion bien nette. Si l'assesseur ne vainquit pas, il combattit avec une rare énergie (2).
En même temps, il s'efforçait de gagner à ses vues l'archevêque d'Aix ; mais ce prélat rejetait ses principes. Il écrivait aux ministres; auprès de ces derniers, sa dialectique et son patriotisme ne purent l'emporter sur les puissantes influences, que les plus hauts dignitaires de la province mirent au service de la noblesse.
Un des syndics de cette noblesse était M. de Vintimille.
11 avait du crédit à la Cour et était lié d'amitié avec le garde des sceaux, M. de Lamoignon.
Dés la fin de juillet, il quitta ses terres de Normandie
(1) De Coriolis, Disserlalion sur les Etats de Provence, pp. 255-260. — Fauris de Saint-Vincens, Journal, etc., p. 476. Portails (mémoire manuscrit), dit aussi : « Il faut reconnaître que si l'on rend à la noblesse le concours à l'administration, elle ne peut éluder le concours aux charges. »
(2) De Ribbe, Pascalis, pp. 62-3. Procès-verbal de l'assemblée des procureurs-nés et des procureurs-joints du pays, pièce n" 12 du recueil do la Méjanes, 31323, Etats de Provence, t. I, pp. 7, 21, 41.
28 MinABEAU ET LA PnOVENCE.
pour aller sorondnr dans lotus driniirclios h Vorsiiillos los autre:? syndics el dopiilos des iiobUîS provençaux (1).
Leur succès fut au-ilessus de leurs espérances. I^o 1"' octobre 1788. Loniénie de Hrienne leur déclara que le roi accordait à la Proveiu-e le rétablissement de ses Klats. Ils seraient convoqués comme en 1G3!); ils se réformeraient, se réduiraient eux-mêmes, se donneraient des lois! Le ministère leur avait laissé le soin d'appliquer à leur <^ré le principe de la réduction sur les bases proposées par M. de Monclar, mais il tenait au principe. Sans promesse de réduction, il n'y aurait pas eu de réunion d'Etals (2).
La noblesse se résigna mieux à celte concession désormais inévitable qu'à l'agitation causée par le mémoire que Pascalis venait de publier et de répandre dans toutes les communautés (3).
Concentrant sur ce mémoire tout l'effort de la polémique qu'il soutenait avec tant de persévérance depuis quelques mois, Pascalis y combattait, au nom du droit historique de la Provence, la répartition inégale ou plutôt inique des charges publiques entre les différents ordres de ses habitants. Sur ce fond d'argumentation, peut-être un peu froid et sévère, il jetait l'expression passionnée ou tout au moins éloquente des principes nouveaux qui des écrits des publicistes venaient de passer dans les discours des ministres (4). Il semblait se souvenir de Turgot, lorsqu'il écrivait : « C'est bien le moins que quand le peuple » retranche sur ses premiers besoins et sur le pain qu'il » doit à sa famille pour fournir aux tributs publics, les » deux premiers ordres y consacrent une partie de leurs » revenus, qui ne retranche rien de leur faste (5). »
(1) Archives départementales, C, 111, f° 190.
(2) Archives départementales, C, 111, etc., f° 195.
(3) M., ibid., f 190.
(4) Etals de Provetice , recueil delà Bibliothèque Méjanes, 31323, t. I, pièce VIII*, Mémoire sur la contribution des trois ordres aux charges publiques et communes de la Provence, p. 53.
(5) Etats de Provence, recueil de la Bibliothèque Méjanes, 31323, t. I,
Trop substantiel et fort de choses pour être déclamatoire, ce mémoire provoqua une vive émotion dans les esprits. Elle s'accrut encore de toutes les ardeurs de la polémique que souleva cette publication. Pascalis et le tiers état furent en butte à de violentes apostrophes ou à d'injurieux reproches. « Vos talents, » disait-on à Pascalis, « méritent bien des égards, votre parti n'en mérite pas (1). » — Syndic de robe de la noblesse depuis 1767, anobli en 1777 (2), l'avocat Gassier refusait même ces égards personnels à l'énergique assesseur. « La nation, » écrivait-il, « doit commencer par regarder comme ennemis ceux qui » cherchent à diviser les ordres et comme novateurs dan- » gereux, pour ne rien dire de plus, ceux qui veulent dé- » truire les constitutions sous prétexte de les régénérer (3). »
Ces dissentiments affaiblissaient singulièrement dans le peuple la joie de voir renaître l'ancienne représentation de la province. Suivant le mot de Portails, il recevait ce bienfait comme il aurait souffert une injustice (4).
C'est que l'injustice était pour le tiers état; le bienfait pour les deux premiers ordres.
Aussi les hôtels aristocratiques d'Aix, raconte M. de Ribbe, « ne retentissaient plus que du bruit des fêtes. »
La noblesse triomphait ; elle voulut que la ville célébrât son triomphe.
Son désir fut servi à souhait.
L'ouverture de la session avait été fixée au 31 décembre 1787.
Le 30, sur les ordres du Parlement donnés aux consuls et communiqués par ces derniers au public, toutes les maisons d'Aix furent illuminées (5).
pièce V1II°, mémoire sur la contribution des trois ordres aux charges publiques et communes de la Provence, p. 4'J.
(1) De Ribbe, Pascalis, p. 09.
(2) Eloge de Jean-Jacques Gassier, par Juste Guigou, p. 25.
(3) De Ribbe, Pascalis, p. 70.
(4) Archives nationales, H, 1240, lettre de Portalis à Necker, 9 février 1789.
(5) Fauris de Saint-Vincens, Journal historique sur les Etats de 1187; Bibliothèque Méjanes, recueil des Etats de Provence, t. I, pièce XVI, p. 5.
30 MlllAnEAl ET LA PHOVENCE.
Conclure de celle illnniiiKilioii à un euthonsiiisine général, ne sérail peutrlre |ias un raisonneuKMil bien sur. On sait le goiU des populations méridionales pour lout ce qui est spectacle, nianifeslalioii, mise en scène. Elles jieuvent en jouir et y |»arliciper, sans que leur joie ait une source bien profonde.
Quoi qu'il en soit, le lendemain malin, les trois ordres se réunirent à l'archevèclié pour se rendre de là processionnellemenl dans l'église du collège Bourbon , l'ancien collège des J<''suiles. La nef centrale avait été ornée de riches tentures et de tapisseries.
Soixante députés du tiers ijui, en tout, ne représentaient que cinquante-si.x voix délibérantes, cent vingthuit gentilshommes possédant fiefs, parmi lesquels une trentaine de membres du Parlement ou de la Cour des comptes, dix-neuf hauts dignitaires du clergé, y prirent place; les deux nefs latérales étaient remplies de spectateurs; les dames garnissaient les tribunes (1).
Trois discours furent prononcés par le commandant , M. de Caraman, qui venait de remplacer le comte de Thiard, par M. de La Tour (2), chef suprême de la magis-
(1) Fauris de Saint-Vincens , Journal du Parlement, p. 506 à 510. — Procés-verbal (imprimé) de l'assemblée de nos seigneurs les Etals généraux du pays el com^lé de Provence à Aix , chez Gibelin-David, Emeric-David, etc., pp. 4, 345-352. — De Coriolis, Disserlalion, pp. 58 et 83; Traité, t. III, p. 130-131.
Les cinquante-six voix du tiers étaient réparties entre vingt vigueries et trente-six communautés, non compris celle d'Arles, terre adjacente, c'està-dire placée en dehors de l'économie administrative et fiscale de la Provence. La différence entre le nombre des membres de cet ordre (aj et celui des voix qui lui étaient attribuées, tenait au fait que Tarascon avait envoyé aux Etats son premier et son second consul; Arles, deux de ses consuls; Aix, son assesseur et tous ses consuls, dont le second, M. Lyon Saint-Ferréol, et le troisième M. Gérard, avaient des voix spéciales comme délègues, l'un de la viguerie d'Aix, l'autre des vallées : soit huit députés de ville ou de viguerie qui ne représentaient que quatre voix délibérantes, et réduisaient à cinquante-six le nombre de ces dernières.
(2) Le comte Portalis nous apprend que le discours de M. de La Tour
(a) La liste des membres de cet ordre comprenait soixante-deux noms ; mais deux de ces noms figuraient chacun deux fois sur la liste.
LES APPROCHES DE LA nÉVOLUTION. 31
trature de Provence, et par l'archevêque d'Aix, qui présidait les Etals. MM. de Caraman et de La Tour étaient commissaires du roi auprès de ces Etats.
M. de La Tour (Charles-Jean-Baptiste des Galois), dont le nom est déjà revenu plus d'une fois, et reviendra souvent dans la suite de cette étude, était né à Paris, le 11 mars 1715, d'une famille originaire du Forez.
Il avait vingt ans lorsqu'il arriva en Provence, à la suite de son père nommé intendant et premier président du Parlement d'Aix (1). D'abord avocat près de cette Cour, il y fut, quelques mois plus tard, le 30 juillet 1735, reçu à l'état et office de conseiller dont Sa Majesté avait bien voulu le pourvoir (2).
Les progrès de sa fortune administrative n'attendirent pas le nombre des années.
Maître des requêtes de l'Hôtel, le 7 aoiit 1738, conseiller et président au grand Conseil , 10 septembre 1739 et 18 mai 1740 (3), il Siégeait, dès le 16 novembre 1745, en qualité d'intendant de police, de justice et de finances, dans l'assemblée générale des communautés tenues à Lambesc (4).
Son père, dont la santé semble avoir été assez faible (5), s'était partiellement déchargé sur lui d'une tâche que la guerre et l'invasion étrangère allaient rendre plus difficile et plus laborieuse.
Les périls de la Provence furent pour cet intendant de
avait été composé par son père, l'illustre avocat. — Extraits des Mémoires de M. le comte Porlalis (Séances et travaux de l'Acadéynie des sciences m.orules et politiques, t. XLVIII, p. 370).
(1) M. de La Tour, son père, fut reçu premier président le 23 mai 1735 (manuscrit de la Méjanes , registre des délibérations du Parlement, n" 957, f 375).
('2) Manuscrit de la Méjanes, registre des délibérations du Parlement, n<'957, f 379.
(3) Marin de Carranrais, Notice sur l'intendance de Provence, p. 61.
(4) Abrégé imprimé du Cahier des délibérations de l'Assemblée générale convoquée à Lambesc, le 10 novembre lliô, p. 374.
