CHAPITRE II
Le marquis attachait une juste importance aux bois de son domaine, qu'il voulait protéger, conserver ou refaire. De là ses mesures de proscription contre les chèvres de ses vassaux et de ses fermiers. Ses gardes avaient l'ordre de les tuer, sous peine d'être chassés , s'ils n'obéissaient pas. — En revanche, ils touchaient une prime d'une livre dix sous pour chacun de ces animaux destructeurs qu'ils abattaient. La même préoccupation avait été l'occasion d'un conflit entre le marquis et ses deux communautés vassales de Beaumont et de Mirabeau. Elles prétendaient retenir un droit d'usage dans certains bois et pacages que leur garantissait une transaction passée en 1551 avec leurs seigneurs. Le marquis avait fait annuler cette transaction par son juge; — les communautés s'étaient pourvues en Parlement.
Le jeune comte arriva tout pénétré des idées, des intérêts et des droits de son père!
Il s'expliqua d'abord très nettement sur la préférence qu'il convenait de donner pour le reboisement à la méthode des semis. « Je persiste, » signifia-t-il à un correspondant que nous ne connaissons pas, « à vouloir que dorénavant nous ne fassions que semer ; c'est un miracle quand deux chênes sur soixante prennent par plantation (1). »
(1) Lettres de Mirabeau : Mirabeau à M. Ricard (?), 28 décembre 1771.
100 MlUAHEALl KT UA l'HUVENCE.
L'aulorito i m péri eu se de ce langage convenait bien à la mission que lo jeune comte venait remplir contre les communautés récalcilranles de Beaumont et de Mirabeau.
Chargé par son père de les soumettre, il les traita avec beaucoup de hauteur, ne parla de rien moins que de les écraser, distribua des menaces , voire môme des coups de canne. On crut revoir, entendre le vieux Marc-Antoine ; mais les temps étaient changés ; les paysans ne prirent pas grand'peur (1).
Pendant (ju'il faisait ainsi le seigneur féodal , il apprit par sa cousine, M'"" de Limaye, que le public mariait M"* de Marignane, d'Aix, et le mettait au nombre des prétendants.
M"* de Marignane (Marie-Emilie de Covet) était la fille unique du marquis de Marignane, seigneur de Vitrolles, Gignac, Saint-Victoret et autres places, gouverneur des îles d'Or et des forteresses de Portcros et du Levant. Née le 3 septembre 1752 et baptisée le même jour, à l'église du Saint-Esprit, elle était alors dans sa vingtième année (2). Brune, un peu moricaude^ avec de beaux cheveux et de grands yeux noirs, au regard caressant, elle avait une taille petite, mais bien prise, quoique légèrement déjetée (3). L'expression générale de sa physionomie était ordinaire, même un peu vulgaire , et le premier abord pas trop avantageux; mais elle unissait à l'un des plus jolis caractères un esprit ingénu, fin, sensible, vif, gai et plaisant (4).
(1) De Loménie, Deux incidents de la jeunesse de Mirabeau (Revue politique et littéraire, 1' série, 1" année, 1" semestre, juillet-septembre 1871, pp. 11 et lî).
(2) Extrait des registres de la paroisse du Saint-Esprit d'Aix, communiqué par M. Mouttet.
(3) Devenue comtesse de Mirabeau, Emilie de Marignane avouait elle-même cette déviation que l'art parvenait à dissimuler. Le 5 novembre 1774, elle écrivait à son mari : « Il faut qu'avant l'heure du diner, j'essaie n^on corps, » dont je ne puis pas me passer, ayant Vair tout à fait bossue, avec u l'autre. »
(4) Mémoires de Mirabeau, t. II, p. 6. — Ch. de Loménie, Les Mirabeau, t. III. p. 82.
Le bailli de Mirabeau point sou existence de jeune fille sous un jour assez triste. A l'en croire, Emilie était grondée du matin au soir par sa grand'mcre paternelle, négligée par son père, maltraitée par sa mère. Il exagère assurément. Les lettres de M''" de Marignane, pleines d'enjouement, nous donnent l'idée d'une enfant heureuse, choyée et presque un peu adulée (1).
Son mariage était déjà arrangé avec un M. de la Valette lorsque Mirabeau laissa adresser sa demande à M. de Marignane. Celui-ci répondit, avec toutes les politesses requises, qu'il avait des engagements. Mirabeau manda purement le fait à son père. Le marquis de Mirabeau était possédé de la manie des riches mariages. Il ne dissimula pas son dépit, et écrivit à son fils qu'il avait perdu sa fortune par sa faute (2).
Piqué au vif par ce reproche d'une flagrante injustice, Mirabeau entreprit de renverser un mariage déjà fait, pour prouver à son père qu'il ne l'avait pas manqué par sa faute.
Il était doué d'une irrésistible fascination (3) ; il eut bientôt ébloui M^'" de Marignane. Elle déclara à son père qu'elle n'épouserait pas M. de la Valette. « Eh bien ! vous ne l'aurez pas, » lui répondit M. de Marignane ; « mais comme je ne veux pas de M. de Mirabeau, vous ne l'aurez pas non plus (4). » Mirabeau n'était pas homme à se décourager. Il résolut de l'emporter de haute lutte.
L'auteur des Rues d'Aix, Roux-Alphéran, l'accuse d'avoir appelé le scandale à son aide. L'anecdote qu'il donne
(1) Mémoires de Mirabeau, t. II, p. 7. — Lettres inédites de M"° de Marignane, communiquées par M. de Bresc (Voir l'Appendice, p. 425-8).
Çl) Joly, Les procès de Mirabeau en Provence, p. 52-3. Mémoire apologétique, p. 4. « Vous me répondez que toutes mes démarches sont dignes les » unes des autres et que j'ai perdu ma fortune par ma faute. » Lettres à Sophie, t. I, pp. 216-7.
(3) « Use de cette magie que tu possèdes si bien, quand tu veux ea- » chanter quelqu'un » (Lettre de la comtesse de Mirabeau à son mari, lo 29 septembre 1774, dans les observations pour le comte de Mirabeau, p. 8, pièce n° 1 du recueil intitulé : Procès de Mirabeau , Bibl. Mèjanes , 30503).
(4) Lettres à Sophie, t. I, p. 218. — Mémoire apologétique, p. 5.
102 MinADEAU ET I. \ IMlOvrNT.E.
comme ;iulhciili(|iio ;i pciil-ôlre bien iiii côté logondaire, mais rcroiivro un fond de vérité. Certaines rétieencos de Mii-Hlican dans une lettre qu'il adressait en 177G à M. de Malesherbes, semblent indiquer «lu'il l'ut peu délicat sur le choix des moyens (1). Une allusion qui revient à plusieurs reprises dans la correspondance du bailli el du marquis pendant les i)reliminaires du fameux procès entre le comte et la comtesse de Mirabeau commente avec une demiclarté ces réticences el cet aveu incomplet. Elle paraît se rapporter i\ l'histoire de quehiue femme de chambre gagnée à prix d'argent (2). Mirabeau comptait sur le succès pour justifier sa conduite ; il réussit. M. de Marignane cessa de résister. Le 17 juin 1772, il témoigna au bailli toute la satisfaction que lui causait cette alliance (3).
Cinq jours plus tard, le 22, le contrat fut signé. M. de Marignane constituait en dot à sa fille la somme de 240,000 livres, mais ne lui donnait pour le moment qu'un acompte de 8,000 livres, représentées par un trousseau. Les autres 232,000 livres seraient payées à sa mort. Pour tenir lieu en partie des intérêts de ces 232,000 livres,
(1) 0 M"* de Marignane était essentiellement compromise; je l'aimais; je » me croj'-ais aime; je résolus d'en finir. » Lettre de Mirabeau à M. de Malesherbes, citée par M, Ch. de Loménie, Les Mirabeau, t. III, p. 86.
{'2) Le marquis, désireux que le comte de Mirabeau reconquît sa femme en évitant le scandale d'un procès, lui recommandait de recourir, non au ministère de l'huissier, mais à la complicité d'une femme de chambre payée, et s'en remettait là dessus à son expérience. « Au reste, » écrivait-il au bailli, le '22 novembre 178Î, « une femme de chambre gagnée, — que saisje, » car ce n'est pas à moi à lui enseigner les épisodes. — aurait tout conclu. » De son côté, le bailli repoussait, le 16 février 1783, l'expédient de flibustier que suggérait son frère, par cette sage réflexion : « C'est précisément » l'adresse avec laquelle il a eu sa femme la première fois qui fait qu'il ne » saurait rien tenter en ce genre, parce qu'on se méfie fort, »
(3) Recueil manuscrit des lettres de M. de Marignane et de la comtesse de Mirabeau : le marquis de Marignane au bail'.i de Mirabeau, 17 juin 1772 : « Rien de plus heureux pour moi que l'alliance qui incorpore, pour ainsi u dire, ma race dans une de celles de ma patrie qui s'est le plus acquis » l'estime publique Je ne doute pas que Monsieur votre neveu, ayant sous » les yeux l'exemple de ses aïeux, guidé par les leçons d'un père qui a » mérité la reconnaissance de l'humanité et les avis d'un oncle aussi res- » pcctable que vous, ne travaille à se conserver tout ce qu'il a trouve » d'acquis en naissant sous de si heureux auspices. »
LE iMARIAGE. 103
M. de Marignane s'engageait à servir annuellement, i)endant sa vie, à sa fille, et par elle à son gendre, une pension de 3,000 livres (1). Le marquis de Mirabeau stipulait que le versement de la dot de sa belle-fille se ferait entre ses mains, à charge pour lui d'en payer intérêt à son fils sur le pied de 5 7o- H s'obligeait d'ores et déjà à donner à celui-ci une rente de 6,000 francs que des accroissements successifs de 500 livres, à partir de l'année suivante, porteraient à 8,500 francs. La grand'mère paternelle de M"* de Marignane, qui était en môme temps sa marraine, ajoutait à la dot de sa petite-fille 60,000 livres, payables à sa mort. Elle promettait, en outre, de recevoir dans son hôtel les futurs époux, de les loger, de les nourrir, eux, leurs enfants et leurs domestiques, moyennant une pension de 2,400 livres (2).
