CHAPITRE PREMIER
Si Mirabeau, dans la procession d'ouverture des Etats de Provence, le 26 janvier 1789, attirait si fort Tattention de la foule, c'est qu'en attendant de devenir l'illustre orateur de la Constituante, il était déjà le fameux comte de Mirabeau.
Rappelons les titres de célébrité, sinon de gloire, avec lesquels il se présentait aux Etats de sa province et, pour les rappeler, disons ce qu'il avait été, ce qu'il était (1).
Son génie, impatient de se déployer, semblait refléter les traits de sa ternpestive race, celle des Riquetti.
Cette race prétendait se rattacher aux Arrighetti, de Florence. On sait aujourd'hui qu'elle ne jouissait encore, au commencement du seizième siècle, que d'une noblesse fort
(1) « Le sujet n'est pas neuf, » écrivions-nous en 1887; il semble l'être devenu moins encore depuis ce moment; mais, en réalité, la savante monographie de M. Alfred Stern, de Zurich, et le troisième volume des Mirabeau par M. Ch. de Loménie l'ont peut-être moins épuisé qu'étendu et renouvelé^ Malgré le respectueux honmiage que nous devons à ces magistrales études, nous avons le droit de déclarer que le récit que l'on va lire est un travail personnel écrit d'après les textes et les documents originaux. L'abondance de ceux que M. Lucas de Montigny a mis à notre disposition ne nous empêche pas de réitérer le tribut de reconnaissance que, dans notre première édition, nous étions heureux de payer à l'érudition si complète ej si généreuse de M. Alexandre Mouttet. Nous ne saurions oublier que, sur le mariage, l'année critique et le procès de Mirabeau, il nous a communiqué, dans toute leur nouveauté inédite, des pièces officielles ou des lettres d'uae importance capitale.
66 MIRADEAU ET I-A PHOVENCE.
contestée. Les Kiciuclli s'olaiciiL enrichis par le commerce i\ Marseille (l). Leurs tlesceiidanls vécurent assez obscurs juscju'au moment où, sur la fin du dix-septième siècle, Jean-Antoine do Ui(]uutli, marquis de Mirabeau, sembla évoquer l'imai^e des vieux barons gibelins de la Florence du treizième siècle par sa bravoure, sa hauteur, son indépendance de lanyaye et de caractère et par ses sinyularités tranchantes, comme disait un de ses fils (2).
A quarante-deux ans, « criblé de blessures, le bras droit cassé et enveloppé dans une écharpe noire, la tête soutenue par un collier d'argent caché sous sa" cravate, » il se maria en avril 1708, avec une jeune et belle personne, M"" de Castellane-Norante (3).
Elle lui donna sept enfants, dont trois fils : Louis-Alexandre, Jean-Antoine-Joseph-CharlesElzéar, le futur chevalier puis bailli de Mirabeau, et l'aîné, le marquis Victor de Riquetti, qu'on devait appeler l'ami des hommes, et qui naquit à Pertuis le 4 octobre 1715 (4).
L'aventureuse carrière du plus jeune, Louis-Alexandre, est en dehors du cadre de ces études. Nous ne nous occuperons que de ses deux frères.
Jean-Antoine-Joseph-Charles-Elzéar (5) était le plus beau des fils du vieux marquis au cou d'argent. Ce fut aussi le meilleur par le cœur, par le caractère, même par l'esprit.
Dans sa jeunesse pourtant, il paya son tribut aux instincts de sa race. Le marquis nous parle de ses fréquentes condamnations à la prison militaire pour faits d'ivresse (6).
Il est vrai qu'il avait débuté bien jeune dans la marine. Dès douze ans et demi, il servait à bord des galères du roi ; à seize, il montait sur celles de l'ordre de Malte, dans lequel son père l'avait fait admettre tout enfant. Aussi, à
(1) De Loménie, Les Mirabeau, t. I, p. 29-30.
(2) Id., ibid., t. I, p. 88.
(3) Id., ibid., t. I, p. 92.
(4) Id., ibid., t. I, p. 351.
(5) Né à Pertuis, le 8 octobre 1717.
(6) Louis de Loménie, Les Mirabeau, t. I, p. 158 et 163.
l'âge OÙ les autres commencent leurs folies, il termina les siennes. A dix-huit ans, il était déjà un sage (1).
Vingt campagnes périlleuses où il se comporta vaillamment rélevèrent au grade de capitaine de vaisseau en 1752, et bientôt après au poste de gouverneur de la Guadeloupe (2).
En septembre 1755, il revint en France sur sa demande motivée par l'état de sa santé gravement atteinte.
Dans l'exercice de la charge qu'il venait de quitter, il avait appris, disait il lui-même, à gouverner leshonimes (3).
On conçut autour de lui et pour lui de hautes ambitions qu'il partageait jusqu'à un certain point, entre autres celle de le voir ambassadeur à Constantinople ou ministre et régénérateur de la marine française. Mais avec de grandes qualités, il n'avait pas cette patience, cette souplesse, cette ténacité de sollicitations qui entrent pour une si bonne part dans l'art de réussir. Craint des bureaux qu'il n'aimait pas (4), il prétendait que les antichambres le feraient devenir fou (5). Pourtant l'abbé de Bernis, et surtout le docteur Quesnay, semblèrent un moment lui ménager la faveur de M'"'' de Pompadour (6).
Cette faveur fut bientôt traversée par l'envie ou la malveillance (7j, et compromise par une boutade du chevalier de Mirabeau lui-même. « Quel dommage, » lui disait M""* de Pompadour, « que les Mirabeau aient de si mauvaises têtes! )) — « Madame, » lui répondit le chevalier, « il est vrai que c'est le titre de légitimité dans cette maison ; mais les bonnes et froides têtes ont fait tant de sottises et perdu tant 'd'Etats, qu'il ne serait peut-être pas
(1) De Loménie, Les Mirabeau, t. I, p. 206.
(2) Ici., ibid., t. I, p. 215.
(3) Id., ibid., t. I, p. 217-221, et 227-228.
(4) Id., ibid., t. I, p. 170 et 238.
(5) Id., ibid., t. I, p. 219.
(6) Id., ibid., t. I, p. 220-221, et 230-232. ^7) Id., ibid., t. I, p. 234-5, et 239.
f)8 MinABEAlI ET LA PROVENCE.
fort impnidonl d'essayer îles mauvaises. Assiiiéinoiil, du moins, elles no feraient pas pis (1). »
Le conseil ne plut pas. Sentant (pi'il n'avait rien ;\ attendre du vi/.ir fciuiiiiu qui ;j;ouvernait la France, le chevalier résolut, non sans un peu d'hésitation, de se tourner vers ce (ju'il ap{)elait son couvent (2). 11 i)ronon(;a ses v(eux h Marseille, partit pour Malle, y déhai-qua le 5 juillet 1761 (3), devint hientôt après hailli, puis général des galères de l'ordre, le 12 janvier 17G3 (4). C'était une charge onéreuse; elle imposait au titulaire une dépense de cent trente à cent quarante mille livres, mais donnait droit à une commanderie de faveur (5).
Le bailli, — c'est par ce titre pour ainsi dire consacré que nous désignerons désormais Charles-Elzéar de Mirabeau, — avait poursuivi les progrés de sa fortune dans l'ordre de Malte, à l'instigation et avec les secours pécuniaires de son frère aîné (6).
Ce frère, le marquis, le père de l'orateur, eut, de 1756 à 1776, vingt ans d'une renommée voisine de la gloire. Ami et disciple de Quesnay, royaliste, catholique, féodal, gothique même, en même temps philanthrope sincère, quoi qu'on en ait dit, il se consacra, avec autant de fougue que de persévérance , à la défense de la doctrine et de la liberté économiques. Ecrivain infatigable, il avait passé la plus grande partie de sa vie la plume à la main. Il devait, en mourant, laisser quatre cents cahiers in^", rédigés par lui, toute une bibliothèque. « Si ma main avait été de bronze, disait-il, elle se serait usée. »
Il écrivait trop pour bien écrire; pourtant il avait, surtout dans ses lettres, du trait, quelque chose de prime-
(1) De Loménie, Les Mirabeau, t. I, p. 228-229.
(2) Id., ibid., t. I, p. 281.
(3) Id., ibid., t. I , p. 299-301.
(4) Id., ibid., t. I, p. 311.
(5) Id., ibid., t. I, p. 294-295.
(6) Id., ibid., t. I, p. 307-308.
sautier et de saisissant, des expressions et des tours à la Saint-Simon.
Supposez que toutes ces puissances d'esprit et de caractère s'accroissent, se développent, s'épurent et quelquefois aussi s'altèrent et se faussent, et vous pourrez pressentir ce que sera Mirabeau.
On a dit que le génie touche de près à la folie.
La folie faisait partie de l'héritage que Mirabeau reçut de sa grand'mère paternelle, la veuve de Jean-Antoine.
Après quatre-vingts ans d'une piété et d'une vertu exemplaires, cette malheureuse mère tomba dans une démence tranquille d'abord, puis furieuse, se mit à tenir des propos qui auraient révolté les oreilles d'un grenadier, à proférer les blasphèmes les plus horribles et à témoigner pour les femmes une aversion dans laquelle il ne serait pas impossible de retrouver la trace des sentiments que lui avait inspirés sa belle-fille, la marquise de Mirabeau (1).