(b) Journal du marquis d'Argenson, t. I, p. 130,
32 MIUMIKAI KT l..\ l'IlOVl'S'CIÎ.
trente ans ;\ peine une occasion de déployer son activité et ses talents.
Son mérite le servit moins que le yrand étal de maison tenu par sa mère, et la honne ^n'ftce élégante de l'accueil fait par elle aux |ilus puissants seigneurs d(( la cour, lors (le leur passage dans la capitale de la Provence. Le jjmne administrateur s'était aussi ménagé de hautes relations dans le monde parhunenlaire ; il avait épousé une demoiselle d'Aligre , lille d'un |irésidenl à n)ortier et sœur du dernier premier président du Parlement de Paris (1).
Aussi lorsque son j)ére mourut, le 7 mars 1747 (2), il prétendit, malgré sa jeunesse (3), recueillir la haute dignité que cette mort laissait vacante. Le Parlement d'Aix encouragea sou ambition. Le 28 mars 1747, il délibérait d'adresser en corps une requête dans ce sens à M. le chancelier et au roi lui-même (4).
Le roi accueillit favorablement cette requête, mais l'intendant dut se heurter à des difficultés que l'on conçoit sans peine, et qui ne s'aplanirent que lentement. Le 17 avril 1747, M. des Galois de La Tour annonçait au Parlement sa nomination, mais une longue suite de mois s'écoula avant qu'il ne reçût ses provisions. Le 14 décembre, il les attendait encore; il comprit qu'il fallait aller les chercher ou les solliciter lui-môme, et partit pour Paris. Le 1" février 1748, il écrivit au Parlement qu'il venait de prêter serment entre les mains du roi pour la charge de premier président, dont il avait })lu à Sa Majesté de l'honorer (5).
Le Parlement écouta, toutes chambres assemblées, la lecture de sa lettre , qui se terminait par de chaleureuses protestations de reconnaissance et de dévouement pour
(1) Manuscrits de Roux-Alphéran , VIII, Bibliothèque Méjanes. Noies et recherches historiques sur Aix, p. "279.
(2) Registre des délibérations du Parlement, n" 958, f"> 21.
(3) Trente-deux ans.
(4) Registre des délibérations du Parlement, n" 958, f° 22.
(5) M., ibid , l" 22, 24, 38, 43.
LES APPROCHES DE LA RÉVOLUTION. 3l]
cette Cour souveraine. En revanche, lorsqu'elle fut informée de la prochaine arrivée de son chef suprême , la compagnie décida de le recevoir avec tous les honneurs qui lui étaient dus ; elle émit le vœu de renouer à Aix la tradition du cérémonial affecté à MM. les premiers présidents de Metz, de Besançon et des autres villes où il y avait des troupes, soit en garnison, soit en quartier; ses commissaires écrivirent au comte d'Argenson, ministre de la guerre ; celui-ci leur répondit qu'il avait soumis leur désir au roi. Sa Majesté ordonnait que toute la garnison d'Aix prendrait les armes pour honorer l'entrée du haut et puissant magistrat.
Cette entrée, qui eut lieu le 10 mai 1748, fut entourée de la plus grande solennité. — La ville parée de ses atours de fête, les boutiques fermées par ordre des consuls, des arcs de triomphe de verdure dressés à la porte Saint-Jean et à celle de l'hôtel du premier président, des députations de notaires et de procureurs de la sénéchaussée, de notaires et de procureurs du Parlement, les autorités municipales, les officiers de la sénéchaussée, les commissaires du Parlement, partant dans leur grand costume officiel, en carrosses à deux, à trois, à quatre et à six chevaux pour aller au-devant de M. des Galois de La Tour, et pour défiler ensuite en un imposant cortège qui se déroula dans les rues au bruit des salves d'artillerie, précédé par les compagnies urbaines des cinq quartiers et par trente-deux marchands à cheval, tous en un uniforme rouge, avec trois trompettes et un timbalier, les deux régiments d'infanterie de Médoc et de Talaru et deux bataillons de volontaires royaux bordant la haie sur le passage de ce cortège ; les présents de la municipalité, les harangues et les compliments des autorités judiciaires , administratives et militaires , en attendant la visite d'une nombreuse noblesse , semblaient accumuler à dessein les hommages les plus pompeux et les présages les plus fiatteurs sur cette prise de possession d'une charge souveraine que le nouveau titulaire devait
34 MIUAUEAU ET LA l'UOVENCE.
exercer, pendant plus de ([uarante ans , comme une sorte de vice-royauté, ol (pii était destinée à périr dans ses mains i\).
Dans le couis ih; sa lonj^ue carrière administrative, M. des Galois de La Tour recueillit les marques de la plus haute faveur populaire et se vit en butte au dénigrement le plus implacable, même le plus immérité.
Homme jjrivé, il nous inspire l'estime et la sympathie.
Avec des instincts d'artiste (2), des goûts simples (3), des habitudes viriles, il aime la musique et la campagne (4), se plait à la promenade (5), aux longues chevauchées (6), aux grandes chasses (7).
Ses sentiments ont résisté à la contagion des sentiments de la haute société de son temps. 11 goûte les charmes de l'amitié (8) et sent tout le prix de la vie de famille (9). — Sa correspondance avec M. de Montgrand, le commandant du bataillon des gardes-côtes de la Napoule, nous le montre plein de bonté pour ses domestiques (10), de sollicitude
(1) Registre des délibérations du Parlement, manuscrits de la Méjanes, n» 958, f" 63-9.
(2) Correspondance inédite de M. des Galois de La Tour, communiquée par M. Paul Arbaud : à M. de Montgrand, 4 juin 1761 : « Si je pouvais me 1) llatler des bontés de M"' Sophie, je me hasarderais peut-être à lui de- « mander la chanson provençale notée que je lui ai entendu chanter si » délicatement et avec tant de grâce à La Napoule. »
(.3) Idem, au même, 21 mars 1762 : « Vous savez que les choses les plus » simples sont le plus de notre goût. »
(4) Idem, au même, 11 septembre 1760 : « Quel dommage de ne pouvoir » être à la campagne ! »
(5) Idem, au même, 11 mars 1762 : « Que nous allons faire de grandes et » belles promenades tant à pied qu'à cheval ! »
(6) Idem, au même, 4 janvier 1764, de Gléné en Bourbonnais : « J'ai fait » le voyage à cheval et n'ai point été fatigué. »
(7) Idem, au même, 21 février 1760 : « Gardez-moi, je vous prie, un peu p de sangliers pour notre voyage de Pâques ; car je compte leur faire un » peu la guerre ! »
(8) Idem, au même, 21 février 1760 : « Qu'on est heureux d'être avec les » gens que l'on aime et sur l'amitié desquels on peut compter! »
(9) Idpm, au même, 26 avril 1760 : « La Napoule (entendez l'intérieur de » M. de Montgrand) est délicieux, séjour de la paix et de l'innocence; les » plaisirs y sont purs et sans la moindre amertume. »
(10) Idem, au même, 12 mars 1762 : a Francisque s'est heureusement tiré
pour ses enfants (1), d'affection fidèle et dévouée pour M""® de La Tour, une femme de tète, d'esprit et de cœur, qui sait toute la valeur de son mari et l'aime avec une sorte de transport. « Vous devinez aisément, » écrit-elle à M. de Montgrand, « la joye que j'ai eue en revoyant » M. de La Tour. Je l'ai trouvé dans la meilleure santé » et toujours plus digne d'être adoré de moi et j'ose dire, » Monsieur, de tous ceux qui le connaissent (2). »
Comme intendant et magistrat, il s'émeut des souffrances de ses administrés (3). Il s'est imposé la loi de ne faire du mal à personne et de faire toujours plaisir quand il le peut (4). Volontiers, il se pare du titre de citoyen (5); mais, avant tout, il est fonctionnaire. Il s'exprime sur les événements politiques du temps avec un mélange d'impartialité et de réserve qui ne semble pas tout à fait exempt d'indifférence ou de scepticisme (6). Les exigences contradictoires de sa double situation d'intendant et de premier président lui créent des difficultés au milieu desquelles il
» d'affaire ; Pour l'ami, il est dans un état dangereux, et je crains bien qu'il » n'y succombe. »
(1) Idem, au même, Aix, 3 janvier 1760 : « C'est le véritable bonheur de » vivre avec ses enfants, de les aimer et d'en être aimé. » — De Gléné, le 31 octobre 1765.
(2) Idem, de M"' de La Tour à M. de Montgrand, 7 janvier 1762. — Lettres de M. de La Tour à M. de Montgrand, passim..
(3) Idem, M. de La Tour à M. de Montgrand , 18 décembre 1755 : « J'ay » été instruit de tous les dommages causés à la ville d'Arles (par l'inonda- » tion) ; ils sont affreux ; j'en ai les larmes aux yeux, et je vais ne rien né- » gliger pour leur [sic) procurer du moins quelques secours dans la triste » situation où ils se trouvent réduits. Avignon est encore plus maltraité. »
(4) Idem, à M. de Montgrand , Draguignan, le 8 septembre 1755 : « Ceux » qui me veulent le plus de mal sont obligés de reconnaître que je n'en ai » jamais fait à personne, et que j'ai toujours fait plaisir quand je l'ai pu. »
(5) Idem, à M. de Montgrand, 18 janvier 1761 : « M. le maréchal de Belle- D Isle veut tout changer et bouleverser. Je suis citoyen et j'en gémis. »
{G) Idem, à M. de Montgrand, 17 mars 1762 : « Si vous vous intéressez » aux jésuites, vous devez les plaindre et être affligé de leur sort; car leurs » affaires vont mal... J'affiche la plus grande impartialité; elle est réellement » dans mon cœur. » — 31 mars 17G2 : « Il n'est plus question que des » jésuites... Je suis fatigué d'en entendre parler et de voir qu'ils excitent B tant de feu et de fermentation. Je voudrais qu'on les renvoyât prompte- » ment ou qu'on les laissât tranquilles. »
36 MIllAHEAU KT I.A l'UOVENCE.
manœuvre avec adresse, prudence et succès (1). Il prend, du reste, sa lAche très au sérieux, travaille au besoin de cinq heures du matin à onze heures du soir (2).
S'il n'épargne point ses forces, il sait se rendre justice, ignore la fausse modestie, n'abuse pas de la vraie. Le IG mai HO^, en plein cours du procès des jésuites, il écrit î\ M. de Monlj^rand : « 11 est certain que ma réputation » augmente (H). »
Les ministres lui témoignèrent plus d'une fois leur satisfaction (4).
