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posée, sans rature. Faut-il donc croire que ces incessants besoins d’argent avaient oblitéré en Mirabeau le sens moral au point qu’il ne sentait pas ce que ces appels platement obséquieux enlevaient à sa dignité et à sa fierté personnelles? On voudrait, pour son honneur, ignorer ces documents, mais qui, les connaissant, pourrait les taire sans manquer aux lois de la vérité et aux droits de l’histoire? Ils révèlent, une fois de plus, et ce ne sera pas la dernière, le vice secret, la tare incurable, la douloureuse inconscience de l’homme! Mais le condamnent-ils seul? Le 6 janvier 1821, Chateaubriand, qui se rendait à Berlin comme ambassadeur de Louis XVIII, occupait les loisirs de sa route à relire la Correspondance secrète. De Mayence, il écrivait à Mme de Duras : « J'ai été frappé d’une chose, c’est de la légèreté, de l'incapacité de ce gouvernement, qui voyait la correspondance d’un tel homme et qui ne devinait pas ce qu'il était. »

Cette Correspondance, qui aurait dû, selon Chateaubriand, ouvrir à Mirabeau la carrière diplomatique, risqua, par la publication déplorable qui en fut faite, de lui fermer la porte des États Généraux. Sous le titre d'Histoire secrète de la cour de Berlin, les lettres envoyées par Mirabeau à l'abbé de Périgord, de 1786 à 1787, parurent en deux forts volumes au mois de janvier 1780. Ce fut un scandale d'autant plus grand que le prince Henri, qui y était fortement malmené, était, au moment même de la publication, l'hôte du gouvernement français. « C’est peut être, disait la Correspondance de Grimm et de Diderot, le plus inconcevable et le plus audacieux libelle que l’on ait jamais osé publier. Nous ne nous permettons d’en parler ici que pour le dénoncer à l’indignation universelle. » Le gouvernement de Berlin s'émut et se plaignit. Forcé d'agir, le ministère déféra le livre au Parlement qui, le 10 février, en ordonna la destruction et en interdit l'impression et la vente, « comme libelle diffamatoire et calomnieux, aussi contraire au respect dû aux puissances qu'au droit des gens et au droit public des nations ». L'arrêt ordonnait qu'une information serait

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