Celle-ci était une riche héritière limousine, Marie-Geneviève de Vassan. Le marquis l'avait épousée avec une étourderie d'autant moins excusable qu'il ne s'était laissé guider que par des considérations d'intérêt et par l'espoir d'assurer de grands biens à sa famille (2).
Sans être précisément laide , la marquise avait dans les yeux et dans la bouche comme « une expression d'ejffronterie sensuelle assez marquée (3), » et dans toute sa personne un défaut que le dix-huitième siècle, très tolérant pour les mœurs, ne pardonnait pas aisément : elle manquait de tenue ; ses manières étaient ridicules et fermèrent à son mari la carrière diplomatique à laquelle il songea un moment après son mariage. Elle avait de l'esprit et du cœur, le trait et la plaisanterie ; mais le « robinet une fois lâché, « suivant l'expression du marquis, elle n'était plus
(1) Souvenirs du baron de Gleichen, p. 116-8. — De Loménie, Les Mirabeau, t. I, p. 118-123; t. II, p. 449.
(2) De Loménie, Les Mirabeau, t. I, p. 421-430.
(3) Id., ibid., t. II, p. 444.
70 MinAREAU ET LA PROVENCE.
maîtresse de sa loqiiarité. L'acrès de rire et de parler prenait pou î\ |)eu l'air d'une attaque de vapeur. La marquise avait, au su|»rc'me de^^ré, ce que les anciens appelaient Vimpotentia mulicbris. EUo fut toujours la dupe de sa j)ropre violence. Ses iu^^lincU imprlucux, « ses affections sulfureuses (1), » comme disait son fils, « la conduisaient à leur ^ré. » Une ju'odiualitj'î effrénée , une déplorable facilité à l'emprunt s'alliaient, chez elle, à une telle passion pour le jeu, qu'elle eût « joué les pieds dans l'eau. » Ajoutons que son caractère était difficile et son humeur acariiitre (2).
Après vingt ans passés avec sa femme, qui furent pour lui vingt ans de coliques néphrétiques, le marquis découvrit que 5a croix était honteuse et son honneur conjugal blessé (3).
Il exila cette indigne mère de ses enfants, tout en reculant, pour de misérables considérations d'intérêt, devant une séparation de corps et de biens qu'exigeaient sa dignité et son repos (4).
Une femme belle, habile, insinuante, de manières et de mœurs extérieurement décentes, M™^ de Pailly prit peu à peu à ce foyer la place que la marquise avait dû laisser vide (5). Elle aggrava l'anarchie qui régnait dans cette famille, et n'inclina pas le marquis à l'indulgence [tour son fils aîné, le comte de Mirabeau, Gabriel-Honoré de Riquetti.
Celui-ci naquit le 9 mars 1749, dans ce château du Bignon (6) que son père avait acheté aux environs de
(1) Mirabeau, Lettres à Sophie, t. II, p. 425.
("2) De Lomcnie, Les Mirabeau, t. II, pp. 442-5, et 452-4.
(3) Correspondance générale entre le bailli el le marquis de Mirabeau : le marquis au bailli, Paris, 14 juillet 1777. t. VII. p. 408; le marquis au bailli, 2 avril 1783 : « Je n'ai repoussé ma femme que quand le seul cas qu'on ne peut rejoindre m'a été prouvé irrémédiable, » t. X, p. 40.
(4) Id., ibid. : le marquis au bailli. 25 juillet 1775, t. VII, p. 135 bis; le bailli au marquis, 3 août 1775, t, VII, p. 153; le bailli au marquis, 7 juillet 1777, p. 410. — Louis de Loménie, Les Mirabeau, t. II, p. 462-470.
(5) Al. Stern, Das Leben Mii-abeaus, t. I, p. 54.
(6) Acte de baptême de Mirabeau, publié par le Journal du Loiret, et communiqué par M. Paul Arbaud.
Montargis. La tête de l'enfant avait des dimensions surnaturelles. Il vint au monde un pied tordu et la langue enchaînée par un filet. Sa taille et sa vigueur étaient d'ailleurs extraordinaires ; il avait deux dents molaires formées (1).
On lui donna pour nourrice une robuste maréchale du pays, une maîtresse femme qui devait élever deux couvées d'enfants, tout en maniant le marteau et frappant l'enclume , — par passe-temps , car elle trouvait que cela allongeait le bras.
Son aristocratique nourrisson ne tarda pas à devenir dru et fort; mais à l'âge de trois ans, il fut atteint d'une petite vérole confluente, très maligne. Un traitement malheureux, imaginé par la sollicitude peu éclairée de sa mère, le laissa avec le visage marqué et cicatrisé pour toujours. « Ton neveu , » mandait le marquis à son frère le bailli, « est laid comme celui de Satan (2). »
Sous cette laideur devait se cacher ou plutôt rayonner beaucoup d'esprit et d'intelligence. L'enfant était espiègle, très questionneur, fort agissant. Il donnait de l'occupation, et quelques-unes de ses reparties, bien au-dessus de son âge, ne laissaient pas que d'embarrasser ses interlocuteurs. Il avait sept ans ; un cardinal venait de lui donner la confirmation au Bignon. On lui expliquait que Dieu ne pouvait pas faire de contradictions, par exemple : un bâton qui n'eût qu'un bout. Il demanda si un miracle n'était pas un bâton à un seul bout. Sa grand'mère ne lui pardonna jamais cette objection (3).
L'antipathie de cette douairière pour son petit-fils ne fit que croître. Elle avait sur les idées et les sentiments du marquis un grand empire. Nul doute qu'elle n'ait contribué à le rendre plus sévère pour son fils.
(1) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 238.
(2) Idem, t. I, p. 240.
(3) Idem, t. I, p. 247; Lellres à Sophie, t. II, p. 318.
72 MIRABEATT ET LA PIlOVENCE.
Le marquis roronnnissait l)ipn, à certains moments, chez cet enfant, des (|iialil('s (jui n'appartiennent qu'à nne nature supérieure : taul(^t une eharilo compatissante, tantôt je ne sais (luelle liauleur de rcinir sous la ja(|uette d'un banihin. « Cela, » disait-il. « a un ('li'an^e iiislincl d'orgueil, noble |)()nrlant. (Vest un embryon de matamore ébouriffé, qui voudrait avaler tout le monde avant d'avoir douze ans. C'est, » ajoutait le marquis, « une intelligence, une mémoire, une capacité qui saisissent, ébahissent, épouvantent (1). »
Malheureusement, le marquis était encore plus frappé des défauts et des germes de vices qui se révélaient chez cet enfant extraordinaire. Il le traitait avec une rigueur qui ne pouvait qu'exaspérer une nature fiére, irritable. « Vous en ferez un scélérat, pouvant en faire un grand homme (2), » lui disait son ami, le baron de Gleichen. Mirabeau devait se plaindre plus tard de n'avoir jamais reçu un encouragement de son père, jamais un mot d'éloge qui pût le porter au bien (3).
Au fur et à mesure qu'il grandit, la sévérité dont il était l'objet, grandit aussi. A quinze ans, pour le punir, dit-on, d'une satire composée contre M'"" de Pailly (4), son père le fit enti'er dans l'école militaire préparatoire que dirigeait, à Paris, l'abbé Choquard.
« Cet homme, » écrivait le marquis, « est roide et force les punitions. »
Il s'en fallait de beaucoup, pourtant, que l'abbé Choquard fût un pédagogue renfrogné et bourru.
Le souvenir de deux Anglais de distinction, qui furent ses élèves, Hugues et Gilbert EUiot, nous le représente plutôt comme le meilleur homme de France. Un tour d'esprit novateur, peut-être un peu chimérique, et une prodi-
(1) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 254-5.
(2) Souvenirs du baron de Gleichen, p. 116.
(3) Mirabeau, Lellres à Sopliie, t. II, p. 56.
(4) A. Stern, Das Leben Mirabêaus, t. I, p. 65-66.
galité aventureuse devaient le conduire à la prison pour dettes, à la ruine (1). Il s'efforçait d'accommoder aux idées, aux mœurs, aux goûts du siècle, l'éducation moderne et même assez mondaine qu'il donnait dans son école, et qui fait déjà songer à celle du célèbre collège de Sorèze, sous la direction de l'ex-bénédictin Ferlus.
Revêtus d'un élégant uniforme bleu et or en hiver, bleu et argent, avec un gilet de soie en été, les élèves de l'abbé Choquard étudiaient les mathématiques, les langues anciennes et vivantes, les arts d'agrément, apprenaient la nage, l'escrime, le jeu de paume, la danse, s'initiaient aux exercices militaires et n'étaient pas embarrassés pour paraître et parler en public (2).
La Saint-Louis ramenait pour eux l'occasion de déployer leurs talents.
Le 12 septembre 1765 , Hugues Elliot racontait à sa mère la manière dont ses camarades et lui-même venaient de célébrer cette fête royale et nationale.
Ils se montrèrent d'abord en armes et exécutèrent plusieurs évolutions militaires jusqu'à la tombée de la nuit; puis, en un instant, le champ de manœuvres devint une salle de danse. C'était en plein air, à Textrémité du jardin de l'école ; des guirlandes et des lustres y formaient une très jolie illumination. « Nous dansâmes des pas de théâtre jusqu'à dix heures du soir, » ajoute Hugues Elliot. « Entre chaque danse, des artistes de l'opéra entonnaient des cantates à la louange du roi. » Le tout se termina par un feu d'artifice (3).
