‹ MirabeauChapitre 13 sur 104 · ÎLES ANNEES DE ÉUNEUSS · texte numérisé non relu

ÎLES ANNEES DE ÉUNEUSS

ll fallait aviser. Pour soustraire son fils aux réclamations de ses prêteurs, dont le plus grand nombre étaient des usuriers de profession, le marquis sollicita et obtint du duc de la Vrillière la « grâce » d’une lettre de cachet. Un ordre du roi, expédié le 16 décembre 1773, prescrivit au comte de ne pas quitter le château de Mirabeau. Sa femme, qui avait, le 8 octobre, accouché d’un garçon, chez son père, à Aix, vint le rejoindre. L'hiver fut dur. Mais l’année nouvelle réservait à Mirabeau de plus cruelles surprises. Ses dettes s’élevaient à une somme que l'on peut évaluer entre 180000 et 200000 livres. Son père provoqua contre lui, successivement, deux mesures. En mars 1774, il fit changer son lieu d’exil et, au lieu du château de Mirabeau où il était accusé de tout mettre en désordre, Gabriel fut astreint à habiter la petite ville de Manosque. Le 8 juin de la même année, le marquis obtint du lieutenant civil au Châtelet de Paris, après une réunion de famille assez partialement composée, un arrêt d'interdiction. Cette décision humiliante, mais qui assurait une tranquillité relative, fut, s’il faut en croire Mirabeau, un coup terrible.

Le comte avait eu, quelques jours auparavant, un autre malheur. Reçu à Manosque dans la famille Gassaud, liée depuis longtemps avec les siens, il avait acquis la preuve que le fils de la maison, alors mousquetaire, était mieux que dans les bonnes grâces de la comtesse de Mirabeau. Une lettre surprise ne laissait aucun doute sur cette infidélité. La comtesse en fit l’aveu. Mirabeau se ss contint. Cédant aux supplications de sa femme, de nou- CDN véau enceinte, et des parents du mousquetaire, il pardonna. Mais il ne faut pas exagérer sa grandeur d'âme; il y eut plus d’un calcul dans son attitude. Qu'il eût beaucoup à se faire pardonner à lui-même, ce serait mal le connaître que d’en douter. Trois mois à peine après son mariage, n'écrivait-il pas à sa sœur, Mme du Saillant : « Je suis gros et gras malgré maints exploits sur iesquels je me tais modestement ». Ces exploits, et ceux qui suivirent, rachetaient peut-être, en l'excusant, la

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faute unique de la comtesse. Mais la générosité’apparente |

‘de son mari avait d’autres mobiles. À tout brusquer, il

perdait tout. À se taire, il se donnait sur sa femme une créance que les événements de sa vie pouvaient mettre en valeur. Il fit écrire par sa femme au mousquetaire, et peut-être dicta-t-il, une lettre de rupture dont il exigea le . retour et qu'il garda. Lui-même envoya à l’amant de la comtesse, pour l’aviser de sa détermination, une lettre grandiloquente, violente, déclamatoire, où les vous et les tu alternent, dépourvue de dignité et de mesure, et qui prête irrésistiblement à rire. C’est une page de comédie dont il faut croire, sans en faire un plus grand honneur à son tact, que Mirabeau fut le premier à s'amuser.

Nes 'avisa-t-il pas d’ailleurs de marier son rival? Ce fut pour renouer l'union de M. de Gassaud avec une fille de son ami, le marquis de Tourrettes, aux yeux duquel : il ne voulait pas avoir la responsabilité d'une rupture, qu'il quitta brusquement Manosque et fit jusqu’à Tour-

rettes une course à cheval de plus de vingt lieues. Cette

expédition aurait pu passer inaperçue, ou du moins : n'aurait pas entraîné des conséquences funestes, si elle

n'avait été marquée par un incident imprévu.

En revenant des Tourrettes, Mirabeau eut la fantaisie de s’arrêter à Grasse, chez sa sœur, Mme de Cabris. Un scandale déchirait la ville. Certain placard versifié en l'honneur des dames de Grasse, plat, grossier et obscène,

avait été collé sur les portes des « maisons les plus appa- rentes », et jeté un peu partout. On en attribuait l’idée à

Mme de Cabris et la rédaction à son mari. La sœur de Mirabeau, très belle, séduisante et ardente, éloquente et passionnée, mariée à un malade, que la folie guettait, affichait une liaison avec un sous aide-major d’infanterie, M. de Jausserandy, seigneur de Verdache et co-seigneur de Briançon. Mirabeau, en attendant qu’il détestât sa sœur avec fureur, éprouvait pour elle une affection profonde, dont ses imprudences avaient presque fait une liaison compromettante. Un de leurs parents, M. de Villeneuve, qui s'était fait l’écho, dans le scandale des pla-.

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