‹ MirabeauChapitre 67 sur 104 · DÉCEPTIONS · texte numérisé non relu

DÉCEPTIONS

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Barnave intervinrent et provoquèrent une entrevue qui eut lieu, en leur présence, à Passy, chez Mme d'Aragon, nièce de Mirabeau. On s’expliqua sur la situation générale, qui n’était pas sans provoquer des craintes, et sur la faiblesse du ministère, impuissant à y faire face. On

-tomba d'accord sur la nécessité de remplacer Necker au

gouvernement, ainsi que la plupart de ses collègues, par des membres pris dans l’Assemblée, à l'exclusion de tous les députés présents. Mirabeau aurait dit, selon le témoignage de Lameth : « Je n’ai pas ici l'honneur d’un sacrifice, car je sais que j'ai élevé devant moi un mêle de préjugés qu’il faudra du temps pour détruire ». D’autres noms furent discutés et choisis. Mais le projet n’eut pas de suite, soit que La Fayette eût hésité à prendre parti contre Necker, soit qu’il n’eût pas réussi à vaincre la résistance du roi.

Dès ce moment, il y eut, pendant trois ou quatre semaines, des relations suivies entre Mirabeau et

La Fayette, des dîners, des conversations, des pour-

parlers, des projets. Mirabeau avait tenté, d’abord, avec Necker et de Montmorin, un rapprochement dont une

longue entrevue qu’il eut avec eux n’amena pas le succès.

Tout donc, du côté du ministère comme du côté de la cour, le ramenait vers La Fayette. M. de La Marck, qui

ne renonçait pas à ses desseins sur l'emploi du génie de

son ami, M. Talon, lieutenant civil du Châtelet, qui avait envie d’être ministre, le garde des sceaux, M. de Cicé, qui trahissait tranquillement ses collègues, et M. de Sémonville, député suppléant, furent mêlés à des négociations au milieu desquelles il est assez difficile de se retrouver. L'action publique de Mirabeau se manifesta, le 19 octobre, lors de la première séance que tint l'Assemblée à l'Abbaye, par les remerciements qu'il fit voter à Bailly et à La Fayette pour l'attitude que ces

« vertueux citoyens » avaient eue au cours des troubles

récents. Deux jours après, à l’occasion des subsistances, Mirabeau esquissa, au contraire, une attaque contre le MINISLÉr ETES NT

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DÉCEPTIONS Ses Pons! d'argent le pressaient. « Le passage est cruel, écrivait-il le 21 octobre à M. de La Marck, je suis étouffé d’embarras subalternes qui dans leur masse font une assez grande résistance. Je suis très gêné dans mes rapports sociaux, et parce que je ne puis regarder à mes affaires, et parce que, tant que j'ai des projets d’ambition, je ne puis pas dissoudre mon atelier. Un grand secours, je ne puis l’accepter sans une place qui

le légitime; un petit me compromettrait gratuitement.

Du grand secours, 50000 francs, il reçut d’abord Fe La Fayette une partie, qu’il lui restitua. Quant à la place, c'était la promesse d’une grande ambassade, Hollande ou Angleterre, à laquelle M. de Montmorin adhérait.

A l'ambassade, Mirabeau préférait le ministère, Hostile au début, La Fayette, visiblement, faiblissait; il semble que, vers la fin d'octobre, il en avait pris son parti. Mirabeau put se croire arrivé au but de ses rêves. On a, écrites de sa main, deux combinaisons. Il figure nommément sur l’une. Necker y est premier ministre, « parce qu’il faut le repdre aussi impuissant qu'il est incapable, . et cependant conserver sa popularité au roi »; — La Fayette au conseil, maréchal de France, et généralissime à terme, pour refaire l’armée; — lui, Mirabeau, au conseil du roi, sans département. La façon dont il juge les raisons et les conséquences de sa nomination est curieuse : « Les petits scrupules de respect humain, dit-il, pe sont plus de saison. Le gouvernement doit afficher tout haut que ses premiers auxiliaires seront désormais les bons principes, le caractère et le talent. » Que sont

a devenus les préjugés dont le « môle » élevait devant Mirabeau, pour longtemps encore, un obstacle insurmontable? Il a suffi de peu de jours et de beaucoup d’adresse pour le détruire. La seconde combinaison, qui distingue entre ; la part de La Fayette et la part de la reine, et où figurent 4 Talleyrand et Sieyès, ne porte pas le nom de Mirabeau, TN mais nul doute que celui-ci ne s’y fût réservé le même ‘ rôle que dans la première. #3 « Confiance réciproque et amitié : voilà ce que je va

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