Le régime de cette école n'était, on le voit, ni bien dur, ni bien austère ; mais le marquis de Mirabeau avait recommandé tout particulièrement son fils aux sévérités de l'abbé
(1) A memoir of Ihe right honorable Hugh Elliot, hy the countoss of Minto, p. 13-14.
(2) A memoir, etc., by the countess of Minto, p. 5.
(3) A memoir, etc., by the countoss of Minto, p. 5.
Choqiiard (1). L'acharnement de cette rijïueur paternelle frapj)ait les élèves de la pension. Dix-neuf ans plus tard, Clilbert Elliot, parlant à son frère Hugues du comte de Mirabeau, rai>pelail leur ancien camarade persécuté, an old persecuted scfiool fellow ("2).
Ce dernier était arrivé chez l'abbé Choquard, le creur profondément blessé d'une humiliation qui venait de lui être infligée.
Son père n'avait pas voulu qu'un nom habillé de quelque lustre fût traîné sur les bancs d'une école de correction. « J'ai, » raconte le marquis à son frère, « fait inscrire sous le nom de Pierre Buflière (c'était le nom d'une des terres de la marquise de Mirabeau) ce monsieur qui a récalcitré, pleuré, ratiociné en pure perte; je lui ai dit de regagner mon nom; que je ne le lui rendrais qu'à bon escient (3). »
Il s'appliqua à le reconquérir par de brillantes études qui comprirent le latin, le grec, l'anglais, l'italien, l'allemand, l'espagnol. Doué d'une remarquable variété d'aptitudes, il ne s'attacha pas aux sciences avec moins d'ardeur et de succès qu'aux lettres ; en deux ans , il poussait les mathématiques au delà du calcul intégral et différentiel (4). Les beaux-arts lui devenaient familiers ; il maniait le crayon avec une véritable dextérité d'artiste, s'initiait aux secrets de la composition musicale et devait conserver toujours un sentiment profond des beautés de cet art si intime. Au milieu des plus rudes labeurs ou des plus cruelles épreuves de sa vie , une heure de musique le délassait et le consolait (5).
Ses brillantes facultés et ses rapides progrés relevèrent
(1) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 276.
(2) A memoir, etc., by the countess of Minto, p. 285.
(3) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 276-277.
(4) Lettres à Sophie, t. II, p. 241.
(5) Mérnoires de Mirabeau, t. I, p. 277-278. Lettres à Sophie, t. I, p. 286; t. II, p. 419 : « J'ai fait ici de la musique en sanglotant, et cette musique est bonne. » — Lettre de Mirabeau à M"' de Vence, communiquée par M. Mouttet,
bientôt au premier rang. En outre s'annonçaient déjà chez lui ce talent et cet art de diction qu'il devait posséder à un si haut degré, et qui est une partie si importante de l'éloquence (1).
A la distribution des prix de 1765, il prononça un éloge des mathématiques composé sous forme de discours par l'abbé Choquard. Il fut universellement applaudi (2).
L'art et le bonheur avec lesquels il devait un jour faire valoir les idées des autres, commençaient dès ce moment à se révéler.
En même temps, l'ascendant qu'il exerçait sur ses camarades, la sympathie qu'il leur inspirait, étaient comme un présage de la popularité dont les puissances irrésistibles de sa parole et de son génie lui réservaient les enivrantes jouissances.
A la suite de quelques fautes nouvelles, son père avait résolu de le clore dans une véritable maison de correction, celle de Saint-Yon. Ses condisciples signèrent tous une pétition en sa faveur et chargèrent une députation de la présenter au marquis. Le marquis consentit à leur laisser son fils pour trois mois encore, pendant lesquels on le guetterait de près; et plaçant une menace à côté de cette concession et de cette promesse, il ajoutait qu'il n'était plus d'avis de faire de ce monsieur sa croix viagère (3).
Jaloux de son autorité paternelle jusqu'à la tyrannie , le marquis se rendait malheureux lui-même. Au fond de ses rigueurs, dont il souffrait à son tour, il y avait surtout un penchant naturel à cette pédanterie avec laquelle, lui disait son frère le bailli, « on rate tous les hommes à faire et l'on ennuie tous les hommes faits (4). »
(1) Correspondance générale entre le bailli et le marquis de Mirabeau, t. X, p. 342 : le marquis au bailli, 7 août 1782 : « toujours prêt à lire haut » et avec choix. «
(2) A mernoir, etc., by the countess of Minto, p. 6.
(3) De Lornénic, Les Mirabeau, t. III, p. 27. — Correspondance générale entnt le bailli et le marquis de Mirabeau, t. X, p. 432 : le marquis au bailli, Paris, 7 août 1782.
(4) Correspondance générale, etc., t. VI, p. 352.
76 MinAuriAi) f,t la pnnvF.Nnr:.
Le jeune comte frémissait sous le joug qui s'appesantissait sur lui et nienaçail de devenir plus lourd encore.
Ami des deux frères Elliol, surtout de l'alné, Gilbert, il les enlendail parler et leur parlait lui même de l'Angleterre avec un juvénile enthousiasme; il leur signifiait (pi'il ne voulait avoir d'autre patrie que ce noble pays de la liberté (1); mais le précepteur des deux jeunes Anglais, riionnéle Liston, découragea ce beau rôve. Au sortir de l'école de l'abbé Choquard , M. Pierre Buffière partit pour Saintes; il allait y servir, comme volontaire, dans le régiment de Berri-cavalerie sous les ordres du colonel marquis de Lambert.
Le marquis de Mirabeau se faisait de grandes illusions sur le compte de ce colonel; il le croyait de la charpente des hommes d'autrefois, et s'imaginait que le régime dur et froid de son commandement régénérerait le tempérament moral de Pierre BuiBère (2).
Sans doute, M. de Lambert pouvait être un officier fort distingué (3); mais, comme le fait très bien observer le bailli , il était trop jeune et pas assez flexible pour bien prendre la nature ardente et fougueuse de Mirabeau. Une équipée romanesque les mit tous deux en présence comme rivaux. Ils courtisaient en même temps la fille d'un archer; c'était pour le colonel une simple galanterie; chez Mirabeau, une passion sérieuse. M. Pierre Buffière, pour lui donner le nom qu'il portait encore, promit solennellement le mariage et eut le pas sur son colonel. Celui-ci livra son subordonné aux railleries de tout le régiment et le punit avec une rigueur outrée à laquelle quelques dettes, quarante louis perdus au jeu et les rapports de l'espion Grévin, attaché par le marquis de Mirabeau à son fils, servirent de prétextes. A en croire le jeune volontaire, la ville murmu-
(1) Lettre de Mirabeau à Hugues Elliot, publiée dans l'appendice de l'ouvrage intitulé : A memoir, e(c., by the countess of Minto, p. 428.
(2) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 285-289.
(3) Ch. de Loménie, Les Mirabeau, t. III, p. 29.
rait de sa patience, qu'elle regardait comme une bassesse. Un vif mouvement d'opinion se prononçait en sa faveur et s'étendait à la province. A Saintes, il eût trouvé vingt mille livres à emprunter. C'était plus que n'en possédaient les habitants. Excité par cette sympathie, exaspéré par le traitement dont il était l'objet, il sentit que sa tête, prodigieusement agitée, lui échappait; craignant de faire ce qu'il appelait la plus grande des folies, il partit en poste pour Paris et alla s'y cacher à l'hôtel de Bretagne, rue Saint-André-des-Arts. Du fond de cet asile, il implora l'intercession du duc de Nivernais auprès de son père (1). Le marquis ne se laissa ni toucher, ni fléchir par les explications et les excuses de son fils , « un tas de mensonges récriminatifs et presque persuasifs, » disait-il, « à force d'éloquente effronterie (2). »
Ramené à Saintes par son beau-frère le seigneur limousin Charles-Louis-Gaspard de Lasteyrie du Saillant, le mari de sa seconde sœur Caroline, le malheureux déserteur alla expier sa faute dans le fort de l'île de Ré, sous la surveillance du commandant, le bailli d'Aulan (septembre 1768) (3).
Son père et son oncle avaient eu d'abord la pensée de l'expédier aux colonies hollandaises, d'où l'on était si^ir de ne voir jamais reparaître sur l'horizon un malheureux né pour faire le chagrin de ses parents et la honte de sa race ; mais le bailli s'était plus attaché à cette idée que son frère; le marquis ne voulut pas prononcer contre son fils aîné une sentence d'exil qui aurait ressemblé à une proscription ; il se contenta de dénoncer les travers et les vices de Pierre Buffîère au bailli d'Aulan.
Ce dernier ne se laissa pas moins gagner par son pri-
(1) Lettres manuscrites de Mirabeau, communiquées par M. de Montigny : le chevalier de Mirabeau au duc de Nivernais, 21 juillet 1768. Ch. de Loménie, Les Mirabeau, t. III, p. 31-35.
(2) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 286.
(3) i(i., ibid., p. 294.
78 MinAUEAU ET LA PROVENCE.
sonnier. Malgré les ordres palernels, il lui it(3rinctt;iil de se promener dans la ciladelle et d'aller souper hruyiiniuKMil en ville (1). II lit plus el mieux pour lui.
