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ment démentir. Partisan d’une assemblée nombreuse, il estimait qu’il suffirait de cinq ou six hommes de talent
‘pour « déterminer le troupeau ». Prévoyait-il sa destinée,
son rôle et le jugement de l’histoire, quand il ajoutait : « Sans corrompre (ceux que l’on peut corrompre ne valent jamais d’être corrompus), le gouvernement doit s'assurer ces cinq ou six hommes? » Il n’y a pas de doute qu'il se comptât parmi eux.
Mais qui lui ouvrirait les portes des États Généraux? L'Alsace avait « fouiné », selon son expression. Il pensa à la Provence où son procès lui avait valu des succès dont le souvenir n’était pas perdu. Seulement, il lui fallait l'adhésion et le concours de son père. Que ferait le marquis? Que dirait-il? Depuis cinq ans toutes relations étaient rompues entre eux. Le vieillard n’en suivait pas
moins la carrière de son fils, auquel il reconnaissait du
talent, mais refusait le caractère, le jugement et la probité. Pourtant, depuis quelques mois, son appréciation était moins sévère. Il sentait que les événements, faits à sa taille, allaient lui donner un rôle. Lequel? « Si ce monsieur, écrivait-il, voulait figurer dans la nation, il se rétablirait dans sa province originaire; son talent et son labeur lui donneraient du poids, et par la province dans l'Assemblée de la nation où il est fort connu. Son père qui ne veut que repos n’a rien à faire là. » Le vieux marquis voyait juste. Il ne se trompait que sur sa part d'influence dans cette phase décisive de la carrière de son fils. Il savait celui-ci lié avec les ministres, avec M. de Lamoignon et M. de Montmorin. On l’avait vaguement pressenti sur ses relations avec Mirabeau. Il n'avait fait que des réponses évasives. Au nom de M. de Montmorin, l’évêque de Blois, M. de Thèmines, tenta, le moment venu, une démarche plus précise. Pour mieux disposer encore son père, Mirabeau fit appel au bailli. Il s'était mal conduit envers lui, au lendemain du procès d'Aix, où le bienveillant concours de son oncle lui avait été si utile. Toujours bon, le baïlli avait pardonné. Déjà le marquis, pressé par l’évêque, consentait à recevoir son
LES APPROCHES 1 DE LA RÉVOLUTION fils, mais uniquement « pour qu’il pt le dire », et pour ne pas lui nuire, mais sans accepter de rien savoir de ses plans et de ses projets. C'était peu. Il n’en fallait pas davantage à Mirabeau pour élargir la porte qui s’ouvrait si étroitement devant lui. La dédicace de la Monarchie Prussienne, faite d’admiration respectueuse, toucha le marquis comme une sorte d'amende honorable, et le gros livre, dont il ne se dissimulait pas les défauts, l’étonna par la somme de travail et de talent qui y était dépensée. Une longue lettre, du 4 octobre, acheva de le retourner. Mirabeau y répondait, point par point, à tous les reproches de son père. Il se défendait surtout d’avoir été une plume vénale : « Et quand ai-je soutenu les contraires? disait-il : voilà le caractère d’une plume vénale. » Il expliquait ses relations avec M. de Calonne, les conditions de sa mission à Berlin, et les rapports désintéressés qu'il avait eus avec M. de Lamoiïgnon. Habiles et, en apparence, précises, ces explications devaient frapper le marquis. Mais combien plus devait-il être touché de la déférence avec laquelle son fils déclarait se retirer devant lui si sa santé lui permettait de paraître aux États Généraux! « Vous y ferez une très grande sensation, insinuait-il; ce jour de gloire pour vous en serait un d’orgueil pour notre famille. » C'était seulement à son défaut, « et pour que des fiefs aussi considérables fussent représentés », qu'il sollicitait l'honneur d’en être le délégué élu. Cette lettre produisit son effet. Retiré à Argenteuil, dans une maison de repos dont il avait tout d’abord interdit l'accès à son fils, le marquis y appela celui-ci. L’entrevue fut cérémonieuse. L'auteur de l’Amzi des hommes chapitra l’auteur de la Monarchie Prussienne
sur l'affectation philosophique et antireligieuse de son :
livre. Mirabeau fut déférent et mielleux. « Tu n’ignores pas, écrivait le marquis au bailli, qu’il sait convenir de tout ce qu’on veut. » Il convint, ce jour-là, de tout, et même du reste, avec une docilité plus grande encore qu'à l'ordinaire. Il voulait une investiture, il l’obtint, sans trouver qu'un sermon économique, subi avec sou-
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mission et respect, lui en fit payer trop cher le succès et les avantages. a,
M. de Montmorin, en faisant agir auprès du père pour faciliter un rapprochement, avait rendu à Mirabeau un grand service. C'était assez pour que celui-ci en espérât et en sollicitât d’autres. Comme on pouvait croire que le règlement des élections imposerait aux candidats la production d’un état territorial, et qu'il ne savait pas si les démarches faites en Provence aboutiraient, Mirabeau avait acquis un petit fief en Dauphiné. La cession était fictive, mais il avait fallu faire un sacrifice d'argent et il restait, le 10 novembre, en plus d’un reliquat sur le prix, les frais à payer : c'était une somme de 4800 francs. Mirabeau,
encouragé par les « gâteries >» du duc de Lauzun, pria celui-ci d'intervenir auprès du ministre des Affaires étrangères. « M. de Montmorin, lui écrivait-il, m'a souvent dit de le regarder comme mon banquier, et depuis la petite somme que vous avez eu le courage de lui arracher pour moi, je n'ai pas eu un sol de lui, ni en manière
quelconque du gouvernement : vous en croirez plus ma
parole d'honneur que les perfides et absurdes on-dit.….. Il me serait excessivement important qu'il me fit prêter une . partie de cette somme, et en vérité, je crois qu’on peut employer plus mal l'argent du roi. » Le 14, il insistait, en raison de l’urgence extrême, et de la seule chance qu’il eût, quant à présent, d’être des États Généraux. Mais
cette fois du moins, s’il promettait sa reconnaissance, il
réservait, avec une dignité suffisante, la liberté de son attitude politique : « Je vous supplie, écrivait-il, de m'engager envers M. de Montmorin à tout ce à quoi vous vous engageriez vous-même à ma place, et à rien de plus. Je puis promettre d’épargner l'individu. Je ne puis pas m'engager à respecter ou à ménager d’autres principes que les miens. » Deux jours après, Mirabeau rapportait un entretien qu’il avait eu avec M. de Montmorin. Le ministre, qui semblait avoir «une très véritable envie de le voir aux États Généraux », et qui était décidé à « aller en avant de quelques secours pécuniaires pour