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À Ty ta.
MIRABEAU, 00 tot | judiciaire ». Et, déjà, il avait écrit à M. de Montmorin : € Il serait bien maladroit le gouvernement qui rendrait Ja France parlementaire!» Sa doctrine politique se résume, contre tous les privilèges, dans une formule très suffisamment claire, et qui, en peu de mots, dit l’essentiel : « Pouvoir législatif reconnu à la nation présidée par son roi. »
Pour opérer ces réformes et afin de permettre à la France d’atteindre par une Constitution « au développement de ses hautes destinées », Mirabeau comptait-il sur Louis XVI? En 1780, faisant allusion aux travaux manuels dans lesquels le roi se complaisait, il l’appelait assez irrévérencieusement le « pousseur de rabots ». Plus tard, il le jugeait d’un mot profond en parlant de ses « vertus inertes et sincères ». Dans les Mémoires du ministère du duc d’Aiguillon, où le départ est difficile à faire entre les notes laisséés par Mirabeau et leur rédaction par l'abbé Soulavie, il y a un passage significatif
sur la « volonté de vouloir » que Turgot aurait dû donner
au roi : « Ce prince veut le bien de sa nation; placé au centre de la corruption et du désordre, il en jouira; mais la crainte de mal faire le laissera dans l’inaction. » Pourtant, et à cause de la loyauté des intentions du roi, et parce que son concours était, si l’on voulait éviter « de grands troubles civils », indispensable à la réformation des abus, Mirabeau faisait crédit à Louis XVI. En 1775, enfermé au château de Joux, il s’écriait : « O Louis! à mon roi! Vous aimez la justice et la vertu; chacun de vos pas dans la redoutable carrière de la royauté a été signalé par un bienfait! » En 1787, il déposait aux pieds du souverain la Dénonciation de l’agiotage. En 1788, il terminait la Réponse aux alarmes des bons citoyens en saluant le monarque, « qui s'était si roblement rapproché de ses sujets », et, invoquant l'exemple de Marc Aurèle, il lui souhaitait de « n’abandonner que le pouvoir de faire le mal ». Enfin, récemment, pour calmer les esprits, à Marseille, il avait invoqué « le bon roi qu'il ne faut pas affliger; et il vous en aimera, disait-il, et il vous en estimera davantage >.
Royaliste, et confiant, à défaut d'énergie, dans les vertus et dans la bonne volonté de Louis XVI, Mirabeau était irréligieux. Dans l’Essazi sur le despotisme, comme dans ses Lettres écrites du donjon de Vincennes, il ne s'était pas contenté d'attaquer la théocratie; il s’en était * pris avec une violence irrespectueuse au catholicisme et à ses pratiques. La Monarchie prussienne avait renouvelé et aggravé ces attaques. Cette « affectation de philosophisme » avait choqué le marquis de Mirabeau. Le - vieillard avait été frappé des qualités « de parole et de pensée » de l’opuscule consacré à la Réforme politique des Juifs, mais déjà il en avait regretté le « fonds totalement irréligieux » et très manifeste, surtout dans certains détails. Cette fois le livre lui était dédié, et le blâme n’en avait été que plus vif. Il avait reproché à son fils « avec force et abondance, de déchirer l’habit à toutes tailles que tant de grands hommes avaient entretenu et approprié à leur usage ». Mirabeau s'était défendu, « avec un ton miel- Jeux et un accent apprêté », en disant qu'il avait été surtout impressionné par ce qui se passait en Allemagne, et que cet article « n’était point fait pour ce peuple-ci, où la nation avait toujours barré les invasions cléricales ». Il semble bien, ton mis à part, que cette réponse traduisait sa pensée d'homme d’État, où tenait déjà toute la politique qui distingue entre le respect dû à la religion et la résistance contre les manœuvres politiques auxquelles elle sert de prétexte et d’instrument. « Quand la puissance
civile se déclare en faveur d’une opinion religieuse, :
disait-il déjà du donjon de Vincennes, l'intolérance est la suite nécessaire de cette particularité. En fait de religion, comme dans tout le commerce de la vie civile, la concurrence est le garant le plus sûr de l'équilibre. Chacun a le droit de suivre son jugement en matière de doctrine, pourvu que sa conduite soit du reste absolument subordonnée aux lois, qui doivent protection à tous. »
Ce droit et cette protection, il les avait inscrits dans l’article XXV de la Déclaration qui suivait son Adresse aux Bataves : « Il faut admettre tous les cultes. » Depuis
AUX ue GÉNÉRAUX
MIRABEAU F0 NS R -qu’il avait écrit la Monarchie prussienne, son esprit s'était élargi. Il y a, à la date du 22 octobre 1788, dans - Sa correspondance avec le major Mauvillon, une lettre . où Mirabeau affirme, en termes très élevés, son « extrême tolérance sur toutes les opinions philosophiques et reli-
gieuses », dont il ne refuse pas le bénéfice même « aux
gens à chapelets ». Il ne veut « excommunier per-
sonne. En vérité, dans un certain sens, tout m'est bon, dit-il: les événements, les hommes, les choses, les opinions, fout a une anse, une prise. » Cette prise, il la trouve où l'on ne s’attendrait guère à la lui voir saisir si l’on ne connaissait la souplesse et la prévoyance de son génie politique. Avant que la résistance de l’ordre du clergé se soit encore manifestée, il marque une sollicitude particulière aux « curés, ces hommes vénérables, que les augustes fonctions du sacerdoce n'ont point sauvés de l’avilissement féodal; qui, confondus avec le peuple, partagent ses besoins, ses privations, ‘sa misère, ses larmes
. et sa probité rigide ». Il n’est pas difficile d'apercevoir que, même sincère, un tel hommage est déjà une PER . Elle se renouvellera.