E.xaspéré par ce (ju'il nommait les noirceurs du colonel de Berri-cavalerie, Mirabeau assurait sa mcre qu'il était bien résolu à ne pas s'y exposer de nouveau. « Je vous jure sur mon honneur, » continuait-il, « serment que je n'enfreindrai jamais, que je donne ma démission et que je passe dans l'étranger si l'on me contraint de servir sous ses ordres ('2). » Il souhaitait et demandait d'être envoyé en Corse. Le bailli d'Aulan appuya cette demande à laquelle Pierre Buifiére avait su intéresser les amis de son père el jusqu'à son espion Grévin. Le marquis de Mirabeau comprenait l'impossibilité de le tenir en cage au delà du printemps; il souscrivit à sa délivrance, persuadé qu'une fois lâché, ce monsieur se ferait clore pour toujours avant trois mois (3).
Le 13 mars 1769, le marquis informait son frère que les ordres pour la liberté et pour la route de Pierre Buffiére étaient partis : Pierre Buffiére devait rejoindre le 4 avril la légion de Lorraine au Pont-Saint-Esprit (4).
C'était une de ces huit légions entre lesquelles les ordonnances du 21 décembre 1762 et du 1" mars 1763 avaient réparti nos troupes légères, et qui se composaient uniformément de dix-sept compagnies, une de grenadiers, huit de fusiliers et huit de dragons. La légion de Lorraine venait de quitter son premier nom de légion de Hainaut. Mirabeau était appelé à y servir dans l'infanterie (5).
(1) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 300. — Correspondance générale entre le bailli et le marquis de Mirabeau, t. VI : le marquis au bailli, 1" janvier 1769, p. 25.
(2) Lettres manuscrites du comte de Mirabeau (papiers Minto) : le comte de Mirabeau à sa mère, 5 mars 1769.
(3) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, 15 février 1769, p. 66.
{i) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, 13 mars 1769, p. 80.
(5) Le général Susane, Histoire de l'infanterie française, t. I , p. 254- 255. — Ch. de Loménie, Les Mirabeau, t. III, p. 36.
« Pour cette fois, » écrivait le marquis, « j'espère qu'il crèvera ou deviendra honnête homme, car il va faire un rude métier (1). »
Quoi qu'il dit, le marquis ne croyait guère à la conversion morale de son fils, et ne cachait pas son désir d'être défait de cet héritier odieux qui lui tenait sans cesse le glaive sur la tête et les charbons sous les pieds (2).
Trompé par les rapports de Grévin, que le bailli allait juger sévèrement (3), il s'emportait contre Pierre Buffîère, le dépeignait à son frère comme sorti du château de Ré, pire cent fois qu'il n'y était entré, « sacrant, battant, blessant et vomissant une telle scélératesse que jamais rien de semblable (4). » Dans son court passage à La Rochelle, le jeune comte a été obligé de tirer l'épée contre un officier qui s'était fait casser au régiment pour une cause avilissante. Le motif de cette rencontre était honorable ; d'ailleurs, Mirabeau n'a pas été l'agresseur; son père ne le traite pas moins comme une façon de spadassin. Avec la même légèreté, la même prévention passionnée il lancera plus tard contre lui une insultante accusation de couardise.
Cependant, enveloppé du plus strict incognito , le brave et fougueux légionnaire court la poste de La Rochelle à Saint-Jean-d'Angély, de Saint Jean-d'Angély au Puy, du Puy à Toulon , traverse non sans fatigue et sans péril les montagnes d'Auvergne et du Vivarais, sous douze pieds de neige, et s'embarque le 18 avril 1769 avec son corps qu'il a rallié, pour la Corse, où il va combattre (5).
« Ce que je suis le plus ou je me trompe fort, » écrira-t-il plus tard à sa sœur, M"*^ du Saillant, « c'est homme
(1) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, 30 mars 1769, p. 95.
(2) Idem, t. VI : le marquis au bailli, 10 avril 1769, p. 100.
(3) Idem, t. VI : le bailli au marquis, 23 septembre 1769, p. 209.
(4) Idem, t. VI : le marquis au bailli, 10 avril 1769, p. 100.
(5) Idem, t. VI : le marquis au bailli, 10 avril 1769 , p. 100; t. X, p. 566 : le
de guerre, parce que là seulement je suis fruid, calme, gai sans impétuosité, et je sens moi-même que je grandis beaucoup (1). » Cinq années de sa vie, consacrées à l'étude de cet arl. plus de trois ccnls livres de guerre lus la plume à la main, la substance de tous ces écrits dégagée et condensée dans de nombreux extraits raisonnes et comparés attestent chez Mirabeau le sérieux de cette vocation (2). Son éducation physique avait été celle d'un vrai sohlal ; il était rompu à tous les exercices du corps, qu'il aimait passionnément : la nage, la chasse, l'escrime, l'équitation, le jeu à la paume (3). Vigoureux et robuste, il assurait, avec l'exagération dun Provençal ou plutôt d'un Gascon, qu'il se sentait bien la force de renverser quelques bataillons de talons rouges en soufflant dessus (4).
Pendant sa campagne de Corse, il conquit l'estime, la sympathie et jusqu'à l'amitié des officiers qui l'avaient sous leurs ordres. Tout en entremêlant le plaisir et la guerre, il trouvait le temps d'écrire une description topographique de cette île et d'en raconter l'histoire (5).
Son père ne put s'empêcher de lui rendre justice.
« Il a, » mandait le marquis à son frère, le P2 avril 1770, « montré une valeur et une intelligence distinguées. Quant au talent et à l'esprit, une tête active et huit heures de cabinet par jour, il est unique ; mais Dieu sait quelle tête ! Nous verrons. A la requête de son chef, j'avais demandé une commission de capitaine. M. de Choiseul m'accorda une compagnie de cavalerie. J'ai refusé net. »
Le marquis craignait pour son fils l'oisiveté et les camaraderies de la vie de garnison; il aimait mieux le faire
bailli au marquis, 6 avril 1783 : « Il y a uue de tes lettres qui, je crois, » ensanglantera la scène, car tu y dis que ton fils n'ira pas chercher les » batailles, parce qu'il n'y en a pas, et qu'il n'aime pas les batailles. » Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 298-302.
(1) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 284.
(2) Lettres à Sophie, t. II, p. 239.
(3) Idem, t. II, p. 151.
(4) Idem, t. II, p. 78.
(5) Mémoires de Mirabeau, t, I, p. 315-6.
pourvoir d'une commission de capitaine qui resterait dans la poche du chef, et l'attacher à l'état-major de ces légions où l'on n'avait pas le temps de respirer. « Si jamais je le sauve, )) ajoutait-il, « ce sera une belle cure, et le drôle n'aura pas besoin d'être poussé et fera son chemin de luimême. »
En attendant, il allait repasser en France avec sa légion.
Son père lui prescrivait « le transit incognito en Provence, » mais l'autorisait à faire, avec la permission de ses chefs, un détour sur Mirabeau pour y baiser les mains de son oncle (1).
Cet oncle, le bailli, dont nous avons déjà plus d'une fois rencontré l'originale figure, habitait généralement le manoir héréditaire de sa famille fort antiquaille et délabré (2). Bien qu'il comptât lui-même cinquante-trois ans à peine, il avait la chevelure toute blanche. Ses traits fortement accentués, sa taille haute, empruntaient je ne sais quoi de plus grave et de plus imposant à cette apparence précoce de la vieillesse, tout en conservant un air de bonhomie et de simplicité (3). C'était « une sorte d'Alceste féodal (4), » grondant, du haut de sa retraite, contre les vices et les innovations du temps. Provençal dans l'âme (5), détestant Paris (6), avec tout cela sensible, bon, accessible à l'indulgence et à la compassion, lorsqu'il n'était pas trop dominé par son frère aîné.
(1) Correspondance générale, etc., t. VI, p. 295 : le marquis au bailli, n août 1770.
(2) Idem, t. VI, p. 297 : le bailli au marquis : « ou tout a terriblement » dépéri. »
(3) De Loménie, Les Mirabeau, t. I, p. 310.
(4) Id., ibid., t. I, p. 147.
(5) Lettres du bailli : à M"" du Saillant, 20 mai 1777 : « Si Dieu avait » voulu me faire Parisien, il l'aurait fait, et il m'a fait Provençal. » A la » même, 22 décembre 1778 : « Je désirerais que mon frère vînt enfin goûter » le beau climat de ce pays. »
(6) Lettre du bailli à M'"» du Saillant, le 22 décembre 1778 : a Je n'ai » jamais aimé Paris, et, à vingt ans comme à soixante, je détestais un pays » oîi trop de superficie empêche la profondeur. » Correspondance générale, t. VI, p. 73 : le bailli au marquis, 2U mai 1774 : « J'espère que nous pourrons u partir jeudi, 24, pour l'indigne et infecte Babylone. »
82 MlllAllEAU ET LA IMlOVENCE.
Le 17 avril 1770. mio polito plaio qui s'était formée au bas (lo sa jambo ,L:;aii('lie l'avait oblif^é de quitter Mirabeau pour Aix, dont il voulait juTudre les eaux (1).
Ku d('bar(piaiil à Tmilou, daus les prtnuiers joins de mai 1770, Pierre liiiUiére apjtril d'iiu ami de sa famille, M. de Saiul-Cézaire, le cliauf^eiueut mouientané de résidence de son oncle (2). Ce changement le rendit peri)lexe; il hésitait à partir pour Aix, où il aurait de la peine à garder son in('(jgnilo. L'avis du major de la légion de Lorraine, M. de Villereau, surmonta ses hésitations (3). Le l'i mai au soir, un soldat apporta au bailli un petit billet de M. Pierre Buiïîère, qui lui demandait son heure pour le saluer. Le bailli lui lit dire de venir.