Ce ne fut pas une disgrâce, mais un coup d'Etat monarchique, tardivement exécuté à Aix, qui suspendit ses pouvoirs le l""" octobre 1771.
Ce jour-là, le marquis de Rochechouart, lieutenant général des armées du roi, commandant de la Provence, de la ville d'Avignon et du comtat Venaissin , et M. Lenoir, conseiller d'Etat et maître des requêtes, allèrent au palais signifier aux magistrats intéressés et faire enregistrer du très exprès commandement de Sa Majesté les édits du chancelier qui, prétendant réorganiser, sur des bases nouvelles, l'administration de la justice, supprimait le Parlement d'Aix comme les autres Parlements du royaume (5).
Malgré l'éloquente protestation de M. Le Blanc de Cas-
(1) Idem, à M. de Montgrand, 4 janvier 1760 : a J'ai été assez heureux, » malgré les dispositions peu favorables des esprits, pour qu'il ait été pris » une délibération presque unanime portant enregistrement de l'édit et de » la déclaration du mois de février dernier. »
(2) Idem, à M. de Montgrand, Aix, 16 janvier 1762 : « Je travaille assidû- » ment et tous les jours depuis cinq heures du matin jusqu'à onze heures » du soir. »
(3) Idem, à M. de Montgrand, 16 décembre 1762.
(4) Idem , à M. de Montgrand, 27 novembre 1755 : « Vous désirez savoir » comment j'ay été reçu là-haut, on ne peut pas mieux. » — M"* de La Tour à M. de Montgrand, 28 décembre 1764 : a M. do La Tour a lieu d'être on » ne peut plus content de son voyage. Il a été reçu des ministres comme il > méritait de l'être. »
(5) Mémoire de M. de La Tour au sujet des événements arrivés à Marseille, p. 3. — Flammermont, Le chancelier Maupeou et les Parlements, p. 404 et suiv. — Journal de nouvelles du marquis d'Albertas , Bibliothèque nationale, fonds français, nouvelles acquisitions, t. U, 4387, p. 1040 et s.
tillon, la séance fut calme; chacun garda le plus profond silence et observa la plus grande décence. — Après tous les conseillers et présidents à mortier, M. des Galois de La Tour et le célèbre procureur général Rippert de Monclar reçurent chacun un ordre du roi que leur fit remettre le marquis de Rochechouart et qui reléguait le premier à sa maison de Saint-Aubin-sur-Loire, le second à son château de Saint-Saturnin, dans le diocèse d'Apt (aujourd'hui département de Vaucluse) (1).
Le vendredi 12 février 1773, entre dix et onze heures du matin, M. de Monclar mourut dans sa retraite forcée en protestant de sa soumission à l'Eglise, mais sans avoir signé le désaveu de sa polémique contre les jésuites que l'évêque d'Apt fit courir sous son nom (2).
Plus heureux, M. des Galois de La Tour put voir le jour de la revanche.
Le 12 janvier 1775, le marquis de Rochechouart réintégra solennellement le Parlement qu'il avait lui-même chassé du palais près de quatre ans auparavant.
Des salves de boites tirées par les portiers de MM. de la Cour souveraine saluèrent cette restauration célébrée par de bruyantes fêtes qui se prolongèrent jusqu'au 19 janvier.
Aix était en liesse ; on n'entendait que décharges de
(1) Journal de nouvelles, t. II, 4387, pp. 1044, 1046etsuiv., et 1071-3 (état des ofiBciers de l'ancien Parlement et des lieux où ils sont exilés).
('2) Journal de nouvelles, t. III, 4388 : Récit de ce qui s'est passé à la mort de M. de Monclar par M. Jouval, prêtre secondaire ou vicaire de Saint- Saturnin, p. 1481-3; — Procès-verbal dressé par ordre de la famille, de ce qui s'est passé pendant la maladie de M. de Monclar, signé par Féraud, prêtre, Mouret, secrétaire de M. de Monclar, Antoine Donnet, secrétaire de M. do Lisle, François Pellenc, domestique de M. de Monclar, Aubert, chirurgien d'Apt; Empereur, médecin, pp. 1483-84, Lettre de M. l'abbé Jouval à l'évêque d'Apt, ce vendredi sur les trois heures, 12 février 1773, p. 1486; Compte rendu de l'abbé Jouval à M. l'évêque d'Apt, p. 1486-8; Protestation contre la déclaration publiée par messire Jouval, pp. 1488-91 ; Lettre de la famille à M. l'évêque d'Apt, signée de Lisle de la Vorune, 17 fév. 1773, p. 1492; Réponse de l'évêque d'Apt, p. 1494; Lettre de M. l'évêque d'Apt à M. de Joannis, procureur général, sur les éclaircissements qu'il lui avait demandé (sic) sur lo procês-verbal de la famille de M. de Monclar, 23 février 1773, p. 1495-1501.
38 MIRAnEAU ET LA PROVENCE.
mousquelerie, tambourins et galoubets, musique militaire, symphonies de liml)a]es, do hautbois et autres instruments.
Les rues fourniillaicnl de mondu. Marseille avait accouru en foule, payant jjour la location des voitures un prix tellement exagéré qu'on s'était vu obligé de limiter par une taxe les prétentions des loueurs.
Les Provençaux ne laissent pas aisément échap[)er une occasion de se divertir, mais la joie n'était profonde et sans mélange que chez les officiers du Parlement et leurs clients plus ou moins éloignés.
Celle de M. des Galois de La Tour semblait extrême.
Arrivé le 9 janvier à Aix et logé chez le président de La Tour d'Aiguës, il ne se possédait pas, touchait, dit-on, la main à tous ceux qui se présentaient. Il embrassa même un portefaix (1).
Pas plus que le larmoyant avocat général, M. Le Blanc de Castillon (2), il ne sut être généreux pour la Cour des comptes, aides et finances d'Aix, que M. de Maupeou avait appelée à prendre la place du Parlement en la renforçant de quelques jurisconsultes fort distingués, comme l'avocat Julien (3), et qui maintenant allait attendre, dans une espèce de congé de disponibilité, jusqu'au 9 octobre suivant (4), le moment de recommencer l'exercice actif de ses premières et anciennes attributions.
(1) Journal de nouvelles, t. V, 4390. Relation envoyée par M. Mouret, secrétaire de M. de Castillon (ni paginé, ni folioté). Relation plus exacte.
(2) Journal de nouvelles, t. V, Relation plus exacte : « M. de Castillon parla encore. On dit que son discours était fort. Effectivement, on remarqua qu'il dit au sujet des jugements de MM. des comptes déclarés valables : 0 Et pourquoi les anéantirions-nous? On laissa bien à Rome subsister ceux des esclaves. » — La même relation parle des larmes que l'orateur répandit abondamment.
(3) Journal de nouvelles, t. II, 4387; Composition du Parlement Maupeou d'Aix, p. 1069-I07Ù; t. III, 4388. Lettre écrite par M. d'Albertas en faveur
de M. de La Boulie au chancelier, 1" juillet 1772, p. 1241 : o C'est le gendre » de M. Julien, ofBcier actuel au Parlement, que j'ai choisi pour le placer » en grand'chambre, et dont le zèle, les lumières, la douceur sont autant 1) de titres à faire valoir pour son gendre, a
(4) Idem, t. V, 4390; Rentrée de la Cour des comptes, aides et finances de Provence, lundi 9 octobre 1775, p. 2041.
En tant que Parlement Maupeou, cette Cour avait rencontré dans l'opinion désintéressée plutôt de la faveur et de la sympathie que des colères et des protestations. — Les corps constitués, la sénéchaussée, la municipalité, les trésoriers de France, les échevins et les députés de la Chambre de commerce de Marseille s'étaient empressés de lui faire hommage. Cent vingt-deux avocats, comprenant les noms les plus marquants du barreau aixois, les Arnulphy, les Pascalis, les Siméon, les Dubreuil, les Portalis, avaient prêté serment (1). Les qualités de bonté et de bienveillance qui distinguaient son premier président, le marquis d'Albertas (2), un Provençal de haute naissance, apparenté avec les meilleures familles du pays, la popularité dont il jouissait (3), les belles fêtes auxquelles présidait ]yjine d'Albertas, celle que les magistrats de la Cour lui rendirent, le lundi gras 1773, à l'Hôtel de ville, et qui réunit quatre mille masques (4), n'avaient pas médiocrement contribué à rehausser le prestige de ce Parlement éphémère auprès d'une société éprise de plaisir et de divertissement.
(1) Journal de nouvelles, t. II, 4387, et pp. 1076-8.
(2) Le vendredi 2 octobre 1771 , le premier président d'Albertas eut 110 personnes à sa table (Journal de nouvelles, t. II, p. 1077), et pendant plus de dix jours, plus de 25 à 30 couverts à son diner (Id., ibid., p. 1081). Les nombreuses lettres adressées au chancelier Maupeou pour seconder les démarches des officiers de l'ancien Parlement qui sollicitaient leur rappel (t. II et t. III, passim) témoignent de son obligeance et de sa bonté {Id,, ibid., p. 1055-50). — Harangue de l'assesseur de Marseille à M. d'Albertas : « Nous devons rappeler ces talents, ces vertus solides qui , seules, constituent le grand magistrat, et que l'on voit réunies en vous aux qualités aimables qui vous caractérisent. » L'orateur insiste sur la qualité de Provençal du premier président. « Votre gloire est en quelque sorte la nôtre; elle est la gloire personnelle de tous nos concitoyens » (Journal de nouvelles, t. II, p. 1086.
(3) Journal de nouvelles, t. II, p. 1082. — Le dimanche 13 octobre, des paysans se rendent auprès de M. d'Albertas, qui les fait monter dans ses appartements; ils l'embrassent, l'un d'eux le harangue en Provençal, et l'assure que le roi (Louis XV!) était un très grand homme d'avoir choisi, pour leur rendre la justice, leur père et leur bon ami.
(4) Idem, t. II, 4389. Relation des fêtes données par M"'° d'Albertas, et de celle que MM. du Parlement lui ont donnée, p. 1513-5.
Les mapistrnts dépossédés de leur siège en octobre 1771 ne le haïssaient que plus fortement.