Dés le lendemain, 23 juin, le mariage était célébré dans l'église du Saint-Esprit, à Aix (3).
Les noces, somptueuses, durèrent plus de huit jours (4).
Puis ce furent de joyeux et bruyants pèlerinages à Marignane, à Tourves , suivis de voyages à Marseille et à Toulon. Le jeune ménage poussa jusqu'à Hyères, où il passa les derniers quartiers de sa lune de miel dans une maison qui appartenait à l'Ami des hommes (5).
Dès les premiers jours d'août, les nouveaux époux sont de retour à Mirabeau, où les a sans doute ramenés la santé légèrement éprouvée de la comtesse (6). Ils n'y trouvent plus le bailli, parti pour le Mont-Dore, en attendant de
(1) Il en avait promis 4,000 à M. de Lavalette.
(2) Mémoires de Mirabeau, t. II, pp. 12-13. — Texte du contrat de mariage communique par M. Mouttet.
(3) Extrait des registres de la paroisse du Saint-Esprit, communiqué par M. Mouttet.
(4) Mémoire apologétique, p. 6. — Ch. de Loménie, Les Mirabeau, t. III, p. 90. — Procès de Mirabeau (bibl. Méjanes, 30503, pièce VI). Observations sur un libelle diffamaloire, pp. 136-7.
(5) Mouttet, Noies el souvenirs lilléraires.
(6) Lettre de Mirabeau : à sa sœur. M"" du Saillant, 23 septembre 1772. — Correspondance générale, t. VII : le marquis au bailli, 10 août 1772, p. 7.
104 MinAUEAU ET LA PUOVENCE.
gagnor M.'iltc. Absf'iirc fAdiouso ! L'onolo et lo neveu la regret lero ni plus tard à l'onvi (1). A dislaiiee, le niar(juis entoure de sa synipatliie son fils et sa l)el!e-nile. « Nos jeunes gens, » écril-il à son frère, « se déniénenl à Mirabeau ^2). Ils ont fort à faire pour rajeunir et approj)rier ce château dépenaillé et passablement sale (3). La comtesse travaille comme un démon. Elle écrit comme un ange. » — « Tu l'aimeras trop, » dit le marquis à son frère, « quand tu verras ses lettres, » Son mari se laisse gagner par le bon exemple. Le marquis reconnaît qu'il est aussi beaucoup plus exact et suivi dans sa corres[)ondance (4). Il visite et reçoit ses parents et ceux de M'"" de Mirabeau (5).
De leur côté, le marquis et la marquise de Marignane envoient, sans s'être concertés, des témoignages d'affection à leurs enfants. « Vous me parlez d'un voyage à Mirabeau, » écrit M'"" de Marignane à son gendre ; « c'est ce que je désire, puisque ce séjour renferme tout ce que j'ai de cher (6). » M. de Marignane n'est pas moins cordial.
11 a été étonné d'apprendre par Marseille des nouvelles de son beau-fils. « Vous vous y êtes amusé, » ajoute-t-il; «c c'est à merveille. C'est aux finances à se prêter à ces petits voyages, quand nous en avons fantaisie, et non pas à nous à nous prêter à nos finances. Tout cela est égal à
(1) Correspondance générale, t. Vil, p. 2; le bailli au marquis, 31 juillet 1776, p. 242. — Mémoires de Mirabeau, t. II, pp. 4 et 6 (en note). Papiers Minto : Mirabeau à la comtesse de Vence, 3 mai 1774.
(2) Correspondance générale, t. VII : le marquis au bailli, 10 août et 1" septembre, pp. 7 et 18.
(3) Correspondance générale, t. VI ; le marquis au bailli, 5 mars 1771, p. 464 : « J'y ai couché (dans le cabinet du midi de Mirabeau) pour me u sauver des punaises qui assiégeaient mon lit. »
(4) Correspondance générale, t. VII : le marquis au bailli, 10 août, 1" et 8 septembre 1772, pp. 7, 18 et 26.
(5) Lettre autographe de M"' de Mirabeau à sa cousine M"* de Roquesante,
12 septembre 1772, communiquée obligeamment par M. Paul Arbaud : « Je » voudrais bien, ma chère cousine, qu'il entra {sic) dans les projets de mon » mari ou que ses occupations lui permissent d'aller demain à Beaumont, » puisque j'aurais le plaisir de vous y voir. »
(6) Recueil manuscrit des lettres de la comtesse de Mirabeau : la marquise de Marignane à M. le comte de Mirabeau, 22 septembre 1772.
la fin de l'an; je m'entends ; cela est égal, si, après avoir été brillant, sémillant, courant pendant un mois, on sait se reposer pendant onze (1). »
Il y avait là, sous une forme peu austère, un conseil do sagesse qui n'avait peut-être pas grande chance d'être suivi.
M. de Marignane s'inquiétait des dettes de son gendre. Elles étaient déjà considérables et uien;u;aiont do s'accroître encore!
Ses équipées de garçon les avaient commencées. Cinq mois passés à Aix comme prétendant ou fiancé de M^'" de Marignane en élevèrent le chiffre. Le comte ne toucha pendant ce temps que 25 louis des agents d'affaires de son père. Somme absolument insuffisante pour s'habiller et vivre décemment! Vint son mariage. L'usage, en Provence, prescrivait des présents aux personnes qui assistaient aux noces. Mirabeau mit dans ses libéralités un excès dangereux (2). Il jeta aussi l'argent pour prodiguer à M'"" de Mirabeau des bijoux et des toilettes (3). La chambre de la châtelaine était déjà antiquaillée du temps de sa vénérable bisaïeule, Aune de Pontevés; il la fit exhausser, boiser, dorer, décorer avec un luxe inouï qui rappelait celui du salon de M. de Nivernais. Sur le domaine, il s'engagea dans des entreprises qui, peut-être, comme la plupart des réparations agricoles, n'avaient d'autre tort que d'exiger de ruineuses avances (4). Il menait un grand train de maison, possédait au moins un cabriolet qu'il ,mettait gracieusement à la disposition de M™"" de Roque-
(1) Recueil manuscrit des lettres de la comtesse de Mirabeau : le marquis de Marignane à M. le comte de Mirabeau, 24 septembre 177"2.
(2) Archives nationales, Interrogatoire du comte de Mirabeau à Manosque devant Joseph Escuyer, lieutenant particulier, tenant la place de lieutenant général au siège royal de Forcalquier, assisté de Mathieu-André Jossaud , greffier en chef (U mai 1774). — Mémoire apologétique, p. 6.
(3) Correspondance générale , t. X : le bailli au marquis de Mirabeau, 27 janvier 1783 : « Ce que j'ai vu de relatif aux dettes de ton fils est pour » les trois quarts au moins pour présents faits à sa femme. »
(4) Mémoires de Mirabeau, t. II, pp. 18-19.
106 VIllAIir.AU ET LA PHOVFNCE.
sanle (I). vSoii liospilulilc étail libi'raU^, généreuse, iiopiilaire : il ^('^^■ll•(l;lil cotiiinc un devoir «le (loiiiicr ;i boiro ;iiix paysans ipii allaiciil le Iroiivor, à dincr à Ions les |)assanls et voisins {'}\ « Panier pLM'cé ul désoi'dru inné (3), » il lUi savait pas conipler; il voyait le ^onllVo se creuser, et s'il n'os;iil en sonder l;i profondeur ('i), il (Mait sonrienx, trisl(i et soidfrant Accablé d'all'aires (5), en (jnèb' do cond)inaisons et d'expédients, il proposait à la niarcjnisede Mirabean, qui avait hérité de la plus grande parlic de la fortune de sa mère, de se ligner avec lui, il n'osail pas dire contre son père, mais contre M'"" de Pailly, le loup entré dans la bergerie, et contre M. et M'"" du Saillant, assez clairement désignés (6). La marquise ne répondait pas à ces avances (7). F^resque en mémo temps, il ntigociail, [lar l'entremise de sa femme, avec son j)èi'0 et son beau-père, un arrangement qui aurait pu payer sinon la totalité, du moins la partie la plus considérable de ses dettes.
On se rappelle ipTaux termes du contrat de mariage de Mirabeau, la graud'inèriî paternelle de la comtesse, Marie- Marguerite d'Orcel, mar([uise douairière de Marignane, avait augmenté la dot de sa petite fille de 60,000 livres payables à sa mort. Mirabeau demanda à son beau-père de lui avancer cette somme. M. de Marignane y consentit, mais à condition que le marquis de Mirabeau lui en donnât décharge (8). Le marquis s'y refusa (9).
(1) Lettre autographe du comte de Mirabeau à sa cousine M"" de Roquesante.
(2) Correspondance générale, t. X : le marquis au bailli, 22 juin 1782, p. 313.
(3) Id.. ibid. : le marquis au bailli, 20 juin ITîSl, p. 10.
(4) Interrogatoire à Manosque devant Joseph Escuyer (Archives nationales), et Mémoires de Mirabeau, t. II, p. 24-2.').
(5) Lettre autographe de M"" de Mirabeau à sa cousine M"" de Roquesante.