« J'ai été, » assura-t-il le lendemain à son frère, « enchanté de le voir. » Son cœur s'était élargi à l'aspect de son neveu. « S'il n'est pas pire que Néron, » ajoutait-il, « il sera meilleur que Marc Auréle ; car je ne crois jamais avoir trouvé tant d'esprit. Ma tête était absorbée. »
L'entretien dura trois heures et roula sur bien des points. Le jeune sous-lieutenant dit à son oncle que, s'il avait pu se choisir un métier, il eût préféré la marine.
On a tout lieu de supposer ce propos sincère; il était encore plus adroit. Mirabeau cherchait à se ménager dans son oncle un appui contre la répugnance de son père pour la carrière militaire, que cet apôtre de Véconomisme appelait un métier suranné (4). Il appréhendait que la volonté du marquis ne contrariât sa vocation de soldat.
« Il me parait te craindre comme le prévôt, » continuait le bailli; « mais il m'a juré qu'il n'y avait rien qu'il ne fit pour te plaire. Il m'avoua qu'il avait bien fait des sottises; mais il me dit qu'il avait été dans le désespoir (5). »
(1) Correspondance générale, t. VI, p. 298 : le bailli au marquis, le 17 avril 1770.
(2) Id., ibid. : le bailli au marquis, 15 mai 1770, p. 326.
(3) Id., ibid. : le marquis au bailli, p. 328.
(4) Id., ibid. : le marquis au bailli, 7 juin 1771, p. 501.
(5) Id., ibid. : le bailli au marquis, 15 mai 1770, pp. 325-326.
Son repentir témoignait de la sensibilité de son cœur. « Pour de l'esprit, » répétait le bailli, « je t'en ai déjà parlé : le diable n'en a pas tant. »
L'oncle était conquis ; le neveu se sentait attiré vers lui par une vive sympathie et une affectueuse confiance (1). Le bailli ayant dit que sa jambe allait beaucoup mieux et qu'il espérait retourner bientôt à Mirabeau, Pierre Buffiére lui demanda la permission de l'y aller joindre, pendant le séjour de son régiment au Pont-Saint-Esprit, a Je désirerais fort, » ajoutait le bailli, « qu'il vînt m'y voir et lui procurer le plaisir de voir la petite Cabris qu'il paraît aimer de tout son cœur. » Il fallait l'autorisation du marquis. Le bailli la sollicita avec instance (2).
Il ne pouvait guère garder son neveu avec lui, à Aix, sans le faire connaître ; il lui conseilla d'aller à Lambesc attendre le passage de sa légion.
Moins de cinq jours plus tard, Pierre BufEière était de retour.
Son régiment ou plutôt sa légion ne paraissait pas. Il ne savait pas le jour où elle serait à Lambesc ; lui-même dépensait quatre livres par jour ; c'était trop pour sa bourse de sous-lieutenant.
Le bailli le logea chez l'abbé Castagny, l'aumônier du château de Mirabeau, qui avait, à la porte Saint-Louis, une maison propre à l'incognito. Pierre Buffiére y demeura trois jours en attendant de partir pour Mirabeau (3). Matin et soir, son oncle venait se promener et causer avec lui sur le cours Saint-Louis; le reste du temps, Pierre Buf-
(1) Correspondance générale , t. VI : passage d'une lettre de Mirabeau du 20 mai , citée par le marquis dans une lettre au bailli, du 29 mai , p. 333.
(2) Id., ibid. : le bailli au marquis, 15 mai 1770, p. 326.
(3) Très probablement le 19, le 20 et le 21 mai. — Voir, dans Correspondance générale, t. VI, la lettre écrite, le 22 mai, par le bailli au marquis, après le départ de son neveu , p. 334 : « Le bon abbé Castagny, qui ne l'a » pas quitté d'un pas pendant les trois jours que je l'ai eu ici, » et l'extrait d'une lettre du comte à son père, citée par le marquis {Correspondance générale, t. VI, p. 333). Cette dernière lettre est datée du 20 mai et d'Aix assurément.
84 MIUAIIKAll KT I.A l'HOVKNCE.
fîore travaillail ; il [iiciiail ses repas avec l'abbô Castagny. L'admiralicMi qu'il inspirait au bailli grandissait ; l'abbô, une suliile lèle carrée pourtant, n'était i»as moins subjugué.
« Je le le répète, » déclarait le bailli à son frère ; « c'est le plus adroit et babile persifleur de l'univers, ou ce sera le plus grand sujet de l'Europe pour être pape, ministre, général de terre ou de mer, chancelier, et peut-être... agriculteur 1 » Le mot de la fin dut flatter agréablement les prétentions agronomiques du marquis.
Fut-il aussi charmé de ce (|ui suit : « Tu étais quelqu'un à vingt-deux ans, » continuait le bailli, « mais pas la moitié; et moi qui, sans être grand'chose, étais cependant quelque chosette alors, je t'avoue, sans modestie ni fausse vanité, qu'à trente-cinq ans, lorsque j'ai arraché des créoles que je n'étais pas Européen, je n'étais pas digne déjouer auprès de lui le rôle de Strabon auprès de Démocrite? »
Dans une de leurs promenades du matin, son neveu lui a lu l'avant-propos de l'Histoire de Corse qu'il avait esquissée pendant son séjour dans cette île. Le bailli est ravi de cette lecture. « Je t'assure, » signifie-t-il au marquis, « qu'à vingt-deux ans tu n'aurais pas tant fait, et moi, à quarante, je n'en aurais pas fait la centième (1). »
« Cet enfant, » disait-il avec une énergie exagérée, « m'ouvre la poitrine. »
L'abbé Castagny s'attendrissait en recevant ses confidences et ses plaintes de ce qu'on l'avait mal pris dans son enfance. Avec la douceur et la raison, on ferait de lui ce qu'on voudrait! « Hélas! » s'écriait-il avec transport devant l'abbé prêt à pleurer, « que mon père daigne me connaître ! Je sais qu'il me croit le cœur mauvais ; mais qu'il daigne me connaître !... »
Le témoignage de son oncle et de son hôte était des plus formels en sa faveur. L'abbé en radotait et se portait sa caution.
(1) Correspondance générale, t. VI : le bailli au marquis, 26 mai 1770, pp. 330-331.
« Je puis te jurer, » assurait le bailli au marquis, « que nous n'y avons trouvé qu'un {jeu de vivacité et de feu, mais pas un mot qui ne dénotât droiture de cœur, force de génie, élévation d'âme, le tout peut-être un peu exubérant (i). »
Le marquis avoua d'abord que ce que son frère lui disait de son fils lui faisait grand plaisir; il y avait pourtant, dans sa satisfaction, quelque réserve et un peu de défiance. « Tu l'as vu dans son beau , » répondait-il au bailli , « car il est séduisant; mais l'épreuve à laquelle tu vas le mettre te donnera lieu de le pénétrer. » Il autorisait Pierre Buffière à séjourner à Mirabeau, auprès de son oncle, bien entendu à condition que ce dernier et ses chefs lui en accorderaient la permission. Seulement , son père, qui comptait se rendre prochainement dans ce manoir, ne voulait pas l'y trouver. « Plus il me craint, » ajoutait-il , « moins je dois me laisser approcher, jusqu'à ce que j'aye certitude qu'il est capable de tenir sa tête à deux mains (5). »
Dans une lettre suivante, le marquis était moins bien disposé pour son fils, presque agacé contre lui.
« Je vois, )) écrivait-il sur un ton où l'éloge même avait quelque chose de narquois et d'ironique, « que les grandes marionnettes de M. Pierre Bufhère sont devenues plus susceptibles de durée qu'elles n'étaient. » A cette louange douteuse succédait l'expression d'un véritable mécontentement. Les plaintes de Pierre Bufïière sur son éducatien avaient déplu au marquis ; il reprochait à son fils une présomption de Satan, tout en reconnaissant de ce côté quelques symptômes d'un amendement qu'il voulait encourager. « Si , » disait-il à son frère, « tu continues et persistes à en être content, je te prépare un grand cadeau à lui faire,
(1) Corresj)ondance générale, t. VI : le bailli au marquis, 22 mai 1770, pp. 334-335.
[1) Idem, t. VI : le marquis au bailli, 23 mai 1770, p. 328-329.
80 MinADEAU ET LA PnOVENTE.
c'est d'obtenir qu'il porte son nom (1). » Cette grftce n'est pourtant j):is aussi prorliaino qu'on pourrait l'espérer; et, comme pour rôtrarter à demi une promesse qu'il regrette déjà peut-être, le manjuis prie son frère de ne pas trouver mauvais qu'il aille plus lentement en besogne que lui avec son lils. « C'est déjà assez et beaucoup de cet été qu'il gagne son oncle ; il ne gagnera pas son père à si bon marché. »
A cette parole bourrue, et qui est une sorte de menace, le marquis joint le regret que Pierre Bufliére ait été à Mirabeau sans le bailli (2).
Retenu à Aix par la plaie de sa jambe, ce dernier a fait partir (3) son neveu avec son cuisinier Garnier, habile chasseur, homme de bonne trempe, très intelligent, qui est chargé non seulement de le nourrir, mais de le surveiller (4).
Dans ce château solitaire, l'héritier des Mirabeau n'aura pas le temps de s'ennuyer.
Le marquis l'a pourvu et le pourvoit de pâture intellectuelle. Il a prié le bailli de lui faire lire les recueils, dont il est le principal collaborateur, les Economiques , les deux premiers volumes des Ephémérides, en attendant les autres, qui ne tarderont pas à venir (5).
