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à le croire. >» À coup sûr le marquis était trop homme d'honneur pour tendre un piège, mais si l'essai d'un rappro-
‘ chement était prématuré quant à son exécution, celui-ci ne dut pas trop tarder à suivre la mort du petit-fils. Hanté
par l'établissement d’une grande maison, le grand-père n’avait-il pas déjà, « jeté des plans de contour pour une
grande alliance avec un enfant qui n'avait que deux ans >»?
Ce projet était enseveli, mais, pour employer l'expression pittoresque du bailli, la « postéromanie » du marquis ne l’'abandonnait pas et elle devait contribuer à l’élargissement de Mirabeau. En * Ce fut Dupont (plus tard de Nemours), ami du marquis et collaborateur de Turgot, qui travailla à cet élargissement, avec l’assentiment de l'Awi des hommes, resté dans la coulisse pour surveiller et guider les négociations et pour. imposer, au dernier. moment, ses conditions. Les pourparlers furent longs. Dupont décida Mirabeau, en mai 1779, à écrire à son père une lettre dans laquelle il Jui demandait pardon de ses fautes en l’assurant de la sincérité de ses aveux et de ses résolutions. Si cette démarche ne coûta à Mirabeau aucune peine, « car le souvenir d’un père attendrit toujours » il n’en fut pas de même de celle que, pour suivre le plan de Dupont, il dut faire auprès de sa femme. Il s’y résigna pourtant. Après avoir obtenu
l'adhésion de Sophie, qui montra dans toutes ces circon-
stances une abnégation admirable, il fit savoir à la comtesse que son sort dépendait d’elle, que certainement son père ne refuserait pas de l'entendre, et qu'il se sentait capable de reconnaître ce qu’elle ferait. Six semaines après il recevait une lettre de sa femme : celle-ci lui rappelant qu'il l'avait injuriée dans un de ses mémoires, se bor-
nait, sans y coopérer, à faire des vœux pour son bonheur.
Un appel que Mirabeau adressa à son beau-père, M. de Marignane, lui valut une réponse brutale où apparaissait la menace d’une demande en séparation. Pourtant, sans eux rien n’était possible puisque le marquis, qui n’agissait que dans l'espoir d’une réconciliation conjugale susceptible de lui donner un petit-fils, subordonnait toujours
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is son. adhésion à une démarche faite auprès de lui par sa
belle-fie.
Convaincu de la nécessité de tenter un nouvel appel,
. Mirabeau se résigna, en avril 1780, à faire une suprême
démarche. Les deux lettres qu’il écrivit à sa femme et à son beau-père étaient jusqu'ici restées inédites. J'en citerai l’essentiel. C’est sa santé qui lui sert de prétexte. À sa femme il dit : « Ma santé est très mauvaise. Je suis tourmenté au plus haut degré de la néphrétique à laquelle vous m'avez déjà vu sujet, attaqué de la gravelle, menacé de la pierre, et je perds les yeux; il est impossible de me guérir ici. Le commandant du château, de l’aveu du ministre et du magistrat, a vu mon père et lui a envoyé ma situation. Mon père a répondu que de vous seule dépendait ma liberté (et par’ conséquent ma vie); qu'il n'avait rien à refuser de ce que vous demanderiez; qu'il ne prendrait sur lui rien de ce que vous pourriez ne pas désirer. C’est donc entièrement à votre merci et à celle de M. votre père que je me trouve, et je m'en applaudis, parce qu’il a de l'élévation et de la générosité, parce que vous avez de l'humanité, de la sensibilité et de la noblesse. Je lui écris, il vous dira à quoi je borne ce que je désirerais à présent de vous. Si vous faisiez davantage, j'en serais vivement touché, mais je ne trouverais point mauvais que vous et lui jugiez à propos de me laisser mériter
et conquérir ce que vous pourriez croire convenable par
la suite; et dans tous les cas, j'aurai des services que vous me rendrez une reconnaissance qui m'imposera la loi de chercher à vous plaire en tout. Vous avez connu mon cœur, vous l'avez connu bien moins formé qu'il ne l’est aujourd'hui par tant d'années de malheurs et de soufrances. Vous avez vu. quelle a toujours été sa sensibilité pour les bienfaits. C’est très sincèrement que je vous dis que ce que j'ai appris de vos dispositions me rendrait infiniment doux de joindre ce lien de plus à ceux qui nous unissent, ou doivent nous unir. Je vous prie, madame, de rendre justice à mes sentiments. »
Pour mesurer toute l’humiliation que Mirabeau dut
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éprouver en écrivant cette lettre, il faut se rappeler qu'il pouvait, par la publication d’un seul document, déshonorer cette femme dont il proclamait la noblesse, et à qui il n'avait cessé, depuis son internement à Vincennes, de prodiguer les épithètes les plus injurieuses. Et ce n'était pas-seulement son intervention qu’il sollicitait. Il suffit de lire entre les lignes pour voir que, dès ce moment, il laissait percer l'espoir de se réunir à elle. Vraiment, le marquis pouvait être satisfait : la soumission de son fils ne trahissait ni ses désirs ni ses espérances. En écrivart à M. de Marignane, Mirabeau ne pouvait pas oublier la « vive réprimande » que sa première -supplique lui avait value. Elle n’était pas méritée sur tous les points : « Sur ceux, disait-il, où des circonstances dont je n’ai pas été le maître et des passions que la jeunesse rendait trop violentes m'ont entraîné, je n'ai pu, je ne peux qu’avouer mes torts, en demander pardon, le demander avec un vif désir de réparer autant qu’il est en moi, et de porter dans une conduite expiatoire la même énergie de volonté qui a fini par me plonger où je suis. Je n’ai pas cru, je ne puis croire encore que deux familles, aussi nobles par leurs principes que par leur naissance, composées de gens pleins de vertus, d'humanité et d'honneur, s'unissent constamment pour condamner à la mort civile et à la mort physique un homme qui leur tient de près, qui a mal fait sans doute, mais qui leur crie à toutes deux : je veux mieux faire, mettez-moi à portée de mieux faire. C’est le plus beau des droits de l’homme généreux que la clémence. C'est peut-être le plus dur à invoquer pour ceux qui se sont mis dans le cas d'en avoir besoin. Mais je ne calcule plus d’après ce qui est agréable ou triste. Je ne considère que ce que je crois de mon devoir, et certainement il est de mon devoir de vous manifester mon repentir pour ce que j'ai de torts réels et de vous montrer en implorant votre secours combien j'ai pour vous d'estime et de respect: Solliciter le pardon des ‘hommes, c’est les traiter comme Dieu même, et Dieu ne le refuse jamais à ceux qui le lui demandent. Il a prescrit
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Dr: AU DON NjON DE VINCENNES aux humains de l'accorder j jusqu à soixante et dix-sept fois sept fois. Je ne le demande pas entier, monsieur; je vou- __ drais ne rien devoir gratuitement; je voudrais que vous me missiez dans le cas de le mériter, de le conquérir; je voudrais que vous m'arrachassiez à la mort, que vous me