(6) Lettre de Mirabeau : à sa mère, 8 octobre 1772.
(7) Lettre de Mirabeau : à sa mère, 25 décembre 1772.
(8) On se rappelle que le marquis était seul autorisé à touclicr la dot de sa belle-fille.
(9) Interrogatoire à Manosque. — Lettre de la comtesse de Mirabeau. —
Mirabeau chercha dans une dissipation l)ruyanl(! l'oubli d'une situalion déjà très fâcheuse et qu'un avenir [H'ochain devait forcément aggraver (1).
La société de M. de Marignane lui donnait l'exemple de plaisirs grossiers et violents qui ressemblaient à des poliçonneries (sic)^ pour répéter l'expression du bailli (2). Le jeune comte ne prit que trop facilement ce ton et ces manières. C'était peu de temps après son mariage. Son ami Saint-Cézaire, le lieutenant de vaisseau, entendit un terrible vacarme dans la chambre des nouveaux époux. Il courut à la porte, craignant que le mari ne fût en train d'étrangler sa femme. Celle-ci de répondre à son protecteur officieux que ce n'était rien. Sans nier cet incident, Mirabeau faisait observer que la comtesse et lui n'étaient pas tous les deux seuls dans la pièce ; il y avait d'autres personnes avec lesquelles ils jouaient et faisaient grand bruit. Le comte était ivre ce jour-là, beaucoup d'autres l'étaient comme lui (3).
Ces jeux de main n'avaient rien d'aristocratique. Mirabeau n'y répugnait pas ; mais des luttes plus nobles, plus dignes du futur champion de la Révolution sollicitaient son ardeur turbulente.
On se le rappelle : le l*"" octobre 1771, la disgrâce de l'ancien Parlement de Provence n'avait guère ému une population plutôt favorable à celui qui le remplaçait (4) ; mais peu à peu, une trentaine de magistrats exilés rentrèrent à Aix avec l'autorisation du chancelier et sur la bonne recommandation du premier président d'Albertas, qui se
brouillon rédigé par le comte de Mirabeau, d'une lettre que la comtesse doit écrire à son beau père.
(1) Mémoires de Mirabeau, t. II, p. ICt.
('2) Correspondance générale, t. X : le bailli au marquis de Mirabeau, 12 janvier 1783, p. 402.
(.3) /ci., ibid. : le marquis au bailli, 12 janvier 1783, p. 402. Plaidoyer prononcé par le comte de Mirabeau devant la grand'chambre du Parlement d'Aix, le 23 mai 1783, découvert et publie par M. Ch. de Loménie, Les Mirabeau, t. III, appendice, pp. 708 et 709.
(4) Flammermont, Le chancelier Maupeou el les Parlemenls , pp. 4GG-7,
\()S N'iiiAiii'.AU HT i.A imu)Vi:nc:k.
reprocha liicnliM d'avoir (Iciiiaiido leur rappel ; ils ronvririMil U'urs maisons, y rallirn ni les um'cdiiIciiIs, calialércnl, firoiil courir de faux luaiils cl liuiicul par cxrilcr une 1res vive fernuMilaliiui (l).
Mirabeau se jeta dans celle opposition i'aclice ou tout au moins intéressée : il en retrouvait les ress^udiuieiits et les colores jus(|ue dans la maison de sa ^rand'mei-e d'adoplion, qui était une parente de Rippert de Monclar (2) ; il les partagea. Sans souci des liens de parenté (3) et de recon-
(1) Journal de nouvelles du marquis d'Albcrlas, t. II, 4387, p. tISO. — Lettre de M. le premier président d'Albcrlns au chancelier au sujet du rappel do M. de L.ubiorcs : « Pour le séjour d'Aix, les esprits mo paraissent » encore trop échauffés pour qu'on puisse sans inconvénient l'y laisser » venir, m t. III, 4388. — Le morne au mémo, 2'2 janvier 1772 : « Je ne vois » aucun inconvénient à laisser à M. d'Espinouse (le président d'Espinouse) » la liberté daller oîi il voudra, en y {sic) exceptant Aix. Ces messieurs n'y » veulent revenir que pour, en ouvrant leurs maisons, y rallier les mécon- » fonts. » — Le morne au prince de Marsan, 8 mai 1772, pp. 1254-5 : « Je no i> me suis jamais opposé à aucun rappel particulier, moins encore à celui do » M. de Régussc, mais quand on me consulte, je dois la vérité à ceux qui » me la demandent. J'ay à me reprocher d'avoir demandé le rappel de plus u de trente do ces messieurs, qui s'assombhîiit, cabalcnt, font courir des » bruits désavantageux qui effraient le public, et ne tendent qu'à lui inspirer » une méfiance qui nuit à la besogne actuelle. M. le procureui- général et » moi ne sommes occupés qu'à détruire les faussetés qu'ils s'efforcent de » répandre. D'autres que nous, peut-être, auraient pris les voies de droit » contre ceux qui intriguent d'une façon si indécente. Des tètes échauffées » ne peuvent être mises à mémo de s'animer dans îles comités qu'on ne » pourrait détruire que par un acte de force que je veux éviter; c'est ce qui » m"a déterminé à écrire à M. le chancelier que je croyais très dangereux » d'augmenter lo nombre des cabalcurs. La fermentation, qui est au comble, M me fait persévérer, non dans mon opposition, car je ne m'oppose certai- » nement pas à ce que vous désirez, mais dans mon opinion que je dirai » toujours toutes les fois qu'on me demandera mon avis. »
(2) Lettre de M™* de Marignane, grand'mère de la comtesse de Mirabeau, du 21 février 1773, communiquée par M. Mouttet.
(3) JoKrnaf de nouvelles, t. IV, 4389, p. 1520 : lettre (probablement inédite) du manjuis do Mirabeau au premier président d'Albortas, sollicitant lo rappel de M. du Bourguet : « J'ai attendu, monsieur mon cher cousin, pour » vous remercier de voire réponse à ma requête, d'être informé si M. du B Bourguet, que je savais avoir liquide (devoir liquider), avait aussi con- M sommé sa liquidation, circonstance que j'ignorais. J'apprends par ce » courrier qu'il a écrit pour remplir aussi cette formalité ; aussi j'espère » que rien n'arrêtera désormais la bonne volonté de m'obliger en cela que w vous voulez bien me témoigner, et je vous prie d'être persuadé que j'y » seray très-sensible. A l'âge de ma tante de Creissel, on n'a pas de temps
naissance qui unissaient son père à M. d'Albertas, il s'en prit à ce haut et puissant personnage (1).
Ces folies et ces témérités ne rétablissaient pas l'équilibre dans le budget de Mirabeau. — Un créancier moins patient et plus hardi que les autres osa réclamer son payement. — Si nous en croyons le témoignage du président d'Albertas, il le reçut en coups de bâton (2). — Mais l'intimidation la plus violente ne pouvait longtemps donner cours à une pareille monnaie ; — et, pour subsister au milieu de ses embarras financiers , Mirabeau n'eut d'autre ressource que d'implorer les juifs , qui ne consentirent à prêter qu'à des taux usuraires. — M""^ de Mirabeau joignit ses instances à celles de son mari pour décider quelque bonne âme à leur servir de caution auprès de ces juifs (3).
» à perdre, et je me feray une joye sensible d'être pour ainsi dire, en quel- » que chose, dans celle qu'elle aura de ravoir sa fille auprès d'elle. Recevez » mes remerciements de votre honnêteté , et l'assurance de l'inviolable et » respectueux attachement, etc. — Signé : Mirabeau. »
(1) Lettres à Sophie, t. I, pp. 233-8. Recueil des lettres du comte de Mirabeau : à sa mère , le 30 janvier 1776 : « MM. d'Albertas , mes ennemis jurés » de notoriété publique, à cause des discussions d'ancien et de nouveau » Parlement. »
(2) A. Stern, Das Leben Mirabeaus, t. I , p. 78, — Ch. de Loménie , Les Mirabeau, t. III, p. 95. — Le fait n'est dénoncé que par le premier président d'Albertas , dans une lettre au marquis de Mirabeau. Père d'un candidat malheureux à la main de M"" de Marignane, M. d'Albertas n'avait que trop de motifs de haïr Mirabeau qui embrassait chaleureusement la cause parlementaire. On pourrait craindre que son témoignage ne fût partial, mais faut-il le rejeter entièrement ?
(3) Lettre de M""» Duranti-Ladurane au citoyen Pin, secrétaire du district d'Aix, communiquée par M. Alexandre Mouttet : « La deuxième année de » son mariage, il (le comte) eut recours à mon beau-père, et lui dépeignit » d'une manière si touchante sa situation (sa femme si (sic) joignit), que, » par compassion et tendresse, il ne put résister à leur demande , et répondit » pour eux la somme aux juifs que porte le billet que je vous ai fait passer. » Lorsqu'on voulut faire payer cette somme au père, il n'y voulut pas con- » descendre, et dit que tant pis pour ceux qui avaient répondu ou payé » pour son fils, qu'il ne payait rien. Nous fûmes obligés de payer les juifs. » Nous restâmes nombre d'années sans revoir M. Riquetti fils. Il y a cinq » ou six ans qu'il obtint la permission de venir à Aix réclamer sa femme. » Nous profitâmes de ce temps pour lui demander cette somme que nous » avions payée pour lui, et qui nous avait très-fort dérangés dans nos » affaires. Il nous témoigna tout le regret qu'il avait de ne pouvoir se libérer > avec nous. Il nous fit voir l'impuissance oii il en est (était?) encore, et
110 MlllAllKAn KT 1-A PHOVKNCK.
Kilo (lut n'inellre :iii comte le.s bijoux que lui avait donnés sou beau-pùre. — Sur ce gage, le négociant israélito Samuel Cohen leur prêta six mille livres qui servirent à payer les frais de naissance et le trousseau de leur fils Victor-Emmanuel (1).