M. lies (ialois de La Tour fut, le \"2 janvier 1775, rinlerprèle passionné de ces sentiments d'irrilalion et de rancune.
On remarqua la violence de son discours. Après les lieux communs ordinaires sur la justice du roi actuel et sur la violence faite à la reli^^ion de son aïeul, il ajouta : « Le vice est banni et mé[)risé et la vertu récompensée. Pbiloctète retourne de Samos (il veut dire de Lemnos) et Protésilas est exilé (1). »
Un ton modeste et calme eût été plus digne des hautes fonctions présidentielles dont une lettre du roi , lue par le grefïier en chef, sur l'ordre de M. de Rochechouart, venait de l'investir pour la deuxième fois et auxquelles il ne devait pas tarder à joindre de nouveau l'intendance de la Provence (2).
Malgré cette erreur d'attitude et de langage , M. des Galois de La Tour eut alors comme un renouveau de popularité qui dura jusqu'à la veille de la Révolution, de plus en plus affaibli, d'ailleurs, par je ne sais quel concert croissant de dénigrement et de haine. Ses ennemis, entre autres griefs, lui reprochaient l'autorité despotique qu'il exerçait sur sa compagnie (3).
Quel que fût le degré de justice de cette accusation, M. de La Tour n'était certes pas un homme ordinaire avec ses cinquante-quatre ans de service dans l'administration et la magistrature.
De son côté , le comte de Caraman rappelait , avec une légitime fierté, qu'il servait depuis cinquante ans le roi avec honneur (4).
(1) Journal de nouvelles, idem, t. V. Relation plus exacte. ("2) De Marin de Carranrais , Notice sur Vinlendance de Provence, t. I p. 67.
(3) Archives nationales, H, p. 1274. Lettre de M. Fouquet, négociant d'Arles, à Necker, sans doute.
(4) Archives nationales, H, 1453. Lettre de M. de Caraman à *** : a Je
Arrière-petit-fils de l'illustre Pierre-Paul Riquet , fils d'un lieutenant-général, il avait reçu, en 1743, le brevet de capitaine. Héros de Fontenoy, il avait chargé, à trois reprises, la fameuse colonne anglaise; pendant la guerre de Sept ans, il ne s'était pas moins signalé.
A la bravoure du soldat et aux qualités de l'ofiBcier général, M. de Caraman joignait les manières d'un homme du monde. Il était aimable, bienveillant et bon. Il voulait plaire et pas seulement aux grands et aux nobles. Ses adversaires devaient lui reprocher sa recherche de la popularité et la popularité même dont il jouissait. Il n'était pas sans ressemblance avec le comte de Thiard, auquel il succédait dans le commandement de la Provence (1).
Une tâche difficile les attendait tous deux, le comte de Thiard à Rennes, M. de Caraman à Aix.
Le rôle de commissaire du roi auprès des Etats dont nous venons de raconter l'ouverture, exigeait un mélange de dextérité, de tact et de fermeté.
Le 1" janvier, les travaux de ces Etats qui, à vrai dire, n'avaient pas commencé, furent suspendus pour reprendre, d'une manière plus sérieuse, le lendemain, dans la grande salle de l'Hôtel de ville (2).
On essaye de rendre aujourd'hui à cette salle son ancienne physionomie sur les indications fournies par Roux- Alphéran. Les onze grands cadres et les cinquante-huit petits cadres que l'on remarque dans les murailles nues étaient garnis de tableaux d'histoire et de portraits des comtes de Provence dus au pinceau des Vialli, des Cellony père et fils, qu'avait guidés le profond savoir historique de M. de Haitze. — On peut lire dans Les rues d'Aix l'acte de vandalisme révolutionnaire qui détruisit ces ta-
» désire que vous fixiez vos regards sur un officier général qui sert le roi » depuis cinquante ans avec honneur. »
(1) Nouvelle biog. universelle, t. VI, p. 649. Archives nationales, H, 1453. Lettre de M. de Caraman à Necker ou à Laurent de Villedeuil (27 mars 1789).
(2) Procès-verbal, p. 28.
4? MinAnF.AU ET LA PROVENCE.
lileaiix ot ces portraits. Ils furont le 22 août 1792, déchirés et l)rùlùs par uiio de ces bandes qui exercent leur fureur sauva^'e et stupide sous les auspices de tous les partis et pour le niiillifiir de toutes les causes. Elle sn composait de huit cents Marseillais, et venait d'ass"assiner un gendarme et un chasseur du régiment de Lyonnais (1).
C'était comme sous les yeux de l'ancienne Provence (pTaliait s(; rouvrir l'hisloire des Etals provinciaux si longtemps interrompus. Les lumières, les talents, les vertus ne manquaient pas à cette assemblée, mais elle était animée de passions très vives.
Heureusement, le ministère s'était bien gardé de l'abandonner à elle-même. Il avait d'avance tracé un programme ;\ ces Etats en ne leur laissant pas ignorer ce qu'il désirait et attendait de leur sagesse patriotique. Dès le troisième jour, l'intendant et le commandant leur firent remettre un mémoire qui appelait leur attention sur la nécessité d'établir à l'avenir une proportion fixe entre les voix des différents ordres. — Cette proportion devait être réglée sur la base de la double représentation du tiers. Le roi désirait également qu'un second point fût traité dans cette assemblée; c'était celui des immunités pécuniaires des deux ordres privilégiés. Sans en prescrire absolument l'abandon total ou partiel aux intéressés, il le leur recommandait à demi-mot ^^2).
Ces vues et ces intentions royales ou ministérielles qui répondaient, en partie du moins, aux vœux du tiers, étaient confiées à la dextérité et à l'intelligence des leaders de ces Etats, entre autres l'archevêque d'Aix et le baron de Vintimille.
(1) Roux-AIphéran, /,es rues d'Aix, t. I, p. 89 et suiv. — Archives municipales d'Aix, registre V dos délibérations du Conseil général de la commune, commencé le 25 juin 1792 et terminé le 3 juillet 1793, f" 61.
(2) Fauris de yaint-Vincens . Journal, etc., p. 516. — Abbé de Coriolis, Dissertation sur les Etats de Provence, pp. 26, 27, 37. — Procès-verbal imprimé de l'assemblée de nos seigneurs les Etats généraux du pays et comté de Provence convoqué pour le 31 novembre 1181, pp. 21, 42-3, 255-264.
L'archevêque d'Aix, M. de Boisgelin, était né à Rennes en 1732. — Fils d'un président à mortier du Parlement de cette ville, tour à tour prieur de Sorbonne, grand vicaire de Rouen, évêque de Lavaur (1), il avait été, en 1770, promu à l'archevêché d'Aix. Il en prit possession moins d'un mois et demi après l'expulsion du Parlement de Provence (2) , mais ne résida dans son diocèse que d'une manière fort intermittente. — En 1789, M. Fauris de Saint- Vincens estimait que ses plus longs séjours y avaient été de cinq mois et demi. Il n'y venait pas tous les ans. Il représentait avec magnificence , aimait à obliger, avait, comme administrateur, fait du bien en Provence (3), et pourtant il n'y comptait point d'amis (4); il était politique et possédait au suprême degré l'art de ménager et de manier les esprits. Pendant toute la session , il sut plaire au tiers état en faisant à peu près tout ce que voulait la noblesse (5).
Le président de Saint-Vincens, auquel j'emprunte les principaux traits de ce jugement, apprécie d'une manière plus favorable le comte de Vintimille.
C'était un homme de qualité et de mérite, de paix et de conciliation. On savait qu'il avait l'oreille du ministère. 11 était l'âme de ces comités de nobles qui se tenaient tous les soirs, après les séances, chez le marquis Suffren de Saint-Tropez, le plus ancien syndic de l'ordre. — Son influence ne fut sans doute pas étrangère aux concessions de la noblesse. En conservant à ses trois cents possédant fiefs leur prérogative d'assister aux Etats, le cas échéant, elle consentit à se réduire dans des proportions telles que
(1) Notice histoinque sur le cardinal de Boisgelin par un de ses anciens grands vicaires, p. 7.
(2) M. de Boisgelin arriva incognito dans la nuit du 6 novembre 1771 {Cérémonial d'Aix, f" 181).
(3) Notice historique, pp. 14-17.
(4) Fauris de Saint-Vincens, lieciieil de notes el recherches historiques sur Aix, manuscrits de lu Bibliotliè(iue Mcjanes, n° 1014, t. III, p. 1179.
(5) Fauris de Saint-Vincens, Journal du Parlement, p. 565.
les voix (lu tiers fussent égales h celles des deux ordres priviiôiîiés. Le 8 janvier les Etats prirent, dans ce sens, une délibération (\u'ï\< renouvelèrent le ^2^ (1). Le 7 lévrier, la noblesse dressa un rèjj;lement qui fixait à trente-deux le noud)re de ses députes ordinaires aux sessions annuelles de la représentation provinciale ('?). Elle résista beaucoup plus sur la (juestion de ses privilèges pécuniaires, accorda tout au plus jiour les enfants trouvés un don cliaritable, ou, comme elle disait, une aumône de 4,000 livres, et offrit de contribuer provisoirement, pour un vingtième, aux frais d'entretien et de construction des chemins de première et de seconde classe (3). De l'aveu des gens compétents de cet ordre, c'était trop peu (4).
La séance du 30 janvier, qui avait mis cette question des contributions à son ordre du jour, fut des plus orageuses.
A l'exception du premier consul d'Aix et du député de Toulon, tous les deux nobles, le tiers état se rallia d'abord à l'avis de ne pas accepter l'offre de la noblesse; il la jugeait absolument insuffisante; mais ce n'était là à ses yeux qu'une considération secondaire. Il s'agissait pour lui plus de principe que d'argent. Or. la noblesse faisait une offre gracieuse. Le tiers voulait une contribution et même une participation proportionnelle de tous les privilégiés à l'impôt. Il finit par céder, mais les têtes s'étaient terriblement montées et il v eut dans le courant de la discussion des
(1) De Coriolis, Dissertation, pp. 41-2. — Archives départementales des Bouches-du-Rhône, procès-verbal de l'assemblée de nos seigneurs les Etats généraux du pays et comté de Provence, convoquée pour le 31 décembre 1787, C, 100, p. 90-91. — Procès-verbal imprimé, p. 81-84, p. 157-100. — Procèsverbal de l'assemblée générale des gens du tiers état du pays et comté de Provence, convoquée en la ville de Lambesc, 4 mai 1788 : mémoire du roi pour servir d'instruction au sieur de La Tour, p. 17-18.
{D De Coriolis, Dissertation sur Ips Etats de Provence, p. 45.
