‹ MirabeauChapitre 63 sur 104 · ET · texte numérisé non relu

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MIRABEAU ïe Mirabeau ne pouvait songer à refuser le bénéfice aux Français après en avoir offert le bienfait aux Bataves. Mais il n’en subsistait pas moins une difficulté tenant à la préexistence d’ « un corps politique vieux et presque caduc ». Le rapport présenté au nom du comité par Mirabeau, dans la séance du 17 août, trahissait et avouait même un réel embarras. Duroveray, Clavière et Dumont avaient collaboré à « cette pièce de marqueterie », dont Mirabeau n'était guère satisfait. Son projet, qu'il offrait «avec une extrême défiance », renfermait dix-neuf articles. Il y avait de tout, dans ce travail trop hâtivement fait, du bon, du mauvais et du pire, de la confusion et de l'audace, du Rousseau et du Quesnay, mais rien de la brièveté et de la clarté qui sont les conditions indispensables d’une Déclaration de cette nature. Il n’en est resté définitivement que le préambule.

L'Assemblée ne donna pas aux articles proposés une approbation devant laquelle le rapporteur lui-même hésitait. La discussion, incertaine et pénible, suggéra à Mirabeau l’idée, qu’il exprima en son nom personnel, de renvoyer la rédaction de la Déclaration des droits au temps où les autres parties de la Constitution seraient elles-mêmes entièrement convenues et fixées. Cette proposition provoqua des murmures. Quoique, dès le premier moment, il eût avoué la difficulté de donner une Déclaration « comme préambule à une constitution qui n'était pas connue », on l’accusa de se contredire. Les assemblées cèdent aisément à la tentation de mettre au compte de ceux qui essaient de les guider les embarras qu'eiles éprouvent elles-mêmes. Un député se fit applaudir en dénonçant « cette supériorité de talents avec laquelle Mirabeau savait guider l’Assemblée vers des buts contraires ». Un autre rappela son passé. Piqué au vif, et après avoir déploré les fautes d’une « jeunesse très orageuse », Mirabeau répondit avec fierté : « Ma prétendue supériorité dans l’art de vous guider vers des buts contraires est donc une injure vide de sens, un trait lancé de bas en haut, que trente volumes repoussent assez pour

il continua à affirmer, d’une part, qu’une Déclaration des droits était nécessaire, mais, d’autre part, qu’elle serait ou insignifiante ou dangereuse si elle .précédait la Constitution au lieu de la suivre. À l’appui de sa thèse, il prononça une parole remarquable, qu’il faut rétenir pour apprécier, sur un point capital, la continuité de ses vues : « Ou vous ne ferez jamais la Constitution française, ou vous aurez trouvé un moyen de rendre quelque force au pouvoir exécutif et à l’opinion, avant que votre Constitution soit fixée. »

Sans s'arrêter à ces objections, et justement soucieuse de satisfaire à l’un des vœux que les Cahiers avaient le plus généralement et le plus instamment formulés, l’Assemblée continua la discussion. Elle prit pour base les projets de Mounier et de La Fayette. Mirabeau intervint à plusieurs reprises, soit pour préciser la responsa-

bilité des agents de la force publique, soit pour garantir

la liberté de la presse contre une formule équivoque, soit pour exprimer ses idées sur la liberté des cultes. Ce dernier point est à retenir. Opposé à la proclamation d’un culte dominant, Mirabeau ne mettait à la liberté des cultes d’autres limites que l’ordre et la tranquillité publics. Cette liberté, il la proclamait comme un droit, et non

comme une tolérance. Il y a une doctrine dans cette

nuance. « Je ne viens pas prêcher la tolérance, disait-il; la

liberté la plus illimitée de religion est à mes yeux un droit

si sacré que le mot tolérance, qui voudrait l’exprimer,

me paraît en quelque sorte tyrannique lui-même, puisque

l'existence de l’autorité qui a le pouvoir de tolérer attente à la liberté de penser par cela même qu'elle tolère, et qu’ainsi elle pourrait ne pas tolérer. » Je ne crois pas m'abuser en disant que toute la théorie de la liberté des cultes est renfermée dans ce passage trop peu connu, dont la concision ne fait pas tort à la clarté décisive.

En combattant, le 7 août, le privilège que l’on voulait réserver au monarque de chasser en dehors de ses domaines, Mirabeau opposait à ces « plaisirs du roi »,

ee LES PREMIÈRES SÉANCES | que je dédaigne de m’en occuper. » Sur le fond du débat,

MIRABEAU FA tn RO qu xl improuvait, la prérogative royale, Aout il annonçait qu’il serait le ferme partisan. « La prérogative royale, disait-il, est d’un prix trop élevé à mes yeux pour que je consente à la faire consister dans un futile passe-temps oppressif. Quand il sera question de la prérogative royale, c’est-à-dire, comme je le démontrerai en son temps, du plus précieux domaine du peuple, on jugera si j'en connais l'étendue, et je défie d'avance le plus respectable de mes collègues d’en porter plus loin le respect religieux. »

Cette prérogative impliquait si fortement à ses yeux le veto, c'est-à-dire le refus de sanction, qu’il avait, au moment de la discussion sur la dénomination de l’Assemblée, affirmé sa préférence de plutôt vivre à Constantinople qu’en France, si le roi ne l’avait pas. « Oui, je le déclare, s’écriait-il, je ne connaîtrais rien de plus terrible que l'aristocratie souveraine de 600 personnes qui, demain, pourraient se rendre inamovibles, après-demain héréditaires, et finiraient comme les aristocrates de tous les pays du monde par tout envahir. » On ne saurait juger impartialement, si l’on ne remonte pas à ces déclarations renouvelées et catégoriques, le discours que Mirabeau prononça en faveur du veto absolu dans la séance du 1* septembre. Il restait fidèle à sa doctrine, dont l’excès le mettait en opposition avec Necker lui-même, partisan du vefo simplement suspensif. Il avait emprunté sa théorie à un livre bizarre et confus du marquis de Cazaux : Simplicité de l’idée d’une Constitution, qu'il proclamait tout simplement un ouvrage de génie. Il lui emprunta aussi la plus grande partie de son discours. Ce fut un échec. Tant qu'il lisait, il ne soulevait que des murmures : pour se faire applaudir, il dut improviser des lieux communs contre le despotisme. Lui-même avoua sa défaite. Il serait sans intérêt de rechercher ce que valaient ses raisonnements : l’œuvre du marquis de Cazaux ne vaut pas cet honneur. Mais comment interpréter l'attitude de Mirabeau? Il était hostile à la création de deux Chambres, sans doute comme Rabaut-Saint-

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