LES PROCÈS DE PONTARLIER ‘ET D'AIX
MIRABEAU ET SON PÈRE : SÉJOUR AU BIGNON || TENTATIVES DE RAPPROCHEMENT AVEC LA COMTESSE DE MIRABEAU || L'AFFAIRE DE PONTARLIER : DÉBATS ET TRANSACTION || RUPTURE AVEC SOPHIE || PROCÈS D’AIX, MIRABEAU ORATEUR JUDICIAIRE : UN CHEF-D'ŒUVRE.
Ne - WE : À « IRABEAU sortit, « nu comme un ver », le 13 décembre 1780, du donjon, où son beau-frère, le marquis du Saillant, alla le chercher. Après quelques jours passés au château, chez le chirurgien major, il s'installa à Paris chez Boucher, le commis du secret, dont les généreux procédés avaient amélioré son sort en prison, et qu’il appelait « le bon ange ». Fidèle à sa promesse, il s’acquitta de la mission que son ‘père Jui avait confiée, mais il échoua auprès de sa mère, avec laquelle il se brouilla et contre laquelle il écrivit un mémoire, triste rançon de ceux qu’il avait autrefois rédigés pour elle contre son mari! D'ailleurs le marquis perdit son procès : un arrêt de la Grand Chambre du Parlement de Paris du 15 mai 1781 prononça au profit de la marquise la séparation de corps et de biens. Mme du Saillant annonça en ces termes la nouvelle à la . comtesse de Mirabeau : « Je connais trop bien, ma bonne amie, ton attachement pour mon malheureux père et toute notre famille pour douter que tu ne partages vivement le coup affreux qui vient de nous frapper ; il vient
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de perdre son procès vis-à-vis de ma mère, et les mêmes juges qui, il y a trois ans, lui donnèrent gain de cause, sont ceux qui lui ont fait perdre aujourd’hui par l’arrêt le plus inique et le plus incroyable. » Elle l’invitait en même temps à se rendre, avec « le bon oncle », au Bignon, pour soutenir le courage du vieux marquis. Ces prévenances répondaient au plan de rapprochement que celuici n'avait pas abandonné. Mirabeau s’y était associé en adressant à sa femme, à l’occasion de l’année 1781, un curieux billet (inédit) : « Je commence cette année, madame, sous de moins défavorables auspices que la plupart de celles qui l’ont précédée. Mes fers sont brisés, et brisés par vous; je vous supplie de croire
pourtant que je ne me trouve pas heureux et qu'il n’est
même qu’un bonheur qui puisse tellement compléter les autres qu’ils méritent ce nom; c’est celui de mériter de vous, si cependant cela est possible, que vous me rendiez tous les droits que vous m’aviez donnés sur votre cœur. Puisse cet heureux moment me luire un jour! Jusque-là je patienterai, je me consolerai en formant des vœux, des vœux bien tendres pour votre bonheur, que je ne partagerai pas. — Honoré. »
Le malheur judiciaire qui frappait le marquis, et dont les conséquences étaient graves pour sa fortune, le détermina dès le lendemain à recevoir son fils, qu’il n'avait ‘ pas vu depuis près de neuf ans! Il lui tendit la main, comme à un ami, en ajoutant qu’il avait depuis longtemps pardonné à l'ennemi, et qu’il espérait pouvoir un jour bénir le fils. Il écrivit au baïilii une lettre où se traduit
l'impression qu'il éprouva de cette visite : « Je l’ai trouvé
grossi beaucoup, surtout des épaules, du col et de la tête. Il a de notre forme, construction et allure, sauf son vif argent; ses cheveux sont fort beaux, son front s’est ouvert, ses yeux aussi; beaucoup moins d’apprêt qu’autrefois dans l'accent, mais il en reste : d’air naturel d’ailleurs, et beaucoup moins rouge... »
Huit jours après, brusquement, Mirabeau disparaissait. Depuis quelques mois, tandis que sa libération semblait