(3) Archives départementales, procès-verbal de l'assemblée de nos seigneurs les Etats généraux, etc., C, lOO, p. 295-6. — Procès-verbal imprimé,
(4) De Coriolis, Dissertation sur les Etats de Provence, p. 274 et suiv. — Fauris de Saint- Vincens, Journal, p. 796. — De Ribbe, Pascalis, 94.
paroles regrettables. Un député du tiers s'en prit à la bibliothèque que le marquis de Piquet de Méjancs avait léguée à la Provence en 1786 et dont, pour le moment, il n'était nullement question. Il cria que si la ville d'Aix ne voulait pas s'en charger, il fallait la livrer aux jQammes. Il pouvait trouver mauvais que les frais d'installation de cette bibliothèque vinssent grever le seul budget de son ordre, mais il n'avait pas le droit de prononcer une parole dont la barbarie souleva, à juste titre, la protestation indignée de l'archevêque d'Aix (1).
On remarqua beaucoup pendant cette séance, qui fut l'avant-dernière de la session , le silence de l'assesseur. N'était-ce pas pour lui le moment de parler? Il paraissait un homme anéanti. M. Fauris de Saint-Vincens explique ce silence, qui l'étonné, par l'espèce d'affaissement qu'amène à sa suite , comme une réaction inévitable , le déploiement d'une ardeur trop passionnée, par les reproches que Pascalis eut à subir de la part de l'archevêque , de MM. de Caraman et de La Tour, par les brocards dont les privilégiés n'avaient cessé de le harceler. Il est possible que cette explication ait sa part de vérité, à condition de ne pas prononcer pour Pascalis le mot de pusillanimité (2). Il se peut qu'il ait senti de la lassitude, du découragement, de l'inquiétude en mesurant l'insuccès de sa propagande
(1) Procès-verbal imprimé de l'assemblée de nos seigneurs les Etats, etc., p. 252-264. — Fauris de Saint-Vincens, Journal manuscrit du Parlement, p. 559-560. — La Bibliothèque Méjanes, qui est aujourd'hui un des titres universitaires et une des gloires de la ville d'Aix, fut assez mal accueillie par la population légataire. — Un pamphlet de l'époque, Le Catéchisme du tiers état , dans le recueil de la Méjanes intitulé : Etats généraux (31324, t. I, n' 21, pp. 18 et 19), repousse, comme un objet de luxe ruineux, cette bibliothèque « dont on prétend équitablement faire supporter les frais au tiers état, parce qu'il ne sait ni lire, ni écrire. »
(2) Fauris de Saint-Vincens, Journal du Parlement, p. 571. Dans la vivacité de ses ressentiments contre Pascalis , le procureur général Le Blanc de Castillon écrit à Loménie de Bricnne, le 13 janvier 1788 : « Il (l'asses- » seur) fait le bon enfant et montre qu'après avoir manqué de prudence, il » manque de caractère et n'est qu'un lâche insolent, comme il y en a tant » (Archives nationales, H, 1274).
•U') MIllAlIKAl KT I.A PROVENCE.
de justice et de vérité tiupivs des hautes classes ; mais n'est-il pas aussi permis de penser que la réserve de Pascalis dans celle journée, fut de la politique. Son intervention n'aurait pu qu'alli.^or les passions déjà trop excitées et troubler des esprits trop peu maîtres d'eux-mêmes.
Il se lut, mais ce silence avait son éloquence comme sa tristesse, et contenait mal une irritation qui n'était que trop fondée.
Le tiers état la partageait; il croyait avoir été opprimé.
Le i" février, avant la séparation, il adressa ses doléances au roi, au comte de Provence, à l'archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, et au contrôleur général Lambert. Peu confiant dans la sincérité de la réforme incomplète consentie par la noblesse, il se plaignait de la disproportion numérique qu'il craignait de voir persister entre ses voix et celles des deux premiers ordres, du refus obstiné qu'il avait essuyé en demandant la nomination d'un syndic chargé de défendre ses intérêts, de l'infidélité officielle des registres qui ne laissaient guère soupçonner ses réclamations constantes, sa résistance continuelle, ses protestations expresses contre les concessions obligées de l'archevêque d'Aix aux privilégiés (1).
Ces doléances avaient assez de gravité pour que M. de Boisgelin crût devoir y répondre de Paris (2).
La municipalité d'Aix leur donna comme une sorte de consécration.
C'était le 26 février ; le conseil de ville était rassemblé. Un des membres, l'avocat et ex-consul Dubreuil, dit qu'il était à propos de prier MM. les consuls de rendre compte de ce qui s'était passé aux Etats. Pris à l'improviste par cette motion, Pascalis répondit qu'il convenait d'abord
(1) Bibliothèque Méjanes, recueil intitulé : Etats de Provence, F, 733 (anciennement 31323), t. I, pièce XXIV, Lettre du tiers état au Roi, après la tenue des Etats.
(2) Id,, ibid., pièce XXV, Notice et instruction faite par M. l'archevêque d'Aix sur ce qui s'est passé aux Etats en janvier 1788, envoyée aux communautés de Provence.
LES APPROCHES DE LA RÉVOLUflON. 47
d'épuiser l'affaire en délibération , qui se rapportait à la ferme des boucheries, puis, répondant aux questions de M. Dubreuil, il rapporta la fin de non recevoir opposée par la majorité des Etats à différents vœux du tiers et les décisions que cette majorité avait prises en matière d'impôts ; il fit observer avec amertume que la noblesse « ne contribuerait presque pour rien aux chemins et aux enfants trouvés. » Le conseil décida d'adresser au roi et aux ministres des représentations sur les principaux objets de ce rapport.
Le lendemain, le procureur général dénonça à la grand'chambre cette délibération comme tendant à répandre un esprit de division (1).
Cet esprit s'était déjà, depuis deux mois, singulièrement répandu et fortifié.
Portails, l'été précédent, n'avait prédit que trop juste en exprimant la crainte que la réunion apparente des trois ordres ne devînt l'époque d'une division réelle et interminable (2).
Les Etats s'étaient séparés le 1" février, mais leur séparation ne mit pas fin aux animosités qui les avaient troublés.
Le 7, en se fondant sur des considérants vraiment injurieux pour Pascalis, la noblesse délibéra de demander à Sa Majesté qu'elle voulût bien donner des marques dUmprohation au mémoire de cet assesseur.
Avec l'esprit de faiblesse et de contradiction qui le caractérisait, le gouvernement, dont les pensées et les intentions étaient à peu près celles de Pascalis, s'empressa d'accorder à la vengeance de la noblesse la satisfaction qu'elle réclamait (3) ; mais celte satisfaction ne garantissait pas ses privilèges pour l'avenir. Un de ses membres
(1) Fauris de Saint-Vincens , Journal, etc., p. 586. — Archives municipales, armoire des délibérations du Conseil, registre 23, f°» 4, 6, 7. — Délibérations du Parlement, Bibl. Méjanes, 9G1 (copie), cahiers complémentaires, pp. 132-6.
(2) Portails, Mémoire sur le projet de rétablir les Etats.
(3) Archives départementales, C, 111, Délibérations, etc., f"' 190 et 214.
i8 MIllAIlKAl- 1:T I.A l'IlOVP.NCK.
les plus actifs ot peul-ÎSlre les plus saj^uces, M. le comte (le OallitTel, prévoyait (pie les Etals prochains pourraient être les plus dan.^ereux pour son ordre (1). Il se rendait coni[)te de toute la fermentation qui régnait dans le sein du tiers.
La gravure reproduisait un vieux tableau du seizième siiîcle conservé dans une des salles de l'Hcjtel de ville et qui semblait représenter aux yeux les griefs du tiers contre les immunités pécuniaires des deux premiers ordres. Peint pour l'entrée de Christine de Lorraine à Aix, qui eut lieu le 6 juin 1589, ce tableau traduisait une pensée symbolique plus ou moins obscure. L'intention de l'artiste avait été, autant qu'on peut le conjecturer, d'exprimer la misère et l'épuisement de la province ; mais peu importait l'idée d'ensemble ; on ne voyait que les trois personnages qui figuraient le clergé, la noblesse, le tiers état; ce dernier, avec les traits et le costume d'un rude travailleur de la campagne, pliait sous un lourd fardeau, auquel le clergé et la noblesse touchaient à peine du bout du doigt.
L'image était saisissante ; on la répandit dans le public sous le titre (ïallégorie dédiée au tiers état. — Tout aussi éloquente qu'un pamphlet, elle parlait aux préoccupations et aux colères qui animaient la bourgeoisie et le peuple (2).
Pour opérer une diversion dans les esprits, il fallut le coup d'Etat du 8 mai 1788, qui, à dix-sept ans d'intervalle, renouvelait la tentative de Maupeou.
Avec l'autorisation du roi, l'assemblée des communautés se tenait alors à Lambesc. Elle se fit l'organe de la douleur du pays (3), mais en Provence, on se borna aux plaintes, aux protestations.
Aix, dont le Parlement fut frappé par le ministère avec tous les ménagements et tous les regrets possibles, ne fît
(1) Archives départementales, C, 111. Délibératioas, etc., f» 208.
(2) Mss. de Roux-Alphéran, VIII. — Recueil des pièces sur la Provence et la ville d'Aix, n° 65. — A'o/ice sur un tableau singulier, p. 2G4-5.
(3) De Coriolis, Disserlation sur les Etats de Provence, pp. 220-22,
pas d'émeute comme Rennes ou Grenoble, mais prit le deuil. — Le conseil de ville décida de demander au premier président et au procureur général leur agrément pour interdire les jeux de la Fête-Dieu. Le ballet-mystère, dont la tradition attribue le libretto et la partition au roi René, ne déroula pas à travers la ville, la veille et le jour de la fête, ses scènes diverses qui étaient une représentation mimique de quelques épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament, depuis l'adoration du Veau-d'Or et le massacre des Innocents jusqu'à la tentation de Jésus et à la trahison de Judas. On ne vit pas défiler, pendant la nuit, à la lueur des flambeaux, ce guet symbolique où figuraient, soit à cheval, soit sur des chars, les divinités de l'Olympe, personnification du paganisme détruit par le christianisme, dont le lendemain semblait rappeler et célébrer le triomphe. Les dignitaires de ces fêtes, le roi de la Bazoche, avec ses grands officiers, ses bâtonniers, ses tambours, l'abbé de la ville et le lieutenant du prince d'Amour n'allèrent pas saluer les dames qui ne se pressèrent pas toutes parées aux balcons et aux fenêtres. Pas de jeux de bâtonniers, pas de décharges de mousqueterie dans les rues et sous les voûtes de Saint-Sauveur. Le chapitre de cette cathédrale n'offrit pas le dîner traditionnel à MM. du Parlement, aux consuls et assesseur. Il envoya 1,200 francs aux hôpitaux. La cérémonie resta purement et sévèrement religieuse (1).