Cet enfant était venu au monde à Aix, le 8 octobre 1773, i\ huit heures du soir. — Il eut pour parrain son grandpère paternel, le marquis de Mirabeau, représenté par celui de Marignane, et pour marraine sa grand'mère maternelle, Anne-Gabrielle-Mabile de Maliverny (2).
Son père avait dû s'éloigner de son berceau sans doute pour fuir les clameurs de ses créanciers. — Il s'était retiré à Mirabeau !
Si ses anxiétés s'assoupirent un instant, elles durent être cruellement ravivées le 2 novembre par une lettre de M""** de Mirabeau qui était restée à Aix.
Le notaire Raspaud l'avait fait trembler au sujet de tou-
1) nous dit qu'il était honnête homme et reconnaissant, qu'il n'oublierait 1) jamais le servisse [sic) signalé que lui avait rendu mon beau-père si généu reusement, etc.; nous ne l'avons plus revu depuis. Malheureusement la » mort l'a surpris. Nous espérons que la nation, à qui ce grand homme a » rendu tant de services , fera honneur à une dette qui certainement lui » paraîtra sacrée. »
(1) Recueil manuscrit des lettres de M"" de Mirabeau : déclaration du 14 octobre 1773, relative à un écrin contenant neuf pièces, et que la comtesse remet à son mari. — Interrogatoire à Manosque devant Joseph Escuyer, etc.
(2) Extrait des registres de l'état civil de la commune d'Aix , paroisse du Saint-Esprit : a Noble Victor-Honoré-Emmanuel de Riquetty, fils légitime et naturel de très haut et très puissant seigneur Gabriel-Honorô de Riquetty, comte de Mirabeau, capitaine de dragons, et de très haute et très puissante dame madame Marie-Marguerite-Emilie de Covet de Marignane, est né le huit octobre à huit heures du soir, et a été baptisé le lendemain neuf octobre de l'année mil sept cent soixante-treize. Le parrain a été très haut et très puissant seigneur Victor de Riquetty, son ayeul paternel, marquis de Mirabeau, comte de Beaumont, etc., absent, et très haut et très puissant seigneur Emmanuel-Marie-Anne-Louis de Covet , marquis de Marignane et des Iles d'Or, etc., ici présent, et agissant pour ledit seigneur marquis de Mirabeau, duquel il a dit avoir pouvoir et charge, à l'effet des présentes ; et la marraine a été très haute et très puissante dame, M""" Anne-Gabrielle- Mabile de Maliverny, son aïeule maternelle, épouse dudit seigneur marquis de Marignane. »
tes les lettres de change cautionnées. Les cautions du comte étaient menacées de saisie et de prison. Ces « gueux de juifs » devenaient intraitables. D'un autre côté, M. de Marignane savait tout et blâmait beaucoup son gendre de ne pas discontinuer les ouvrages commencés. — M™® de Mirabeau le suppliait de les suspendre jusqu'à un temps meilleur. — « Tu devrais le faire , » ajoutait-elle , « pour mon repos et pour la vie de ton enfant, qui sera notre sauveur auprès de tes parents, et qui périra infailliblement si je continue à avoir des chagrins de cette force! — Pardon, mon bon ami, de l'entretenir de ces choses si tristes; mais à qui parlerai-je de mes peines, si ce n'est au seul homme en qui j'ai confiance, et le seul qui les partage (1)? »
Epouvanté lui-même de se trouver à la merci de ses créanciers, Mirabeau songeait à prier son père de solliciter une lettre de cachet qui l'enfermerait au château d'If ou dans toute autre prison d'Etat.
M. de Marignane se chargea de dénoncer la détresse désespérée de son gendre au marquis de Mirabeau , que M. d'Albertas prévint de son côté (2). Le marquis savait déjà le dérèglement de son fils. Sa colère n'en fut pas moins vive. « Mieux vaudrait, » écrivait-il au bailli, « pour » notre repos momentané , écrouer ce mauvais fils d'une » mauvaise mère (3). » Il éprouvait en ce moment même un redoublement d'irritation et de haine contre sa femme. Excitée et assistée par M"^ de Cabris qui était venue la trouver en Limousin, à franc étrier pendant une partie du trajet, sa fille portée en bandoulière par le postillon (4), la marquise avait intenté à son mari un procès en revendi-
(1) Recueil des lettres de M"* de Mirabeau : Aix, ce 2 novembre, à M. le comte de Mirabeau.
(2) Ch. de Loménie, Les Mirabeau, t. III, p. 96-7.
(3) Correspondance générale, t. VII : le marquis au bailli de Mirabeau, 13 décembre 1773, p. 52.
(4) Id., t. X : le bailli au marquis, 14 février 1783, p. 493.
112 MIHAIIKAU KT LA PHOVENCE.
cation d'héritage qui venait d'ùtre jugé en sa faveur (1). Sous le coup des senlinients que le scandale de colle guerre ouverte ravivait dans son Ame, le marquis aurait prononcé volontiers un arrrt sévère contre ce (ils au(|uel il semblait imputer une sorte de complicité avec sa mère. Mais il fléchit devant la crainte d'éteindre sa famille ! « Il » nous faut, » dit-il à son frère, « tirer race de ces gens » de là-bas. Le sang de Vassan s'épurera par celui de Ma- » rignane qui est doux (2). »
11 n'était pas à Paris : il accrédita, par une lettre, le bailli auprès du ministre Saint-Florentin, et le chargea d'obtenir un ordre d'exil pour son lîls et sa belle-fdle. Sa lettre laissait en blanc le nom de l'endroit où ils seraient relégués. Le bailli devait le remplir; mais le marquis énumérait les raisons de convenances qui lui faisaient préférer Mirabeau (3). L'ordre fut délivré conformément à sa volonté. Il prit ses mesures pour en assurer la stricte exécution (4).
Le comte de Mirabeau s'attendait à la disgrâce qui allait le frapper.
Le 25 décembre, en exprimant à sa mère le regret que lui causaient leurs intérêts divisés en présence d'ennemis communs, il se disait à la veille de perdre sa liberté (5). Trois jours plus tard, le 28, l'ordre du roi , qui le concernait, lui était signifié. — Il en accusa réception à Sénac de Meilhan , dans une lettre dont la fierté touchait à l'imper-
{[) Correspondance générale, t. VII : le bailli au marquis, 10 septembre et VI décembre 1773, pp. 46 et 55.
(2) Id., ibid. : le marquis au bailli, 13 décembre 1773, p. 52.
(3) Id., ibid. : le marquis au bailli, 13 déc. 1773, p. 52.
(4). Id., ibid. : le marquis au bailli, 22 décembre 1773, p. 58 : « Je ne sais » pas le nom de notre nouvel intendant, et il n'y a pas ici d'Almanach » royal; sans quoi je lui aurais écrit pour lui recommander stricte exécu- » tion et le prier de vouloir bien charger quelqu'un à lui , dans le canton, » de lui rendre compte de la plus grande exactitude d'obéissance. Si tu le » juges à propos, tu pourras faire cette lettre en ton nom et au mien. »
(5) Recueil manuscrit des lettres du comte de Mirabeau : le comte à la marquise sa mère, 25 décembre 1773.
tinence. En se plaignant de ne pouvoir, faute d'argent, congédier des journaliers qui le rongeaient, il protestait de son désir de s'arranger et de vivre dans la solitude avec la modique pension qui lui serait assignée (1).
Le régime auquel il fut soumis était celui d'une espèce d'interdiction morale qui précédait et préparait l'interdiction légale.
Son beau-père le chapitrait sur un ton sévère. — La légèreté de mœurs et de conduite de M. de Marignane, qui naguère « polissonnait tout le jour avec son gendre (2), » affaiblissait, sans doute, l'autorité de ses remontrances; mais ses observations n'étaient que trop justifiées par les prodigalités désordonnées de Mirabeau et par les expédients auxquels sa détresse n'hésitait pas à recourir. Un jour, il envoyait vendre à Marseille un cheval qu'il devait, au moins depuis huit mois, à son précédent propriétaire, le bon et honnête M. Granet, et ne paraissait pas comprendre l'impatience que ce brave homme ressentait d'en toucher le prix. M. Granet était pourtant son créancier pour une somme au moins quatre fois aussi forte. Grand chasseur comme fougueux écuyer, le jeune comte venait d'acheter un nombre considérable de fusils et ne se montrait pas plus pressé de restituer celui que M. de Marignane lui réclamait (3).
Dans une lettre postérieure, datée du 13 mars 1774, son beau-père lui adressait des représentations qui insistaient, d'une manière plus offensante, sur les misères et les dangers de sa situation financière et morale.
« Vous me permettrez, » lui disait-il, « de vous observer » {sic) que j'ai eu ce matin, sous mes yeux, un état de vos » dettes montant à 187,000 livres, qu'il y en a plusieurs
(1) Archives départementales , CI , 393. Lettre autographe de Mirabeau à Sénac de Meilhan, du 15 janvier 1774.
(2) Correspondance générale, t. XI : le bailli au marquis, 7 février 1783, p. 485.
(3) Recueil de lettres de la comtesse de Mirabeau : Tourves, Il février 1774, M. de Marignane à M. de Mirabeau, au château de Mirabeau.
114 miraheai; kt i,\ Provence.
» qui n'étaient pas comprises dans l'état , au moyen de » (juoi, je crois qu'il y aurait à gagner de les fixer à deux u ceut mille francs.