Quelques jours après, il lui envoie son nouvel ouvrage, un Catéchisme économique, avec prescription de savoir à fond cette science, qui « asseoit le cœur et met Cesprit à Vaise. » Il est d'ailleurs indispensable que Pierre BufEère la possède à fond s'il veut porter le nom de son père (6).
Je suis disposé à croire qu'il a dépouillé, la plume à la
(1) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, 29 mai 1770, pp 332-333.
(2) Id., ibid., le marquis au bailli, 1" juin 1770, p. 338.
(3) Très probablement le 22 mai.
(4) Correspondance générale : le bailli au marquis, 18 juin 1770, p. 365; le même au même, 22 juin, p. 367.
(5) Idem, t. VI : le marquis au bailli, p. 329.
(6) Idem, t. VI : le marquis au bailli, l"juin 1770, p. 339.
main, ce catéchisme et ces recueils; car nous le trouverons plus tard fortement imbu des principes de la doctrine physiocratique, dont le marquis était rap(!)tre ; mais cette lecture ne suffisait pas à son esprit vorace (1) et à son ardente activité.
Il travaillait comme un forçat, étudiait les questions relatives à la gestion du domaine de Mirabeau, mordait bien à l'agriculture, faisait campagne contre la Durance , écrivait des lettres, des mémoires, des volumes (2), usait en huit jours une provision de papier de huit mois (3), et se réconfortait avec un certain vin blanc que l'on faisait au château sur les ordres et les avis du bailli (4).
Ce premier séjour de Pierre Bufflère à Mirabeau dura un peu moins d'un mois. Le 16 juin, il était dans la chambre de son oncle , à Aix , oîi le rappelait le passage de la légion de Lorraine. Le bailli le trouva très contrit du blâme que son père lui avait infligé pour ses opérations à Mirabeau, et tout estomaqué de la gronderie qu'il s'était attirée du solennel et pédant marquis, en appelant sa jeune sœur la petite Cabris. « Tu sens bien, » faisait observer le bailli à son frère, « que c'est un terme d'amitié, et ces enfants-là s'entendent bien et s'aiment. »
Quant aux opérations entreprises à Mirabeau, son neveu ne s'y était appliqué que sur son invitation (5).
Le bailli ne s'en tint pas à cette apologie sensée et loyale.
L'esprit, l'imagination, le cœur remplis de ce jeune homme, qui venait de le quitter pour suivre sa légion au Pont-Saint-Esprit (6), il rassemblait et transmettait au mar-
(1) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, 1" juin 1770, p. 338.
(2) /(i., ibid. : le bailli au marquis, 30 mai 1770, p. 344, et 1" juin, p. 346.
(3) Id., ibid. : le bailli au marquis, 30 mai 1770, p. 344.
(4) Id., ibid. : le bailli au marquis, 27 juin 1770, p. 371.
(5) Id., ibid. : le bailli au marquis, IG juin 1770, p. 3G3.
(6) Mirabeau dut quitter Aix le 17 juin (lettre du bailli au marquis, 18 juin, p. 364), et arriva au Pont-Saint-Esprit le ^1 (le bailli au marquis, 27 juin 1770, p. 370).
quis tous les témoignages favorables qu'il recueillait sur son compte.
Ces tinnoij,niages l'Uiiciit nombreux el sincères. Le cuisinier Garnier avait suivi Pierre Bufflére partout à Mirabeau. Le bailli le fit parler. « M. Pierre Buftière, » lui (lit-il. « était bien vif et pétulant? » Et Garnier de répondre : « Ob! oui; mais c'était un brave enfant, et il a bien bon cœur (1). » L'abbé Castagny avait interrogé les officiers de la légion de Lorraine. « Morbleu ! M. l'abbé, » s'étaient-ils écriés, « c'est un garçon diablement vif; mais c'est un bon garçon qui a de l'esprit comme un diable , et parbleu un bomme très brave (2). » Les paysans , à leur tour, louaient sa bonté. « Es ben viou, » répétaient-ils, « mais es bouen , boulegue toujours, mais n'a ges d'ourguei (3). »
Le bailli encadrait de ces louanges le portrait physique et moral qu'il traçait de son neveu.
« Je te dirai, » écrivait-il au marquis, « qu'il n'est pas plus laid qu'un autre. Il est de cinq pieds, cinq pouces, assez gros pour son âge , des membres qui ont l'air forts, et effectivement il est très fort. Dans ses gestes, son attitude et sa tournure, il a beaucoup des manières de notre frère Allemand (4). Je ne te le donne pas, » continuait le bailli, « pour une tête bien mûre, mais c'en est une bien forte et où il y a bien du talent ! » Bien du talent joint à une puissance extraordinaire de réflexion qui imprimait à son visage une étrange expression. « Quand il ressasse quelque chose dans sa tête, » faisait observer son oncle, « il avance le front et ne regarde plus nulle part (5). » Sans cesse à l'affût de ce qui pouvait accroître son propre
(1) Correspondance générale : le bailli au marquis, 18 juin, p. 365.
(2) Idem, t. VI : le bailli au marquis, 18 juin 1770, p. 365. {3) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 347.
{^) Correspondance générale, t. VI : le bailli au marquis, 18 juin 1770, p. 365.
(5) Idem, t. VI : le bailli au marquis, 22 juin 1770, p. 368.
fond de connaissances et d'idées, il notait tout ce qu'il entendait dire et ne savait pas (1).
Le bailli revenait sur la manière de diriger cette nature si exubérante, si peu ordinaire, si indépendante, qui, entendant parfaitement raison, n'entendait que cela, et avait « une peine horrible à se soumettre à toutes les autres brides de l'humanité (2). »
Juge très bienveillant, le bailli était aussi un observateur fin, sagace et pénétrant. Il eut bientôt l'occasion d'étudier son neveu plus à loisir et de le mieux connaître.
Dans les premiers jours de juillet, sa jambe fut entièrement guérie. Sans s'inquiéter de la température extraorllinairement froide pour cette époque de l'année, et, comme il le disait spirituellement lui-même, de l'hiver qui était venu passer l'été en Provence, il repartit pour Mirabeau, où il avait hâte de retourner (3). Son neveu accourut du Pont-Saint-Esprit. Le bailli l'examina de très près, comme pour prouver à son frère qu'il ne s'était pas laissé fasciner et séduire. Il persistait à croire que la tète et le cœur de Pierre Bufflére étaient bons, mais il le trouvait polisson et plus jeune qu'on ne l'est à son âge. « C'est , » disait-il, « un singulier contraste que celui de son enfantillage avec des réflexions qui paraîtraient celles de Locke (4). » Le ton de lieutenant d'infanterie qu'il prenait quelquefois choquait son oncle (5). Son père pouvait bien ne pas être très satisfait de ses progrès dans le métier
(1) Correspondance générale, t. VI : le bailli au marquis, 1" juin 1770, p. 346.
(2) Idem, t. VI : le bailli au marquis, 10 juin 1770, p. 355.
(3) Idem, t. VI : le bailli au marquis, 2, 5, 11 et 18 juillet 1770, pp. 372, 373,
(4) Correspondance générale : le bailli au marquis, 10 août 1770, p. 376. — Il y a ici une différence assez sensible entre le texte manuscrit et le texte imprimé dans les Mémoires de Mirabeau. Là où le premier porte simplement : « je lui crois le cœur bon, » on lit dans le second, t. I, p. 348 : « je lui affirme le cœur bon. » Le texte imprimé {loc. cit.) supprime : « Il est poliçon. D
(5) Id., ibid. : le bailli au marquis, 10 et 14 août 1770, pp. 376-379.
d'économiste; il y avait d'abord mordu comme un autre; mais sa sœur, M'"" de Cabris, (jui était à Miral)eau , j)r(^levail une ^M-ande part sur le temps qu'il était accoutumé de donner au travail (I).
Cette jeune femme, (pii devait exercer sur la conduite de son frère une si fAcheuse influence, était Louise, la troisième fille du marquis de Mirabeau, née au Bignon le 5 septembre 1752.
Le 18 novembre 17r)9, le collaborateur de son père dans la propagation de la doctrine économique, l'abbé Baudeau, avait dans la chapelle de ce chAteau béni son mariage avec Jean-Paul de Clapiers, marquis de Cabris (2).
Ce haut et puissant seigneur était un échappé de la Faculté de droit d'Aix, pauvre d'esprit, distrait, morne, sous des apparences d'égoïsme, un rural impoli et si indifférent qu'il assista à ses propres noces avec la plus complète impassibilité. Mineur par l'âge (3) et par le développement attardé de ses facultés morales, il disait, pendant un quart de la journée, des choses qui faisaient voir qu'il pensait ; durant les trois autres quarts, il paraissait ne pas penser (4). Sa mère était rude pour lui, formaliste, spirituelle d'ailleurs, mais affligée de tics bizarres et d'une énorme difficulté de parler qui lui ôtait le moyen de montrer son esprit. Vieillard bon et respectable, mais froid et valétudinaire, son père voulait, suivant l'expression d'un des correspondants du marquis. M. de Saint-Cézaire, que le médecin fût toujours pendu à sa ceinture (5).
La jeune dame de Cabris, belle, élégante, instruite,
(1) Correspondance générale : le marquis au bailli, 14 août 1770, p. 379.
(2) Acte de mariage de M°" de Cabris, communiqué par M. A. Mouttet.