Si les Aixois s'affligeaient de la dispersion momentanée de leur Parlement, ils se réjouirent de son rétablissement.
Il faut lire dans le président de Saint-Vincens les manifestations de cette allégresse populaire. La veille et le jour môme du 20 octobre, fixé pour la réouverture des séances du Parlement, ce ne furent qu'aubades. Te Dewn, feux de joie et fusées. La porte du couvent des Dominicains, où
(1) Fauris de Saint-Vincens, Journal, p. 705 et suiv. — Grégoire aîné,
Explication des cérémonies de la Fête-Dieu d^Aix en Provence.
50 M1UAHLAU HT LA l'ItDVENCE.
celte Cour souveraine siégeait depuis la démolition de l'ancien palais des cointos do Provence, était toute décorée de buis et d'emblèmes jxîints sur toile au milieu desquels on voyait un soleil sortant des nuages et, au-dessous, la devise vaudoise : « Après les ténèbres, la lumière, post tenebras lux. » A côté de cette porte, une tribune tapissée de verdure était occupée par les musiques des régiments de la ville. Ces musiques éclataient en fanfares triomphales dès qu'un magistrat approchait. En entrant, il recevait d'un groupe d'artisans un rameau d'olivier orné de rubans et de tleurs (1). Tribune, tapisserie, musiques, tout cela était payé par deux maîtres menuisiers, deux très riches et très bons citoyens, M. Langlois et M. Sec, l'entrepreneur hardi et l'actif spéculateur qui avait déjà fait relever, à ses frais, la porte de Notre-Dame et bâtir presque tout le faubourg situé en dehors de cette porte (2). Le peuple dansa toute la nuit, aux sons d'un orchestre militaire, dans une salle de bal improvisée construite au haut du Cours par les soins de MM. les procureurs. Les pauvres ne furent pas oubliés; les artisans leur donnèrent 400 livres; la Cour des comptes, 4,000; le Parlement, 6,000. Tout le monde semblait heureux et, le soir même, on représentait sur le théâtre d'Aix une pièce de circonstance intitulée : Les vœux satisfaits.
Dès le lendemain, des vœux nouveaux, plus inquiets, agitaient l'esprit des habitants. La Provence entrait dans la fièvre électorale. Elle se préoccupait de la manière dont elle nommerait ses représentants aux Etats généraux.
Ses Etats particuliers avaient eu bien soin. Tannée précédente, de rappeler la prérogative qui leur conférait cette nomination. Ils y tenaient ; des antécédents qui ne manquèrent pas d'autorité semblaient justifier leur prétention, mais il ne convenait ni au tiers, ni au clergé, ni à la no-
(1) Fauris de Saint-Vincens, Journal manuscrit du Parlement, p. 724.
(2) Fauris de Saint-Vincens, Recherches historiques sur Aix , mss. de la Bibliothèque Méjancs, n« 1014, t. III, p. 203.
LES APPROCHES DE LA REVOLUTION. 5l
blesse de s'en remettre à ce collège électoral par trop oligarchique.
Aucun ordre, comme allait l'écrire Portalis (1), n'y était suffisamment représenté. Le tiers ne comptait que cinquante-six voix pour sept cents communautés et ne croyait pas trouver dans ces délégués, tous consuls ou maires, nobles quelquefois , de suffisantes garanties d'indépendance, de fermeté et de dévouement (2).
Le clergé inférieur était encore moins bien traité.
Cinq cents gentilshommes provençaux qui ne possédaient pas de fiefs n'entraient pas dans ces Etats et n'y pouvaient envoyer de mandataires (3).
En revanche, les nobles possesseurs de fiefs avaient joui dans la session précédente et prétendaient bien jouir dans celle qui s'approchait, d'une prépondérance dont l'exagération avait toute l'injustice d'un privilège. Sans doute , au mois de janvier dernier, ils avaient consenti à se réduire, de manière à donner au tiers une égalité numérique avec les deux ordres privilégiés, mais ils s'étaient réservé, en cas d'élection, de venir tous aux Etats.
Ils pouvaient craindre que la légitimité de cette réserve ne soulevât des protestations; il valait mieux obtenir du roi l'ajournement pur et simple, au moins pour cette session, de la réduction à laquelle ils s'étaient résignés.
L'archevêque d'Aix appuya une demande qu'ils adressèrent dans ce sens au ministère. Dès le i" décembre, leurs syndics et commissaires, réunis dans une salle du couvent des Carmes, surent que cette demande était accueillie (4).
(1) Archives nationales, H, 1240; lettre de Portalis à Necker.
(2) Discours de Pascalis, p. 5-6, apud Recueil de la Méjanes, 31324, t. I, pièce 14 : Procès-verbal de l'assemblée des trois ordres de la ville d'Aix, tenue le 29 décembre 1788. — Id., pièce 3 : Délibération de la viguorie de ïarascon, du 29 octobre 1788, p. 5-6; — pièce 15 : Mémoire adressé au roi par les trois ordres de la ville d'Aix, p. 7-9; — pièce 19 : Manuel à l'usage du tiers état de Provence, pp. 27-9.
(3) Archives nationales, H, 1240, M. d'André à Necker.
(4) Archives départementales, C, 111, f° 257.
52 MIHAIIKAI- r.T l.A l'IlOVK^ICE.
De son ocMé, le tiers état ne resta pas inactif.
Tascalis et les aulros procureurs du pays reconnurent bien aux genlilshonunes leur droit de présence et de suffrage direct et personnel dans les Etats; mais ils crurent juste de compenser celle convocation pléniére des nobles possédant liefs par une augmentation proportionnelle des représentants du troisième ordre (1).
Le 50 décendjre, ils écrivirent à MM. Necker et de Villedeuil [tour réclamer cette compensation (jui laissait sans les satisfaire des droits et des intérêts respectables.
En prenant l'initiative de cette réclamation, Pascalis, s'il faut en croire son successeur, M. Roman-Tributiis (2), ne voulait que barrer la route à un vœu plus hardi, d'une portée plus grande et qui devait rallier à Aix et en Provence de nombreux adhérents.
L'objet de ce vœu était de convoquer, à Texemple du Dauphiné, une assemblée générale des trois ordres de la province. Dans celle assemblée , on pourrait nommer les députés de la Provence aux Etats généraux et dresser un plan pour réorganiser son administration et ses Etats particuliers.
Les auteurs de ce projet le soumirent à M. d'André.
M. d'André (Anloine-Balthazar-Joseph) cachait, écrit le comte Porlalis, un esprit fin et délié sous des formes peu élégantes pour ne pas dire communes (3). Avec une tête ronde admirablement moulée, un front très proéminent, de grands yeux expressifs et profonds, il était affligé du nez le plus bizarre qui disparaissait, à la partie supérieure, dans une sorte de cassure ou de dépression , pour surgir
(1) Archives municipales d'Aix , armoire des délibérations du Conseil, registre 23, î" iS2, lettre (du 20 décembre 1788) de MM. les procureurs du pays à MM. de ViUedeuil et Necker. — Bibliothèque de Marseille, mss., Fa, 15, lettres des procureurs du pays : M. Roman-Tributiis à MM. les députés de la ville d'Aix, f 20 {bis).
(2) Idem, Fa, 15, lettres des procureurs du pays à MM. les députés de la ville d'Aix, f" 20 {bis).
(3) Extraits des Mémoires du comte Portalis , apud Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, t. XLIX, p. 76.
plus bas en se retroussant comme celui d'un Frontin (1).
Né à Aix le 2 juillet 1759 (2), il avait vingt ans à peine lorsqu'il fut reçu conseiller au Parlement de Provence, le 28 avril 1779 (3).
Il se maria, jeune encore, avec Thérèse-Emilie-Fortunée Mignard, fille du financier et de l'entrepreneur de ce nom. Le 21 janvier 1789, elle allait lui donner un fils, leur troisième enfant (4).
Par ce mariage, d'André était devenu le neveu par alliance de Pascalis, son maître de droit.
Novateur modéré, jurisconsulte distingué, il était, en même temps que magistrat, gentilhomme sans fief, du moins il n'en possédait qu'un très petit, celui de Bellevue (5). MM. des Galois de La Tour et Le Blanc de Castillon ne lui pardonnaient point l'appui qu'il avait prêté aux revendications des communes. Jusque dans la seconde assemblée des notables, ils venaient de le faire passer « pour un turbulent tribun du peuple. »
Ce ne fut pas comme tribun, mais comme gentilhomme, que M. d'André prit intérêt à la réunion des trois ordres. Il ne se borna pas à en approuver l'idée ; il voulut hâter la réalisation de cette idée. 11 rédigea un comparant ou requête aux consuls d'Aix pour les prier de convoquer tous les notables du clergé, de la noblesse et du tiers de la ville et du terroir, qui prépareraient et solliciteraient du roi la grande assemblée ou convention provençale (6).
(1) Portraits gravés et caricatures de M. d'Aiidré, communiqués par M. Paul Arbaud.
(2) Actes de baptême : Registres de l'église de la Magdeleine, à l'Hôtel de ville d'Aix.
(3) Cabasse, Essai historique sur le Parlement de Provence, t. I, Liste des membres, p. xxxii. — Manuscrits de la Méjanes, registre des délibérations du Parlement, t. XV, n° 961 , f° 380.
(4) Registres de la Magdeleine. — Répertoires de M. de Clapiers, Méjanes, LXVI, Baptêmes. — Pascalis avait épousé une sœur de Mignard.
(5) Archives municipales d'Aix, armoire des délibérations du Conseil, registre 22, f° 31 G.
(6) Archives municipales d'Aix, armoire des délibérations du Conseil, registre 23, f 181. — D'André à Necker, Archives nationales, H, 1240. —
54 MIIlAnEAU ET LA PROVENCE.
Net, subslanliel el concis, ce com[)nrant recueillit deux ou trois cents signatures, en tôte celle de M. Levùque, ex-président de la Chambre des comptes et ancien consul.