» Vous avez six mille francs de pension ; votre femme » en a trois mille; ces deux sommes réunies ne payent » pas les intérêts de vos dettes. Je ne crois pas que, dans » une pareille jiositiou, on soit en droit de se plaindre » qu'un père veuille mettre des bornes fixes à la dépense » d'un liis (|ui, dans deux ans, a pu se plonger dans un » dérangement aussi incroyable. »
Cette allusion, par trop claire, visait les sept livres de viande, les six livres de pain bis, les trois livres de pain blanc, auxquelles le marquis de Mirabeau entendait fixer la ration quotidienne du comte de Mirabeau, de la comtesse et de leurs quatre domestiques.
M. de Marignane trouvait que le beau-père de sa fille avait calculé un peu trop rie à rie. — Il ne doutait pas que le marquis ne se rendit aux observations du notaire Raspaud, et pensait pouvoir autoriser ses enfants à s'attribuer un petit supplément jugé nécessaire. Malheureusement, il envenimait celte concession, dont il n'était pas le maître, par le commentaire dont il l'accompagnait. « Votre femme, » disait-il à son gendre, « veut partager votre sort. Elle doit » être la première à désirer que votre dépense soit réduite » au plus petit pied pour ne dérober à vos créanciers que » ce qui est le plus strict nécessaire pour elle et pour » vous (1). »
Cette réflexion, d'ailleurs fort juste, faisait ressortir tout ce que la mesure du marquis de Mirabeau avait de blessant pour son fils. « Je ne sais , » avouait celui-ci à un cousin de sa femme, M. de Limaye-Coriolis , « si mon » cœur est plus flétri ou plus irrité (2). »
(1) Recueil manuscrit des lettres de la comtesse de Mirabeau : Aix, 13 mars 1773, M. de Marignane à M. le comte de Mirabeau, au château de Mirabeau.
(2) Idem : le comte de Mirabeau à M. de Limaye-Coriolis.
Il souffrait dans son âme et dans son corps, et se plaignait à son notaire et ami Raspaud de ses incommodités continuelles , qui lui ôtaient la faculté d'écrire et presque celle de penser (1). Accablé lui-même, il ne pouvait guère soutenir, consoler, distraire sa jeune femme, qui ne trouva que des charmes plus dangereux dans la société d'un jeune mousquetaire gris , le chevalier Laurent-Marie de Gassaud.
Les parents de ce mousquetaire étaient de fort honnêtes gens de Manosque. Ils appartenaient à une famille dont les savantes recherches de M. de Berluc-Pérussis ont pu remonter la généalogie jusqu'à la fin du quinzième siècle, et qui, vers la première moitié du seizième, avait embrassé la Réforme. Dans cette famille, ils représentaient une branche issue de Jean-Antoine de Gassaud , avocat à Forcalquier en 1629, qui se fit ensuite inscrire au barreau de Grenoble, et que Louis XIV anoblit. Les petits-enfants de Jean-Antoine de Gassaud retournèrent de gré ou de force au catholicisme. L'aîné d'entre eux, Pierre de Gassaud , fut le grand-père des deux frères qui , du temps de Mirabeau, vivaient à Manosque sous le même toit : Jacques-Paul et André. Tous deux avaient été officiers d'infanterie ; tous deux portaient également le titre de chevalier. Jacques-Paul s'était marié avec M^^'' Clotilde Laugier, de Manosque : de ce mariage, il eut trois filles et le mousquetaire Laurent-Marie. Son frère André, âgé de trente-six ou de trente-sept ans, avait résolu de rester célibataire (2). Il possédait quelque bien , et ressentait pour son neveu une affection toute paternelle. Le bailli était son ami, et témoignait à toute la famille un intérêt affectueux (3).
(1) Lettres du comte de Mirabeau : à M. Raspaud, rue des Trois-Hormaux (sic), 19 février 1774.
(2) L. de Berluc-Pérussis, Le proleslantisme à Forcalquier, pp. 59-61.
(3) Correspondance générale, t. VI : le bailli au marquis, 15 mars 1770, p. 471.
IIC) MlUAHEAU liT LA l'HOVKNCE.
Ail mois de janvier 1770, il roeoniiii.iiKla ciuileureusemeiit h son frère le petit Gassaiid^ i\u\ allait à Paris servir dans les mousquetaires (1). Le marquis l'accueillit fort bien , l'invita h ses réceptions et à ses dîners éco7iomiQues du mardi (2).
Le petit ou le grafid Gassaud, comme l'appelait le bailli, avait dix-neuf ans et cinq pieds huit pouces (3) ; il paraissait fort sage, et le marquis, qui se trompa plus d'une fois dans ses pronostics sur les hommes, jugea qu'il était du bois dont on fait les pères de famille (4).
Pendant l'hiver et au commencement du printemps de 1774, il habitait Manosque. Lié personnellement avec Mirabeau, il devint l'hôte assidu du château, où le jeune comte était relégué. Dans les entretiens qu'elle eut avec cet ami de son mari, la comtesse oublia ses ennuis, ses chagrins et les devoirs de sa foi conjugale.
La triste vérité de ce roman coupable n'est et ne peut plus être mise en doute aujourd'hui. Les historiens même les plus récents et les mieux renseignés, MM. A. Stern et Charles de Loménie , le font commencer à Manosque. — Nous croyons , au contraire , que la faute de la comtesse fut, sinon consommée, du moins préparée à Mirabeau (5).
(1) Correspondance générale, t. VI ; le bailli au marquis, 18 janvier 1770, p. 268.
(2) Id., ibid. : le marquis au bailli, 2 avril 1771, p. 485.
(3) Id., ibid. : le bailli au marquis, 14 janvier 1770, p. 268.
(4) Id., ibid. : le marquis au bailli, 23 avril 1771, p. 485.
(5) A l'appui de cette opinion qui nous parait très vraisemblable, nous nous croyons le droit d'invoquer : 1° les lettres adressées par le comte et la comtesse de Mirabeau au chevalier de Gassaud ; 2° la suscription de ces lettres et les corrections faites par la poste dans cette suscription. On ne peut rien conclure de cette objurgation de Mirabeau au chevalier de Gassaud : 0 Quel scélérat étes-vous, vous pour qui l'hospitalité, la confiance et » la reconnaissance ne sont rien? » Ces mots se prêtent également bien au sens d'une hospitalité exercée par Mirabeau ^ dans son manoir, ou reçue par lui à Manosque dans la famille de Gassaud. Mais le contexte indique une crise qui s'est prolongée en passant par des phases diverses d'orage et d'apaisement. Elle n'était pas terminée avec le départ de Gassaud pour Paris, qui emporta le portrait de la comtesse, et auquel elle écrivit deux lettr«s !
Ce départ dut assurément avoir lieu vers la fin de la première quinzaine
Son mari coniplail sur sa vertu ; il l'avertit du danger auquel elle exposait l'honneur de leur foyer. Ses avis furent fréquents ; à la lin, la comtesse y répondit avec hu-' meur. Mirabeau s'emporta, mais se laissa désarmer par la crainte de nuire au chevalier de Gassaud dans l'esprit de son père et de son oncle; les protestations de cet indigne ami, au moment de repartir pour Paris, où il était sans doute rappelé, le rassurèrent (1).
Pendant qu'il était ainsi trompé, de méchants et malhonnêtes délateurs l'accusaient, auprès du marquis son père, de faire argent de tout sur le domaine et dans le château de Mirabeau, de pratiquer des coupes sombres, de vendre môme des meubles.
Le marquis accueillit ces dénonciations intéressées et calomnieuses avec l'aveuglement d'une crédulité passionnée ; il sollicita et obtint un nouvel ordre du roi pour interner à Manosque les exilés de Mirabeau (2).
M. Morin, subdélégué, — nous dirions aujourd'hui souspréfet de cette ville, — fut chargé de notifier cet ordre au
d'avril au plus tard; car, dans le commencement de juin 1774, Gassaud avait de nouveau quitté Paris pour Manosque et la Provence. Or, il n'est pas probable qu'il n'ait fait que toucher barre à l'hôtel des Mousquetaires gris. Son séjour à Paris a dû avoir une certaine durée. Fixer cette durée à un mois et demi ou deux mois, n'a rien d'exagéré.
(1) Papiers Minto : lettre manuscrite de Mirabeau au chevalier de Gassaud, juin 1774.
('2) Archives départementales des Bouches-du-Rhône, CI, 393 : La Vrillière à Sénac de Meilhan, '25 mars 1774. — Archives nationales : Interrogatoire à Manosque devant Joseph Escuyer. — Correspondance générale, t. XI : le bailli au marquis, 7 mars 1783, p. 525 : « Les faits pour lesquels w il fut exilé à Manosque sont en partie faux; il ne t'a vendu ni coupes de » bois, ni vendu de meubles. » — Le bailli au marquis, 3 décembre 1782, p. 428 : ot J'ai vérifié qu'on l'avait calomnié, lorsqu'il était ici, sur la coupe » des bois, et c'est précisément ceux qui l'ont accusé qui ont spolié le chà- » teau. Je t'ai marqué autrefois que certaines choses qui manquaient au » château m'avaient fait apercevoir qu'Honoré n'avait pas été le seul qui » oùt spolié les meubles. Il n'en a été accusé que par ceux qui les avaient » vendus. » — Dans une lettre au chevalier de Gassaud, l'oncle {Mémoires de l'Académie d'Aix, t. VIII, p. 92), le marquis de Mirabeau reconnaît l'exagération des torts reprochés à son fils : témoin le passage qui commence par ces mots : « a\u reste. Monsieur, je crois tout ce que vous me » faites l'honneur de me dire sur les détails, etc. »
118 MinAnEATT ET I,A PROVENCE.
comte tlo Mirabeau. Il (lui entourer c;ettc notification des plus ;j;ran(ls éi^ards ; mais en inônie Iciiips, faire observer à M. et à M'"" de Mirabeau qu'il ne leur était permis d'emporter du eli;\teau (jue Icuis bardes . et non autre chose (1).