(3) Né le 23 octobre 1750, il n'avait pas encore vingt ans en août 1770 (acte de mariage).
(4) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, 15 février 1769, p. 65: le marquis de Mirabeau au marquis de Saint-Cézaire, 18 nov. 1769. p. 247; le bailli au marquis, 18 janvier 1770, pp. 260-261.
(5) Idem , t. VI : le ma-quis de Saint-Cézaire au marquis de Mirabeau, 21 octobre 1769, p. 236.
ne pouvait que se sentir fort dépaysée dans le milieu où son mariage venait de la placer; mais habile et maîtresse femme, i<n chef-d'œuvre dans les occasions^ disait son père, elle était si bien entrée dans l'esprit et dans les obligations de son nouveau rôle qu'elle s'était fait aimer et admirer de la famille et des vassaux de son mari. Les bonnes femmes l'appelaient la vierge de la paroisse (1). Son père comptait que ses entours la rendraient sage (2). Il ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle avait besoin d'être égayée (3). Le séjour en Provence d'un frère qui lui ressemblait beaucoup fut pour elle une bonne fortune. De son côté, au retour d'un exil qui avait succédé à la prison, Mirabeau se sentit bien heureux de s'entretenir avec sa jeune sœur. Les Economiques et les Ephémérides furent un peu négligées. Le bailli avait trop de bon sens, d'esprit et de cœur pour ne pas excuser cette négligence. Les travers même qu'il reprochait à son neveu ne prenaient pas à ses yeux plus d'importance qu'il ne convenait de leur en attribuer. « Comme il a beaucoup d'esprit , » écrivait cet oncle indulgent , « et même ce qu'on peut appeler vraiment du génie , il y a toujours de la ressource avec cette espèce d'hommes (4). » Il se plaisait à relever l'accord de ses idées politiques avec celles de son neveu qui depuis... mais alors le futur orateur de la Révolution admirait l'ordre féodal, et y voyait le seul frein du despotisme (5).
En somme, le bailli était content de son hôte et ne doutait pas que son frère n'eût lieu de l'être comme lui. « Ton fils te craint, te respecte et t'aime, » lui disait-il (6).
Au moment où il traçait ces lignes, il venait d'obtenir
(1) Correspondance générale, t. VI : le bailli au marquis, 20 décembre 1769, p. '^50 : « Aquclle freme semble la viergi de la paroisse. »
(2) Idem, t. VI : le marquis au bailli, 23 mai, p. 329.
(3} Idem, t. VI : le marquis au bailli, 4 juin 1770, p. 343. (i) Id., ihid. : le bailli au marquis, 23 août 1770, p. .379.
(5) Jd., ibid. : le bailli au marquis, 23 août 1770, p. .379.
(6) Id., ibid. : le bailli au marquis, 23 août 1770, p. 380.
pour ce fils une faveur que ce dernier sollicitait avec instance depuis son retour de Corse.
Son père (jui, après une saison au Monl-Dore, ôUiit alors dans le Limousin, consentait à l'appeler auprès de lui.
Mirabeau, ou IMoiro Ikillièro, pour le désigner encore de ce nom qu'il ne devait plus porter lon^iïtemps, répondit à cet appel avec empressement. Le jeudi 23 août, il dit adieu à son oncle, qui lui remit quinze louis pour son voyage. Le surlendemain, il montait, à Aix, dans le coche de Lyon. A Lyon, il prit la poste ; mais au delà de Roanne, le cheval qu'il montait s'abattit sous lui, se cassa une jambe, et, daus l'atfolement de sa douleur, appliqua à son cavalier un vigoureux coup de pied qui obligea ce dernier de s'arrêter en route, de se faire soigner, et de n'arriver à Clermont que par le coche. Sans attendre d'être guéri, encore couvert de cataplasmes, il se mit à courir de nouveau à franc étrier, fit une autre chute suivie de vomissements, et, tout contusionné, descendit le 4 septembre à Aigueperse (l), chez son père. Il avait grand'peur (2).
Le marquis le rassura bientôt, le reçut avec bonté, avec attendrissement, le chapitra, le mit au fait des personnes et des choses, l'avertit qu'il allait l'examiner par lui-même et par les autres. Après l'avoir entendu, il parut effrayé de son exubérante activité.
« Quel est, » se demandait-il avec un mélange d'admiration et d'anxiété, « le terrain assez large pour lui ? Je ne connais, » continuait-il, « que l'impératrice de Russie avec laquelle cet homme pût être encore bon à marier (3). » A quelques jours de là, il s'exprimait sur le compte de son
(1) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, 5 soptembro 1789, p. 381. — Mémoires de Mirabeau, t. I, pp. 355-.356. M. Lucas de Montigny, p. 355, dit que Mirabeau quitta la Provence le 25 août 1770, et arriva le 21 septembre à Aigueperse. U ne prend point garde que dans sa lettre du 5 septembre, le marquis écrit : « Mon fils arriva hier matin. »
(2) Idem, t. VI : le bailli au marquis, 18 sept. 1770, p. 394.
(3) Idem s t. VI : le marquis au bailli, p. 382. —Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 357,
fils avec un ton d'affeclion plus confiant. « J'espère, » mandait-il au bailli , « que ce sera un bon enfant, d'où s'ensuit un bon homme. Nous le desoudarderons. » Et tout d'abord il lui rendait son nom (1).
Les prières de M""^ du Saillant et de son mari avaient contribué à cette grâce ou plutôt à cette justice.
Leur attitude devait commencer à guérir le comte de Mirabeau des préventions que Pierre Buffière avait nourries à leur égard. L'humeur enjouée de M"'® du Saillant, « la simplicité foldlre et polissonne de son extérieur (2) » ne pouvaient déplaire à son frère. Pour faciliter et rendre plus intime le rapprochement de ses enfants réunis autour de lui, le marquis, non sans se faire violence à lui-môme, les laissait libres, et si libres que souvent on n'eût pas ouï Dieu tonner. Lui-même ne se mettait pas à table avant le dessert. Un jour, approchant de la salle à manger, il entendit son fils dire à M™" du Saillant, la plus forte rieuse de France : « Profite du temps, ma fille; car ton père va arriver. » — « Papa n'empêche pas qu'on rie, » réponditelle en embrassant le marquis. Ce mot et cette caresse sauvèrent la situation (3).
Ces accès de gaieté semblaient donner au jeune comte , que son père surnommait Y ouragan (4) , plus de ressort et d'activité. Il avait besoin de toute sa puissance de travail pour ne pas rester au-dessous du programme que le marquis lui traçait. « Il faut, » disait ce dernier, « qu'il soit homme rural pour ne pas être ruiné, homme national pour ne pas être indigne de ses pères, homme du monde, vu son état et sa fortune, homme de cabinet, vu son goût et ses talents , et qu'on n'est pas homme national sans
(1) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, septembre 1770, p. 385. — Il convient encore ici de remarquer une légère variante entre le texte manuscrit et la Correrpondance yénérale et le texte imprimé des Mémoires. Ce dernier porte, t. I; p. 358 : « Nous le déshousarderons. a
(2) Idem, t. VI : le marquis au bailli, p. 381.
(3) Idem, t. VI : le marquis au bailli, 25 septembre 1770, p. 391.
(4) Idem, t. VI : le marquis au bailli, 2 avril 1771, p. 478.
1)4 MinAUEAU ET LA l'HOVENCE.
cela (1). » Mirabeau deviendra tous ces hommes à la fois; ot, ce qui vaul nii(Mix encore, il sera un homme. 11 commence d'abord par èlre rural. Quel feu! (|uelle action! Comme il s'a^nte el se démène! A cheval, dés quatre heures du malin, même en hiver, tians les fondrières du Limousin, il réduirait le diable; c'est le démon de la chose impossible (2). Son père l'admire. Le valet du m;ir(|uis, Luce, une façon de Jocrisse spirituel, dit au comte en décrottant ses bottes : « Avouez, Monsieur, qu'un corps est bien malheureu.\ de porter une tète comme celle-là (3). »
Pour être bizarre, l'éloge n'était pas moins significatif.
Mirabeau ne secondait pas seulement l'administration rurale et les intentions philanthropiques de son père, dont la charité était stimulée par les ravages d'une cruelle famine dans le Limousin. Sur les avis du bailli, le marquis le jugeait digne de l'assister dans ses affaires de famille (4).
Il semblait mériter mieux encore la confiance de son père, depuis qu'un élan du cœur fait d'attendrissement, de regret et de remords avait mis le sceau à sa réconciliation avec les du Saillant.
A la fin d'octobre, M™" du Saillant venait d'être rappelée en toute hâte auprès de ses enfants par l'état de son fils, qui était très mal. La pauvre mère en larmes avait quitté son père. Son frère l'accompagnait. Lorsqu'il la vit entourée de sa belle famille et prodiguant ses soins et sa tendresse au jeune malade, il se sentit ému, tout épanoui. Il voua tant d'estime à son beau-frère, tant d'affectueuse vénération à sa sœur, qu'il dit ne pouvoir jamais expier le tort qu'il leur avait fait dans sa tête.
(1) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, 25 sept. 1770, p. 390.
(2) Idem, t. VI : le marquis au bailli, 11 janvier 1771, p. 440. — Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 359.
(3) Idem, t. VI : le marquis au bailli, 25 sept. 1770, p. 390.
(4) Idem, t. VI ; le bailli au marquis, 28 août 1770, p. 388; le marquis au bailli, 25 septembre 1770, p. 390.
