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Pr its nait d'attitude. Mais indépendant des partis, et voulant l'être, il s'expose à leur être alternativement suspect. Ses gestes révolutionnaires déconcertent les él6ments modérés et telle sage conduite apparaît aux révolutionnaires comme une trahison. Des uns aux autres il manœuvre, sinon toujours avec habileté, du moins avec un magnifique courage. Il excelle à couvrir d’un sangfroid que rien ne peut abattre ses opérations les plus hasardées. Il se donne tout entier, corps et âme, avec ses qualités admirables et ses terribles défauts, à la partie décisive où se jouent à la fois sa destinée et celle de son pays. Pendant quatre mois, il est sur la brèche, attentif et infatigable, à la tribune, dans les clubs, à son journal. Son nom et son action sont inséparables, à l’exception du 4 août, des grandes scènes qui consomment la révolution. Son coup d'œil, son audace, sa parole ardente en déterminent le succès. Ce sont elles qui l’ont immortalisé. Qui ne les connaît!
Le 23 juin, après la séance royale si fâcheusement semblable à un lit de justice, il lance à M. de Brézé, qui ordonne au Tiers immobile de se séparer, la foudroyante réplique : « Nous avons entendu les intentions qu'on a suggérées au roi, et vous, monsieur, qui ne sauriez être son organe auprès de l’Assemblée nationale, vous qui n'avez ni place, ni voix, ni droit de parler, vous n'êtes pas fait pour nous rappeler son discours. Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu’on ne nous en arrachera que par la force des baïonnettes! »
Le 15 juillet, au moment où, pour la troisième fois, une délégation va demander au roi le renvoi des troupes qui menacent l’Assemblée, il s'écrie, dans un mouvement d'indignation dont la salle est secouée tout entière : « Dites-lui que les hordes étrangères dont nous sommes investis ont reçu hier la visite des princes, des princesses, des favoris, des favorites, et leurs caresses, et leurs exhortations, et leurs présents; dites-lui que toute la nuit ces satellites étrangers, gorgés d’or et de
vin, ont prédit dans leurs chants impies l’asservissement
de la France, et que leurs vœux brutaux invoquaient la
destruction de l’Assemblée nationale; dites-lui que, dans son palais même, les courtisans ont mêlé leurs danses au son de cette musique ‘barbare, et que telle fut l’avantscène de la Saint-Barthélemy!... » à Ces paroles enflammées, dont nul, dans l’Assemblée, n'égala jamais l'accent, firent sa popularité et elles créent, aujourd’hui encore, la légende de son nom. Mais c'est faire tort à sa gloire que de l’ÿy ramener tout entière. L’oubli est tombé sur d’autres manifestations de son talent et de son sens politique, qui méritent mieux. Il faut les rappeler à grands traits. ; Des troupes, étrangères pour la plupart, avaient été réunies dans les environs de Paris et de Versailles. Les passages étaient interceptés. Partout des postes militaires, des ordres secrets, des préparatifs de guerre. Qui protégeait-on? Qui menaçait-on? Blessés dans leur dignité, inquiets pour leur sécurité, les députés de la nation ne pouvaient manquer de s’émouvoir de cet appareil provocateur. Mirabeau, dans la séance du 8 juillet, se fit leur interprète. Il prononça un discours mesuré et pressant dont l'effet fut très grand. Était-il de lui, ou faut-il, :s’en tenant aux Souvenirs de Dumont, en attribuer l’honneur à la collaboration de ce dernier avec Duroveray? Il y a toujours un doute sur la paternité des discours de Mirabeau : j'essaierai plus tard de l’éclaircir. Mais dès maintenant il faut bien dire que si la forme de certains de ses discours ne lui appartient pas en entier, l’inspiration ést toujours la sienne. La pensée politique, les intentions et les directions qu'ils affirment, sont bien à lui. Toute sa responsabilité, devant laquelle d’ailleurs il ne recula jamais, y est engagée. On ne risque donc pas de le juger à tort et de le méconnaître. S'il a emprunté, pour traduire son sentiment, la plume de ses amis, il n’en à pas moins dit ce qu’il voulait dire. Quand, dans son discours ‘du 8 juillet, il ménage le roi, dont il loue le bon cœur, et : sépare ses intentions généreuses des maladresses de ses
conseillers, il exprime l'opinion à laquelle se ramène ; €XP P c