Le samedi, 1) aviil 177'», Mirabeau promit dt; se conformer aussitôt à cet ordre (2).
Il partit pour Manosque avec sa femme, son enfant, ses domeslicjues, et quehjues livres que la comtesse, malgré la défense formelle du roi, avait pris pour lui dans la bibliothèque du château (3).
Manosque est dans une belle situation. Du haut d'une éminence qui forme une sorte de terrasse, elle voit à ses pieds la fertile et riante vallée de la Durance. L'intérieur de la ville, qui n'est pas irréprochable aujourd'hui, présentait alors un aspect fort déplaisant avec ses rues étroites, mal pavées, jonchées de paille et de fumier comme des étables (4).
Il était assez difficile d'y trouver un gile convenable. Les exilés descendirent d'abord chez les Gassaud; mais ils ne voulaient ni rester à la charge de leurs aniis , ni s'installer, comme l'entendait le marquis, dans le château de Manosque, qui apjiartenait à l'Ordre de Malte, et d'où l'on aurait pu les mettre à la porte d'un moment à l'autie. Ils louèrent une maison au prix de dix louis [)ariui. Mirabeau était impatient de s'y établir. Les réparations nécessaires ne purent sans doute pas s'accomplir en temps utile. Il
(1) Arcfiivcs départementales des Bouchcs-du-Rhône, CI, 393 : lettre de ... au sieur Morin. Aix, 3 avril 1774.
{1) M., ibid. : a Je soussigné reconnais avoir reçu, ce samedi 9 avril 1774, » au château do Mirabeau, les ordres de S. M. en datte [sic) du 55 mars de
la même année, par les mains de M. Morin, subdélégué do ladite ville de ) Manosque. A Mirabeau, 9 avril 1774. o
(3) Recueil manuscrit des lettres de la comtesse de Mirabeau : La comtesse au marquis de Mirabeau, 14 juin 1774 (copie de la main de Garçon, secrétaire du marquis).
(4) Achard : Géograplne de la Provence, t. II, p. 38.
fallut rester sous le toit des Gassaud , qu'une pension dédommagea d'ailleurs des frais de cette hospitalité (1).
Ce séjour de Manosque fut pour Mirabeau une suite et quelquefois une accumulation de tribulations.
Encore souffrant lui-môme, il éprouvait des inquiétudes pour la santé de M™^ de Mirabeau , qui croyait avoir de nouveau l'espoir d'être mère, et se défendait peut-être mal d'un sentiment de trouble et de remords (2). En même temps éclatait une orageuse querelle entre le malheureux comte d'un côté, le marquis et la marquise de Limaye de l'autre. M™^ de Limaye était une cousine de Mirabeau. Le bailli avait prédit qu'elle serait une femme de mérite et fonderait une maison (3). Son mari, beaucoup plus âgé (4) qu'elle, était incapable et prodigue. Jeune et active, elle exerçait sur lui l'ascendant d'une volonté intelligente et passionnée.
Peu de temps avant la triste journée du 9 avril, le comte fut prévenu par le juif Daniel Beaucaire , auquel il devait plus de cinquante mille francs, que M. de Limaye venait d'endosser la totalité de cette dette. Mirabeau prétendait ne lui avoir demandé sa caution que jusqu'à concurrence de douze mille livres (5). Du même coup, le
(1) Recueil manuscrit des lettres du comte de Mirabeau : Le comte de Mirabeau à M. de Limaye, 22 avril 1774. — Recueil manuscrit des lettres de la comtesse de Mirabeau : la comtesse de Mirabeau à M. le marquis de Mirabeau, 14 juin 1774. — Correspondance générale, t. X : le bailli au marquis de Mirabeau, 10 août 1781, p. 73. Etat des payements faits par M. Raspaud à M. le chevalier de Gassaud pour le ménage de M. le comte à Manosque.
(2) Recueil des lettres du comte de Mirabeau : le comte de Mirabeau au marquis de Limaye, 22 avril 1774.
(3) Correspondance générale, t. VI : le bailli au marquis, 27 août 1769, p. 184. — Recueil manuscrit des lettres de la comtesse de Mirabeau au comte de Mirabeau, le 5 novembre 1774.
(4) Recueil manuscrit des lettres du bailli : le marquis à M"" de Limaye, 18 janvier 1775 : a A l'âge de M. le marquis de Limaye, on sera toujours » étonné qu'il ait prêté son crédit à un jeune homme, son parent, son » voisin, pour le déranger, etc. » — Recueil manuscrit des lettres du comte de Mirabeau. Le comte de Mirabeau à M"* de Limaye, 22 avril : « M. de » Limaye a bientôt 50 ans. »
(5) L'assertion peut paraître étrange.
120 MlIlAltEAU KT LA IMlOVENCE.
débiteur penlail lo droit el l'espoir de faire opérer des réductions en exci])ant du sa ininorilé et de la contrainte subie i)ar lui. liupiict :\ son li)ur du l'engagement qu'il avait ct)ntra('lé, M. du Liuiayu pria Mirabeau de le couvrir par une dùclaralion qui lui servît de décharge. Mirabeau répondit que cette décharge ne saurait souUVir de difficulté. « En quelque embarras que vous me mettiez , » dit-il, « il est sûr que vous n'avez voulu que m'obliger, et que je dois être plus reconnaissant que fâché de votre imprudence (1). »
Quatre jours plus tard, le 13 avril, M. de Limaye envoya à Mirabeau le modèle de la déclaration que ce dernier devait remplir et signer. La lettre qui l'accompagnait semblait porter la trace de véritables orages domestiques. M. de Limaye avait fourni celte importante caution à l'insu de sa femme et lié son cousin i)ar le serment de n'en rien dire. M""" de Limaye apprit, sans doute par son frère, l'abbé de Coriolis, les dangers que courait une partie de leur fortune, et ceux qui menaçaient sa propre réputation. La médisance, ou plutôt la calomnie, lui attribuant un sentiment trop tendre pour son jeune et séduisant cousin, était prêle à chercher dans cette prétendue faiblesse l'explication de l'étrange condescendance de M. de Limaye.
Sa sollicitude de mère de famille, sa dignité d'honnête femme se révoltèrent. Elle éclata en scènes violentes qui la laissèrent brisée et- malade, et dont le contre-coup ne fut que trop sensible, dans les récriminations de son mari contre son cousin.
Mirabeau songea moins dans sa réponse à relever les propos de M. de Limaye, qu'à s'excuser devant sa cousine d'un silence qu'elle pouvait prendre pour de la duplicité. Il rendit un respectueux hommage à sa vertu : « Le ciel, » écrivit-il à son mari, « est moins pur que le fond de son
(1) Recueil manuscrit des lettres de Mirabeau : à M. de Limaye (samedi 9 avril, de la main de M. Lucas de Montigny).
cœur. Ne redoutez pas les prétendues inculpations dont vous prétendez que le public est imbu, et croyez que le meilleur gardien de son honneur est elle-même. Oh! que son frère est heureux d'être son frère, et de porter ses oreilles sous une calotte ! Mais non ! Qui deffend [sic] une telle femme, semble la juger; et j'avoue qu'un tel honneur ne m'appartient pas. »
« Rassurez votre tête, » disait en finissant Mirabeau à M. de Limaye... « Ecoutez votre femme, j'espère la modérer, c'est-à dire la mettre dans son assiette (1). »
Sans déposer la plume, il écrivait à M°' de Limaye, lui témoignait ses regrets, sa sympathie, la suppliait, si elle concevait encore quelque soupçon à son égard, de ne pas lui en refuser l'aveu ; « car on ne renonce pas ainsi » disait-il, « à l'amitié d'un homme qui, j'ose le dire, mérite que vous comptiez sur son invariable, profond et respectueux attachement (2). »
Ces deux lettres partirent accompagnées de deux autres, destinées également à M. et M™" de Limaye. Elles portaient la signature de la comtesse de Mirabeau ; mais le style était d'une énergie toute virile. La comtesse opposait le démenti le plus formel à l'accusation d'avoir sollicité pour son mari le moindre cautionnement de M. de Limaye ; elle prenait également sur elle de s'opposer à l'envoi immédiat de la déclaration demandée (3).
M. de Limaye riposta par une amplification lentement élaborée, et que Mirabeau qualifia ironiquement d'éloquente. Il s'adressait à M'"^ de Mirabeau, lui reprochait brutalement d'avoir accepté des bijoux de son mari, appe-
(1) Recueil manuscrit dès lettres du comte de Mirabeau : au marquis de Limaye, Manosque, 14 avril. — Quelques sous-entendus de cette lettre s'expliquent par celle que le bailli adresse à M°" de Limaye, le 18 janvier 1775 {Recueil manuscrit des lettres du bailli) : « Vous connaissez assez » la malignité du public. Il me paraît inutile de lui donner lieu de » s'exercer. »
(2) Id., ibid. : le comte de Mirabeau à M"'^ de Limaye (14 avril).