En trois jours, il parut un homme tout changé (1).
Son père, qu'il rejoignit à Brie en Angoumois, crut devoir l'envoyer auprès de la marquise sa mère. L'entrevue fut orageuse. — La marquise éclata en récriminations injustes contre M™" du Saillant. Mirabeau revint malade au bout de vingt-quatre heures. Obligé de se contenir, il avait failli mourir d'indignation et de contrainte. Il assura son père qu'il n'y aurait jamais de tenue dans la tête de sa mère, mais quil se chargeait , au premier bond , de lui faire faire tout ce quil voudrait.
Sur cette assurance de son fils, qu'il ne qualifie point de présomptueuse, le marquis partit pour son domaine de Fleury, près de Meudon. De là il devait regagner Paris en passant par le Bignon [%. Mirabeau resta dans le Limousin avec sa sœur et son beau-frère , assista , le cœur assez léger, aux funérailles de sa grand'mère maternelle, Anne- Thérèse de Perrière de Sauvebeuf , marquise de Vassan, décédée le 4 novembre 1770 au château du Saillant où elle s'était réfugiée, cinq ans auparavant, avec un moine, deux chevaux, deux laquais et deux femmes (3). Si, dans cette occasion, Mirabeau remplit correctement ses devoirs auprès de sa mère, il s'appliquait avec plus de soin et de zèle à continuer de mériter les bonnes grâces de son père.
Le 3 février 1770, il installa solennellement au château d'Aigueperse , chef-lieu de la baronnie de Pierre Buffière, une cour de prud'hommes ou bureau de conciliation destiné à prévenir des procès dispendieux et les divisions funestes que ces procès engendraient.
L'idée appartenait au marquis; son fils eut le mérite de la réaliser au milieu de populations dont il pouvait à peine se faire entendre (4).
(1) Correspondance générale, t, VI : le marquis au bailli, à Fleury, 13 et ' 18 novembre 1770, pp. 405 et 416.
(2) Idem, t. VI : le marquis au bailli, 13 et 18 novembre 1770, pp. 415 et 416.
(3) Février 1765.
(4) Mémoires de Mirabeau, t. I, appendice : extrait de la lettre du comte
96 MinAUEAU ET LA PT\OVENCE.
Api'c'S ce succ(\s, qui lenniiiail son éjtrtMive en Linioiisiii, il prit le chemin de l*aris.
Son pèie lui en avait doniic. l'auluiisalion, mais ne; l'altiMulail pas encore, et lut tout surpris de sa brusque; apparilioii, le 14 lévrier (1); il ne laissa pas de l'accabler de ses bontés. « Je vois que, pour le coup, son cœur est tout à fait reconquis, » écrivit Mirabeau il M. du Saillant; il comptait aussi mettre dans son parti M'"" de Pailly, à huiuelle il trouvait l'esprit de cin(j cent mille démons ou animes. Etait ce une indirecte et adroite flatterie , ou simplement un de ces mouvements de bienveillance que le bonheur rend faciles? Mirabeau traversait alors une phase heureuse; jiour compléter la satisfaction qu'il j)ouvait ressentir, sa commission de capitaine de dragons à la suite l'avait devancé chez le marquis (2).
Quatre ou cinq mois auparavant, celui-ci ne l'avait cru ni montrable, ni risqiiable à Paris (3). Mirabeau y déploya beaucoup d'aisance, aussi entrant que son père avait été farouche (4). Lancé dans les présentations de la cour, il étonnait ceux-là même (jui avaient « rôti le balai à Versailles (5). » Il était des diners, des soupers du duc d'Orléans, du prince de Condé et des autres princes, en attendant leurs invitations pour la chasse (6).
Mais le marquis, qui ne voulut jamais s enversailler , n'avait pas, comme il le disait dans son langage, du tout
au marquis de Mirabeau, 4 février 1771, pp. 416-17; extrait des registres de l'assemblée du bureau de conciliation, de 417 à 419; avis envoyé à MM. les curés, 401 à 404 ; lettre de M. le marquis de Mirabeau à MM. les prud'hommes, de 409 à 416; discours de Poisson, de 419 à 423; réplique de M. le comte de Mirabeau, de 423 à 424.
(1) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 368.
(2) Lettres manuscrites du comte de Mirabeau : à M. le marquis du Saillant, 10 février 1771. — Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, 18 janvier 1771, p. 447.
(3) Id., ibid. : le marquis au bailli, 30 septembre 1770, p. 393.
(4) Id., ibid. : le marquis au bailli, 18 février 1771, p. 465.
(5) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 370.
(6) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, p. 464. — Mémoires de Mirabeau, t. I, pp. 369-370.
l'intention que son fils vécût à la cour et y fit, comme les autres, le métier d'arracher ou de dérober sa substance au roi, de patrouiller dans les fanges de V intrigue, de patiner sur les glaces de la faveur. Au bout de quelque temps , il le sevra de Versailles et le jeta dans les bibliothèques. Mirabeau y travailla comme un forcené (1).
Son père finit par trouver sa société fatigante. « C'est, » écrivait-il au bailli, « un entêtement décisif, un chaos dans la tête, qui ne sera jamais débrouillé, parce qu'il n'a que des aperçus de mémoire comme tout le reste. Il ne doute de rien, et ne sait seulement pas exactement son nom ; et comme il lui est défendu d'avoir jamais une notion nette, il sera toujours indubitable et insupportable; c'est moi qui te le dis (2). »
Il y a dans ces paroles un mélange d'irritation et de dépit. Intolérant, impérieux, passionné, le marquis ne peut pas se résigner aux allures brusques de cette nature puissante et fougueuse, qu'il ne réussit pas à faire venir dans sa main. Cette originalité ardente le démonte. Son fils va à l'abordage d'une manière qui l'étourdit toujours (3). Ce mécontentement du marquis est, en ce moment, ravivé par plusieurs contrariétés, auxquelles le comte de Mirabeau ne peut rien ! — « On ne sait, » écrit-il à son frère, « que faire de la jeunesse qui a de l'âme (4). »
Frappé des aptitudes du comte pour le métier de soldat, il a vainement cherché de l'emploi pour ce talent qu'il n'exagère pas. Découragé par ses démarches infructueuses (5), il prend le parti d'envoyer en Auvergne et en Limousin, à son ami le marquis de Laqueuille et aux du Saillant, ce jeune homme qui est son casse-tête. Le 14 juin, il annonce au bailli le départ de son fils (6).
(1) Mémoires de Mirabeau, t. I, p. 371-4.
(2) Corresp. générale, t. VI : le marquis au bailli, 7 juin 1771, p. 501.
(3) /d., ibid. : le marquis au bailli, 29 mai 1770, p. 332.
(4) Id., ibid. : le marquis au bailli, 31 mai 1771, p. 499.
(b)Id., ibid. ; le marquis au bailli, 2 et 23 avril 1771, pp. 478 et 486, (6) Id., ibid. : le marquis au bailli, 31 mai 1771, p. 499; le 14 juin, p. 504,
9§ MIRAnEAl- KT LA PHOVENCR.
C'est probablement i)endant ce second séjour (1) que le comte de Mirabeau eut à subir de la part de sa mère la scène de violence qu'il devait plus tard racontera l'inspecteur de police Bouclier.
Une parole de conciliation (lu'il essaya de faire entendre à la marquise , la transporta de fureur; elle répondit en déchargeant un pistolet sur l'imprudent médiateur (2).
Le 24 novembre, Mirabeau était de retour au Bignon. Le marquis sentit en le revoyant renaître son inquiétude. Frappé des travers que la jeunesse avait fait succéder chez son fils à ceux de l'enfance et de l'adolescence, il estimait qu'il y avait dans l'entreprise de le sauver des écueils de ce troisième âge et^de son propre caractère, de quoi fatiguer et rebuter trente mentors au lieu d'un (3).
Il valait mieux l'éloigner de Paris. Huit jours après son retour, le 2 décembre , sur l'ordre du marquis , Mirabeau repartait pour la Provence qu'il aimait. Son père l'avait qualifié û^ endiablé provençal (4).
Il fit gaiement la route par un temps affreux, rompit Tessieu de sa chaise de poste aux environs de Beaune, se dissipa trop à Lyon (5) ; mais une fois au château de Mirabeau, se mit en devoir de réparer le temps perdu.
(1) Arrivé dans le Limousin, il s'applique de nouveau à la chose rustique avec une singulière ténacité d'esprit et de volonté, s'épuise la tète à régler des comptes pendant vingt-six heures de suite, et sous le coup de cette sèche fatigue, comme il l'appelle lui-même, adresse à son père la lettre la plus précise, la plus complète, la plus détaillée et la plus technique sur l'administration de ses bois, lui démontre les inexactitudes du mémoire dressé par ceux qui les exploitent pour le marquis au dixième , et les avantages de ventes régulières bien aménagées (Lettre autographe du comte de Mirabeau à son père, septembre 1771, communiquée par M. Paul Arbaud).
(2) Lettres du comte de Mirabeau : Mirabeau à Boucher, 8 novembre 1779.
(3) Mémoires de Mirabeau, t. I, pp. 376-377.
(4) Correspondance générale, t. VI : le marquis au bailli, 25 sept. 1770, p. 390.
(5) Mémoires de Mirabeau, 1. 1, pp. 375-380. Mémoire apologétique adressé par Mirabeau à son père {minute), donné à la bibliothèque Méjanes par M. Lucas de Montigny (ms. 1073), p. 4.