‹ MirabeauChapitre 33 sur 104 · CHAPITRE VII ar · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII ar

MADAME DE NEHRA

DIFFICULTÉS D'ARGENT || MADAME DE NEHRA || VOYAGE NE» EN ANGLETERRE || POLÉMIQUES FINANCIÈRES || LES COLLA- te + BORATIONS || MIRABEAU ET BEAUMARCHAIS. DS

SE Tr L Lay | LE A ÉPARE de son père, brouillé avec lui, et n’ayant plus à le ménager, puisqu'il n’en avait plus rien à attendre, Mirabeau l’attaqua en reddition de comptes. Il obtint l'allocation annuelle, et qui ne devait subir aucune retenue, d’une pension alimentaire de 3 000 livres. Le surplus restait sujet à contestation et à procès; le marquis prétendait faire payer par son fils les sommes très élevées qu'il avait avancées, soit pour le faire poursuivre et arrêter, soit pour sa pension d'entretien à Vincennes.

Réduit à ce maigre revenu de 3000 livres, Mirabeau, qui n'avait pas un sol d’avance, entrevoyaît la difficulté de vivre. En mai 1784, il avait écrit à Vitry, un nouvel ami, qu’il s'était fait chez Boucher après sa libération . « Pour prêter dix francs, il faut les avoir, et sur mon F honneur je ne les ai pas ». Quelques jours après, il enga- Ch | geait au Mont-de-Piété son « habit brodé d'argent avec AS veste et culotte, et sa veste drap d'argent petit deuil, et . des dentelles d'hiver ». Réconcilié avec sa mère, il lui avait fait contracter, conjointement avec lui, un emprunt usuraire de 30000 livres, dont il toucha 19000 et elle seulement 2000 : ainsi il se taillait toujours la part du

. lion. Insouciant, prodigue, tan sur ses atires pécuniaires à un degré invraisemblable, il s'était installé chaussée d’Antin, dans des meubles fournis sur l’emprunt, et il y menait une vie somptueuse. Vraiment, sans excuser tous les procédés de son père, sa conduite démontrait combien ce grand enfant, incapable d’être livré à lui-même, avait besoin d’un guide ou d’un tuteur. Sa bonne fortune venait, heureusement, d'introduire. dans sa vie une fée bienfaisante, Mme de Nehra, qu'il avait rencontrée, au début du printemps de 1784, en rendant visite à une femme mariée, sa prétendue cousine, dont il était l’amant.

Fille naturelle de Willem Van Harenl homme d’État éminent des Pays-Bas, élevée chez le frère de celui-ci à Zwolle, dans la province d’Overykel, Mme de Nehra s'était, après la mort de son père et de son oncle, retirée à Paris, dans le couvent mondaïn des Petites-Orphelines. C’est là que Mirabeau, par hasard, la connut. Elle n’était âgée que de dix-sept ans, jolie et blonde, frêle et fraîche, douce et bonne. Sa « physionomie angélique et sa séduction magique » charmèrent le monstre, dont la figure, tout d’abord, la fit reculer d’effroi. Mais peu à peu elle s'accoutuma à ses traits, qui lui parurent convenir à la tournure de son esprit. Elle se fit à sa « physionomie expressive, à sa bouche charmante, à son sourire plein de grâce ». L’éloquence de Mirabeau, dont celui-ci savait orner l'élévation d’un charme irrésistible, acheva la conquête. Ce ne fut, au début, qu’une tendre amitié. Mme de Nehra accompagna Mirabeau en Belgique, où il allait faire imprimer son mémoire : elle en revint sa maîtresse, « Dans ce moment-là, a-t-elle dit, tout était réuni contre. lui; parents, amis, fortune, tout l’avait abandonné; je lui restai seule, et je voulus lui tenir lieu de tout. Je lui sacrifiai donc tout projet incompatible avec nos liaisons; je lui sacrifiai ma vie tranquille pour m’associer aux périls qui environnaient sa carrière orageuse. Dès lors je fis le serment de n’exister que pour lui, de le suivre partout, de m’exposer à tout pour lui rendre service dans la bonne ou la mauvaise fortune. »

OCTO PTT ;

Page 1