‹ MirabeauChapitre 27 sur 104 · TES ENT · texte numérisé non relu

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donnassiez le moyen d'employer honorablement et ver- “4 tueusement ma vie; que vous ne me rendissiez toutes vos É bontés que lorsque j'aurais fait des premières d’entr’elles + 22 cet usage convenable et réparateur... Les deux familles ET £ auxquelles je tiens, mes deux pères, ont beau être irrités AA EEE contre moi, je les connais trop pour croire qu'ils soient RE disposés à ordonner de sang-froid ma mort douloureuse 2 et cruelle; je les connais trop bien pour ne pas me flatter 2 100 qu'ils verraient mon salut avec quelque bonté s'ils pou- à vaient être sûrs qu'il ne les exposât pas à de nouvelles 24 fautes de ma part. J'ose donc demander encore qu'on Fr

sauve le physique et qu’on essaye le moral... Je ne demande point une liberté entière; je vous ai dit que je

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voulais la mériter. J'avais pensé, dans un moment d’inter- 3 4 valle à mes douleurs, à la mériter à la guerre, mais mes infirmités sont trop graves pour que cette idée soit Es L praticable. Il faut vivre pour pouvoir servir. Je demande- ér rais donc à votre humanité d’être, sous le double lien de FT | l’ordre du roi et de ma parole d'honneur, fixé dans un PT 3 ti l village près de Paris, où je puisse être à portée des secours A

de l’art, et jouir d'un péu d'exercice, surtout de celui £ du cheval qu’on regarde comme l'unique remède à mes ; __ maux, s’il en est encore. J'y resterais jusqu’à ma guérison, ER et je tâcherais de m’y conduire de manière à vous paraître digne ensuite que l’on desserrât davantage le reste de LEE mes fers. Croyez, monsieur! ah! vous êtes fait pour croire x que la chaîne des bienfaits m’attachera bien plus fortement Re à mes deux familles, à mes devoirs et sera un garant bien REC plus sûr contre tout égarement que ne peuvent faire les FPE ponts-levis, ni les murs épais, et les grilles de fer du

château que j'habite. J'espère une réponse de vous. Je | F4 vous demande la vie, et je jure de l’employer à votre 5 gré. » A

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La fermeté, la dignité, l'émotion concentrée de cette lettre seraient de nature à toucher si l’on était assuré de sa sincérité. Il est, malheureusement, trop certain que Mirabeau jouait un rôle et qu'il s’appliquait à le bien jouer pour avoir le bénéfice d'un prompt dénouement. Comme l'écrivait le bailli, « s’il avait moins le talent de persuader, il persuaderait plus facilement ». Quoique comparé à Dieu jui-même, M. de Marignane refusa de s'engager dans une démarche et il se borna à transmettre au marquis la lettre de son fils en exprimant le désir qu'il « prit assez de con-. fiance en lui pour risquer l'épreuve ». re

De nouveau, Mirabeau se retourna vers sa femme, qui se décida enfin à une intervention dont la mort de l'enfant

qui était né des amours de son mari avec Sophie permit

plus aisément de tirer toutes les conséquences. Cette mort arracha à Sophie un cri admirable. Comme Mirabeau essayait de consoler son épouvantable douleur en lui

laissant espérer qu'ils pourraient avoir d’autres enfants :

« Ah! que je le voudrais! mais qui sait si nous aurons

encore ce bonheur! Et puis, répareront-ils cette perte? Celle-ci nous avait tant coûté! Les autres ne naîtraient que dans le bonheur! »

Autour de Sophie, à Gien, comme autour de Mirabeau

à Vincennes, et, comme à Pontarlier, d’où Mme de Ruffey

ne cessait de conseiller fermement sa fille, l'impression était la même : cette mort devait avoir pour résultat de rendre plus facile le règlement de la situation des deux prisonniers. Elle contribua, en effet, à précipiter les dispositions du marquis qui, ne voulant pas apparaître encore lui-même, provoqua l'intervention de Mme du Saillant, dont il avait soin de « lardonner la correspondance de quelques bonnes choses de maturité ». Cette nouvelle négociation, à laquelle furent associés Mme de Pailly et le bailli, dura encore plusieurs mois. Au fond, ce que le marquis voulait obtenir de son fils, c'était, d’une part, qu’il profitât de son ascendant sur sa mère pour arranger au mieux leurs affaires (Mirabeau l'avait déjà essayé l'année précédente), et d'autre part, qu'il se prêtât au

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grand besoin de liberté pour ne pas tout accepter. Au plus fort de ces négociations, il cédait, d’ailleurs,

à son goût irrésistible de l'intrigue en entretenant une

correspondance mystérieuse et étrange avec une jeune femme, Mademoiselle Julie Dauvers, maîtresse de M. de La Fage, secrétaire de Baudoin de Guémadeuc, ancien maître des requêtes, que de fâcheuses indélicatesses avaient conduit au donjon de Vincennes. Mirabeau ne connaissait pas et n’avait pas vu Julie. Cette situation bizarre ne l’en excita que davantage. Il lui écrivit, ainsi qu’à son amant, des lettres amusantes, curieuses, agréables, où, pour fixer leur intérêt et capter leur confiance, il se targuait d’une influence à la cour, qu’il devait à de prétendues relations (et des relations de toute nature!) avec la princesse de Lamballe. Il y a dans ce jeu odieux un

oût de mensonge et une effronterie de cynisme qui révoltent. Il faut d’ailleurs ajouter que ces lettres, dont on doit à M. Dauphin Meunier la publication, accompagnée

d'un vivant et ingénieux commentaire, sont pleines de .

verve, d’entrain et d'esprit. Un Mirabeau nouveau S'y révèle, moins emphatique et moins sentencieux que celui des lettres à Sophie : il faut les lire pour le connaître un peu mieux, dans l'impossibilité où je crains bien que l’on

. ne soit toujours de le pénétrer et de le connaître en entier.

Sur le désir du marquis de Mirabeau, dont le prisonnier de Vincennes contribua à faire aboutir la demande, une lettre de cachet, d’une forme jusque-là inconnue, enjoignit au comte « de se retirer aux lieux que son père lui fixerait ». Ainsi l’ « Ami des hommes » restait le maître de l'épreuve à laquelle il soumettait son fils, appelé simplement désormais M. Honoré.

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