(3) Recueil manuscrit des lettres de la comtesse de Mirabeau : à M. et à M'°* de Limaye, 14 avril 1774.
lait le comlo de Mirabeau cet homme, et réclamait pour le confondre, une ronfronlation en présence de M""* de Limaye. Mirabeau n'eut garde de s'y refuser. Sans souci de l'ordre royal qui le retenait à Manosque, il promit à sa cousine de se rendre, le dimanche 23 avril, auprès d'elle et de M. de Limaye, à leur cliAteau de la Baslide-Jourdan. Il ajoutait qu'il arriverait et resterait calme, et recommandait à M. de Limaye de se posséder à son tour. « Sa lettre, » disait-il, « est vive ; elle est plus que vive, elle est quelquefois insolente, nuHne parlant à ma femme. Ce ton me déplairait peut-être plus dans une conversation que dans une lettre. Engagez-le donc à être honnête, je vous prie ; qu'il se deffende avec sang-froid (I). »
Celte entrevue envenima les choses, au lieu de les apaiser. M'"" de Limaye, en proie à une violente colère, refusa d'écouter les explications et d'agréer les excuses de Mirabeau. Celui-ci aima mieux repartir sans la revoir que de s'exposer à l'aigrir encore.
Le lendemain, il lui adressa une lettre digne et animée d'une affection respectueuse ; elle était accompagnée de la déclaration demandée par M. de Limaye et d'un écrit qui en complétait la teneur (2).
(1) Recueil manuscrit des lettres du comte de Mirabeau : le comte de Mirabeau à M"* de Limaye, le 22 avril 1774 {de la main de M. Lucas de Montigny). — Recueil des lettres de la comtesse de Mirabeau : à M. de Limaye, 20 avril.
(2) Lettre de M. de Mirabeau, écrite de Manosque, le 24 avril 1774, à M°" de Limaye; communiquée par M. Mouttet.
Cette lettre, connue depuis assez longtemps à Aix, paraît assez obscure; elle s'explique aisément, lorsqu'on la commente par les faits que nous venons de rappeler.
« Ma chère cousine,
» Je vous envoie mon cachet, et je vous répète que je livre à votre déli- » catesse une déclaration dont vous pouvez faire l'usage qu'il vous plaira ; » mais dont un usage indiscret pourrait me nuire essentiellement. Votre 1» prudence et vos bontés me rassurent également à cet égard, et ma con- » fiance est sans nulle espèce de réserve.
» Je joins dans cette lettre un écrit que j'ai cru devoir à votre fils; mais » que je vous supplie de ne jamais remettre entre les mains de M. de » Limaye. Cet écrit n'est qu'une sûreté dont j'espère que vous n'aurez pas
Les proleslations do Mirabeau et les gages qui semblaient les confirmer, ne désarmèrent point sa cousine. Au mois
» besoin; mais coinnic la santé et la jeunesse ne sont pas un sûr garant de » la vie, plus je me nuis réfléchi (sic), plus j'ai senti qu'il était de devoir » étroit pour moi de lier mon fils (a).
» Vous ne pouvez ni ne devez refuser ce papier; car c'est un dépôt que » je remets entre vos mains, et qui ne regarde que votre fils ou son héri- » lier, c'est-à-dire vous ou son père, si vous avez le malheur de lui » survivre.
» Je vous avoue que ce serait une marque peu réfléchie et non mérites » de mépris que de me le renvoyer.
» Que ne puis-je à présent, ma chère cousine, vous peindre l'effet qu'a » produit sur moi l'état violent où je vous vis hier! 11 n'appartenait qu'à » vous d'aggraver encore dans mon esprit le tort de mon silence. Ce tort, » ma chère cousine, je me le reprocherai .éternellement; mais vous ne » pouvez l'imputer qu'à faiblesse.
)i J'ai cru que je devais ménager, hier, votre sensibilité; et j'ai mieux » aimé paitir sans vous voir, que de m'exposer à vous aigrir encore. » Quelque amertume qui soit dans votre àme, j'en appelle de vous à vous, » et j'attends un moment de calme pour aller vous renouveler toutes les » assurances de mon dévouement. Oui, ma cousine, je l'ai dit, je le répète, » et ce sera la profession de foi de toute ma vie; il n'est rien que vous » n'ayez le droit d'exiger de moi ; et j'achèterais au prix le plus cher les » occasions de vous prouver mon tendre, profond et inaltérable respect.
» Mirabeau, fils.
, » A Manosque, ce "^4 avril 1774.
» Souffrez que M'" votre sœur trouve ici l'assurance de mon profond » respect. »
Voici maintenant le texte de la déclaration :
« M. le marquis de Limaye-Coriolis ayant accepté et cautionne pour moi » plus de 4U,0U0 livres de lettres de change, tirées au compte des Juifs, » uniquement pour me faire plaisir, et sans que les fonds aient jamais été » faits, ni dû l'être entre ses mains, je lui ai fait une déclaration à cet « égard, protestant contre les usures do ces diverses obligations, dont il » na point connu la valeur réelle, et m'engageant à prendre fait et cause )) pour lui au cas oîi il fût attaqué pour le cautionnement.
» Mais comme mon état de minorité peut rendre ma défense impuissante, » que les procédures en usure sont d'un succès incertain, ot que mon père » peut prendre la voie do faire annullcr {aie) mes dettes, s'il arrivait par w hasard que M. le marquis de Limayc fût à découvert, et qu'il fût jamais » contraint de payer ces sommes en tout ou en partie, je me déclare, par » le présent écrit, débiteur envers ledit marquis de Limaye des sommes » dont il rapportera les lettres de change acquittées, bien entendu que je » me déclare et reconnais en outre débiteur des intérêts au cinc] pour cent
{a; 11 n'est ()(is ddiilonx qu'il s'agit- ici 'l'un ensagcuient complclanl celui qui renfermiiil la déclaration.
|'14 MlllAllF.AlI KT I.A rilOVKNCi:.
d'oclobre siiivaiil, cullo fiiritniso M'"" du Liiniiyo, comme rappflail la comlcsso, so mil avec son iii;iri à la UMu d'inic coalilioii (|u'clle avail formiM' ciilicî \v,< créanciers ilu comlo (1).
L'ehii-ci était encore sous le cdiiii de rallli^uîaiil épisode (jiie nous venons de retracer, lorsipruiuî i)onno nouv(dl(^ send)la lui annoncer un peu de relâche dans la crise qu'il traversait.
il apprit, par M. de Oassaud, le retour à Aix de M'"" de Vence ('2). M"'" de Vonce était pleine de tact, de bon sens el de C(eur. Fille d'Alexandre, Nicolas de La Rochefoucauld, marquis de Surgères, elle avail, le 24 mai 1751, épousé Jean-Alexandre-Romée de Villeneuve, comte de Vence (3). Ses lettres el ses conseils à Mirabeau, pendant cet été funeste, nous la montrent auprès de lui comme une amie, presque comme une n)ère (4).
« Je regarde votre arrivée à Aix, » lui écrivait-il,
1) dos sommes remboursées depuis l'époque du remboursement jusqu'à celle » oh je pourrai acquitter la présente obligation, n'étant pas juste qu'un n parent et ami se trouve compromis pour avoir voulu moblipcr. Je pro- I) mots en outre do réduire en acte la présente obligation à la prcmiéro » réquisition qui m'en sera faite, lorsque j'aurai l'âge prescrit par les lois « pour pouvoir contracter (a).
» Fait à Manosquc, ce vingt-quatre avril mil sept cent septante-quatre. » Honoré-Gabriel Riquetti, comte de Mirabeau. »
(1) Recueil manuscrit des lettres de la comtesse do Mirabeau : au comte de Mirabeau, le Î8 octobre et le .'j novembre 1774.
("2) Recueil des lettres du comte de Mirabeau : Mirabeau à la comtesse de Vence. Manosque, 3 mai 1774.
(3) Histoire généalogique de la Maison do Villeneuve (I78ij), p. 155. E. do Juigné de Lassigny, Histoire de la maison de Villeneuve en Provence,
(4) A une rare exception près, nous n'avons plus les lettres que Mirabeau adressa à M"* de Vence dans cette période. Il les lui demanda au moment do son procès. M"" de Vence lui répondit (12 décembre 17»2) : « .le veux » me justifier sur le soupçon que vous paraissez avoir que j'aye la moindre » répugnance à vous confier les lettres que j'aye reçues de vous. Je vous u assure que je n'en ay conservé aucune. »
(o: Le bailli de Mirabeau écrit à son frère, le 3 août 1781, au sujet de cette déclaration que son neveu était majeur lorsqu'il l'a faite, car elle était du 26 (24) avril, el il était majeur du 1 i mars. — Correspondance générale, t. X, p. 567.
« comme un présage d'heureux augure. » Ce présage parut tout d'abord se réaliser.
En ouvrant un paquet adressé par M. de Marignane à la comtesse de Mirabeau, il y trouva une lettre de son père, destinée également à sa femme. Le marquis de Mirabeau recommandait à sa belle-fille d'en cacher la teneur à son fils.
C'était lui enjoindre une sorte de trahison conjugale. Son beau-père lui parlait de la prochaine interdiction de son mari, mais en des termes qui rendirent à ce dernier une lueur d'espérance. Heureux de recueillir dans cette lettre l'aveu que le bailli avait vivement offert de venir en aide à la comtesse et à lui-même, Mirabeau résolut d'écrire à son père avec la chaleur la plus respectueuse. Sa lettre rédigée, il la soumit à M"^ de Vence, qui dut assurément en approuver le ton et l'esprit (1).