Cette consullalioii prt'iiiuinaii't! et ce travail (U; rédaction durent demander un certain temps; il en fallut pour rassembler ces nombreuses signatures. Aussi nous estimons que ce comj)arant n'a guère pu sortir de la résolution soudaine que suppose M. de Ribbe (1). 11 n'a pas été préparé, rédigé, copié, dans la seule journée du 21 décembre (2).
Les ordres du roi que M. de Caraman communiqua ce jour-là à Pascalis et aux autres procureurs du pays n'eurent rien d'imprévu.
Confirmation officielle de la nouvelle reçue par la noblesse le 1" décembre et qui avait dû se répandre, ils convoquaient les Etats pour le 25 janvier 1789 et portaient que ces Etats seraient composés comme ils l'avaient été en 1639 et 1788.
La bourgeoisie, le peuple et les simples gentilshommes furent plus irrités que surpris.
Ils avaient leur riposte sous la main : c'était le comparant de M. d'André.
Le 21 décembre même, ce comparant fut remis aux consuls en quatre exemplaires (3).
A l'instigation de Pascalis, les consuls en exercice et
A propos de ce comparant, M. de Ribbe {Pascalis, p. 142) écrit que M. d'André reconnut plus tard qu'il en était l'auteur. Il y a dans cette assertion une légère erreur. Dans la lettre de M. d'André à Necker, antérieure au 29 décembre 1788, on lit : « Je vous dirai que, consulté par les » auteurs d'une assemblée générale, je l'approuvai fort, et que même j'ai » rédigé le placct aux consuls. »
(1) De Ribbe, Pascalis, p. 142. « Une résolution soudaine fut prise par les défenseurs du Tiers. »
(2) Bibliothèque de Marseille, mss., Fa, 15. — Un passage d'une lettre de M. Roman-Tributiis à MM. les députés de la ville d'Aix prouve que, le 20 décembre, Pascalis connaissait le comparant.
(3) Archives nationales, B, III, 2, p. 20-1. — Archives municipales d'Aix, armoire des délibérations, registre 23, séance du Conseil de ville du 26 décembre, f° 181. — Fauris de Saint- Vincens, Journal, p. 77ti. •
LES APPROCHES DE LA IlÉVOLUTION. 55
ceux qui allaient les remplacer décidèrent d'abord de prendre prétexte de la lettre que la municipalité venait d'écrire aux ministres pour ne pas accueillir le comparant; ils jugèrent plus sage de ne pas se mettre à la tête de ce mouvement populaire et de laisser l'assemblée des trois ordres de la ville se former spontanément.
M. Roman-Tributiis, qui n'est pas indulgent pour Pascalis, l'accuse de n'avoir eu d'idées en politique qu'au jour le jour. Les réflexions de la nuit modifièrent le premier sentiment de l'assesseur sur le comparant. Dès le lendemain, il fut d'avis que les consuls devaient y faire droit (1).
Les consuls ne voulurent pas assumer la responsabilité d'une semblable décision ; ils la renvoyèrent au conseil de la communauté.
Ce conseil se réunit le 26 décembre (2). Entraîné par un discours de Pascalis qui appuya fortement le comparant, il fixa la réunion des trois ordres de la commune au 29 et ordonna qu'elle serait annoncée à Puyricard et aux Milles (3).
« Elle ne sera pas tumultueuse, je puis en répondre, » écrivait M. d'André à Necker (4'.
Les esprits étaient pourtant émus, et M. de La Tour, impatient de rentrer à Aix pour surveiller cette agitation ; mais il était retenu dans la cbartreuse de Bompas, au delà de la Durance, par les glaces flottantes qui rendaient impraticable le passage de cette rivière. Lorsqu'elle fut toute prise, il la traversa sur un bateau plat qu'il fit venir exprès d'Avignon et qui, remorqué par des chevaux, glissa comme un traîneau sur la glace trop peu épaisse pour supporter une voiture (5).
(1) Lettres des procureurs du pays de Provence, Bibl. de Marseille, mss., Fa. 15, î° 20 bis.
(2) Archives nationales, B, III, p. 20-1.
(3) Délibération du Conseil municipal du 26 décembre, Recueil des Etals généraux, Bibl. Méjanes, n" 3l32'j, t. I, pièce 11.
(4) Archives nationales, II, 1240. M. d'André à Necker.
(5) Archives nationales, H, 1240. Lettre de M. de la Tour à Necker, 4 janvier 1789.
5fi MIRABEAU ET LA PROVENCE.
Son arrivée à Aix devança de peu l'assemblôo du 29 qu'il n'essaya point d'empi^cher.
Kilc (li'viiil d'abord se tenir dans la faraude salle de l'HcMel de ville. Les consuls ju^^orunt sans doute que cette salle ne serait j)as assez vaste, et indiquèrent la chapelle des Pénitenis des Carmes, rue du Louvre. Mais M. de La Salle, conseiller au Parlement, (jui était recteur de celte chapelle, s'en lit remettre les clefs et refusa de les livrer. — Les consuls se rabattirent alors sur l'église du collège Bourbon et, dès le 28 au soir, firent publier l'assemblée dans les rues d'Aix à cor et à cri (1).
M. de La Tour accuse cette assemblée d'avoir été tumultueuse. Peut-être faut-il entendre simplement qu'elle fut nombreuse (2) et d'un caractère populaire. Le premier ordre n'y compta que trois représentants, dont deux curés; on n'y vit que six gentilshommes, deux d'entre eux étaient possesseurs de fiefs et de très petits fiefs (3). Par contre, les marchands, les artisans, les paysans, les simples manouvriers remplirent l'édifice (4) ; mais les orateurs et les hommes capables de diriger les délibérations de cette multitude ne manquèrent pas. Trente procureurs, trente avocats et parmi eux les membres les plus distingués du barreau provençal, Portalis, Siméon, Pascalis, étaient là avec un certain nombre de bourgeois. Les consuls présidaient en chaperons. M. d'André aurait voulu se rendre à ce meeting. Quelques-uns de ses collègues l'en dissuadèrent; mais il envoya sa pensée enfermée dans un mémoire qui ne faisait que développer le comparant.
Ce mémoire fut lu. De son côté Pascalis, qui devait deux jours plus tard déposer sa dignité d'assesseur, prouva, dans un discours serré et substantiel, que seule la convo-
(1) Fauris de Saint-Vincens, Journal, p. 779.
(2) Douze cents personnes y prirent part.
(3) D'après la relation des consuls d'Aix, il n'y eut même qu'un seul noble possédant fief. Lettre des consuls d'Aix à Necker, reçue le 10 janvier 1789. Archives nat.. H, 1240.
(4) Archives nat., H, 1240. Lettre de M. de La Tour à Necker, du 4 janvier.
cation des trois ordres de la nation provençale pouvait rendre le calme à cette nation, lui ménager d'heureuses réformes dans sa constitution avec une vraie représentation dans les Etats généraux.
Ces conclusions, qui étaient celles du mémoire de M. d'André, furent votées d'acclamation. On résolut de nommer quatre députés pour porter au meilleur des rois les réclamations de la Provence et l'hommage de ses vœux et de son amour. Les noms de Siméon et de Portalis furent mis en avant, mais on leur préféra les avocats Bouche et Barlet. Ce dernier s'excusa pour raison de santé. Restaient trois délégués à désigner. Le Conseil de ville, renforcé d'une centaine de citoyens, fit choix de MM. Levêque, Pochet et Mollet de Barebelle, ex-consul (1).
Ces délégués, que nous appellerons tout simplement désormais les députés de la ville d'Aix, se mirent en route le 3 janvier. Après un pénible voyage dont le début fut marqué par un accident, ils arrivèrent à Paris le 14, à midi, et allèrent descendre à l'hôtel de Bourbon, rue Jacob (2).
Avant leur départ, ils avaient eu un moment d'entretien à l'Hôtel de ville avec les nouveaux magistrats municipaux entrés en charge le l^"" janvier 1789, ou peut-être avec le seul assesseur Roman-Tributiis (3).
Les consuls (4) ne devaient pas, au fond, être favorables à leur mission. Le second et le troisième, de Duranti- Collongue et Arnulphy, inclinaient plutôt vers le parti aristocratique et conservateur (5). Le premier, de Roux,
(1) Fauris de Saint- Vincens , Journal ms,, p. 778 et suiv. Procés-verbal des trois ordres de la ville d'Aix, du 29 décembre 1788, dans le recueil des Etats généraux, Bibliothèque Méjanes, 31324, t. I.
(2) Fauris de Saint- Vincens , Notes et recherches historiques sur Aix, t. III (mss., Bibl. Méjanes, 1014), p. 1213. Lettres des procureurs du pays, mss., Bibliothèque de Marseille, Fa, 15, f" 22 et 9.
(3) Lettres des procureurs du pays, etc., f" 21.
(4) Ces consuls, comme l'assesseur, du reste, devaient tous être inscrits sur les listes de l'émigration du département des Bouches-du-Rhône (Bibliothèque de Marseille, II, C, carton 1, in-4°, DeK, 714, Catalogue des noms des Français émigrés des Bouches-du-Rhône).
(5) Lettres des procureurs du pays, etc., f° 9.
58 ^fInAnEAU et la pnovENCE.
seigneur de Chtirleval et marquis de La Fare, ancien ofRciei* des vaisseaux du roi, chevalier de l'ordre royal el militaire de Saint-Louis, ajtpartenait à la branche cadette d'uuc fauiillo ori^iiiairr de la Calabre et qui figure, drs le quatorzième siècle, parmi la noblesse de Provence (1). Il tenait fortement aux intérêts et aux privilèges de son ordre (2).
Son installation et celle de ses collègues ne purent avoir lieu suivant les formes ordinaires.
Leurs prédécesseurs leur remirent le chaperon dans la salle du Conseil et non pas, comme d'habitude, sur une estrade dressée dans la cour. Le froid fut la cause de cette dérogation à l'usage; mais, au milieu de l'effervescence générale, on prit à peine garde aux rigueurs de cette température exceptionnelle (3).
Toutes les vigueries adhéraient, les unes après les autres, aux délibérations du 29 décembre (4). Le tiers état se sentait encouragé par la décision du Conseil du roi (5), qui accordait à l'ordre la double représentation. D'un bout à l'autre de la Provence, il imposait aux représentants qu'il envoyait à Aix le mandat de protester contre l'illégalité des états provinciaux, de n'assister que passivement à leurs
(1) Titres de la famille de RufTo de La Fare (Bibliothèque Méjanes, inss., n» 962, p. 4).