Ces idées politiques et Fsbièto procédaient-elles
. chez lui d’une doctrine d'ensemble? Il serait difficile de l’établir et de faire de Mirabeau le disciple d’une philoso-
phie particulière ou, exclusivement, de tel grand homme du xvrrr° siècle. On a dit à tort qu il n’aimait pas Voltaire :
‘il a parlé de lui avec enthousiasme, sinon avec justesse, - mais « pour les ouvrages historiques et philosophiques » il préférait Rousseau. Buffon et Montesquieu venaient
ensuite dans ses préférences. Son admiration n’aliénait pourtant pas son indépendance. Sans compter d’autres réserves, il a consacré tout un chapitre des Lettres de cachet, nourri d'arguments et de faits, à combattre la célèbre phrase de l'Esprit des lois : « il y a des cas où il faut mettre, pour un moment, un voile sur la liberté, comme on cache les statues des Dieux ». J'ai déjà dit
avec quelle véhémence il avait soutenu, contre la doctrine de Rousseau, que la.société est. l'état naturél ‘de l'homme,
et que « l’homme est le suppléant nécessaire de la fai. blesse de l’homme ». Il faut pourtant reconnaître que, si l'influence de Rousseau sur Mirabeau n’a pas été exclusive, elle a été prépondérante. La Nouvelle Héloïse a développé sa sensibilité, pour employer l'expression même dont Mirabeau se servait si fréquemment. Mais il s’est surtout imprégné de l'Émile, « ce magnifique poème, (il souligne ces mots), cet admirable ouvrage où se trouvent tant de vérités neuves ». Parmi ces vérités il n’en est aucune qu'il n’ait reprise, développée et recommandée avec plus de force que celle qui est relative à l'éducation physique des enfants. L’audace bienfaisante de ces préceptes, si tardivement et encore trop incomplètement mis en pratique, fait vraiment de Mirabeau un précurseur auquel, par ingratitude ou par ignorance, on n’a pas encore rendu toute la justice qui lui est due.
Au point de vue de ses doctrines économiques, Mirabeau, quoiqu'il se défendît d’être de leur secte, devait beaucoup aux physiocrates. La dédicace de la Monarchie brussienne était plus et mieux qu’un hommage habile de circonstance. Le terrible et amusant extrait que Mirabeau avait fait, pendant son séjour à Vincennes, des principes et maximes de l’Ami des hommes avait moins pour but d'en combattre la doctrine que de mettre les actes de l’auteur en contradiction avec ses idées. Au fond, il admirait le génie de son père. Et même il se considérait comme son disciple. Quand, en 1786, il mettait à contribution le major Mauvillon pour obtenir de lui des renseignements sur la Saxe, il ajoutait-: € toujours dans des vues physiocratiques, car je n’en ai et n’en aurai jamais d’autres ». De l’école il acceptait le principe que « l’agriculture est la plus importante affaire des gouvernements », et les conséquences essentielles que les théoriciens en déduisaient au point de vue des impôts. Il saluait dans Turgot « un homme de bien, un homme d’État, un homme de génie » et il reprochait à Necker « d’avoir renversé par des intrigues le seul ministre dont la France ait jusqu'ici dû attendre la régénération ».