On ne sait pas l'impression que cette épitre causa au marquis. Dans tous les cas, elle ne suspendit pas le cours des mesures de rigueur qu'il avait arrêtées dans sa pensée contre son fils. Peut-être se croisa-t-elle en route avec l'ordonnance du Châtelet de Paris, qui, à titre de commission rogatoire^ prescrivait au juge royal, le plus rapproché du lieu de résidence du comte de Mirabeau fils, de l'entendre sur les faits de dissipation à lui imputés. En vertu de cette ordonnance, Joseph Escuyer, lieutenant particulier, tenant la place de lieutenant général vacante au siège royal de Forcalquier, se transporta à Manosque assisté de son greffier. Le 9 mai, Mirabeau comparut devant lui. Il dirigea l'interrogatoire plutôt qu'il ne le subit. Ses réponses ressemblèrent à un plaidoyer où la rhétorique côtoyait l'éloquence. Après un appel pathétique à la clémence de son père, son premier maître, son juge naturel, il avouait hautement et sans rougir que sa conduite avait été
(1) Papiers Minto, Recueil des lettres de Mirabeau : le comte de Mirabeau à M°" de Vence, 3 mai 1774; la comtesse de Vence au comte de Mirabeau (sans date).
l'JH MIIIAIIKAI' KT I.A l'IlOVKNCi:.
iollo ol réi)r«'hensiblft ; mais c'élail pour iiivoiiucr aiissilAl les circonstances (jni allcniiaienl ses loris, pour re[)ousser les impulalions mal fondées qui les a{j;gravaienl.
A '^OO pislolos près, il reconnaissail devoir 188,624 livres, y compris 130.275 francs, qui se réduisaient à 50,000, si l'on tenait compte seulement de la somme réellement touchée.
Il entrait, ensuite, dans le détail des bijoux que sa détresse l'avait contraint de mettre en gage, et discutait pied à pied, l'accusation relative aux dilapidations qu'il aurait commises sur le domaine de Mirabeau (1).
Son ai)ologie put toucher le lieutenant i)articulier de Forcalquier ; elle n'eut aucune influence sur la procédure du Chjitelel de Paris. Le lieutenant civil auprès de ce tribunal, le conseiller royal Jean-François Dufour de Villeneuve ne la rappela même pas dans les considérants de la sentence que, son conseil ouï, il rendit le 8 juin 1774, sur la requête du marquis de Mirabeau, dont le procureur Paris avait seul comparu, avec les pleins pouvoirs de tous les parents convoqués.
Aux termes de cette sentence, Gabriel-Honoré de Riquetty, comte de Mirabeau, était et demeurait interdit, et privé de la gestion et administration tant de ses biens et affaires personnels que de ceux de sa femme, — le texte porte son épouse — Marie-Emilie Marguerite de Covet de Marignane. Le marquis de Mirabeau était nommé curateur honoraire ; le notaire Raspaud devait, à titre de curateur onéraire, gérer les biens et affaires du comte et de la comtesse de Mirabeau, toucher tous leurs revenus, prélever trois mille livres pour leur entretien et nourriture, et
(1)9 mai 1774. — Interrogatoire à Manosque devant Joseph Escuyer, lieutenant particulier : « J'ai fait abattre quelques pins, dont je ne connais pas le nombre; mais je puis prouver évidemment qu'on n'a pas coupé pour 50 écus, et que j'ai employé pour plus de 4,000 livres de bois dans le château. J'offre de prouver encore que la grande coupe de bois qui m'a été imputée a été faite par les ordres de M. le curé de Neufville. »
employer l'excédant au payement des dettes qui seraient reconnues légitimement contractées. Le chiffre de la pension alimentaire parut plus tard excessif au marquis ; il la réduisit à 2,400 francs (1).
Près d'un mois s'était écoulé entre l'interrogatoire de Manosque et la sentence du Châtelet. Ce mois fut marqué pour Mirabeau par une terrible épreuve.
« Vous m'effraies beaucoup, M. le comte, » lui écrivait le 30 mai, M™^ de Vence. « Que vous est-il donc arrivé? » (2).
Une lettre du chevalier Laurent-Marie de Gassaud que la plus incroyable imprudence avait livrée entre ses mains, venait de lui donner la preuve de l'atteinte portée à son honneur conjugal et de le jeter, dès la première ligne, dans un trouble qui lui fît craindre la démence (3).
« Que je vous plains, M. le comte, » lui manda aussitôt M™^ de Vence, « et que votre état est digne de pitié ! Par quel malheur cette fatale lettre est-elle tombée entre vos mains? Elle va empoisonner pour jamais votre vie et celle de votre malheureuse femme que je plains encore plus que vous, puisqu'elle est condamnée au plus affreux tourment qui est celui du remords. Que vous reviendrait-il de perdre une infortunée, dont les sens ont été séduits plus que le cœur, et qui n'a pas {sic) trouvé dans son éducation aucun principe qui lui apprît à être en garde contre elle-même. Depuis qu'elle est née, elle n'a eu sous les yeux que de mauvais exemples ; vous avez cherché vous-même à détruire le peu de religion qu'elle avait apprise au couvent. Il en est arrivé ce qui arrive aux trois quarts des femmes qui ne
(1) Archives nationales, Y, 4991, Sentence d'interdiction, 8 juin 1774. — A memoir of the right honorable Hugh Elliot, hy the countess of Minto, Appendice : Mirabeau à Hugh Elliot (Aix en Provence, 14 août 1783, p. 427) : « Il (mon père) prélève seulement une pension alimentaire de 2,400 livres » qu'il m'abandonne très en rechignant. »
(2) Papiers Minto : lettre de la comtesse de Vence au comte de Mirabeau, 30 mai 1774.
(3) Recueil manuscrit des lettres du comte de Mirabeau : le comte de Mirabeau à M. de Gassaud, mousquetaire gris à l'hôtel, à Paris.
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ililTèroiil (lo M"" tic Mirabeau (juc |tar un peu moins d'iinpriult'iice (1). »
Kperiliie do remords et d'olTroi, la comlcsse se jcla aux pieds de sou mari en les embrassant. Touché de son repentir, Mirabeau hii pardonna et brûla la lettre qui l'accusait; mais elle dut, sous sa dictée, signifier au chevalier de tiassaud qu'elle revenait enfin de ses égarements, et que le premier elîet de son retour à la vertu était la fin de leur liaison. Le comte écrivit au mousquetaire qui l'avait si gravement outragé, sur un ton que l'on voudrait plus simple, mais dont l'emphase déclamatoire n'implique pas un manque de sincérité. Mirabeau parle la langue de son temps. Ses tirades, dignes de la comédie larmoyante, expriment une douleur vraie, une réelle indignation.
Après avoir représenté au chevalier de Gassaud toute la noirceur de sa forfaiture, il ajoute : « Je ne puis me résoudre à arracher la vie à un mortel infâme, il est vrai, mais fils et neveu de tout ce que j'aime et j'honore (2). »
(( Votre père et votre famille vous sauvent la vie ; mais ne paraissez pas devant mes yeux ; car puisse la foudre m'anéantir, si je ne vous extermine pas ! »
M'"" de Vence ne demandait pas à Mirabeau un si complet effort de modération et de clémence. — En invoquant auprès de son ami des circonstances atténuantes pour la jeune femme coupable, elle ajoutait : « Que votre colère tombe entièrement sur l'infâme suborneur qui l'a séduite. » Elle ne mit pourtant pas de réserve aux félicitations qu'elle adressa à ce mari offensé et assez maître de lui, au milieu de ses emportements, pour sacrifier sa vengeance à l'amitié. « Je vous admire. Monsieur, « lui dit-elle, « et je puis vous assurer que c'est du meilleur de mon cœur. Il est impossible de se mieux conduire que vous n'avez fait.
(1) Papiers Minto : M"" de Vence au comte de Mirabeau, fin mai ou commencement de juin.
(2) Recueil manuscrit des lettres du comte de Mirabeau : à M. de Gassaud, mousquetaire gris, à l'hôtel de Paris, fin mai, peut-être 28 mai.
Votre modération, dans une circonstance aussi critique, fait autant d'honneur à votre cœur qu'à votre raison (1). »
M'"® de Mirabeau ne se montra pas touchée, comme elle aurait dû l'être, de tant de compassion et de générosité. Elle se permit, dans un moment de délire, de tenir sur le compte de sa belle-mère et de sa belle-sœur, M™" de Cabris, un propos grossièrement injurieux auquel son mari indigné répondit par un soufflet (2). Un accident anéantit ses espérances de maternité et parut, un moment, mettre sa vie en danger. Mirabeau fut très inquiet (3).
Au milieu des chagrins qui s'accumulaient sur sa tête, il trouva ses meilleures consolations dans la musique (4), dans l'étude, dans la composition de son essai sur le despotisme et surtout dans sa correspondance tout intime avec l'excellente dame de Vence,
(1) Papiers Minto : M°" de Vence au comte de Mirabeau, 12 juin 1774.
(ï) Lettre de M"" de Vence, du 26 juin : « Il faut tout attendre de vos » bons procédés, et il n'est pas possible qu'ils ne finissent par produire l'effet » qu'ils doivent produire sur une àme sensible et honnête, et je serais bien » fâchée de ne pas regarder comme telle celle de M""' de Mirabeau. Je ne » puis attribuer le propos qu'elle vous a tenu qu'à un moment de délire. » Soyez plus sage qu'elle pour son intérêt et pour le vôtre, et ne démentez » pas, par un instant de vivacité, une aussi longue épreuve de bonne con- » duite. » — Lettres à Sophie, t. III, p. 15. M"" de Mirabeau se plaint d'avoir été battue; mensonge atroce, un seul soufflet excepté, qu'elle avait bien mérité, car on ne dit pas à son mari que sa mère et sa sœur sont des p...
(3) Lettre de M"" de Vence, du 8 juillet.
(4) Lettres de M"" de Vence, du 26 juin, du 8 et du 13 juillet. — Mémoires de Mirabeau, t. II, p. 19, et t. IV, p. 4.