(2) Lettres des procureurs du pays, etc., f° 20. — RomanTnbutiis à MM. les députés d'Aix, 14 février 1789 : « Je suis associé, dans l'administra- » tion, à un gentilhomme possédant fief, honnête, généreux, mais qui tient, » par fierté, aux intérêts de son corps. »
(3) De Ribbe, Pascalis , etc., p. 15?. — Cérémonial de la ville d'Aix, Archives municipales, f" 2(j4 et 290. — A Marseille, la rigueur de la température obligea également de modifier, le 1" janvier 1789, pour l'installation des doux nouveaux échevins, MM. La Flèche et Verdilhoa, le cérémonial observé d'ordinaire. Le pavé était couvert de glace et de neige congelée depuis le samedi 27 décembre. La municipalité décida de ne pas se rendre solennellement à la Major, et fit célébrer la messe dans la chapelle de l'Hôtel de ville. On ne dressa pas dans la grande salle, mais dans celle du conseil, la table pour le diner d'usage. Elle était de trente-six couverts. Le repas fut d'ailleurs beau et parfaitement servi (Archives municipales de Marseille, Cérémonial, n" 4, commencé le 5 avril 1780 et fini le 2 octobre 1791, f" 78).
(4) De Ribbe, Pascalis, etc., pp. 160-1.
(5) Résultat du Conseil du 29 décembre.
délibérations et de leur refuser le droit de députer aux Etats généraux.
La noblesse semblait vouloir répondre à cette attitude' du tiers état par un redoublement d'inflexibilité et de hauteur.
Dans une réunion préliminaire, le 21 janvier, elle émit un vote que le président de Saint-Vincens qualifie d'incendiaire. Elle arrêta : 1° de protester contre le doublement du tiers ; 2° d'enjoindre à ses députés de se retirer si, dans les Etats généraux, on votait par tête et non par ordre (1).
Au milieu de ce conflit d'idées et de passions, le gouvernement adoptait une politique indécise et louvoyante.
Pour plaire au Parlement et à la noblesse, il cassa, par un arrêt du Conseil, la délibération de l'assemblée du 29 décembre; mais, en môme temps, il convint avec les commissaires du roi et avec le président des Etats qu'il ne serait pas question de cet arrêt si d'autres communautés avaient suivi l'exemple d'Aix. Lorsque ces commissaires et l'archevêque d'Aix prirent sur eux de s'écarter de ce qui leur était si expressément recommandé , le garde des sceaux, M. de Barentin, ne cacha pas au prélat son déplaisir et ses appréhensions (2) ; pourtant il ne pouvait pas se plaindre que la lettre des instructions ministérielles eût été positivement violée. L'arrêt avait été annoncé mais non encore signifié aux chefs du mouvement. M. des Galois de La Tour s'était contenté de le communiquer amiablement aux consuls d'Aix, en leur laissant entendre qu'avec de la modération leur Conseil municipal pourrait en faire une lettre morte (3). On sait les opinions et les tendances politiques de ces consuls. L'assesseur, M. Roman-Tributiis, qui était plus dans le mouvement, se vantait d'être fort
(1) Fauris de Saint-Vincens, Jovrnal ms. du Parlement, p. 788.
(2) Archives nationales, B, III, 2, p. 81.
(3) Lettres des procureurs du pays de Provence, Bibl. de Marseille, Ms Fa 15, f° 9.
GO MinAUF.AU ET LA PROVENCE.
modéirô (1). Ses collpfînos et lni-m(^me so flronl aiilorisor par le Conseil de ville, dont ils (Haietil les représentantsnés, j\ de lar^^es concessions dans les Etals provinciaux (2).
Troji confiants dans ces symptômes isolés d'apaisement, l'archevêque d'Aix cl les commissaii'cs du roi auprès des Etats crurent pouvoir se promettre et [iromeltre aux ministres une heureuse issue de cette session |)rochaine. « Malj,'ré les dilîicultés avec lesquelles les affaires se mè- » nent, » écrivait M. de Caraiiian à Necker, « j'espère » que le résultat des Etats de Provence sera tel que vous » pouvez le désirer. » — « Nous voulons, » mandait de son côté M. de Boisgelin, « tous deux concilier, M. de La » Tour et moi, et nous espérons y réussir (3). »
L'archevêque d'Aix était alors l'objet d'une prévention générale, comme s'il eût été responsable de la concession obtenue par la noblesse. Quelques personnes avaient môme cru qu'il ne viendrait pas présider les Etats (4) ; mais il comptait sur son habileté à manier les esprits. M. de La Tour s'imaginait sans doute inspirer encore au tiers état les sentiments qui lui avaient fait voter, au printemps précédent, une médaille par les communautés rassemblées à Lambesc. Rentré {)eu de jours auparavant à Aix, M. de Caraman venait d'être largement dédommagé de la réception plus que froide et sévère que la population lui avait faite, le 8 juin dernier, sous le coup des édits et de l'attentat ministériel du 8 mai 1788. Les quatre syndics généraux de la coterie des artisans étaient allés lui apporter les respectueux hommages de ce grand corps. Le comte de Caraman avait répondu par de chaleureux remerciements et par des protestations de dévouement. Le 21 janvier, l'assemblée de la coterie en ordonnait la transcription sur ses registres (5).
(1) Lettres des procureurs du pays de Provence, f" 9 et 21. CO Idem, (° 9.
(3) Archives nationales, II, l'240 : l'archevêque d'Aix à ***; M. de Caraman à Necker, 24 janvier 1789.
(4) Lettres des procureurs, etc., f" 3.
(5) Archives municipales d'Aix , armoire des anciennes corporations,
Avec leur expérience, leur talent ou leur popularité, MM. de Boisgelin, de La Tour et de Caraman pouvaient bien ne pas rester au-dessous de l'œuvre de conciliation qu'ils entreprenaient.
Il y avait pourtant dans leur espérance un peu d'illusion et beaucoup de cet optimisme que l'on appellerait volontiers de l'optimisme officiel.
La session de ces Etats devait être orageuse et courte. Elle ne dura pas plus d'une semaine.
Le 26 janvier et non le 25, qui était un dimanche, elle s'ouvrit avec la pompe accoutumée (1).
Dans un fragment publié de ses mémoires, le comte Portails, le fils du célèbre avocat, nous présente un tableau très vivant de la procession des Etats se rendant, le jour de l'ouverture, de Saint-Sauveur à l'église du collège de Bourbon.
Une ligne de soldats formait la haie sur tout le parcours du cortège.
En tète marchait le comte de Caraman avec l'archevêque d'Aix à sa droite et M. des Galois de La Tour à sa gauche. Suivaient les évêques, les prévôts, les députés des chapitres ; puis, à quelque distance, le corps des nobles possédant fiefs, avec leurs habits de cour tout brodés d'or, d'argent et de soie, avec les riches nœuds qui paraient leurs épées. Leur démarche et leurs regards étaient pleins de hauteur et de fierté. Venaient ensuite les représentants du tiers état, les consuls des communautés avec leur chaperon de velours pourpre et noir qui drapait leur épaule droite. « Tous, » ajoute le comte Portails, « étaient soigneusement, mais modestement vêtus et généralement désarmés. Leur contenance n'en était pas moins ferme et moins fière. »
registre des délibérations de la coterie d'arts et métiers : assemblée du 21 janvier 1789.
(1) Procès-verbal, manuscrit des Etats de Provence de 1789, C, 101, f" 102-103.
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Entre la noblesse et le tiers étal et le dernier de l'ordre de la noblesse, s'avançait nn dépnté dont le visa^^e et l'attitude attiraient fortement l'attention. La main droite sur le ponniieau do son éjx'e, nn cbapeau à plumes blanclies sous son bras gaunlie, il tenait la trie liante et renversée en arrière. Son œil perçant et scrutateur parcourait la foule dos spectateurs. « Sa laideur avait quelque chose d'imposant et son visage, creusé par la petite vérole, exprimait l'énergie d'une volonté forte et de passions aussi mobiles que violentes (1). » C'était Mirabeau.
(1) Extrait des mômoires de M. le comte Portails, dans les Séances et tr&vRUX de l'Académie des sciences morales et politiques, t. XLVIII, p. 365-7. — Le comte Portalis applique cette description à l'ouverture des Etats précédents; mais elle ne peut se rapporter qu'à ceux de 1789. Mirabeau n'assistait pas aux autres. Ces mémoires, qui reproduisent quelquefois d'une manière piquante la physionomie générale des hommes et les événements, sont pleins d'erreurs de faits.
On a cru devoir donner ici, dans son ensemble et sans rien changer, le crayon du tableau composé par M. le comte Portalis; cependant, notre souci scrupuleux de l'exactitude historique nous fait un devoir de remarquer que, sur un point de détail, les souvenirs du comte Portalis l'ont trompé. Le procès-verbal manuscrit des Etats de Provence de 1789 (Archives départementales des Bouchcs-du-Rhônc, C, 101, f"' 102, 103), nous prouve que dans la journée du 26, les commissaires du roi ne marchaient pas à la tcte de la procession des Etats, soit lorsqu'elle se rendait au collège Bourbon, soit lorsqu'elle en revenait.
Un de nos lecteurs, juge aussi bienveillant qu'éclairé, nous a exprimé ses doutes sur l'exactitude de l'ordre dans lequel le comte Portalis fait défiler le clergé, la noblesse et le tiers à la procession d'ouverture des Etats. Je renvoie ce lecteur à la description très complète de cette procession dans le Journal de Fauris de Saint- Vincens(p. 504-505). On y voit que le clergé, l'archevêque d'Aix en tête, ouvre la marche. Après le clergé, viennent, sans interruption, les gentilshommes, puis les deux députés de Marseille (a), les consuls et assesseur d'Aix, et enfin les autres membres du tiers. Sans doute, cette description se rapporte aux Etats convoqués pour le 30 décembre 1787; mais il s'agit ici d'un cérémonial qui n'a pas été modifié. Le président Fauris de Saint-Vincens nous l'apprend. Il dit, au sujet de l'ouverture des Etats de 1789 (p. 792) : o Les Etats ont commencé le lundi 26 janvier par les mêmes cérémonies et harangues que l'année dernière. »
(o) Les députés de Marseille se retirèrent lors de la session de 1787-8, pour n'être paa témoins de la préséance de ceux d'Arles. — (Goriolis, Dissertation, etc., p. 39).